‹ Histoire du Canada, sous la domination française [microforme]Chapitre 11 sur 19 · LLE · texte numérisé non relu

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A la fin de cette même année 1686, ou au commencement de la suivante, les commandans des quartiers de l'Ouest, La Durantaye, Duluth, Tonti, eurent ordre de mettre en état de défense les forts de Michillimakinac et du Détroit, et d'envoyer ou conduire à Niagara, le printems suivant, tous les Canadiens et Sauvages qu'ils auraient pu rassembler, et qui ne seraient pas nécessaires à la garde de ces postes.

Au commencement de l’été de 1687, M. de Denonville ayant reçu les renforts qu’il avait attendus de France, se disposa à faire définitivement la guerre aux Iroquois. Il débuta par un acte qui portait des caractères si frappants de violence et de perfidie, qu’il aurait dû en prévoir les suites fâcheuses, s’il ne regardait pas à l’odieux de la chose en elle-même.

Depuis longtems, Louis XIV avait donné ordre que les prisonniers de guerre iroquois fussent envoyés en

France, pour y être mis aux galères, “ parce que, disent

appellé Monsipi, suivant Charlevoix. “ Le canonnier seul, dit cet auteur, ‘se mit en défense, et mourut en brave.” Le reste de la

arnison se rendit prisonnier de guerre. SAINTE- HELENE, à la tête

e cinquante hommes, ayant rencontré, sur la côte, un bâtiment qui n’était point gardé, s'y embarqua avec sa troupe, et alla débarquer sans opposition, près du fort Rupert. Il donna aussitôt l'assaut à la place: la garnison, étonnée de cette hardiesse, se rendit sans coup-férir. D’IBeRvILLE s'étant embarqué avec neuf hommes, rencontra, à l'ancre, un petit bâtiment où il y avait quatorze hommes: il s’en rendit maître, après une courte et faible résistance. Tous les Français se réunirent ensuite, s’embarquèrent sur les prises de Sainte-Hélène et d'Iberville, et allèrent attaquer le fort de Quitchitchouen, dont la garnisor. se rendit aussi, après s'être laissé canonner quelque temps, à la condition d’être envoyée au port Velson. Le fort de Quitchitchouen prit le nom de Sainte- Anne. Les Anglais le revinrent attaquer, l’année suivante ; mais ils y trouvèrent le brave d’Iberville, qui les repoussa avec perte, leur prit un bâtiment richement chargé, et brula le petit fort de Charlestown, qu’ils avaient bâti sur le bord de la mer, à quelques lieues de celui de Quitchitchouen. Avant ces hostilités, ou ces “ représailles,” les Anglais avaient enlevé aux Français un fort ou comptoir, que ces derniers avaient bâti sur la rivière Sainte-

èse.

les lettres royales, ces Sauvages étant forts et robustes, serviront utilement sur nos chiourmes.”

‘ Dans quel code, s’écrie un historien, est-il écrit que les prisonniers de guerre seront relégués parmi les coupables, et jettés au milieu de la lie des hommes?” Sans doute, ce code ne pourrait être que celui de la barbarie : mais ici il y a plus: ce n'est pas de prisonniers de guerre qu'il s’agit, mais des chefs d’un peuple avec qui l'on est encore en paix, qu’on fait tomber dans le piège, par des discours trompeurs et perfides, et à l'égard desquels on viole le droit des gens, de la manière la plus indigne. Sous divers prétextes, le gouverneur général attira les principaux chefs des Iroquois à Catarocouy ; les fit saisir, enchaîner, conduire à Québec par une forte escorte, et enfin embarquer pour la France, où les galères les attendaient. Ce qu’il y eut de pis, c’est que le marquis de Denonville sc servit, pour cette affaire, du ministère de deux missionnaires, les PP. de Lamberville et Millet, sans faire attention que, non seulement il mettait ces religieux en danger de perdre la vie, mais qu’il décréditait, peut-être sans retour, aux yeux des Sauvages, la religion qu’on leur prêchait, depuis si longtems, et qu’on paraissait avoir tant à cœur de leur faire embrasser.

Le 2. Millet, qui tomba, quelque temps après, entre les mains des Onneyouths, fut d’abord destiné au supplice du feu, et n’en fut préservé que par la générosité d’une matrone, qui l’adopta pour sonfils. Le P. Lamberville, qui était demeuré entre les mains des Onnontagués, ne dut son salut et sa liberté qu'à la grande estime et au sincère attachement qu'on avait pour lui, dans ce canton. À la première nouvelle de ce qui venait de se passer à Catarocouy, les anciens le firent venir devant eux, et après lui avoirexposé, avec toute l'énergie d’une

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première indignation, le fait qu’ils venaient d'apprendre, l’un d'eux lui dit: “ Tu ne peux disconvenir que toutes sortes de raisons nous autorisent à te traiter en ennemi ; mais nous ne pouvons nous y résoudre: nous te connaissons trop pour n’ê! ersuadés que ton cœur n’a point eu de part à | 1e tu nous as faite, et nous ne sommes pas pour te punir d’un crime dont nous te croyoi at, et dont tu es, sans doute, au désespoir d’avoir été l'instrument. Il n’est pourtant pas à propos que tu restes ici; ear quand notre jeunesse aura chanté la guerre, elle ne verra plus en toi qu’un perfide, qui a livré nos chefs au plus indigne esclavage. Sa fureur tomberait sur toi, et nous ne pourrions plus t'y soustraire.”

Ts l’obligèrent à partir, sur-le-champ, et lui donnèrent des guides, qui ne lé quittèrent que quand ils l’eurent mis hors de tout danger.

Le marquis de Denonville ayant assemblé l’armée qu’il voulait conduire contre les Iroquois, il la fit camper d’abord dans l’ile de Sainte-Hélène, vis-à-vis de Montréal. M. DE CnamriGny-Noroy, qui, l’année précédente, avait succédé à M. de Meules, dans l’intendance, s’y rendit, le 7 juin, avec le chevalier de VAUDREUIL, qui était arrivé, depuis peu, dans la colonie, avec le titre de commandant des troupes. Cette armée, commandée par le marquis de Denonville en personne, était composée de huit cent-trente soldats, d'environ mille Canadiens, et de trois cents Sauvages. Elle se mit en route, le 11, sur deux cents bateaux et autant de canots d’écorce.

En arrivant à Catarocouy, le général français reçut une lettre du colonel Dungan, écrite sur le ton que ce gouverneur avait coutume de prendre, lorsqu'il s'agissait des Iroquois ; c’est-à-dire, qu'il se plaignait hautement

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de ce que le gouverneur du Canada faisait la guerre à des peuples qui étaient sujets de sa majesté britannique. Il ajoutait que M. de la Barre n’avait pas cru devoir s’engager dans une pareille expédition, sans lui en avoir auparavant donné avis.

M. de Denonvilie lui fit réponse qu'ils étaient loin de compte, s’il regardait les Iroquois comme sujets du roi d'Angleterre, et que, quant à la démarche de son prédécesseur, il lui déclarait que ce n’était pas pour lui un exemple à suivre. Le gouverneur du Canada parlait avec d'autant plus d'assurance, dit le P, Charlevoix, qu'il croyait être en droit d’accuser de mauvaise foi celui de la Nouvelle York. Il venait d'apprendre que La Durantaye avait rencontré, sur le lac Huron, soixante Anglais, escortés par des Tsonnonthouans, et condnits par un Français, avec des marchandises, pour faire la traite à Michillimakinac.* Le fait de ces traitans anglais était une contravention aux conventions faites entre les couronnes de France et d'Angleterre ; mais le colonel Dungan pouvait l’ignorer, et conséquemment n'être pas coupable de mauvaise foi, non plus que d’infraction des traités.

De Catarocouy M. de Denonville se transporta à la rivière des Sables, en-deça de la baie des Tsonnonthouans. Par un heureux hazard, les Canadiens et les Sauvages que lui amenaient les commandans de l’Ouest y arrivèrent en même temps. On se mit aussitôt à

+* Les marchandises de ces Anglais furent confisquées et distribuées aux Sauvages, et ils furent eux-mêmes retenus prisonniers, ainsi que les Iroquois qui les escortaient. Quant au Français qui leur avait servi de guide, M. ne DENONVILLE le fit fusiller : châ-

timent sur lequel LAHoNTAx s’écrie à l'injustice, par la raison qu'il y avait paix alors entre l'Angleterre et la France ; que Charlevoix

. approuve, en prétendant que ce Français cambattait contre le

service de son prince; et que, pour tenir un juste milieu, nous qualifierons de sévère et disproportionné à l’offense.

