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NEPIN, récollet ; il gagna le détroit qui le séparait du lac Huron; parcourut ce nouveau bassin, et se rendit sur la côte de Michillimakinac, d'où il pénétra dans le lac Michigan. Arrivé à l'entrée de la rivière Saint- Joseph, La Sale y fit construire un fort; et Tonti l'ayant rejoint, avec le reste des hommes, il remonta le cours de cette rivière, et traversa les hauteurs qui le séparaient de l’une des deux branches de l'Illinois. Cette route, différente de celle qu'avaieut suivie Joliet et le P. Marquette, ouvrait aux nouveaux voyageurs les contrées les plus riantes et les plus fertiles. La Sale pénétra dans les belles vallées que parcourt l'Illinois : il bâtit sur ses rives le fort de Crevecœur, établit des relations amicales avec les naturels du pays, commença la traite des pelleteries, dont le monopole lui était accordé, dans ces quartiers, et fit entrepreadre un voyage vers le haut Micissipi, avant d'en reconnaitre lui-même le cours inférieur.
Le 18 février 1680, le P. Hennepin s’embarqua, avec le nommé Dacan, et un autre Français, dans un canot d’écorce : il gagna le confluent de l'Illinois et du Micissipi; remonta ce fleuve, et reconnut successivement l'embouchure de ses principaux affluens ; l’'Ouisconsin, le Chippéouais, et KR rivière Sainte-Croix, du côté de l'Est ; la rivière Mingona, (ou des Moines), et celle de Saint-Pierre, du edté de l'Ouest. Un peu plus loin, sa navigation fut interrompue par une cataracte de dix-sept pieds de hauteur, qui occupe toute la largeur du fleuve : elle reçut le nom de Sault de Suint-Antoine.* En naviguant plus au nord, on rencontra la rivière Saint- François, que l’on remonta jusqu’au lac Zssati, où elle
* Quelques voyageurs français modernes, et parmi eux M. J. C. Bezrrami, disent ridiculement le Sault St. Anthony, la rivière St. Peter. Les Anglo-Américains parlent ainsi sans doute ; mais en parlant ainsi, ils traduisent du français en anglais.
prend sa source, Là, les trois voyageurs furent faits prisonniers par les Sioux, habitans de ces contrées. Remis en liberté, bientôt après, ils redescendirent le Micissipi jusqu’à l’Ouisconsin, remontèrent cetterivière, et gagnèrent, en faisant un portage, celle des Outagamis, qui les conduisit à la Baie Verte, d’où il revinrent à Mont-réal.
ependant, la guerre s'étant déclarée entre les Illinois et les Iroquois ; pour se mettre à l'abri des incursions de ces derniers, La Sale bâtit le fort de Saint-Louis, sur un rocher de deux cents pieds de hauteur, qui dominait le cours de l'Illinois. Ces travaux, et un voyage qu'il lui fallut faire au Canada, pour obtenir des levées d'hommes, et des moyens de défense, l’occupèrent une année entière. Il s'embarqua ensuite, avec un certain nombre d'hommes, sur un bâtiment qu'il avait fait construire, et arriva sur le Micissipi, le 2 février 1682. En descendant ce fleuve, il parvint à l'embouchure de l’Arkansas, où il fit un acte solennel de prise de possession. Il poursuivit jusqu’au golfe du Méxique le cours de sa navigation, et le nom de Louisiane fut donné aux contrées arrosées par le Micissipi.
La Sale pouvait revendiquer la gloire d’avoir, le premier, descendu le Micissipi jusqu'à son embouchure ; mais celle d’avoir vu, les premiers, cette embouchure, appartenait déjà aux Espagnols.*
* En 1538, Ferdinand Soro, parti d'Espagne, avec un corps de douze cents hommes, débarqua dans une baie de la Floride qu’il appella de Spiritu Santo. Ïlremonta vers le nord jusqu’au pied des Apalaches; puis, se dirigeant vers l'Ouest, à travers les contrées arrosées par le Coosa, l’ Alabama, le Tombigbi, il gagna successivement le Micissipi, la rivière ÆRouge, le Brazos de Dios, qui devint le terme de son expédition. Revenant sur ses pas, il atteignit de nouveau le Micissipi, près de l'embouchure de l’Arkansas, où il mourut, (Ses gens s'embarquèrent sur le fleuve, et le descendirent jusqu'à son embouchure, d'où ils se rendireut sur les côtes du
éxique, ou aux grandes Antilles.
