CHAPITRE XXXIIL
Cinquante ans plus tard.
Après la période historique dont nous avons parlé sous lo titre ‘“d’Age héroïque du Canada,” l'étar ces affaires fut un peu plus calme pendant environ cinquante ans. Mais ce serait fatiguer lo jeune lecteur quo de s'étendre sur toutes les particularités relatives à co laps de temps. Dans ce À ho ot dans le chapitre suivant, nous nous contenterons donc de mentionner celles qui semblent les plus essentielles et les plus intéressantes.
Les scènes de désordre et de carnago étaient alors beaucoup moins communes. On ne voyait plus les guerriers iroquois se répandre dans les campagnes, et rôder, commo des loups affamés, autour dos établissements. Lo pouple pouvait allor cultiver ses teires sans avoir dos soldats pour lo garder. Autremis, corumo nous l’avons déjà fait connaitro, le colon avait à omportor s0s armes de guorro pour 80 rendre aux champs, de crainte d'attaques soudaines pendant qu'il
était au travail. On pouvait obtenir de meilleures récoltes, parce que les hommes n'é.aient plus requis de marcher au combat. Autrefois, en leur absence, c'étaient les femmes et les enfants qui avaient à s'occuper des travaux champêtres. Les dames mêmes, femmes et filles d'hommes de noble naissance, étaient souvent obligées de se livrer à ce genre de labeur. Si elles no l'avaient fait, beaucoup de familles auraient
. péri fautc de nourriture; car au temps des semailles
ot au temps de la moisson, il arrivait souvent que tous les hommes en état de porter les armes étaient absents de lours foyers. Depuis 1690, il n’y æwait eu aucune nouvelle attaque sur Québec. Une tentative faite en
Calumet.
1710 par une flotte anglaise sous l'amiral Walker dans le but de remonter le St. Laurent et de prendro la ville, échoua complétement. Les tempêtes survenues dans le golfe ruinèrent la tlotte dont une partio se brisa contre les rochers, et perdit un nombro considérable d'hommes. En mème temps, une armée sous les ordres du ne Nicholson se portait sur le Canada par voie du lac Champlain; mais elle sc retira aussi sans avoir carsé aucun mal à la colonie.
Après ces tentatives, les deux mères-patries firent la paix en 1713, et alors lo Canada jouit d’une tranquillité continus pendant plus de 30 ans.
: Les gouverneurs du pays, dans l'espace do ces 30 ans, furent le marquis de Vaudrouil jusqu'on 1725, ot
16 marquis de Beauharnais de 1725 à 1747; ce dernier füt suivi des gouverneurs {a Galissonnière, la Jonquière: et Duquesne. Lie commencement do l'administration du marquis Duquesne date de 1752.
Durant cette période de temps, les Iroquois montrèrent des dispositions de plus ei plus amicales envers les Français. On ne put, il est vrai, les décider à prendre ouvertement purti contre les colons anglais, mais ils démandèrent des missionnaires et prouvèrent par d’autres indices ‘qu'ils ‘étaient animés d’un bon esprit. Parfois, des Français même devinrent membres de leurs tribus et vécurent au milieu d'elles en se: conformant à leurs usages et à leur genre de vie: Ceux qui étaient ainsi adoptés ne manquaient pas Ge chercher à leur persuader de favoriser les colons français de préférence aux colons anglais.
Un des cas d'adoption les plus curieux est celui du rêtre Milet, le même qui, avec Lamberville, fut impliqué dans l'affaire de l’arrestation'des chefs Iroquois par Denonville. Les Iroquois avaient résolu de: le torturer et de le tuer. On le conduisait au lieu du St lorsqu'une froquoisede plus de 80 anss'avança. : Elle déclara qu'il fallait que Milet füt épargné pour devenir son neveu adoptit, en remplacement de celui quiavaitété tué. Conformément à la coutume indienne, sa demande fut agréée, et Milet fut ainsi sauvé d'une mort douloureuse. Il passa le reste de ses jours avec les sauvages qu'il s’efforça d’instruire dans la religion, sans oublier non plus de les bien disposer en faveur des Français. Il reste à conter un épisode remarquablo de cette histoire. Milet vécut peut-être encore une vingtaine d'années, mais l’Iroquoise vécut beaucoup plus longtemps. Vers 1742, sous le Gouverneur Beauharnois, alors qu'elle avait atteint l’âge avancé de 138 ans, elle vint à Québec, en visite. Son extrème vieillesse, aussi bien que sa conduite passée et son histoire, la firent traitor avoc la plus grando bonté et: le plus profond respect. Après avoir vu lé gouverneur et d’autres personnes notables, elle alla aux Ursulines.
Les Dames religieuses furent enchantées de converser avec elle, parce qu'elle vivait au temps où la fonda trice et ld première Dame Supérieure de leur couvent étäient venues se fixer au Canada. Tous les événements de ces premiers temps lui étaient familiers. Comme elle était chrétienne, peut-être tenait-clle tout cé qu’elle savait de la bouche des missionnaires qui ayaient visité les Iroquois, ainsi que de celle des guerrièrs qui avaient eux-mêmes été à Québec. Peut-être aussi y était-elle déjà venue elle-même. Quoi qu'il en soit, il faut qu'elle ait été en état de causer avec les Ursulines, de Champlain, de Madame de la Peltrie, de Marie de l’'Incarnation et des fameux missionnaires Isaac Jogues, Simon Lemoine, Lamberville et Milet.. Ces détails doivent avoir été particulièrement agréables aux Ursulines qui, sans aucun doute, la questionnèrent sur les événements intéressants du temps dés Tracy, des Courcelles, des Denonville, des Frontenac. et des Callières, qui tous avaient eu beaucoup à faire avec.les Iroquois. On ignore aujourd’hui ce que devint plus tard cette vieille femme.
160. Sous l'administration des cinq gouverneurs mentionnés dans ce chapitre, il 7 avait surtout deux pointe sur lesquels les colons Anglais et les colons
‘ançais no s'accordaient pas, et qui furent pendant
longtemps des causes de jalousie et de sentiments de malveillance réciproques. Nous expliquerons dans le chapitre suivant quelles étaient ces causes de malheur.