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faire, sur le bord du lac, un peu au-dessus de la rivière, un retranchement de palissades. Ce tranchement, qu’on appella Fort des Sables, fut achevé en deux jours. Quatre cents hommes y furent laissés, sous le commandement de M. d’Orvilliers, pour assurer les derrières de l’armée. 4

Du fort des Sables l’armée prit son chemin par les fi terres, et après avoir passé deux défilés très dangereux, elle arriva à un troisième, où elle fut vigoureusement attaquée par huit cents Iroquois. Deux cents de ces NEA Sauvages, après avoir fait leur décharge, se détachèrent j pour prendre l'armée française en queue, tandis que ie reste continuait à la charger en tête. Le combat se soutint, quelque temps, avec vigueur des deux côtés ; mais à la fin, les Sauvages furent repoussés et prirent la fuite.

Il'‘y eut, du côté des Français, cinq ou six hommes de tués, et une vingtaine de blessés. La perte des Iroquois fut de quarante-cinq hommes tués sur la place, et d’une soixantaine de blessés. Les corps des premiers furent mis en° pieces, et mangés par les Outaouais, qui, comme le marquis de Denonville l'écrivait à M. de Seignelay, firent beaucoup mieux la guerre aux morts qu’ils ne l'avaient faite aux vivans.

Le lendemain du combat, l’armée alla camper duns un des quatre villages dont se composait le canton de Tsonnonthouan. Elle n’y trouva personne, et le brûla. Les Français pénétrèrent ensuite dans le pays, détruisirent toutes les cabanes, brûlèrent quatre cent mille \ minots de blé-d’inde, et tuèrent une immense quantité de pourceaux. L’humiliation des Tsonnonthouans fut à peu près le seul fruit de cette expédition. Ces Sauvages rentrèrent dans leur pays aussitôt que les Français s'en furent retirés.

L'occasion de bâtir un fort à Niagara était trop belle pour que M. de Denonville la manquât. Le fort fut construit, et le chevalier de Troye y fut laissé avec cent hommes, pour le garder. Les Sauvages alliés en témoignèrent beaucoup de joie; mais bientôt, la maladie s'étant mise dans la garnison, qui périt tout entière avec son commandant, on attribua cet évènement à l’air du pays, et le fort fut abandonné.

L'expédition de M. Denonville avait si peu intimidé les Iroquois, qu’à peine il était de retour à Québec, que le fort de Chambly fut tout-à-coup investi par un gros parti d'Agniers. La résistance qu’ils y trouvèrent les obligea à décamper, dès le lendemain; mais ils ne'le firent qu'après avoir brûlé quelques habitations écartées, et fait plusieurs prisonniers.

Ce qui enhardissait surtout les Iroquois, c’était l'appui que leur donnait, ou que leur promettait le colonel Dungan: en cette occasion, il fit déclarer au marquis de Denonville, qu’il ne devait espérer de paix avec les cinq cantons qu’à ces quatre conditions: 1°. qu’on ferait revenir de France les Iroque' “on y avait envoyés pour servir sur les galères ; qu'on obligerait les Iroquois chrétiens du Sault Saint-Louis, et ceux qui s'étaient établis au pied de la Montagne de Montréal, à retourner dans leur pays; 3°. qu'on raserait les forts de Niagara et de Catarocouy ; 4°. qu’on restituerait aux Tsonnonthouans tout ce qui avait été enlevé de leurs villages.

Sans s'arrêter à cette déclaration, le gouverneur général entreprit de négocier directement avec les Iroquois ; et au moyen des missionnaires, il réussit à se faire envoyer des députés par les trois cantons d’Onnontagué, d'Onneyouth et de Goyogouin. Ces députés, qui avaient été suivis par 1200 guerriers jusqu’au lac Saint-

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François, parlèrent avec beaucoup d’arrogance, donnant à entendre, que ce serait par pure faveur qu'ils feraient la paix, aux conditions proposées par le gouverneur de la Nouvelle York. Après avoir exposé, en termes extrêmement emphatiques, la situation avantageuse des Cantons, la faiblesse des Français, et la facilité qu'aurait sa nation à les chasser du Canada, HAAsKOUAUN, chef de la députation, ajouta : ‘ Pour moi, j'ai toujours aimé les Français, et je viens d'en donner une preuve non équivoque; car ayant appris que nos guerriers avaient formé le dessein de venir brûler vos forts, vos maisons, et vos grains, afin d’avoir bon marché de vous, après vous avoir affamés, j'ai si bien sollicité en votre faveur, que j'ai obtenu la permission d'avertir ONoNTHI0, qu'il pouvait éviter ce malheur, en acceptant la paix aux conditions que CorLAR* lui a proposées.”

M. Denonville répondit à la députation iroquoise, qu’il consentirait volontiers à la paix, mais qu’il ne la donnerait qu’à ces conditions: 1° que tous les alliés des Français y seraient compris; 2° que les cantons d’Agnier et de Tsonnonthouan lui enverraient aussi des députés; 3° que toute hostilité cesserait de part et d'autre ; 4° qu’il pourrait, en toute liberté, ravitailler le fort de Catarocouy. Il consentait à la démolition du fort de Niagara, et il promettait de faire revenir prochainement de France les Iroquois qui y avaient été

‘envoyés, et dont il avait même déja sollicité lé rappel.

Ces conditions furent acceptées, et une trève fut conclue, sur-le-champ. Les députés consentirent à laisser cinq d'entre eux pour otages, afin d'assurer un convoi que l’on préparait pour Catarocouy ; et l’on convint que s'il

* Ou CorLaEr. C’est le nom qu'ils donnaient au gouverneur de la Nouvelle York, et généralement aux Anglais, ou à leurs descendans, établis en Amérique.

survenait quelque hostilité de la part des alliés des Français, pendant la négociation pour la paix, elle ne ferait rien changer à ce qui venait d’être résolu.*

Soit qu’on n’eût pas eu le temps d’instruire les Sauvages alliés des intentions du gouverneur, soit qu'ils fussent. persuadés que les Iroquois ne traiteraient pas de bonne foi, presque tous parurent mécontents de la trève et des négociations qui devaient s’en suivre; et les Hurons de Michillimakinac prirent les mesures les plus propres à rendre impossible la conclusion d’un traité dont ils craignaient d’être les premières victimes. Ils avaient pour chef principal KONDIARONK, que les Français avaient surnommé LE RaAT,f homme d’esprit, d’une bravoure à toute épreuve, et d’une habileté consommée. Il était parti de Michillimakinac avec une troupe choisie de Hurons, pour faire la guerre aux Iroquois ; mais il apprit, à Catarocouy, qu’on négociait avec eux, et que le gouverneur général attendait, à Montréal, des députés et des otages de tous les cantons. Il parut un peu surpris de cette nouvelle; mais il ne lui échappa aucune plainte, et il partit de Catarocouy, laissant les Français dans la pensée qu’il reprenait le chemin de son pays. S'étant informé de la route que devaient suivre les députés et les otages iroquois, il alla les attendre, dans une anse, où il leur dressa une ambuscade. Après les y avoir attendus quelques jours, il les vit paraître, les laissa approcher, et fondit sur eux, au moment où ils débarquaient de leurs canots, sans la moindre méfiance. Quoique surpris, les Iroquois vou-

* Pendant que les députés Iroquois étaient à Mont-réal, les huit cents guerriers qu'ils avaient laissés au lac Saint-François, ayant remonté le fleuve, avaient investi le fort de Frontenac, tué tous les bestiaux qui paissaient aux environs, et brûlé tous les foins, au moyen de flèches allumées.

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lurent se défendre ; mais la partie était trop inégale: il y en eut quelques uns de tués; les autres furent faits prisonniers. ‘TEGANissoRE',* le chef de la députation, lui ayant demandé comment il avait pu ignorer qu'il était ambassadeur, et qu'il avait été envoyé pour négocier un traité de paix avec le gouverneur général, le fourbe fit semblant d'être encore plus étonné que lui, et protesta que c’étaient les Français eux-mêmes qui l'avaient envoyé en cet endroit, en l’assurant qu'il y rencontrerait un parti d’Iroquois qu'il lui serait très facile de surprendre et de défaire ; et pour lui prouver qu’il lui parlait sincèrement, il le relâcha sur l’heure, avec tous ses gens, à l'exception d'un seul, qu’il voulait retenir, disait-il, pour remplacer un des siens, qui avait été tué.