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Pendant ces voyages de découverte, c’est-à-dire, vers 1680, ou 1681, il se forma, à Québec, une compagnie du Nord, pour commercer à la Baie d’Hudson,* et en chasser les Anglais, qui s’y étaient établis. Au printemps de 1682, elle fit partir pour ces quartiers deux vaisseaux, dont elle donna le commandement à deux particuliers entreprenants, MM. Rapison et DEsGRo- SEILLIERS, qui connaissaient le pays et le commerce qu’on y pouvait faire. Cette entreprise donna lieu à diverses rencontres, entre les sujets des deux peuples rivaux, dans lesquelles il y eut des postes pris et repris successivement, et beaucoup de sang répandu sans résultat important.
M. LereBvrE DE LA BARRE et M. DE MEULES, nommés, le premier, Gouverneur, et le second, Inten-
*Ou, Baie du Nord de Canada, comme on disait alors. On ignore en qu temps et par qui la Baie d'Hudson fut
découverte pour la première fois; mais il est certain que ce fut Henry Hupsonx, navigateur anglais, qui donna son nom à cette baie, ainsi qu'au détroit par lequel il y entra, en 1611. Charlevoix prétend que les prises de possession de quelques parties@le ce
ays, faites par NELson, pilote d'Hudson, ainsi que par Burron et
UxFOX, n’établissaient pas mieux les droits de la nation anglaise sur cette baie, que celles de VERRAZZAN n’établissaient ceux de la France sur la Cite la Virginie, etc. ; puisque, dit-il, il est certain que les Anglais ne possédaient rien aux environs de cette baie, lorsque le sieur, Bourpox y fut envoyé du Canada, (en 1656), pour en assurer la possession à ñ France. Mais si un pays inculte ou sauvage appartient, non à la nation qui le découvre, mais à celle qui s’y établit, la première, les Anglais avaient bâti le fort Rupert, à l'embouchure de la rivière de Mémiscau, et celui de Quitchitchouen, sinon antérieurement au re e du sieur Bourdon dans ces quartiers, du moins avant que M. Talon, qui avait formé le dessein de chercher un chemin facile pour aller par le Saguenay à la Baie d'Hudson, y eût envoyé le P. ALBANEL, et M. DE SAINT- Simon, gentilhomme canadien. Ces envoyés étaient entrés par la rivière de Némiscau dans la Baie d'Hudson, et avaient fait, en plusieurs endroits, des actes de prise de possession, les avaient signés, et les avaient fait signer par les chefs de diverses tribus de Sauvages, qu'ils avaient assemblés. Mais si des prises de possession n’avaient été que des cérémonies vaines pour les Anglais, que pouvaient-elles être autre chose nour les Français ?
dant, en remplacement du comte de Frontenac et de M. Duchesneau, arrivèrent à Québec, dans l'été de
A peine le nouveau gouverneur général fut-il arrivé, qu’il apprit que les Iroquois avaient déclaré la guerre aux Illinois, et qu’ils étaient mal intentionnés envers la colonie. Il convoqua une assemblée, à laquelle ilinvita l'évêque etquelques ecclésiastiques, l’intendant, plusievrs des membres du conseil supérieur, les principaux officiers des troupes, et les chefs des juridictions subalternes, pour qu'ils lui donnassent leur avis sur la cause du mal dont la colonie était menacée, et sur le meilleur moyen de le détourner.
