LIVRE TROISIÈME
Contenant ce qui s'est passé depuis la paix de 1701 Jusqu'à l'année 1752.
D’APRESs M. BACQUEVILLE DE LA POTHERIE, la colonie du Canada proprement dit, c’est-à-dire les établissemens français, s’étendait, vers l'an 1700, depuis le haut de l'ile de Mont-réal jusqu’à l'Ile Percée, près de l’embouchure du £aint-Laurent, avec sans doute encore plus d’espace inculte qu’il ne s’en trouve présentement entre le district de Québec et celui de Gaspé; et il y avait, dans cette étendue de pays, 15,000 habitans. On comptait à Mont-réal, comme il s’exprime, près de deux cents feux, et aux Trois-Rivières soixante, Les habitans de cette dernière ville étaient, suivant Lahontan, “fort riches, et logés magnifiquement; mais le gouverneur serait mort de faim, s’il n'avait fait quelque commerce de castor avec les Sauvages.”* ‘ En passant aux Trois-Rivières, M. de Frontenac
y avait tracé le plan d’un fort: par l'ordre de ce gou-
verneur, la ville de Mont-réal avait été fortifiée d'une enceinte de palissades, dans l'automne de 1691: le même
gouverneur avait fait tracer le plan de l'enceinte de la ville de Québec, et tous les matériaux propres pour là construction de quelques redoutes de pierres y ayant été transportés, il l'avait fait fortifier, durant l’été de
1692.” M. de la Potherie, parlant des habitans du Canada et
* Suivant le même auteur, M. Perrot, qui n’avait eu que mille écus d’appointemens, comme gouverneur de Mont-réal, ‘avait trouvé le moyen d’en gagner cinquante mille, en quelques années, par son grand commerce de pelleteries avec les Sauvages.”
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258 HISTOIRE de leurs ‘‘murs et manières,” s'exprime ainsi: ‘“ Le Canadien a d'assez bonnes qualités: il aime la guerre plus que toute autre chose ; il est brave de sa personne ; il a de la disposition pour les arts, et pour peu qu'il soit instruit, il apprend aisément ce qu'on lui enseigne ; mais il est un peu vain et présomptueux ; il aime le bien, et il le dépense assez mal à propos. Les Canadiennes ont de l'esprit, de la délicatesse, de la voix, et beaucoup de disposition à danser. Quoiqu'il y ait un mélange de toutes les provinces de France, on ne saurait distinguer le parler d’aucune dans les Canadiennes. On parle ici parfaitement bien, sans mauvais accent.”*
Dans l'été de 1702, M. de Callières reçut une députation solennelle des cantons iroquois, qui le remerciaient de leur avoir donné la paix, et lui demandaient des missionnaires. Tout semblait lui sourire, lorsqu'il apprit que la guerre était déclarée entre l'Angleterre et la France, et qu'on attendait à Boston des vaisseaux d'Angleterre, pour croiser dans le fleuve Saint-Laurent, et même pour faire le siège de Québec. Il se hâta de faire travailler aux fortifications de cette ville, écrivit à la cour de France, pour avoir des recrues, et prit toutes les mesures que lui suggérèrent son habileté et son expérience dans la guerre. “IL était lui-même, dit Charlevoix, la plus grande ressource de la Nouvelle- France ; mais elle eut le malheur de le perdre, dans le temps qu’il lui était le plus nécessaire, Il mourut, à Québec, le 26 mai 1703, autant regretté que le méritait
* Dix ans auparavant, le baron de Lahontan disait: ‘Les Canadiens sont bienfaits, robustes, grands, forts, vigoureux, entreprenants, braves, et infatigables ; il ne leur manque que la connaissance des belles-lettres. Ils sont présomptueux et remplis d'eux-mêmes. Le sang de Canada est fort beau: les femmes y sont généralement belles ; mais elles aiment le luxe au dernier point, et les paresseuses y sont en assez grand nombre.”
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le général le plus accompli qu’eut encore eu cette colonie, et l'homme dont elle avait reçu les plus grands services.”