Kondiaronk se rendit en hâte à Michillimakinac, et livra son prisonnier à M. de la Durantaye. Ce commandant, qui n’était pas encore informé des négociations entamées avec les Iroquois, condamna (on ne saurait dire par quel droit), lé malheureux à passer par les armes. Il eut beau protester qu'il était ambassadeur, et que les Hurons l'avaient pris par trahison, Kondiaronk avait prévenu tout le monde que la tête lui avait tourné, et que la crainte de la mort le faisait extravaguer. Dès qu’il fut mort, le rusé chef fit venir

* M. Thatcher, dans son Zndian Biography, le nomme DECANE- 80RA, où comme nous prononcerions, DECANISORE’. Nous prenons un juste milieu entre cet écrivain et les auteurs français, qui l’appellent TEGANISSORENS.

Ÿ On prétend, dit Charlevoix, que Kondiaronk alla seul à Catarocouy, après son exploit, et que quelqu'un lui ayant demandé d’où il venait, il répondit qu’il venait de tuer la paix ; expressions dont on ne comprit pas d’abord le sens, mais dont on eut bientôt l'explication lus un de ses prisonniers, qui s'était enfui à Catarocouy, et que l’on renvoya aussitôt vers ses compatriotes, pour les convaincre que les Français n’avaient eu aucune part à la perfidie des Hurons.

un viel Iroquois, qui était depuis longtems captif dans son village, lui donna la liberté, et lui recommanda, en le renvoyant dans son pays, d’instruire ses compatriotes de ce qui venait de se passer sous ses yeux, et de leur apprendre que, tandis que les Français amusaient les Cantons par des négociations feintes, ils faisaient faire des prisonniers sur eux, et les fusillaient.*

Un stratagème si bien conduit devait avoir son eñet ; néanmoins, détrompés, en apparance, sur la prétendue mauvaise foi du gouverneur général, les Cantons avaient nommé de nouveaux députés, et ces députés étaient sur le point de se mettre en route pour Montréal, lorsqu'un exprès du chevalier ANDRos, qui avait remplacé le colonel DunNGAN à New York, arriva à Onnontagué, et défendit aux Iroquois de traiter avec les Français sans la participation de son maître. Le nouveau gouverneur anglais écrivit, en même temps, à M. de Denonville, qu’il ne devait pas se flatter de faire la paix avec les cantons iroquois à d’autres conditions que celles qui avaient été proposées par son prédécesseur : qu’au reste, il était disposé à bien vivre avec lui, et qu’il avait interdit aux Anglais de sa dépendance toute hostilité sur les terres possédées par la couronne de France.

Cette déclaration du chevalier Andros, par rapport aux Iroquois, jetta d'abord la consternation dans tout le Canada. Le sentiment de la crainte, celui même du désespoir, y devaient être tout naturels, vu le peu de secours qu’on recevait de France, et le peu de resources qu’offrait la colonie. Les inquiétudes et les appréhen-

*Si l'historien comtemporain n’a ni exagéré, ni défiguré les faits qu’il rapporte, il doit paraître un peu singulier que Kondiaronk n’ait pas été plus mal vu des Français, après leur'avoir joué

une aussi mauvaise pièce, et que LA DURANTAYE n'ait pas été blômé, sinon puni, d’avoir fait fusiller un prisonnier de guerre.

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sions auxquelles elle était continuellement en proie; les incursions si fréquentes des Iroquois, ne permettaient pas à cette colonie de faire des progrès rapides du côté des richesses et de la population. Le commerce des pelleteries était partagé avec les Anglais; les pêcheries du golfe et des parages adjacents étaient presque entièrement négligées ;. et à l'exception du sieur RivERIN, qui établit, sur un grand plan, des pêches sédentaires dans le fleuve Saint-Laurent, particulièrement aux environs de Matane, les Canadiens et les Français établis en Canada, étaient généralement peu entreprenants. Ce qu’ils entendaient le mieux, c'était le maniement des armes, auquel le gouvernement. les accoutumait, et la traite des pelleteries avec les Sauvages ; mais c'était là précisément ce qui nuisait le plus au progrès de la population, de l'agriculture et de l’industrie. D’après le recensement de cette année 1688, la population française du Canada n'était que de 11,249 individus, ou d'un peu plus de 12,000, en y comprenant le gouvernement de l’Acadie.

Néanmoins, l’indignation et la honte de voir une poignée de Sauvages tenir en échec tout un grand pays, ayant bientôt succédé à la crainte, .on forma un dessein qui aurait pu passer pour hardi, quand même l’état de la Nouvelle France aurait été aussi florissant qu'il était déplorable: ce fut de conquérir la Nouvelle York. M. de Callières en ayant communiqué le projet au gouverneur général, passa en France, pour le proposer à la cour, comme le seul moyen de prévenir l'entière destruction de la colonie française du Canada.

On passa assez tranquillement lhiver .et une partie de l'été de 1689; mais le 25 août, 1500 Iroquois descendirent, de nuit, dans l'ile de Mont-réal, à l'endroit appellé La Chine. Trouvant tout le monde endormi, ils

se mirent d’abord à enfoncer les portes, et ensuite à brûler les maisons, et commencèrent un massacre général des hommes, des femmes et des enfans, faisant souffrir à ceux qui tombaient entre leurs mains tous les tourmens que la fureur pouvait leur faire imaginer. En moins d’une heure, ils firent périr, dans les plus horribles supplices, plus de deux cents personnes de tout sèxe et de tout âge, et après cette terrible boucherie, ils s’avancèrent jusqu’à une lieue de Mont-réal, faisant partout les mêmes ravages, et exerçant les mêmes cruautés.

Au premier bruit de ce tragique évènement, M. de Denonville, qui se trouvait à Mont-réal, donna ordre à un lieutenant de troupes de se jetter dans un fort dont il craignait que l'ennemi ne se rendit maître. À peine cet officier y était-il entré, qu'il se vit investi par un gros d’Iroquois, contre lesquels il se défendit longtems avec courage; mais tous ses gens ayant été tués, et luimême étant blessé grièvement, les assaillans entrèrent dans son fort, et le firent prisonnier. Alors toute l’île demeura en proie aux vainqueurs, qui en parcoururent la plus grande partie, laissant partout des traces sanglantes de leur fureur; et quand ils furent las de ces horreurs, ils firent deux cents prisonniers, qu’ils emmenèrent dans leurs villages, où ils les brûlèrent, ou les firent esclaves."

L'île de Mont-réal ne fut entièrement délivrée de la présence de ces féroces ennemis que vers la mi-octobre. Alors, comme on n’entendait plus parler de rien, M. de Denonville envoya les sieurs Duluth et DE MANTET, bien accompagnés, dans le lac des Deux Montagnes,

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* Au nombre des prisonniers furent M. pe La RoBeye, le lieutenant dont il vient d’être parlé, et MM. SaInT-PIERRE- Denis, DE La PLANTE, et VILLEDENE’, autres officiers des troupes.

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pour s'assurer si la retraite des Iroquois était véritable, ou seulement simulée. (Ces officiers rencontrèrent, dans deux canots, vingt-deux Iroquois, qui vinrent les attaquer avec beaucoup de résolution. Ils essuyèrent leur première décharge, sans tirer ; après quoi, ils les abordèrent, et en tuèrent dix-huit. Des quatre qui restaient, un se sauva à la nage, mais les autres furent pris, et livrés au feu des Sauvages alliés.

Le plan de conquête proposé par le chevalier de Callières, fut approuvé du roi et du ministre des colonies ; mais ce ne fut pas le marquis de Denonville qui fut chargé de le mettre à exécution: par une lettre datge du 31 mai 1689, le roi lui mandait que la guetre s’étant rallumée en Europe, il avait pris la résolution de le rappeller, pour lui donner de l'emploi dans ses armées. Le véritable motif de ce rappel était de mettre à la tête de la colonie du Canada un homme d’un caractère ferme, d’une grande expérience dans la guerre, qui connût le pays, et qui sût manier l’esprit des Sauvages ; et tout cela se rencontrait dans le comte de FRONTENAC. Si l’on n’avait pas oublié ses fautes, ou ses brouilleries avec les autres autorités du pays, on avait lieu d'espérer que les chagrins qu’elles lui avaient causés le mettraient sur ses gardes, et le porteraient à se conduire avec plus de modération et de prudence qu’il n’avait fait pendant sa première administration.