Le résultat de la délibération fut que, vu l’impossibilité d'éviter la guerre, et de la faire avantageusement, avec le peu de moyens qu’on possédait, il était urgent de s'adresser incessamment au roi, pour lui demander les secours nécessaires. M. de La Barre fit dresser un acte de cette délibération, et l’envoya à la cour. Elle yf ut àpprouvée, et le roi donna ordre de faire embarquer, sans délai, deux cents soldats pour le Canada.*
M. de La Barre se prépara donc à la guerre contre les Iroquois, sans néanmoins perdre tout espoir d’accommodement avec ces Sauvages. Il chargea un homme de confiance de les aller prier de lui envoyer des députés à Mont-réal. Ils donnèrent l’assurance que des députés se rendraient à Mont-réal avant le mois de juin; mais dès le mois de mai, on eut nouvelle que sept à huit cents guerriers des cantons d’Onnontagué, d’Onneyouth et de Goyogouin étaient en marche, pour aller attaquer les
* Deux cents soldats ! C’était-là tout ce que pouvait faire pour s'assurer la paisible possession de la “Nouvelle France,” un monarque à qui il ne répugnait point de faire tuer ses sujets par dixaines et centaines de milliers, dans des guerres souvent aussi folles qu'injustes.
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Hurons, les Outaouais et les Miamis, et que les Tsonnonthouans devaient se répandre, par troupes séparées, dans les habitations françaises, vers la fin de l'été. M. de La Barre en prit occasion d'écrire de nouveau à la cour, pour en obtenir promptement des secours plus considérables que ceux qui lui avaient déjà été promis. Il jugea aussi à propos de faire encore une tentative auprès des Cantons. Il leur envoya demander en quel temps il: comptaient que leurs députés arriveraient à Mont-réal, pour dégager la parole qu'ils lui avaient donnée. Ils lui firent répondre qu'ils ne se souvenaient pas de lui avoir rien promis, et que s'il avait quelque chose à leur faire savoir, il pouvait les venir trouver chez eux. Néanmoins des députés des cinq cantons arrivèrent au mois d'août, à Mont-réal; mais on ne put tirer d’eux autre chose que des protestations vagues d’un
attachement sincère.
À peine les députés des Cantons étaient-ils de retour chez eux, qu’un de leurs partis de guerre tentait de surprendre la garnison du fort de Catarocouy, et qu’un autre était en marche pour aller attaquer celui de Saint Louis, où M. de La Barre avait placé M. de Bau«y, lieutenant, en qualité de commandant. Après avoir battu et pillé, en route, une troupe de marchands français, les Iroquois parurent à la vue du fort, et l’attaquérent; mais Baugy ayant été averti de leur approche, et s'étant préparé à la défense, les assaillans furent contraints de se retirer avec perte.
Cependant, le gouverneur, averti des grands préparatifs que faisaient les Iroquois, crut qu’il valait mieux prévenir ces barbares, en portant la guerre chez eux, que d’attendre, pour les combattre, qu'ils eussent mis le pied dans la colonie. Il prit encore une précaution propre à assurer le succès de son entreprise ; ce fut de
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diviser les cantons, pour n'avoir pas affaire à tous en même temps. A cet effet, il envoya des colliers aux Agniers, aux Onnontagués et aux Onneyouths, pour les engager à demeurer neutres entre lui et les Tsonnonthouans, chez lesquels seuls il voulait, disait-il, porter la guerre. Ilfit ensuite partir M. Durasr, capitaine de vaisseaux, avec cinquante hommes d'élite, pour porter un grand convoi de vivres et de munitions à Catarocouy, et garder ce poste; M. D'ORVILLIERS, qui y commandait, ayant eu ordre, dès le commencement du printems, d'aller reconnaitre le pays ennemi, et de marquer l'endroit le plus propre pour le débarquement.