Cependant, d’'Iberville avait reconnu que la baie de La Mobile était préférable à l'emplacement du Biloxi : il y construisit un fort, et le premier fut abandonné. En 1702, on bâtit, au milieu de cette baie, des magasins et des casernes, et ce fut le quartier général de la colonie. Cette colonie était l'ouvrage d’Iberville, et il y donna tous ses soins. D’autres Canadiens secondaïent ses vues: MM. JUCHEREAU DE SAINT-DENIS et Le Sueur firent plusieurs reconnaissances le long du grand fleuve ct de ses principaux affluens : l’un remonta la rivière Rouge jusqu'aux Natchitoches, où il forma un établissement; l’autre s’éleva vers le nord, jusqu'aux vallées de la rivière Saint-Pierre, où le voyageur Perrot avait précédemment découvert une mine de cuivre. Des relations amicales furent formées avec les habitans des contrées nouvellement découvertes, et l’on s’attacha particulièrement à cultiver l'amitié des Illinois, qui se trouvant placés entre le Canada et la Louisiane, étaient utiles aux relations des deux pays. Tonti continuait à commander dans cette région intermédiaire, et son habileté, éclairée par une longue expérience, put maintenir les bonnes dispositions des Sauvages envers les Français.
Par la mort du chevalier de Callières, le commandement général tomba entre les mains du marquis (cidevant chevalier) de VAUDREUIL : et M. de Ramsay
passa du gouvernement des Trois-Rivières à celui de Mont-réal.
Les premiers soins du nouveau gouverneur général se portèrent vers le maintien de la paix avec les cantons iroquois, qui se trouvait menacée par la guerre déclarée
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entre l'Angleterre et la France. Li fut Licutôt r'sur” de ce côté-là: le sieur Joncaire lui amena un chef tsonnonthouan, qui l’assura que ceux de sa tribu avaient résolu d’être simples spectateurs de ce qui se passerait entre ies Français et les Anglais ; ct Téganissoré, qui arriva, quelque temj:s après, à Mont-réal, ft la même déclaration, de la part de son canton. ‘“L’/Onnonts 6, dit ce chef, dans l’'andience que lui donna le gouverneur, ue preudra pas de parti dans une guerre qu’il n'approuve ri d’une part ni de l’autre. Les Européens ont l'esprit mal ait: ils font la paix entre eux, et un rien leur fait reprendre ia hache de guerre. Ce n’est pas ainsi que nous en usons, et il nous faut de granres raisons pour rompre un traité que nous ayons signé. "*
Ce que le gouverneur du Canada faisait pour obtenir la neutralité des cantons iroquois, M. DueLer, gouverneur de la Nouvelle Angleterre, le voulut faire, pour obtenir la même chose des tribus abénaquises ; mais, dit Charlevoix, il s’y prit trop tard; M. de Vaudreuil forma un parti de ces Sauvages, auxquels il joignit
* Ces paroles et ces sentimens sont parfaitement en harmonie avec le trait suivant, rapporté dans l’Zndian Biography : “ Le major SCHUYLER ayant dit à TEGANISSORE’, qu’il soupçonnait de mauvaise foi un jésuite, député dans les Cantons, ‘“ Nous savons. lui répondit le chef, que ce prêtre parle et agit en faveur de sa nation; mais il n’est pas en son pouvoir de nous ôter. l'affection que nous portons à nos frères. Vous devriez revenir de vos préventions contre lui, et surtout ajouter moins de foi aux rapports de : vos marchands de rhum.”
Téganissoré était de haute taille, bienfait de sa personne, et les traits de son visage ressemblaient, a-t-on dit, à ceux qu'offrent les bustes de Cicerox. L’historien des ‘ Cinq Nations,” M. Coznex, qui l’avait bien connu, et qui l’avait souvent entendu parler, dit qu’il s'énonçait avec une facilité admirable, et-que les grâces de son élocution auraient plû partout. “ Il est à regretter, ajoute M. Thatcher, qu’il ne nous soit parvenu que de faibles échantillons de son éloquence ; cependant, le peu qui en reste démontre que le sentiment élevé de l'honneur, la grandeur d’âme, l’imperturbabilité, la sagacité, l’urbanité étaient, chez lui, des qualités de l’orateur, comme des vertus de l’homme.”