Dans les instructions qui lui furent données, et qui étaient datées du 7 juin, le roi, après lui avoir parlé de la Baie d'Hudson et de l’Acadie, en venait à la conquête projettée: pour l’effectuer, sa majesté faisait armer deux de ses vaisseaux, dans le port de Rochefort, et les mettait sous le commandement du sieur DE LA CAFFINIERE. Le comte de Frontenac devait s’embarquer sur un de ces vaisseaux, avec le chevalier de

Callières, pour se rendre d’abord à l'entrée du golfe de Saint-Laurent, puis à Campceau ou à Chédabouectou, et de là s'embarquer pour Québec, sur un des vaisseaux marchands qui l’auraient suivi, après avoir laissé à M. de La Caffinière l'ordre de se rendre dans la rade de New-York, et de se saisir de tous les vaiseeaux qu'il y rencontrerait. Il devait envoyer devant lui à Québec, s’il était possible, le chevalier de Callières, afin d'y hâter les préparatifs de l'expédition; et comme dans cette entreprise, il aurait avec lui, à peu près, toutes les forces disponibles du Canada, il devait, avant son départ, se concerter avec M. de Denonville, sur les mesures à prendre contre les incursions des Iroquois, et donner ses ordres au chevalier de Vaudreuil, qui devait commander dans le pays, pendant l’expédition, après le départ du marquis de Denonville. La Nouvelle York conquise, M. de Frontenac y devait laisser les Anglais catholiques qui voudraient y demeurer ; distribuer aux Français qu’il y établirait les gens de service, ou les esclaves, dont ils auraient besoin ; faire prisonniers les officiers et les principaux habitans, et envoyer tout le reste, hommes et femmes, dans la Nouvelle Angleterre ou dans la Pensylvanie. Le chevalier de Callières devait avoir le gouvernement de la province conquise, sous la dépendance du gouverneur de la Nouvelle France. Enfin, pour ôter aux autres colonies anglaises la facilité de faire aucune entreprise par terre contre le Canada, le comte de Frontenac avait ordre de détruire toutes les habitations voisines de New-York, et de mettre toutes les autres sous contribution.

Ce plan, qui serait réprouvé de nos jours, comme entraînant, dans sa réussite, des injustices criantes, pour ne pas dire des atrocités, mais qui était en harmonie avec les idées de l’époque, ou celles de Louis XIV et

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de son ministre Louvois, sur les droits de la guerre ; ce plan, disons-nous, était plus facile à concevoir qu’à exécuter. ‘“ Il dépendait, dit Charlevoix, du concours de deux choses sur lesquelles on ne peut jamais compter sûrement, à savoir, des vents favorables, et une diligence égale dans ceux qui étaient chargés de travailler aux préparatifs.” Le manque de ce concours le fit échouer complètement. Les vaisseaux ne furent prêts que fort tard ; ils furent séparés par des brumes, sur les bancs de Terre-Neuve, et ne furent réunis à Chédabouctou, que le 18 septembre. M. de Frontenac en repartit, le lendemain, avec tous ceux qui étaient destinés pour Québec, après avoir laissé à La Caflinière des instructions qui prouvaient que, s’il ne renonçait pas encore tout-à-fait à l’expédition de la Nouvelle York, il ne comptait pas beaucoup sur la réussite. Il apprit, le 25, à l'Ile Percée, l'irruption des Iroquois dans l’ile de Mont-réal. Il arriva à Québec le 12 octobre, avec le chevalier de Callières. Ils en repartirent, le 20, et arrivèrent à Montréal, le 27.

Le comte de Frontenac n’apprit pas sans un profond regret que le fort de Catarocouy était, en toute probabilité, évacué et ruiné. Son prédécesseur avait envoyé à M. ne VALRENNES, qui y commandait, l’ordre d’abandonner ce poste, après en avoir fait sauter les fortifications, et détruit tout ce qu’il ne pourrait pas emporter, dans le cas où il ne lui arriverait pas de convoi avant le mois de décembre. M. de Frontenac fit aussitôt équipper vingt-cinq canots, et leur donna pour escorte un détachement de troupes et trois cents Canadiens ou Sauvages. Mais son convoi ne put être prêt que le 6 novembre, et l'ayant conduit lui-mêmejusqu’à La Chine, il n’y avait pas deux heures qu'il était de retonr à Mont-réal, lorsqu'il y vit arriver Valrennes, avec sa garnison réduite à vingt-cinq hommes, R2

À peu près dans le même temps que les Iroquois ravageaient l’île de Mont-réal, les Sauvages de l’Acadie en faisaient autant sur les frontières de la Nouvelle Angleterre. Ils surprirent quelques petits forts, que les Anglais avaient dans le voisinage du Kennebec, y tuèrent environ deux cents personnes, probablement aussi de tout âge et de tout sèxe, et en rapportèrent un riche butin.

Cette expédition cruelle fut suivie de quelques autres qui ne le furent pas moins, bien qu’elles fussent dirigées par des Français. Le comte de Frontenac, hors d'état d'exécuter le dessein formé à la cour de France, de conquérir la Nouvelle York, crut qu’il convenait de donr.er du moins de l’occupation aux habitans de cette province, dans leurs propres foyers. Illeva donc trois partis de guerre pour entrer, par trois endroits différents, dans le pays ennemi. Le premier (celui de Mont-réal), se composait de cent-dix hommes, Français et Sauvages, et eut pour commandans MM. de Mantet et Sainte-Hélène, auxquels se joignirent, comme volontaires, MM. DE REPENTIGNY, d’'Iberville, DE Bon- REPOS et DE MonTiGny. Ilse dirigea du côté d'Orange, ou Albany, et arriva, dans la nuit du 7 au 8 février 1690, à la vue du bourg de Skenectady (le même que Charlevoix appelle Corlar). Il y entra sans que les habitans s'en apperçussent. Ayant fait le cri de guerre, à la manière des Sauvages, chacun donna de son côté. On ne trouva guère de résistance qu’à une espèce de fort, dont la garnison fit d'abord un feu assez vif sur les assaillans: mais la porte de ce fort ayant été enfoncée, tous ceux qui le défendaient furent passés au fil de l'épée. Une maison, où l’on éprouva aussi de la résistance, fut enfoncée, et pas un de ceux qui s'y étaient enfermés ne fut épargné. ‘“ Bientôt, comme s’exprime Charlevoix, ce ne fut plus que massacre et pillage dans

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le bourg :” le ministre du lieu, et un nombre de femmes et d’enfans périrent dans cette boucherie. Le commandant de la place, qui s'était retiré de l’autre côté de la rivière, avec des soldats et des Sauvages, mit bas les armes, le lendemain. Toutes les maisons du bourg furent brûlées. Enfin, on épargna une soixantaine de femmes et d’enfans, qui avaient échappé à la première furie des assaillans.

Après un si terrible exploit, on crut devoir reprendre promptement le chemin du {anada ; mais bientôt, les vivres venant à manquer, on fut contraint de se séparer. On fut attaqué dans la retraite, et l'on perdit une vingtaine d'hommes. Il n’y en avait eu que deux de tués, et un (Montigny) de blessé, à l’attaque de Skenectady.

Le second parti ne se composait que de cinquantedeux hommes. Ilétait commandé par le sieur HERTEL, accompagné de trois fils et de deux neveux, les sieurs GATINEAU et CREVIER DE SAINT-FRANGÇOIS. ‘Il partit des Trois-Rivières, le 28 janvier, et arriva, le 27 mars, près d’une bourgade appellée Sementels. Hertel partagea sa troupe en trois bandes: la première eut ordre d'attaquer une grande maison fortifiée ; et la seconde, de se saisir d’un fort de pieux à quatre bastions, tandis qu'avec la troisième, il attaquerait un fort plus grand, où il y avait du canon. Tout cela fut exécuté avec autant d’habileté que de bravoure. Les Anglais parurent d’abord vouloir se défendre ; mais ils ne soutinrent pas le premier feu des assaillans : les plus braves furent tués, et les autres, au nombre de cinquante-quatre, se rendirent prisonniers de guerre. On mit le feu aux maisons, ainsi qu'aux étables, où il périt plus de deux mille pièces de bétail.

Sementels n’était éloigné que de quelques lieues d’une

autre grosse bourgade, d’où il pouvait sortir assez de monde pour envelopper Hertel, et lui couper la retraite, En effet, dès le soir même, deux cents hommes s’avancèrent pour l’attaquer. Il se mit en bataille, sur le bord d’une rivière où il y avait un pont dont il fit occuper la tête, et les Anglais s'étant présentés pour le passer, il les laissa avancer, sans tirer un seul coup; puis fondant sur eux, l'épée à la main, ‘il en tua ou blessa dix-huit, et obligea le reste à lui céder le champ de bataille, n’ayant eu, de son côté, que deux hommes de tués, et un de blessé.