Toutes les dispositions étant faites, l’armée se mit en marche. Elle était composée de cent trente soldats, de sept cents Canadiens, et de deux cents Sauvages, la plupart Iroquois du Sault Saint-Louis et Hurons de Lorette.* Elle s’'embarqua à Mont-réal, dans les derniers jours de juillet. M. de La Barre apprit, dans lu route, que malgré que le colonel DunKaN, ou DUNGAN, gouverneur de la Nouvelle York pour les Anglais,f eût offert aux Tsonnonthouans quatre cents cavaliers et autant d'hommes de pied, pour soutenir la guerre contre le gouverneur du Canada, les cantons d'Onnontagué, d'Onneyouth et de Goyogouin s'étaient faits médiateurs entre eux et les Français. En effet, des députés des trois cantons rencontrèrent l’armée de M. de la Barre campée sur les bords du lac Ontario, dans une anse, à laquelle la disette dont cette armée souffrait depuis
* Les Hurons de Sylleri étant presque tous morts de la petitevérole, le P. CHAUMONOT, jésuite, rassembla tous ceux qui se trouvaient dans les environs de Québec, et les fixa à l’endroit appellé maintenant l’Arcierne Lorette,
+ Cette province, appellée auparavant Nouvelle Belgique, était passée, depuis quelques années, de la Hollande à l'Angleterre,
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qu’elle y était arrivée, fit donner le nom d’Anse de la l'amine.*
Garakonthié et OurEouart, les deux principaux chefs de la députation, parlèrent avec beaucoup de bon sens et de modération ; mais le député tsonronthouan fit un discours plein d'arrogance ; et sur la proposition qui lui fut faite de laisser les Illinois en paix, il répondit qu’il ne leur donnerait point de relâche, qu’un des deux partis n’eût détruit l'autre. Toute l'armée fut indignée de cette insolence: mais quelle ne fut pas sa surprise, quand elle vit le général se contenter de répliquer à l'arrogant député, que du moins il prit garde, qu’en voulant frapper les Illinois, ses coups ne tombassent sur les Français qui demeuraient avec eux. Il le promit, et la paix fut conclue à cette seule condition. Les députés d'Onnontagué se rendirent garants que les Tsonnonthouans répareraient le mal que leurs guerriers avaient fait aux Français, en allant faire la guerre aux Illinois ; mais on exigea du général que son armée décampât dès le lendemain. Il partit lui-même, sur-lechamp, après avoir donné ses ordres pour l'exécution de ce dernier article.
Cependant, M. DE LA DURANTAYE, qui commandait à Michillimakinac, et M. Ducuru, son lieutenant, qui était à la Baie Verte, avaient eu ordre d'inviter les tribus de ces quartiers à se rendre à Niagara, où le gouverneur général devait se trouver, vers le milieu d'août, avec son armée, pour châtier les Tsonnonthouans. Ces Sauvages montrèrent d’abord beaucoup de répugnance à se joindre aux Français, particulièrement ceux de la Baie, en conséquence des mauvais procédés des gens de M. de ia Sale, à l'égard de quelques uns
* Suivant M. THATCHER, l'endroit se nommait, en langue iroquoise, Kaihohage.
d'entre eux; mais enfin, Perrot, le voyagenr dont nous avons parlé plus haut, vint à bout de leur faire comprendre qu’il y allait de leur intérêt, plus encore que de celui des Français, d’humilier, sinon de détruire une nation qui voulait faire la loi à toutes les autres. La Durantaye se trouva bientôt à la tête de cinq cents guerriers, Hurons, Outaouais et autres, auxquels il put joindre deux cents Français ou Canadiens, et descendit avec eux à Niagara. Mais quel ne fut pas l’étonnement des Sauvages de n’y trouver ni M. de La Barre, ni aucun Français? Ils se plaignirent sautement qu'on ne les avait tirés de leur pays que pour les livrer aux Iroquois ; et quand ils surent que la paix était faite, la Durantaye, Duluth et Perrot eurent besoin de mettre dehors toutes les ressources de leur génie, pour leur persuader qu'ils n'avaient pas été joués, et faire qu'ils s'en retournassent tranquillement chez eux.
Quand l’effervescence se fut un peu calmée, les chefs dirent à ceux qui les avaient fait venir inutilement de si loin: “ Ce n’est pas la première fois qu'ONONTHIO se sert de nous, comme d'instrumens, pour son avantage. Nous voyons bien que les Français n'ont en vue que leurs intérêts, et non le nôtre, dans toutes ces expéditions. Nous ne serons plus trompés; ONONTHIO ne nous fera plus sortir de chez nous que quand il nous conviendra de le faire: nous le laisserons vider seul ses différens avec les Iroquois, contre lesquels nous saurons bien nous défendre, s'ils viennent nous attaquer.”
