‹ Histoire du Canada, sous la domination française [microforme] (volume 2)Chapitre 71 sur 76 · RS SE · texte numérisé non relu

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troupes que commandait le colonel DE RouGAINVILLE, au-dessous de Jacques-Cartier, pouvait s’affectuer, dans l’espace de quelques heures. L’armée anglaise se trouvait. alors, ai elle eût voulu conserver sa position, entre le feu de la ville et celui de l’armée francaise ; et l’on avait encore le choix de combattre de suite, où v’attendre l’arrivée d’un nouveau renfort de Montréal, en supposant qu’on eût eu le soin d’approvisionner Québec pour quelque temps. La précipitation du marquis de MonrcaLm, jointe à d’autres circonstances malheureuses, commença le désastre des Francais, et celle de M. px: Ramsay le compléta.

Ayantété joint par M. De SENNEZERGUES, avec la plus grande partie des Canadiens, le général Monr- CALM rangea son armée en bataille. Cette armée se composait alors d'environ 2,000 hommes de troupes réglées, de 5,000 miliciens et de quatre à cinq cents Sauvages. Ceïle de Wozre n’était pas plus nombreuse, si même elle ne l’était pas un peu moins ; mais elle se composait toute de troupes réglées et agguerries.

Le comhat commença par un feu de tiraïlleurs, que ficent les milices canadiennes et les Sauvages, placés dans des buissons, eur les aîles. Vers 9 heures, les Français s’avancèrent, en assez bon ordre ; mais ils commencèrent à tirer de trop loin, et le firent assez irrégilièrement, comme on.le devait attendre d’une armée presque toute composée de miliciens ; car, selon l’expression de M. pe Levis, ‘les bataillons mêmes étaient farcis d’habitans, qu’on avait incorporés avec les soldats,” et les meilleurs d’entre ces derniers avaient été envoyés à Jacques-Cartier. Le feu des Anglais, au contraire, fut vif et bien dirigé ; aussi leurs adversai-

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Le général Wozre, qui se tenait en avant, sur Ja droite de sa ligne,. à endroit où l’attaque était la plus vive, fut aussi blessé, d’aborl grièvement, et ensuite mortellement, par le feu des tirailleurs canadiens, au moment où les Français commençaient à reculer.” Il fut remplacé par le brigadier Monxron, qui blessé luimême dangeureusement, fut contraint de céder le commandement à Townsenn. Ce dernier sut profiter des avantages déjà obtenus,.en: faisant avancer à propos les troupes tenues jusqu'alors en réserve. Ce fut vainement que les Francais continuèrent à faire des efforts, sur leur droite, où se. trouvait le plus grand nombre des troupes réglées, pour prendre les Anglais en flanc, suivant le plan de leur général; n’étant pas, comme leurs adversaires, soutenus par un corps de réserve, ils furent contraints de reculer,et ce mouvementrétrograde entraina la retraite précipitée de l’aîle gauche et du centre. Le marquis de VAUDREUIL, qui se trouvait, en ce moment, à la porte de la ville, voulut rallier les

troupes, mais sans SUCCÈS, Le colonel BouGaAINviILLE, parti de son. poste, avec environ 1,000 hommes, n’arriva pas assez {(ôt eur les

* Les forces Ini manquant, il s’appuya sur l’épaule d’un lieutenant. Cet officier voyant les Français plier, s’éciia, ‘Ils fuient. Qni sont ceux qui fuient, dit Wotyt: Les Français, répondit le licutenant—Quoi déjà ! répartit le général anglais : je dois dons mourir content.”?

derrières de l’armée anglaise, pour faire changer le sort de la journée. Il attaqua un des postes de l’ennemi; mais n’ayant pas réussi à s’en rendre maître, et apprenant que l’armée de MonrcaLM avait été défaite, il se retira vers la Vieille Lorette, pour y attendre les ordres de M. De VAUDREUIL.