Après cet exploit, M. Hertel se joignit au troisième païti, qui se composait de quelques Canadiens et de soixante Abénaquis du Sault de la Chaudière,* et était commandé par le lieutenant DE PORTNEUF. Il était parti de Québec, le même jour que M. Hertel avait laissé les Trois-Rivières, et il arriva, avec son renfort, vers la mi-mai,-sur les bords du Kennebeec, où il fut joint par d’autres Sauvages. Le 25, il s’approcha du fort de Kaskobay, bâti sur le bord de la mer, et défendu par plus de cent hommes et huit pièces de canon. Les Français s'étant annoncés par des cris de guerre, cinquante hommes de la garnison sortirent pour les repousser; mais ils furent tous tués, à l’exception de quatre ou cinq, quirentrèrent blessés dans la place. Sur le soir, Portneuf envoya sommer le commandant de se rendre; mais celui-ci ayant répondu qu'il était déterminé à se défendre jusqu'à la mort, il fut résolu qu'on assiégerait le fort. Malgré le peu d’expérience des

* Ou de la rivière Chaudière, qui se décharge dans le Saint-

Laurent, à un peu moins de deux lieues au-dessus de Québec, du côté du sud. Au Sault qu’elle forme, à environ une lieue de son embouchure ‘“ ses eaux tombent de la hauteur de quatre-vingts ieds,” suivant le Nouvel Abrégé de Géograyhie, et “la hauteur ’où elles tombent est d'environ 130 pieds,” selon M. BouUCHETTE.

sez de traite.

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Canadiens et des Sauvages dans cette manière d'attaque, les assiégés se trouvèrent tellement pressés, que dès le 28, ils demandèrent à parlementer. N'ayant pas voulu, ce jour-là, livrer le fort avec les vivres et les munitions qu’il contenait, ils furent contraints, le lendemain, de se rendre prisonniers de guerre.

M. de Portneuf fit enlever les canons du fort, y prit tout ce qu'il y trouva à sa bienséance, et y fit mettre le feu. Après quoi, il fit aussi réduire en cendres toutes les maisons, à deux lieues à la ronde. Les plus marquants des prisonniers furent conduits à Québec: les autres demeurèrent entre les mains des Sauvages.

Ces expéditions, loin d’intimider, ou d'occuper uniquement chez eux, les habitans de la Nouvelle Angleterre et de la Nouvelle York, les portèrent à faire des efforts vigoureux pour s'en délivrer, d'an coup, en chassant les Français du Canada. Ils commencèrent par l'Acadie. A peine Kaskobay s'était rendu aux Français, que quatre vaisseaux anglais parurent à la vue de ce fort; le chevalier PHipps, commandant de cette escadre, venait, avec des troupes, comme on l’apprit ensuite, pour secourir la place; mais n’y ayant vu ni pavillons ni signaux, il revira de bord, et se dirigea vers le Port Royal, où commandait M. de MannevaL, frère de Portneuf, et s’en rendit maître, après une faible résistance. Il s’empara ensuite de La-Hève, de Chédabouctou, de Percé, en un mot, de presque tous les postes que les Français possédaient en Acadie; retenant prisonniers les commandans et les officiers du gouvernement qui tombaient entre ses mains, et livrant, en plusieurs endroits, les habitations aux pillage.*

et en retenant prisonniers M..DE MANNEVAL et sa garnison, Phipps violait ouvertement, suivant Charlevoix, la capitulation

Le comte de Frontenac était revenu en Amérique persuadé qu'après la conquête de la Nouvelle York, ce qu’il pouvait faire de plus avantageux pour la colonie dont il reprenait le gouvernement, c'était de regagner les Iroquois ; et il se flattait d’y réussir au moyen des chefs de cette nation qu’il avait ramenés de France, et surtout d'OurrounaRe’,* le plus apparent d’entre eux, dont il s'était acquis l'estime et l'amitié. Ill'avait amené, avec lui à Mont-réal, et par son conseil, il avait renvoyé aux Cantons quatre des compagnons de sa captivité, avec GAGNIEGATON, (qui avait été député vers M. de Denonville,) pour les avertir du retour de de tous leurs chefs, et leur dire, de la part d’Ouréouharé, qu’ils trouveraient dans le gouverneur général beaucoup d’estime et de tendresse, comme par le passé, et que pour lui, il ne retournerait dans son pays que quand on serait venu le redemander à ONoNTio.

A l’arrivée de ces députés, les Cantons s’assemblèrent, et ils envoyèrent leurréponse par le même Gagniégaton. Il arriva à Mont-réal, le 9 mars 1690; mais

qu’il avait accordée. Il en usa plus honnêtement, ou plus généreusement envers le brave DE MONTORGUEIL et sa petite garnison. Cet officier n'avait que quatorze hommes dans le fort dé Chédabouctou. En ayant fait Er quatre-vingts de la place,

. Phipps somma Montorgeuil de la lui remettre, et sur son refus, il l’attaqua avec vigueur, mais il fut repoussé de même. L’Anglais eut recours aux Pise, qui mirent le feu à un endroit couvert de paille, et bientôt l'incendie gagna partout. Alors Montorgueil crut pouvoir capituler ; “ mais il le fit, dit Charlevoix, avec tant de hauteur, et témoigna une si grande résolution de faire payer bien cher aux Anglais leur faible victoire, s'ils ne lui accordaïent des conditions honorables, qu'ii obtint tout ce qu'il voulut.” Il sortit à la tête de sa garnison, avec armes et bagages, et fut transporté à Plaisance, en Terre-Neuve. * Il est appellé TAWERAHET dans l’Zndian Biography de M. Thatcher.

t Les Anglais le nomment SADEKANATIE, Les deux orthograhes figurées ne se ressemblent guère, et probablement ani l’une ni ’autre ne donnent le vrai nom de ce chef.

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il n'y trouva ni M. de Frontenac, ni Ouréouharé, qui étaient retournés à Québec ; et M. de Callières ne put rien tirer de lui, d’abord, non plus que de ceux qui l’accompagnaient. À lafin pourtant, ils se laissèrent gagner par les bonnes manières du gouverneur de Mont-réal, et lui présentèrent six colliers. Le premier marquait le sujet de leur retardement, causé, disaient-ils, par l’arrivée de députés outaouais dans le canton de Tsonnonthouan. Gagniégaton, en expliquant ce collier, dit que c’était ainsi qu’il fallait faire les choses, quand on voulait traiter de la paix; voulant donner à entendre que le gouverneur général aurait dû se rendre en personne à Onnontagué, ou en quelque autre endroit, dont on serait convenu, pour y parler d’accommodement. Le second collier témoignait la joie qu'avaient eue les habitans d'Orange du retour d'Ouréouharé'et des autres chefs; ce qui marquait la bonne intelligence qui régnait entre la Nouvelle York et les cantons iroquois. Par le troisième, le canton d’Onnontagué demandait, au nom de tous les autres, le prompt retour de tous les Iroquois revenus de France, afin qu’on pût prendre, avec eux, les mesures qui convenaient à la situation des affaires. L’orateur ajouta qu’on avait réuni, dans le canton d’Onnontagué, tous les prisonniers français faits par les Iroquois, et qu'on n'en disposerait que sur le rapport et de l’avis d'Ouréouharé. Le quatrième et le cinquième parlaient de la trahison de Catarocouy, et des ravages faits chez les Tsonnonthouans, et disaient que quand le mal aurait été réparé, et que les chemins seraient libres et sûrs, Téganissoré irait traiter de la paix avec ONON- THIO. Parle sixième, Gagniégaton donnait avis, qu’à la fonte des neiges, un parti d'Iroquois devait se mettre en campagne ; mais que s’il faisait des prisonniers, on aurait soin qu'ils fussent bien traités. ‘“Usez-en de même,

continua-t-il, si vous prenez quelques-uns des nôtres. J'avais huit prisonniers de la défaite de La Chine; j'en ai mangé quatre; j'ai donné la vie aux autres. Vous avez été plus cruels que moi: car vous avez fusillé douze Tsonnonthouans : vous auriez bien dû en épargner au moins un ou deux: c'est par représailles que j'ai mangé quatre des vôtres.”

M. de Callières envoya les députés iroquois au comte de Frontenac; mais ce général refusa de leur donner audience, par la raison qu’ils avaient à leur tête un homme dont l'insolence l'avait choqué. Il reçut pourtant assez bien ceux de sa suite ;' mais il ne voulut traiter avec eux que par l'entremise d'Ouréouharé, qui parut même toujours agir en son propre nom.