A peine M. de La Barre fut-il de retour à Québec, qu'il y arriva un renfort de troupes, qui aurait pu le mettre en état de faire la loi à ceux de qui il venait, pour ainsi dire, de la recevoir. L'état déplorable où sa petite armée avait été réduite par la disette et la maladie, excita contre lui un murmure général, et M. de Meules crut
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devoir informer le ministre des colonies de la manière peu judicieuse, ou peu vigilante, dont l'expédition avait été conduite.
Cette même année 1684, M. DE CALLIERES, militaire de grand mérite, fut nommé gouverneur de Mont-réal, en remplacement de M. Perrot, qui s'était brouillé avec le séminaire, et à qui le roi donna le gouvernement de l’Acadie.
Depuis l’époque où nous avons laissé cette dernière province, il ne s’y était rien passé de remarquable, que quelques aggressions de la part des Anglais, ou des habitans des colonies anglaises, et des altercations et des hostilités entre les particuliers auxquels, d'après la mauvaise politique du temps, le pays avait été partagé. Les plus notables de ces particuliers étaient M. de Latour ; les sieurs Le BorGxe, père et fils, de la Rochelle, qui avaient succédé au sieur de Charnisé, au Port Royal et ailleurs, et le sieur DENYSs. Ce dernier avait obtenu la côte orientale, depuis Campceau jusqu'à Gaspé ; il y avait bâti le fort de Chédabouctou, et celui de Saintlierre, dans l'Ile Royale, où il avait aussi commencé un établissement. M. Denys était un homme de mérite, à vues droites, et à cenceptions vastes; mais les sieurs Le Rorgne, et le nommé LAGIRAUDIERE, qui avait aussi obtenu une concession de terres en Acadie, et particulièrement ie port de Campceau, ne se montrent que comme d'indignes intriguans, ou plutôt, comme des aventuriers sans foi, sans probité, plus dignes de commander à des flibustiers, que capables de former des établissemens solides, dans un pays n‘uveau. Les aggressions injustes, les usurpations dont ils se rendirent coupables, rappellent, selon la remarque d’un historien, “ces petits seigneurs féodaux, qui attaquaient leurs castels, dès qu'ils étaient mécontents les uns des autres.
Il ne faut pourtant pas confondre avec les hommes indignes que nous venons de nommer, un marchand de La Rochelle, du nom de GUILBAUT, qui s'était associé avec Le Borgne, fils, et avait contruit, à La Hève, un fort do pieux. Attaqué, dans ce fort, par les Anglais, il s'y défendit avec vigueur, tandis que la peur avait fait fuir sou associé dans les bois. Le commandant anglais fui tué, aux premières attaques, ainsi que plusieurs de ses gens; ce qui contreignit les autres à s'éloigner. Ils se préparaient néanmoins à revenir à la charge, lorsque Guilbaut, qui n'avait, à La Hève, d’autre intérêt que celui de ses effets, leur proposa une capitulation qui fut acceptée. La faim força bientôt le lâche Le Borgne à venir se remettre prisonnier entre les mains des Anglais. Enfin Hubert D’ANDILLY, chevalier de Grand- Fontaine, avait succédé à ces particuliers, en 1670, comme gouverneur, pour le roi, de toute l’Acadie, depuis la rivière de Kennebec, jusqu’au fleuve Saint-Laurent.
On avait songé, à la cour de France, à mettre cette province en état d’être secourue promptement, du côté de Québec, au moyen d’une route commode entre cette capitale et le Port Royal, ou le fort de Saint-Jean, ou même Pemtagoüt: M. PATOULET, commissaire de marine, avait été envoyé sur les lieux, dans cette vue; mais le projet ne fut pas mis à exécution, et l’on ne pouvait communiquer que très difficilement, par terre, entre l’Acadie et le Canada proprement dit, quand M. Perrot succéda au chevalier de Grand-Fontaine,
M. de Meules fit la visite des provinces méridionales du Canada, l’année suivante 1685 ; et à son retour à Québec, il écrivit au ministre des colonies une lettre, où il lui disait, entre autres choses, que le plus utile établissement que l’on pouvait faire était celui de lAcadie; que pour rendre cet établissement stable, ii était
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nécessaire, avant tout, de peupler et de fortifier le Port Royal, et de construire un bon fort à Pemtagoët, pour servir de barrière contre les Anglais ; qi? si, avec cela, on pouvait s'établir solidement à La Hève, dans l’ile du Cap Breton, et à Plaisance en Terre-Neuve, rien n’empêcherait que la France ne fût seule maîtresse des pêches de la morue, objet pour le moins aussi important que le commerce, même exclusif, des pelleteries; et enfin, qu'ayant fait le dénombrement de tout ce qui dépendait du gouvernement de l’Acadie, il n’y avait pas trouvé neuf cents personnes.