quelques Français, sous la conduite de M. DE BEAU- BASSIN, lieutenant, et les envoya dans la Nouvelle Angleterre. Ils y firent quelques ravages, et y tuèrent
environ trois cents personnes. Le même historien
avoue que le principal but du gouverneur était d’enga- / ger les Abénaquis, de manière qu’il ne leur fût plus possible de reculer. Il en arriva que les Anglais, désespérant de gagner ces Sauvages, firent, à leur tour, des courses dans leur pays, et tuèrent tous ceux d’entre eux qui leur tombèrent entre les mains. Les chefs demandèrent du secours à M. de Vaudreuil; et deux centcinquante hommes leur furent envoyés, sous le comman-
dement du lieutenant HERTEL DE ROUVILLE, accompa-
: gné de quatre de ses frères. Cet officier surprit, à son tenir tour, les Anglais, leur tua beaucoup de monde, et leur ASE fit cent-cinquante prisonniers.
y pour Afin do contrcbalancer l'hostilité des Sauvages de is, dit l’'Acadie, M. SCHUYLER, gouverneur d'Orange, fit tout dreuil ce qui dépendait de lui pour engager les Cantons à oignit rompre avec ies Français, et même pour attirer dans “monts son gouvernement les Iroquois chrétiens domiciliés dans : “Le le gouvernement de Mont-réal ; mais ses efforts ne furent et de pas couronnés de succès r de sa Ne pouvant porter la guerre dans le Canada propre- DCE raent dit, au moyen des Iroquois, les Anglais firent ports de : ue nouvelle tentative contre l’Acadie. Le 2 juillet atles (1704), dix bâtimens partis de Boston, dont le plus gros rent les portait 50 canons, et le plus petit, 12, mouillèrent dans rt le bassin de Port-Royal, à deux l'eues de la ville. âces de Le lendemain, M. de Brouillan, qui était passé du Sale gouvernement de Plaisance à celui de lAcadie, apprit que le que les Anglais étaient au nombre de 1300, sans compter ai ago deux cents Sauvages. Il fit avertir les habitans de
mettre en sûreté, dans les bois, ce qu'ils avaient de plus
précieux, et de faire tout ce qu'ils pourraient pour s’opposer aux descentes. Il envoya des détachemens de troupes, qui arrêtèrent les Anglais, partout où ils se présentèrent, et s’avança ensuite lui-même, pour les soutenir, Il y eut quelques combats, ou quelques escarmouches assez vives, dans l’une desquelles, les Anglais perdirent leur principal officier, Enfin, après quelques excursions, tantôt d’un côté, et tantôt de l'autre, l'amiral fit rembarquer ses troupes, et la flotte sortit, le 22, dubassin, Les Anglais se montrèrent ensuite à l'endroit appellé les Mines, puis à Beaubassin ; mais ils trouvèrent partout les Français sur leurs gardes, et se retirèrent, après avoir fait quelques prisonniers, et enlevé quelques bestiaux.
Dans le temps que ceci se passait en Acadie, un par-
tisan, nommé LAGRANGE, habile navigateur, qui avait servi sous d'Ibeiville, à la baio d’Hudcon, équippa, À
Québec, deux barques, où il mit cent Canadiens, Il avait appris qu'il était arrivé des vaisseaux anglais à Bonavista, en Terre-Neuve, et il y alla, dans l’espérance d’en surprendre quelques uns. Arrivé à douze lieues de ce fort, ilquitta ses barques, pour n’être point découvert, poursuivit sa route, sur deux charrois, entra, de nuit, dans le port, aborda un vaisseau de 24 canons, chargé de morue, et s’en rendit maître, brûla deux navires de deux à trois cents tonneaux, coula à fond un autre petit bâtiment, et se retira, avec sa prise, et un grand nombre de prisonniers.