Le gouverneur général fit partir le chevalier D’Eau, capitaine réformé, avec les députés iroquois. Il jugeait à propos d'envoyer cet officier à Onnontagué, pour tâcher de gagner ce canton, en lui témoignant une confiance particulière, et pour être mieux instruit de ce qui s’y passait. Ilsavait qu’il pouvait compter sur Garakonthié et sur Téganissoré, amis déclarés des Français; mais les négociations entre les Outaouais et les Iroquois, dont Gagniégaton avait parlé au gouverneur de Montréal, lui paraissaient un contretems fâcheux, dans les circonstances où se trouvait la colonie ; d'autant plus que c'étaient ces circonstances mêmes qui avaient amené ces négociations, et qu’elles pouvaient être d’un dangereux exemple pour les autres alliés des Français. Le peu de fruit que M. de Denonvilie avait retiré de son expédition contre les Tsonnonthouans ; l'abandon du fort de Niagara ;* les irruptions fréquentes des Iroquois dans la

* Déja plusieurs fois le nom de Miagara a retenti aux oreilles de nos lecteurs, et nous ne leur avons encore rien dit de la merveille naturelle dont ce nom rappelle l’idée. C’est dans Lahontan

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colonie ; les démarches peu honorables qu’on avait faites pour obtenir la paix de ces Sauvages ; les hauteurs qu'on en souffrait, depuis longtems, et l’inaction où l’on demeurait, malgré leurs nouvelles hostilités, avaient enfin fait faire aux Outaouais des démarches directes pour se reconcilier avec une nation dont ils avaient peu à espérer, il est vrai, mais beaucoup à craindre. Ils avaient renvoyé aux Tsonnonthouans tous les prisonniers qu’ils avaient faits sur eux, et étaient convenus d’un rendez-vous pour le mois de juin suivant.

M. de Frontenac, qui avait été inforrné des démarches des Outaouais, avant même l’arrivée de Gragniégaton à Mont-réal, par une lettre du P. Carhcil, prépara un grand convoi pour Michillinakinac, sous la conduite du sieur DE LOUviGny, capitaine réformé, qui devait remplacer La Durantaye, dans le commandement. Ilétait accompagné de Nicholas Perrot, chargé des présens du

. gouverneur pour les Sauva;zes septentrionaux ; de cent

quarante-trois Français, et de quelques Sauvages domiciiés. Un détachement de trente hommes, commandé par MM. n'Hosra, capitaine, et DE LA GEMERAYE, lieutenant, eut ordre d'escorter ce convoi, l’espace de trente lieues.

que nous trouvons la première description un peu détaillée et curieuse du “grand Sault de Niagara. Cette effroyable cataracte, dit cet écrivain, a sept à huit cents (environ centcinquante) pieds de hauteur, et demi-lieue (beaucoup moins) de de nappe ou de largeur. On voit une île, vers le milieu, qui penche vers le précipice, comme si elle était prête d’y tomber. Tous les animaux qui traversent un demi-quart de lieue au-dessus de cette île infortunée, y sont entraînés par la force des courans. Les bêtes et les poissons qui se tuent, en tombant de si haut, servent de nourriture à cinquante Iroquois, qui se tiennent à deux l'eues de là, pour les retirer de l’eau avec leurs canots. Ce qui est remarquable, c’est qu'entre l’eau qui forme la cascade, par un t:lus effroyable, et le pied du rocher d’où elle se précipite, il y a un chemin où trois hommes peuvent aisément traverser, d’un côté à l’autre, sans recevoir que quelques gouttes d’eau.”

Us partirent de Mont-réal, le 22 mai. Arrivé au lieu nommé les Chats, sur la Grande-Rivière, ils découvrirent deux canots iroquois; MM. de Louvigny et d'Hostä, jugeant: qu’ils n'étaient pas seuls, envoyèrent trente hommes par eau, et soixante par terre, pour envelopper l'ennemi de toutes parts. Les premiers tombèrent dans une ambuscade, et essuyèrent d'abord un feu meurtrier, les Iroquois, qu’ils ne voyaient point, les choisissant, et tirant sur eux à coups sûrs. Aussi. ne resta-t-il, après la première décharge, dans le canot de La Gemeraye, qui avait voulu aborder le premier, que deux hommes, qui ne fussent pas blessés.

Louvigny se désespérait de voir ainsi massacrer ses gens, sans pouvoir les secourir ; car Perrot à qui il avait ordre d’obéir pendant la route, ne voulait point lui permettre d'avancer, de peur de risquer les présens dont il était porteur, et avec eux, le succès de la négociation dont il était chargé. A la fin, pourtant, il se laissa gagner aux instances de cet officier et de M. d'Hosta.

* Aussitôt, l’un et l’autre se mirent à la tête d’une soixantaine d'hommes, et coururent sur l'ennemi : la charge fut si brusque et faite si à propos, qu’il y eut une trentaine d’Iroquois de tués, plusieurs de blessés, et quelques uns de pris. Un des prisonniers fut envoyé au comte de Frontenac, qui le remit à Ouréouharé; un autre fut mené à Michillimakinac, et livré aux Outaouais, qui le brflèrent, pour faire voir au nouveau commandant qu'ils ne songeaient plus à s’accommoder avec les Iroquois. Ils allaient faire partir leurs députés pour mettre la dernière main à un traité irrévocable avec cette nation ; maisils changèrent de résolution, lorsqu'ils virent arriver les Français victorieux de tous leurs ennemis, (car on ne manqua pas de-leur parler d'abord des expéditions dans la Nouvelle York, et la Nouvelle Angleterre),

chargés de marchandises, et en assez grand nombre pour les assurer eux-mêmes contre tout ce que pourraient entreprendre les Iroquois, et qu’ils eurent reçu les présens dont Perrot était porteur, et qu'il sut admirablement bien leur faire valoir.

Ce changement avait lieu fort à propos pour l'avantage de la colonie; car toute espérance de paix avec les Iroquois s'était évanouie. Ces barbares avaient arrêté le chevalier d'Eau et tous les Français de sa suite. Ils avaient fait plus: il avaient brûlé deux de ses gens, et l’avaientenvoyé lui-même à New-York, pour convaincre les Anglais qu’ils étaient bien éloignés de vouloir se reconcilier avec les Français. Dès que M. de Frontenac fut instruit de ces faits, il prit ses précautions pour n'être point surpris : afin de mettre en sûreté les quartiers les plus exposés aux incursions des Iroquois, il fit deux détachemens de ses meilleures troupes: le premier, destiné à protéger la côte du sud, depuis l’île de Montréal jusqu’à la rivière de Sorel, fut mis sous les ordres du chevalier DE CLERMONT. Le second, qui devait mettre en sûreté le reste du pays, jusqu’à la capitale, eut pour commandant le chevalier De LAMoTTE. Ces précautions n’empêchèrent pas les Iroquois de se montrer en différents endroits du gouvernement de Mont-réal, et d’y tuer, ou d’y enlever un grand nombre d'hommes, de femmes et d’enfans. Un de leurs partis, qui avait enlevé une quinzaine de personnes, femmes et enfans, près de la rivière de Békancour, fut poursuivi; mais tout ce qu’on y gagna fut que ces barbares, pour fuir plus aisément, massacrèrent leurs prisonniers. Quelques jours après, un autre parti d'Iroquois descendit dans l'ile de Mont-real, par la rivière des Prairies. Un lieutenant réformé, nommé CoLoMBET, rassembla vingtcinq hommes, et alla à la rencontre de l'ennemi. Les

Iroquois; qui étaient fort supérieurs en nombre, chargèrent les Français avec résolution : M. Colombet resta sur la place, avec quelques uns de ses gens; mais les barbares perdirent vingt-cinq des leurs.

Vers la fin d'août, on vit arriver à Mont-réal, un convoi de cent-dix canots, conduits par plus de trois cents Sauvages des tribus du Nord, et portant pour cent mille écus de pelleteries. La joie qu’on en ressentit fut bientôt troublée par les nouvelles alarmantes que l'on reçut. Un Sauvage du Sault Saint-Louis, qui avait été envoyé à la découverte, du côté d'Orange, rapporta qu'il avait apperçu, sur les bords du lac .Saint- Sacrement, une armée entière occupée à faire des canots. Quelques jours après, le chevalier de Clermont, qui avait eu ordre de remonter la rivière de-Richelieu, pour observer les ennemis, informa qu'il en avait vu un grand nombre sur le lac Champlain, et qu’il en avait même été poursuivi jusqu’à Chambly. Les signaux furent aussitôt donnés pour assembler les milices. Le 31, M. de Frontenac passa, de grand matin, à la Prairie de la Madeleine, où il avait assigné le rendez-vous général; et les Sauvages septentrionaux, qu'il y avait invités, s’y rendirent tous, le soir. Le lendemain, le général fit la revue de ses forces, qui étaient de 1200 hommes. Le jour suivant, les éclaireurs rapportèrent qu’ils n'avaient rien vu: sur quoi, les milices furent licenciées jusqu’à nouvel ordre. Deux jours après, un parti d'Iroquois tomba sur un quartier nommé la Souche, éloigné seulement d'un quart de lieue de celui où la petite armée de M. de Frontenac avait campé. Le même jour, c'est-àdire, le 4 septembre, le gouverneur général congédia ses alliés sauvages, après leur avoir renouvellé les recommandations et les promesses qu’il leur avait faites, dès leur arrivée, au sujet des Iroquois. Peu de jours

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après leur départ, les Iroquois reparurent en plusieurs endroits. Le chevalier de Lamotte et M. MuRaT, lieutenant, furent attaqués par un parti plus nombreux que celui qu'ils commandaient: ils le repoussèrent néanmoins ; mais les Sauvagesétant revenus à la charge, dans le temps que ces officiers les croyaient en fuite, le premier fut tué sur la place, et le second enlevé, et probablement massacré ensuite; car on ne put jamais apprendre ce qu’il était devenu. A peu près dans le même temps, M. DEsmAaRAIS qui commandait à Chateauguay, périt, dans une ambuscade, tout près de son fort, avec deux de ses gens.