Cependant, M. de La Sale, que nous avons laissé à l'embouchure du Micissipi, était revenu à Québec, persuadé que l'entrée de la Louisiane, par le golfe du Méxique, devait être la plus directe et la plus avantageuse pour la métropole. Il repassa en France, dans la vue de tenter cette expédition maritime. Sa proposition fut bien accueillie, et il obtint qua’: : vaisseaux, sur lesquels s’embarquèrent deux cents quatre-vingts personnes destinées à former un premier établissement, L’escadre était commandée par un sieur DE BEAUJEU, comme l'expédition de terre devait l’être par La Sale, La mésintelligence, qui éclata entre les deux chefs, devint fatale à l’entreprise: on manqua l'embouchure du Micissipi. Ta Sale soupçonnant l’erreur, voulait rétrogarder ; mais Beaujeu s’obstina à poursuivre la navigation vers l’Ouest, et l’on parvint à l'entrée de la baie de Saint-Bernard, où furent débarqués les gens de l’expédition, ainsi que les munitions de guerre et les approvisionnemens qui leur étaient destinés.
Une autre expédition avait été concertée avec celle de La Sale; et tandis qu’il pénétrait dans la Louisiane par le golfe du Méxique, Tonti descendait le Micissipi jusqu’à son embouchure, dans l’espérance de se réunir
à lui. Il l’attendit pendant quelques mois; et après avoir fait cotoyer les côtes du golfe par deux canots, il remonta le fleuve, et revint au fort Crèvecœur, d’où il était parti. Quelques uns des hommes qui l’accompagnaient se séparèrent de lui: les uns se rendirent chez les Cénis, les autres chez les Arkansas, et les différents endroits où ils se fixèrent devinrent le berceau d’autant d’établissemens français.
La Sale, réduit à ses seules ressources, se maintint, ou plutôt s’obstina à demeurer deux ans entiers, sur la côte inhospitalière où ilavait abordé. Il tenta quelques essais de culture, et quelques plantations, que la sécheresse fit avorter, ou qui furent ravagés par les bêtes fauves. Supérieur à toutes les fatigues, et peu soucieux du bien-être et même de la vie de ses gens, il fit, pour chercher le cours du Micissipi, plusieurs excursions, dans chacune desquelles il perdit plus de la moitié de ceux qui l'avaient suivi. L’extrême misère, et la perspective d'une mort assurée et prochaine, mit le comble au mécontentement. La Sale, qui au courage, à l’activité, et à l'amour de la gloire, joignait malheureusement un caractère impérieux, violent, tyrannique, des manières brusques et un langage injurieux, fut enfin forcé de se mettre en route pour le pays des Cénis, avec le reste de ses colons. La nécessité de chasser pour se nourrir forçait ces gens de se partager en différentes bandes. Un neveu de La Sale s'étant emporté avec violence contre quelques uns de ceux qui l’accompagnaient, ils attendirent le moment de son sommeil pour l'assassiner. Deux hommes attachés à son service, qui dormaient près de lui, eurent le même sort. Il fallait aux meurtriers un crime de plus pour leur faire espérer l’impunité, et il n’hésitèrent pas à le commettre: ils s’'embusquèrent pour attendre La Sale, qui suivait la mème
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direction, et l’un d’eux le tua d’un coup d’aruebuse, Un missionnaire et un Sauvage, qui le suivaient, reçurent son dernier soupir. Ce meurtre fut commis le 20 mars 1687. Les amis de La Sale, (car il lui en restait encore quelques uns*), voulaient venger sa mort; mais l'abbé CAVELIER, son frère, les conjura de laisser à Dieu la vengeance. Elle ne se fit pas attendre longtems: deux des assassins furent tués, dans une querelle avec leurs complices: deux autres se séparèrent volontairement d’un cortège où ils étaient vus avec horreur. Le reste des voyageurs, après avoir passé chez les Cénis, les Natchitoches, et autres tribus sauvages, parvinrent au confluent de l’Arkansas et du Micissipi. Ils remontèrent ce fleuve et la rivière des Illinois jusqu’à St.-Louis. Gagnant, de là les grands lacs, ils vinrent terminer à Mont-réal et à Québec leur désastreuse expédition. Pour revenir à M. de La Barre, la manière dont il