Les Anglais de Terre-Neuve n’en furent pas quittes pour le dommage que leur causa cet exploit, digne de figurer dans l’histoire des flibustiers: M. de Subercase, alors gouverneur de Plaisance, avait formé le même dessein que son prédécesseur de Brouillan avait exécuté, en partie, c'est-à-dire, de chasser les Anglais de Terre-
s’ops de ils se r les SCATiglais lques l'amie 22, ndroit ou èetirèenlevé
Neuve. La cour de France avait agréé ce projet, et M. pe L'Erinay, commandant du vaisseau du roi le Wesp, avait eu ordre d’embarquer des Canadiens, à Québec, et de les conduire à Plaisance. Il en avait embarqué cent, y compris douze officiers, du nombre desquels étaient MM. de Montigny, de Villedené, bE Laxcror et pe BELESTRE ; le tout aux ordres de Beaucourt. Subercase reçut encore d’autres secours, et partit de Plaisance, le 15 janvier 1705, à la tête de quatre cents hommes, soldats, Canadiens, flibustiers et Sauvages, tôus gens déterminés, accoutumés à affronter les rigueurs des saisons et à supporter les plus grandes fatigues. Il prirent, chemin faisant, les postes nommés de Rebou et du Petit-Hävre, et vinrent attaquer la ville de Saint-Jean, ou plutôt, les forts qui la protégeaient. Les Anglais s'y défendirent avec une résolution qui surprit les assaillans. Le siège fut levé, au bout de quelques jours; mais les Français ne se retirèrent qu'après avoir brûlé toutes les habitations qu’il y avait autour de la place. En s’en retournant, ils brûlèrent encore le bourg appellé le Forillon; et Montigny fut détaché, avec les Sauvages et une partie des Canadiens, pour détruire tout ce qu’il y avait d'habitations sur la côte; ce qu'il exécuta, sans perdre un seul homme. Les Anglais avaient été un peu dédommagés, l'automne précédent, du tort que leur fit cette expédition, par la prise de la Seine, vaisseau du roi, qui portait à Québec, M. DE SaïNT-VALLIER, successeur de M. de Lava!, dans le siège épiscopal, un grand nombre d’ecclésiastiques, plusieurs riches particuliers, et une cargaison estimée à un million de livres tournois. La perte de la Seine fut néanmoins compensée par un véritable avantage pour le Canada: ‘ On ne s’y était pas encore avisé, dit Charlevoix, d’y faire de la toile: la nécessité y fit
ouvrir les yeux sur cette négligence: on sema du chanvre et du lin, qui y réussirent au-delà de ce qu’on avait espéré, et l'on en fit usage.”
Cette même année 1705, et la suivante, il y eut des démarches, de la part de M. Dudley et du marquis de Vaudreuil, pour l'échange des prisonniers: un Anglais du nom de LiviNGsTon vint à Québec, et le sieur Courtemanche fut envoyé à Boston, pour cette affaire ; mais les deux gouverneurs ne purent tomber d'accord sur les conditions. *
En 1606, M. DE BEAUHARNOIS, qui avait succédé à M. de Champigny, dans l’intendance, fut nommé intendant des classes de marine, et eut pour successeurs MM. Ropor, père et fils. Ce dernier se chargea de la marine : la justice, la police et les finances furent le partage du père, qui, voyant queles colons commençaient à se ruiner en procès, au grand préjudice de l’agriculture, résolut de retrancher, autant qu’il se pourrait, les procédures, et entreprit d'accorder lui-même les parties; ce qui lui réussit, au-delà même de ses espérances.
Le 12 octobre de cette même année 1706, il y eut, à Québec, une ‘assemblée générale des habitans”” du Canada, pour accepter et ratifier un accord, ou “traité,” fait entre le sieur RivERIN, ‘‘député de la colonie du Canada,” d’une part, et AUBERT, NEVEU et GAYOT, de l’autre, par lequel ‘“ Aubert et compagnie” s'obligeaient à acquitter les dettes de la colonie, montant à un million, huit cent douze mille neuf cent quarante livres, à condition qu’ils auraient le-commerce exclusif des castors
* Les conditions de M. de Vaudreuil n'étaient guère acceptables : il voulait qu'aucun des prisonniers anglais ne fut renvoyé, que tous les Français et Sauvages alliés des Français, prisonniers dans la Nouvelle-Angleterre, n’eussent été remis entre les mains du gouverneur de l’Acadie, et qu’on n’eût donné des assurances pour la liberté de ceux qui avaient été envoyés en Europe ou ailleurs.
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jusqu'à l’année 1717; c'est-à-dire, que les Canadiens seraient tenus de porter à leurs bureaux, ou comptoirs, de Québec et de Mont-réal, toutes les peaux de castors qu’ils auraient achetées des Sauvages, et de les leur céder à un prix fixe; que défense expresse leur serait faite d’en porter aux habitations anglaises, et que les commis de la compagnie auraient droit de visite sur les vaisseaux qui partiraient du port de Québec, &e. Il y avait eu précédemment, au sujet de ce commerce et d’autres aires financières, des transactions que l'enchaîinement des évènemens militaires a fait perdre de vue.