Le 10 Octobre, M. de Frontenac, étant encore à Mont-réal, reçut de M. PROvOT, major de place, qui commandait à Québec, en son absence, deux lettres, par la première desquelles, datée du 5, cet officier l’informait qu'il avait eu avis que trente vaisseaux, qu’on croyait destinés à faire le siège de Québec, étaient partis de Boston; et par la seconde, datée du 7, qu’une escadre anglaise d'environ trente voiles, avait été apperçue, à la hauteur de Tadoussac. Le comte s’embarqua, sur l'heure, avec M. de Champigny, dans un petit bâtiment, où ils pensèrent périr. Le lendemain, vers trois heures de l’après-midi, une troisième lettre de M. Provot lui mandait, qu’à l'heure où il écrivait, la flotte anglaise pouvait bien être à l’Ile aux Coudres, c'est-à-dire à quinze lieues seulement de lacapitale. Il envoya aussitôt M. DE Ramsay, gouverneur des Trois- Rivières, au chevalier de Callières, pour lui ordonner de descendre à Québec, avec toutes ses troupes, à la réserve de quelques compagnies, qui devaient être laissées pour garder Mont-réal, et de se faire suivre de tous les habitans qu’il pourrait rassembler dans sa route. Il marcha ensuite, sans s'arrêter, jusqu’à Québec, où il

arriva, le 14, à 10 heures du soir, et où il apprit que la flotte ennemie était au pied de la traverse de l'ile d'Orléans.

Il fut très satisfait de l'état où M. Provot avait mis la place, Cet officier y avait fait entrer un grand nombre des habitans des environs, et quoiqu'il n'eût eu que cinq jours pour faire travailler aux fortifications, il n’y avait aucun endroit faible dans la ville, auquel il n’eût pourvu, de manière à ne pas craindre un coup de main. Le gouverneur y fit ajouter quelques retranchemens, et confirma l'ordre que le major avait donné aux compagnies de milices de Beauport, de la côte de Beaupré, de l’île d'Orléans et de Lauzon, qui couvraient Québec, du côté de la rade, de ne point quitter leur position, qu’elles n’eussent vu l'ennemi faire sa descente, et attaquer le corps de la place.

M. pe LonGuEIz, fils ainé de M. Lemoyne, était parti, avec une troupe de Sauvages, pour examiner les mouvemens de la flotte anglaise. Toutes les côtes avancées du bas du fleuve étaient garnies d’habitans, qui obligeaient les chaloupes envoyées par l'ennemi à regagner le large.

Le 15, le chevalier de Vaudreuil partit, de grand matin, avec cent hommes, pour aller en reconnaissance, et charger les ennemis, s'ils entreprenaient de faire une descente ; avec ordre de ne les poiiit perdre de vue, et de donner avis de tous les mosvemcn. ju'ils feraient.

M. de Frontenac fit commencer, le même jour, une bocterie de huit pièces de canon, sur la hauteur qui était à côté du fort, et elle fut achevée, le lendemain. Les fort‘ cation: commençaient au Palais, sur le bord de la petite riviè, remontaient vers la haute ville, qu'elles eavironnaieut, et allaient finir vers le Cap aux Diamans.

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était

On avait aussi formé une palissade, depuis le Palais jusqu'au Sault-au-Matelot. Une seconde palissade, qu’on avait tirée au-dessus de la première, aboutissait au même endroit. Les issues de la ville où il n'y avait pas de portes étaient barricadées avec de grosses poutres ec des barriques pleines de terre, en guise de gabions, et les dessus étaient garnis de pierriers. Le chemin tournant de la basse ville à la haute était coupé par trois différents retranchemens de barriques et de sacs pleins de terre, avec des chevaux-de-frise.

Le 16, à trois heures du matin, M. de Vaudreuil vint rapporter qu’il avait laissé la flotte anglaise à trois lieues de Québec, en un endroit appellé l'Arbre Sec. En effet, dès qu'il fit jour, on l’apperçut des hauteurs. Elle était composée de trente vaisseaux de différente grandeur, et le bruit se répandit qu’elle portait 3000 hommes de débarquement. A mesure qu’elle avançait, les plus petits bâtimens se rangeaient le long de la côte de Beauport: les autres tenaient le large. "Tous jettèrent les ancres vers 10 heures ; et aussitôt, une chaloupe portant un pavillon blanc se détacha de la flotte, et s’avança vers la ville. Ne doutant point qu’elle ne portât un trompette, M. de Frontenac envoya à sa rencontre un officier, qui la joignit à moitié chemin, fit bander la tête au trompette, et le conduisit au Château. Lorsqu'il fut en la présence du gouverneur, il lui remit une sommation de la part de William Phipps, commandant de la flotte et de l’armée. Ce que cette sommation contenait de plus raisonnable était que “les ravages et les cruautés exercés par les Français et les Sauvages contre les peuples soumis à leurs majestés britanniques (GuiL- LAUME et Mar), avaient obligé leurs dites majestés d’armer pour s'emparer du Canada, afin de pourvoir à la sûreté des provinces de leur obéissance.” Le reste

était couché dans un stile si arrogant, et contenait des choses qui paraissaient si hors de propos, que M. de Frontenac, et ceux qui étaient auprès de lui eurent peine à se contenir, en l’écoutant. Quand la lecture fut achevée, le trompette tira de sa poche une montre, la présenta au gouverneur, ct lui dit qu'il était 16 heures, et qu'il ne pouvait attendre que jusqu’à 11. “ Alors, dit Charlevoix, il y eut un cri général d'indignation, et M. de Valrennes s’écria qu’il fallait traiter cet insolent comme l’envoyé d’un corsaire, d'autant plus que Phipps était armé contre son souverain légitime, * et s'était comporté, au Port Royal, en vrai pirate, ayant violé la capitulation, et retenu prisonnier M. de Manneval, contre sa parole et le droit des gens.”

M. de Frontenac répondit, à l'instant, sur le ton que Phipps avait pris, et en récriminant. Le trompettte ayant demandé cette réponse par écrit, le gouverneur lui dit qu'il allait répondre à son maître par la bouche de son canon.

Le trompette fut reconduit, les yeux bandés, jusqu’à lendroit où on l'avait été prendre; et à peine fut-il arrivé aux vaisseaux,. qu’on se mit à tirer d’une des batteries de la basse ville: Le premier coup de canon abattit le pavillon de l'amiral, et la marée l'ayant fait dériver, quelques Canadiens allèrent le prendre, à la nage, et l’emportèrent, à la vue de toute la flotie, malgré le feu qu'elle faisait sur eux.

Le 18, à midi, on apperçut presque toutes les chaloupes, chargées de soldats, tourner du côté de la rivière Saint-Charles. Elles débarquèrent 1500 hommes. M. de Frontenac détacha environ trois cents miliciens, pour les harceler, Un terrain marécageux, embarrassé de

* Louis XIV n'avait pas encore reconnu GUILLAUME et MARIE comme roi et reine d'Angleterre.

ait des , M. de eurent lecture montre, tait 10 u’à 11.

| d'indit traiter ant plus gitime, * te, ayant Manne-

ton que ompettte uverneur a bouche

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brossailles et entrecoupé de rochers, empêchaient les Anglais de profiter de la supériorité de leur nombre, * Les Canadiens voltigeaient de rocher en rocher, autour des Anglais, qui n’ôsaient se séparer. (Cette manière de combattre déconcerta les assaillans, qui, à la fin, se retirèrent en désordre, après avoir eu environ cent cinquante hommes tués ou blessés. Les Français n’eurent que deux hommes de tués, mais l'un d’eux était le chevalier de Clermont, officier de mérite, et une douzaine de blessés, parmi lesquels était M. Jucnr- REAU, seigneur de Beauport, qui, quoiqu'âgé de plus de soixante ans, avait combattu bravement, à la tête de ses censitaires.