avait conduit et terminé son expédition, contribua à hâter son rappel.f Ileut pour successeur le marquis
* Parmi ces amis de La Sale était le sieur Jourez, ‘“ fort honnête homme, le seul de sa troupe sur lequel il püt compter” sûrement, suivant Charlevoix, et auteur du ‘“ Journal Historique du dernier Voyage de M. de La Sale, pour trouver l'embouchure de la rivière de Micissipi, autrement nommée de Saint-Louis,” &c.
M. DE LA BARRE ne manquait pas pourtant d'une certaine activité : il avait suivi, d’une manière particulière, les mouvemens de La Sale et de ses gens; et il avait été.très offensé de ce que le P. HENKNEPIN, en passant à Québec, n’avait voulu lui rien communiquer des découvertes qu’il prétendait avoir faites, et qu’en conséquence il crut n'être pas importantes. Dès le 14 novembre 1682, il avait écrit au ministre des colonies, que l’imprudence de La Sale avait allumé la guerre entre les Iroquois et les Français ; et dans une autre lettre, du 30 avril 1683, il disait que “ La Sale était, avec une vingtaine de vagabonds, Français et Sauvages, au fond de la Baie Verte, où il tranchait du souverain, pillait et rençonnait tous ceux de sa nation ; exposait les peuples aux incursions des Iroquois ; et couvrait toutes ces violences du prétexte de la permission qu'il avait du roi, de faire seul le commerce dans les pays qu’il découvrirait ; en quoi il était d'autant moins fondé, que la Baie et ses environs étaient connus et fréquentés des Français, longtems avant son arrivée en Amérique.”
de DENONVILLE, colonel de dragons, qui avait fait
preuve de courage et d’habileté, et de qui on pouvait attendre de la fermeté et de la vigueur, lorsque les circonstances l’exigeraient.
Le premier soin du nouveau gouverneur fut de s’instruire de l’état où se trouvaient les affaires avec les Iroquois. Il ne tarda pas à être convaincu que les Français n’auraient jamais ces peuples pour amis, et que la meilleure politique à suivre était de les humilier et deles affaiblir, au point de leur faire trouver leur sûreté dans la soumission ou la neutralité.
Muis il ne s'agissait pas seulement de repousser les attaques des ennemis de la colonie, il fallait encore s'attacher à lui conserver ses alliés sauvages. Depuis quelque temps, les Anglais de la Nouvelle York faisaient tous leurs efforts pour rendre les tribus de l'Ouest ennemies des Français, et pour attirer chez eux le commerce que, ceux-ci faisaient dans ces quartiers. Pour empêcher un évènement qui eût été un malheur pour le Canada, M. de Denonville proposa au ministre des colonies (M. de Seignelay,) par une lettre datée du 8 mai 1686, de construire à Niagara un fort capable de contenir une garnison de quatre à cinq cents hommes, tant pour fermer aux Anglais le passage des lacs, et empécher les Sauv::ges de leur porter leurs pelleteries, que pour tenir les froquois dans la crainte et le respect, et offrir un rendez-vous, et même un refuge, en cas de besoin, aux alliés de la colonie. Les marchands de Québec qui commerçaient avec les Sauvages de l'Ouest, goûtèrent fort le projet du gouverneur, et offrirent même de contribuer de tout leur pouvoir à son exécution. Pendant que M. de Denonville projettait ce nouveau fort, il renforçait et approvisionnait abondamment celui
de Catarocouy.