La perte, en tuésiet blessés, fut d'environ six cents hommes, dans l’une et dans l’autre armée ; mais les Français perdirent, en outre, deux cent-cinquante prisonniers. M.D£ SENNEZERGUES fut recueilli sur le champ de bataille, et porté sur un des vaisseaux üe Ja flotte anglaise, où il mourut, le lendemain. Le général MonrcaLM fut porté dans la ville, après sa blessuse, et mourut aussi, le 14 au soir, après avoir: indiqué les mesures qu’il croyait les plus propres à réparer le revers de la veille.” Son corps fut enterré fn: « .n trou qu’une bombe avait fait dans l’église des ursulines.

Pour revenir à l’armée française, après avoir traversé la ville, et la rivière de Saint-Charles, au pont de bateaux, elle rentra dans le camp de Beauport. Le pre-

* Qn a écrit que les chirurgiens qui le pensaient lui ayant dit que sa blessure était mortelle, et qu’il ne passerait pas le lendemain, il s’écria : J?en rends grâce à la providenee ; je ne serai pas témoin de la reddition de Québec, ? Outre que ces paroles, toutes belles qu’elles sont, ne s’accordent pas avec les avis encourageants que le marquis de MonTcazm donna aux siens, avant sa mort, il est certain, qu’avec des hommes habiles et résolus, la reddition de Québec ne devait pas être la conséquence inévitable d’un combat où les vainqueurs avaient presque autant perdu que les vaincus, et pouvaient être attaqués, dans une mauvaise position, par des forces supérieures à celles qu’ils venaient de combattre. Dans les autres choses que M. Smirx fait dire au marquis de Monrcaim mourant, cet écrivain ne mérite pas la moindre croyance.

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rier soin du gouverneur fut d'envoyer cinquante hommes par bataillon, pour renforcer la garnison de Québec. Le soir, il assembla un conseil de guerre, composé des commandans des différents corps, pour décider des mesures à prendre, dans les circonstances où l’on se trouvait. Sur la crainte que l’on avait que les Anglais ne marchassent au poste de Jacques-Cartier, ‘et sur l’exposé qu’on allait manquer de vivres, il fut décidé qu’on se retirerait, à l’entrée de la nuit. Afin que l’ennemi ne s’apperçüût pas de la retraite, et pour la faire avec moins d’embarras, attendu qu’on manquait de moyens de transport, on laissa le camp tendu, et l’on abandonna le bagage, l'artillerie, les munitions et les vivres.

Ainsi dénuée de tout, par la pusillanimité des chefs, l’armée se mit en marche, dans le plus grand silence, et.passa par la Jeune et l’Ancienne Lorette, traversa la rivière du Cap Rouge, et arriva, en partie, à la Pointe aux Trembles, le 14 à midi. M. pe BouGaiNvizzr, chargé de faire larrière-garde, eut ordre de rester, ce même jour, à Saint-/Æugustin. Les miliciens du gouvernement de Québec se dispersèrent, pour s’en retourner chez eux : une partie de ceux des autres gouverne mens en faisaient de même ; tandis que d’autres pillaient, dans les campagnes, sans qu’il fût possible d’arrêter ce désordre.

On arriva, le 15, dans le même ordre que la veille, à Jacques-Cartier. M. De BouGAINvViILLE vint à la Point aux Trembles, d'où il écrivit au marquis de VAUDREUIL, afin de savoir s’il jugeait à propos qu’il y restât, pour observer les ennemis. Le même jour, le chevalier de Levis reçut, à Montréal, une lettre, par laquelle le marquis de LS us lui apprenait la dé-

faite du 13, et lui mandait de le venir joindre, à J acques- Cartier, pour prendre le commandement de l’armée. Ce général se mit en route, le même jour, après avoir donné ses ordres, pour la défense des frontières et pour la subsistance des troupes, et arriva à Jacques- Cartier, le 17. Il fit part à M. De VAUDREUIL des ordres qu’il avait donnés, et de ceux qu’il convenait de donner, pour empêcher la désertion, qui devenait, de jour en jour, plus considérable. Il lui représenta que pour arrêter ce désordre, le seul moyen était de marcher en avant ; qu’il fallait faire tout au monde, et tout hazarder, pour empêcher la prise de Québec, et au pisaller, faire sortir tout le monde de la ville, et la détruire ; de manière que les Anglais n’y pussent point passer hiver ; observant qu'ils n'étaient pas assez forts pour garder la circonvallation de cette place, et empêcher les Français d’y communiquer ; qu’il fallait se mettre en mesure de menacer et d’attaquer les ennemis, et s’approcher d’eux, à la faveur des bois du Cap-Rouge et de Sainte-Foy, et que s’ils s’avançaient, de leur côté, il les fallait combattre ; que sil arrivait que l’armée fran-