Le soir du même jour, les quatre plus gros vaisseaux vinrent mouiller devant la ville. Ils firent un grand feu, et on leur répondit de même. Sainte-Hélène pointa tous les canons, et aucun de ses coups ne porta à faux. Vers huit heures, le feu cessa, de part et d’autre. Le lendemain, la ville recommença, la première. Au bout de quelque temps, le contre-amiral s’éloigna, et l'amiral le suivit, bientôt après, avec précipitation. Il y avait plus de vingt boulets dans le corps du bâtiment : il était percé à eau, en plusieursendroits ; toutesces manœuvres étaient coupées, et un grand nombre de ses matelots avaient été tués ou blessés. Les deux autres vaisseaux tinrent encore quelque temps; mais dans l’après-midi, ils allèrent se mettre à l’abri du canon du fori, dans

l'Anse des Mères. Ils y furent accueillis par un grand feu de mousqueterie, qui leur tua beaucoup de monde, et les obligea à s'éloigner encore davantage.

Le 20, de grand matin, les troupes qui étaient débarquées à Beauport battirent la générale, et se rangèrent en bataille. Elles s’ébranlèrent ensuite, et cotoyèrent, pendant quelque temps, la petite rivière, en bon ordre ;,

mais MM. de Longueil et de Sainte-Hélène, à la tête de deux cents volontaires, leur coupèrent chemin; et escarmouchant, de la même manière qu’on avait fait le * 18, ils firent sur les troupes anglaises des décharges si continuelles et si opportunes, qu’ils les contraignirent de gagner un petit bois, d’où elles firent un très grand feu. Les Canadiens les y laissèrent, et firent leur retraite en bon ordre. Ils eurent, dans ce second combat, deux hommes de tués, et quatre de blessés. Du nombre des derhiers furent les deux commandans: Longueil ne fut blessé que légèrement ; mais Sainte-Hélène reçut une blessure grave, dont il mourut, au bout de quelques jours C'était, suivant Charlevoix, “un des plus aimables chevaliers et un des plus braves hommes” qu’ait jamais eus le Canada.

Pendant cette action, M. de Frontenac s’était avancé, à la tête de trois bataillons de ses troupes, le long de la petite rivière, résolu de la passer, si les volontaires se trouvaient trop pressés.

La nuit suivante, les Anglais s’avancèrent, avec plusieurs pièces d'artillerie, résolus de battre la ville en brèche ; mais on ne les laissa pas aller bien loin; plusieurs détachemens de troupes et de milices allèrent à leur rencontre, et les arrêtèrent, ou les firent tomber dans des ambuscades. Le lieutenant DE ViILLIEU se distingua particulièrement dans ces manœuvres. La partie était néanmoins trop inégale: les Français se retirèrent, à la fin, mais toujours en combattant et en se réunissant, jusqu’à ce qu'ils se trouvassent à portée d'être soutenus par les batteries de la ville. Le feu dura jusqu’à la nuit: alors les Anglais se retirèrent, à leur tour, d’abord en bon ordre, et ensuite, comme en fuyant, jusqu’à leur camp. Il se rembarquèrent, dans la nuit du 21 au 22, abandonnant plusieurs canons et une

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quantité de poudre et de Roulets. Ils avaient perdu près de six cents hommes, et leurs munitions et leurs vivres étaient entièrement épuisés.

Le 23, au soir, la flotte leva les ancres, et se laissa nu ! dériver à la marée.* Elle mouilla, le 24, à l’Arbre a! Sec, et continua sa route, le lendemain. Une dixaine de vaisseaux périrent, ou furent abandonnés dans le fleuve.

L’amiral Phipps s’était laissé persuader qu’il trouverait Québec dégarni de troupes et sans défense, et il avait compté sur une diversion du côté de Mont-réal, qui n’eut pas lieu, parce que la petite-vérole ayant éclaté parmi les troupes anglaises qui devaient s'avancer de ce côté là, les Sauvages qui avaient promis de se joindre à À: elles, ne voulurent plus en entendre parler.

Un nombre de vaisseaux de France, qui s'étaient mis en sûreté dans le Saguenay, pendant que la flotte anglaise était dans le fleuve, mouillèrent devant Québec le 12 novembre.

Le siège de Québec, en 1690, est un des évènemens mémorables de l’histoire du Canada. Louis XIV accorda des lettres de noblesse à ceux qui s’y étaient le plus distingués, et nommément, aux sieurs Hertel et Juchereau ;f et il voulut qu’une médaille en perpétuât le souvenir: d'un côté, on yoit la tête de ce roi; de l'autre la France victorieuse est assise sur des trophées, au pied de deux arbres du pays, sur des rochers d’où s’'échappent des torrens. Un castor va se refugier sous

* Quelques prisonniers, qu’elle avait faits, en remontant le fleuve, furent échangés, à la suggestion et par l’entremise d’une demoiselle du nom de LA LANDE.

+ Le comte de Frontenac permit au sieur Carre’ et à ses miliciens, d’emporter chez eux deux des canons abandonnés par les Anglüis, pour être un monument durable de leur belle conduite, ‘ On convenait, dit Charlevoix, que les officiers les plus ns. mentés n'avaient pu mieux manœuvrer que n’avait fait cet habitant,

un bouclier, et le dieu sauvage du fleuve, qui épanche son urne aux pieds de la déesse, la contemple avec admiration. Pour devise, KEBEKA LIBERATA, M. D. C. X. C.; pour exergue: FRANCIA IN NOVO ORBE VIOTRIX.*

Dans l'hiver de 1690 à 1691, les Sauvages de l’Acadie

* Quel était Québec vers ce temps-là ? ‘“ Son circuit, dit Lahontan, est d’a peu près une lieue ; sa latitude de 47°. 12m.* Québec est partagé en haute et basse ville. Les marchands demeurent à la basse pour la commodité du port, le long duquel ils ont fait bâtir de très belles maisons à trois étages, d’une pierre aussi dure que le marbre. La haute ville n’est pas moins belle ni moins peuplée. Le Château, bâti sur le terrain le plus élevé, la commande de tous côtés. Les gouverneurs généraux, qui font leur résidence ordinaire dans ce fort, jouissent de la vue la plus belle et la plus étendue qui soit au monde. La ville, manque de deux choses essentielles, qui sont un quai et des fortifications. I] serait facile de faire l’un et l’autre, car les pierres se trouvent sur le lieu même. Elle est environnée de plusieurs sources d’eau vive, la meilleure qui soit au monde, et l’on pourrait y élever des fontaines simples ou jaillissantes. Les habitans de la base ville ne ressentent pas la moitié autant de froid que ceux de la haute ; mais si ceux-ci sont exposés aux vents froids de l’hiver, ils ont aussi le plaisir de jouir du frais en été. Il y a un chemin assez large de l’une à l’autre, mais un peu escarpé, et des maisons des deux côtés. Le terrain de Québec est fort inégal, et la symétrie mal observée. L'intendant demeure dans un fond un peu éloigné, sur le bord d’une petite rivière, qui, se joignant au fleuve, renferme la ville dans un angle droit. On voit, à côté du Palais, de grands magasins de munitions de guerre et de bouche. Il y a six églises à la haute ville, La cathédrale est composée d’un évêque et de douze chanoines. La grandeur et l'architecture de la maison du chapitre sont surprenantes. L'église des jésuites, située au centre de la ville, est belle, grande et bien éclairée. Le grand autel est orné de quatre grandes colonnes cylindriques et massives, d’un seul bloc d’un certain porphyre de Canada, noir comme jais, sans taches et sans fils. Leur maison est commode en toutes manières, et ils ont de beaux jardins et plusieurs allées d’arbres si touffus, qu’il semble, en été, qu’on soit dans une glacière, plutôt que dans un bois. Leur college est si petit, qu’à peine ont-ils jamais eu cinquante écoliers à la fois. Outre une église, ou chapelle ee velle), les récolletsont encore un (ancien) hospice,où plusieurs d'eux se tiennent. L'église des ursulines a été brulée, et rebâtie deux ou trois fois, de mieux en mieux. Les hospitalières sont mal logées.

* Champlain dit quarante-six degrés et demi, Généralement, les latitudes

de cet auteur, et celles de quelques autres voyageurs anciens, sont trop basses d'environ un degré,

anche > avec M. D.

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