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Le gouverneur de la Nouvelle York, attentif à toutes les démarches de celui de la Nouvelle France, lui écrivit une lettre dont la substance était, ‘ Que lesgrands amas de vivres qui se faisaient au fort de Frontenac, persuadaient aux Iroquois qu'on avait dessein de leur déclarer la guerre; que ces peuples étant sujets de la couronne d'Angleterre, les attaquer, ce serait enfreindre la paix qui subsistait entre les deux nations; qu’il avait aussi appris qu’on se proposait de construire un fort à Niagara, et que cette nouvelle l'avait d'autant plus étonné, qu’on ne devait pas ignorer en Canada, que tout ce pays était de la dépendance de la Nouvelle York.”
L’intention du marquis de Denonville était bien d'attaquer les Iroquois ; mais comme il n’était pas encore prêt à le faire, il répondit au gouverneur anglais, ‘ Qu'y ayant une grosse garnison à Catarocouy, il était nécessaire d'y envoyer, à la fois, beaucoup de provisions, attendu qu’on ne le pouvait pas faire commodément en toute saison ; que les prétentions de l'Angleterre sur le pays des Iroquois étaient mal fondées, et qu’on y devait savoir que les Français en avaient pris possession avant qu’il y eût des Anglais dans la Nouvelle York.” Le colonel Dungan était bien l’homme le plus actif et le plus vigilant qu’il y eût alors en Amérique: rien ne lui échappait ni des démarches, ni même des intentions de ses adversaires, et on le voyait partout, soit par luimême, soit par ses émissaires. Dans la présente occasion, il avait assemblé à Orange, (ci-après Albany), des députés de tous les cantons roquois ; les avait avertis que le nouveau gouverneur du Canada était déterminé à leur déclarer la guerre, et les avait exhortés à le prévenir, en les assurant que, quoiqu'il amnivât, il ne les abandonneraït point. #’il ne réussit pas à faire prendre dès lors les armes aux Hroquois, la colonie en fut peut-
être uniquement redevable au P,. pe LAMBERvIELE, missionnaire chez les Onnontagués. Ayant été informé de ce qui se tramait, il parvint, par son habileté et par l'estime dont il jouissait dans les Cantons, à détourner l'orage pour un temps. Après avoir tiré parole des principaux chefs, qu’ils ne consentiraient à aucune hostilité contre les Français, durant son absence, il partit pour aller instruire le gouverneur général de tout ce qu’il avaitappris. Les envoyés de Dungan travaillèrent avec succès, durant l’absc:ee du missionnaire français, qui à son retour, trouva ure partie des guerriers près de se mettre en campagne ; mais il dissipa par ses discours, et plus encore, peut-être, par les magnifiques présens dont il était porteur pour les chefs, les soupçons et les craintes qu’on leur avait inspirés.
Cependant, la compagnie du Nord, voulant se remettre en possession d’un fort dont les Anglais s'étaient emparés, demanda à M. de Denonville des scldats et un officier pour les commander. Ce général lui accorda quatre-vingts hommes, presque tous Canadiens, et pour commandant le chevalier DE TRoYE. MM. DE SAINTE- HELENE, D’'IBERVILLE et DE MARICOURT, tous trois fils de M. LEMOYKE, homme marquant dans la colonie, voulurent être de l'expédition, comme volontaires. Cette petite troupe partit de Québec, au mois de mars 1686, et arriva, le 21 juin, au fond de la Baie d'Hudson. Elle s’empara de plusieurs forts et de plusieurs bâtimens, des uns sans coup férir, et des autres, après une plus ou moins longue résistance. Sainte-Hélène et Iberville y firent des actions de valeur et d’intrépidité qu’on pourrait appeller héroïques, et auxquelles il n’a manqué qu’un théâtre plus connu et plus étendu, pour mériter d’être consignées dans une histoire générale.*
* Dans cette première expédition, M. pe TRoYE attaqua un fort de pieux à quatre bastions revêtus de terre, sur la rivière Monsoni,