CHAPITRE XXXV
Washington et Jumonville—Le Fort Nécessité.—Le Capitaine Robert Stobo.
163. En 1753, un jeune mujor des milices de la Virinie fut envoyé dans la vallée de l'Ohio. C'était George ashington qui depuis fut le premier président des Etats-Unis. Washington avait pour instructions d'exis er des Français l'évacuation de la vallée de l’Ohio, et de se mettre à la recherche d’endroits où il serait bon d’avoir des forts. Après avoir fait choix d’une place ge lui parut bonne, il reprit la route de la Virginie. ‘année suivante, lorsqu'il revint avec un corps de troupes considérable, il trouva que la place choisie par lui était déjà occupée par les Français. C'était celle dont nons avons parlé dans le chapitre précédent comme servant de site au fort Duquesne. Washington pensait que c'était le meilleur endroit où l’on pût établir un posto destiné à empêcher l'ennemi de pénétrer par le nord dans la vallée de l'Ohio. Cependant, comme les Français en avaient pris possession, il revint un pou sur 608 ls en suivant la rive do la Monongahéla et bâtit le Fort Nécessité.
164. À une époque plus avancée de la même année 1754, un détachement de milices françaises stationnées
au fort Duquesne, et commandé par un jeune officier nommé Jumonville, traversait la forêt dans le but de chercher à parlementer avec les Anglais et de les sommer de se retirer.
Le 18 mai, de grand matin, Jumonville et ses hommes se virent cernés par les troupes du major Washington. Jumonville s’avançait pour présenter son: message, lorsque les hommes de Washington firent feu. Le capitaine français fut tué avec neuf des siens, et tous les autres furent fait prisonniers, à l'exception: d’un seul qui se sauva et vint apporter au fort Duquesne la nouvelle de l'affaire. Les Français déclarèrent que Washington avait commandé à ses hommes de faire feu. 165. M. de Contrecœur, qui commandait au fort Duquesne, et M. de Villiers, frère de Jumonville, qui 8’y trouvait aussi, dirent que c'était un assassinat.
illiers fut chargé d'aller avec 700 hommes, tant ‘Canadiens que sauvages, venger la mort de son frère. Arrivé sous le fort Nécessité, à la fin du juin, il le fit investir par ses troupes qui, abritées derrière les arbres de la forèt, se mirent à faire pleuvoir de toutes parts une grèle de balles sur les assiégés. Après-un combat acharné de 10 heures, Washington vit que son poste n'était pas tenable, vu que le terrain du fort était moins élevé que celui d’où combattait l'ennemi. Il . avait perdu 90 hommes. Il capitula donc. Lui et ses miliciens devinrent prisonniers de guerre; mais la . liberté leur fut accordée, à condition qu'ils quitteraient le territoire.
166. On fit grand bruit en Europe eten Amérique, à propos des deux aflaires que nous venons do raconter. Les Anglais dirent que la mort de Jumonville étuit le résultat de sa témérité et la faute de ceux qui l’'avaiont chargé d’une pareille mission. Les Fl'ransais nièrent l’assertion, et continuèrent à truiter l'affaire de guot-à-pens. Les Anglais blâmèrent aussi les Fransais d'avoir attaqué le fort Nécessité, et ne voulurent point admettre que les conditions acceptées par Washington devaient être observées. Quoiquo l’Angleterre et la
France fussent alors en paix, ces deux puissances envoyèrent des troupes en Amérique pour donner mainforte à leurs colons respectifs.
167. Après la prise du fort Nécessité, de Villiers demanda au major Washington deux ôtages que les Français retiendraient comme garantie que les termes de la capitulation seraient fidèlement observés. L'un des deux était le Capitaine Robert Stobo. 11 fut log pendant quelque temps au fort Duquesne d’où on Île transféra à Québec. On verra que Stobo ne se considérait pas comme engagé par les règles d'honeur que suivent généralement les ôtages, tout le temis qu'ils restent entre les mains de l’ennemi.