çaise fût battue, elle se retirerait vers le haut de la ri-

vière du Cap-Rouge, laissant, vers le bas, un gros détachement, de manière à favoriser la sortie de la garnison de Québec, après avoir incendié la ville.

Le gouverneur général approuva le plan du chevalier de Levis, et dépêcha des couriers au commandant de Québec, pour linformer des mesures qu'on allait prendre. M. pe Levis écrivit aussi au chevalier de BERNEST, qui y commandait en second, pour l’exhorter à ranimer le courage et à réchauffer le zèle de la garnison.

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Le manque de vivres fut cause qu’on ne put se mettre en marche que le lendemain, 18. Le même jour, le chevalier de LarocHE-BEAucCOURT entra dans la ville, avec cent chevaux portant des sacs de buiscuits, et annonça que l’on était en marche pour secourir la place, à quelque prix que ce fût. L’armée arriva, le soir, à la Pointe aux Trembles, etle détachement de Bovcain- VILLE, qui faisait alors l’avant-garde, à la rivière du Cap- Rouge. Le 19, l'avant-garde se porta sur la rivière Saint-Charles, et le corps de l’armée à Lorette. En arrivant sur la rivière Saint-Charles, M. DE Boucain- VILLE apprit que, par une précipitation inconcevable, pour ne pas dire, par une insigne lâcheté, le commandant de Québec avait capitulé, malgré les espérances certaines d’un secours prochain, qu’on lui avait données, et avant, dit un historien anglais, qu’il y eût une seule batterie de dressée contre la place. ÆEh ! qu’obtenaiton, par cette capitulation ? des choses qu’on n’est plus dans l’habitude de perdre par les évènemens de la guerre, telles que l’exercice de sa religion, la conservation de ses biens, la liberté personnelle.

Il est vrai que les habitans de Québec, dont plusieurs avaient déjà cruellement souffert du bombarderaent de la ville, avaient bien sujet d'appréhender les suites d’un siège ; aussi M. Smirx prétend-il que ce furent eux, qui, par leurs instances et leurs représentations, forcèrent, en quelque sorte, M. De Ramsay à se tant hâter de capituler. Ilest vrai aussi, qu’en retraitant précipitamment, jusqu’à Jacques-Cartier, M. DE VAUDREUIL n’avait pas agi de manière à inspirer beaucoup de courage et de fermeté à la garnison et au commandant de Québec ; mais ce commandant ne pa-

raît plus excusable, lorsqu'il se rend, après avoir appris que le secours arrive.

Cet évènement rendait inexécutable le dessein

qu’on avait formé d'attaquer les Anglais, et il fallut rebrousser chemin. M. pe Boucainvizzx sauva une partie des effets et des munitions laissés d’abord dans le camp de Beauport, dont les Anglais ne s'étaient pas approchés. Le gros de l’armée fut, le 21, à la Pointe aux Trembles, et le 24, à Jacques-Cartier, où l’on commença à travailler à la construction d’un fort.

‘ L'Europe entière, dit RayNat, crut que la prise de Québec finissait la grande querelle de Amérique Septentrionale. Personne n’imagina qu’une poignée de Français, qui manquaient de tout, à qui la fortune même semblait interdire jusqu’à l’espérance, ôsassent songer à retarder une destinée inévitable. On les connaissait mal. On perfectionna, à la hâte, des retranchemens, qui avaient été commencés, à dix lieues audessus de Québec. On y laissa des irouges suffisantes pour arrêter les progrès de la conquête, et l’on alla s'occuper, à Montréal, des inoyens d’en effacer la honte et la disgrâce. ”?

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