Au mois d'octobre de l'an 1700, il y avait eu une assemblée générale des habitans du Canada, particulièrement de ceux des villes de Québec, Mont-réal et Trois-Rivières, ‘convoquée par ordre de M. le gouverneur général et de M. l’intendant, au Château Saint- Louis,” à l'effet de ‘ composer une compagnie de tous les négocians et habitans du Canada” pour le commerce des castors, et de rédiger et arrêter certains articles d'association, dont ceux qui suivent nous ont paru les plus marquants :
IV. Ceux qui prendront pour vingt actions (de cinquante livres) et au-dessus, auront Yoix délibérative aux assemblées générales.
V. Tous ceux qui ont voix délibérative pourront être élus directeurs généraux.
VI. Le bureau de la direction sera établi dans la ville de Québec.
VIL Il y aura sept directeurs, qui seront choisis par l'assemblée générale.
IX. M. le gouverneur général et M. l'intendant seront priés de vouloir bien honorer la direction de leur pré« sence, dans les affaires importantes.
XVI. Tous négocians et commerçans établis en Canada seront tenus d'entrer dans la compagnie, à faute de quoi, ils seront déchus de la faculté de tout commerce.*
XXIII. Il sera député en France des interessés, qui seront nommés par l'assemblée générale, et auxquels on donnera les ordres nécessaires sur tout ce qui regardern les affaires de la compagnie.
XXVI. La compagnie qui s’est formée pour la “ Baie du Nord de Canada,” (ou Baie d'Hudson,) sera et demeurera unie à la compagnie générale des habitans de ce pays.
XXVII, La compagnie pourra faire saisir et arrêter les castors que les Français coureurs de bois sans congé, auraient traités chez les Sauvages, lesquels seront confisqués à son profit.f
Conformément à l’article XXIIT. les directeurs nommèrent, au commencement de novembre de la même année, MM. Charles AUBERT DE LA CHENAYE, et François DEr1No leurs procureurs généraux, pour passer en France, chargés des affaires de la compagnie. Au
* Plus raisonnable, Louis XIV ne leur interdit que celui des pelleteries,
+ Les articles d’association sont Eee par MM. le chevalier DE CALLIERES, BocarT-CHAMPIGNY, V AUDREUIL, Ruette d'Auteuil, R. L, Chartier de Lotbinière, Charles AUBERT DE LA CHENAYE, DuronT, Dupuy, F. Hazeur, LAMOTTE-CADILLAC, DECHAM- BAULT, DUPLESSIS, JUCHEREAU DE SAINT-DENYS, AUBERT, GoBin, MECART, DE TONNANCOURT, LE LESTAGE, LEBE”, DELINO, Lebé pour M. Leser, Sr. ROMAIN, PAUPERET, G. GAILLARD, R1vERIN, J. SEBILLE, Louis BABIE, FoucAULT, PINEAU, Alexis MarcHAND, BouTEvILLE, G. MASSE, LAMORILLE, LAFRAMBOISF, P, NoRMANDIN, L. Guay, LALONGE”, À. GAMELIN, DELESTAIGE, DESPERROUX, CHARTIER, BERGERON, Grouard pour M. TErTw, Bonpy, Haimarp, Grouarp, Houce, J, B. Cuaïzzy, Jean GiassoN, ST. GERMAIN, PIRE, L, PrAT, Miner, G. PAGE’, Carsy, Duponr, François dE La JOUE, JENARIN, P. CHARTIER, LonGuEIL, DuPLESsS13-FAB&ER, L, AUBERT DE FORILLON, GENAPLE, Rageot.
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printems de l’année suivante, MM. Aubert et Delino informèrent la cour, que la colonie de la Nouvelle France avait ‘jugé nécessaire, tant pour le service et les intérêts du roi, que pour l'utilité particulière de la colonie, de se charger de la ferme des domaines de sa majesté, en ce pays,” en ayant traité avec les sieurs Nicholas BaizLy, sous-fermier général des domaines du Canada, et Louis GuiGUESs, fermier général des domaines d’Occident, pour le prix de soixante-dix mille livres par année, et aux autres charges, clauses et conditions portées dans l'acte passé à cet effet; et par un arrèt donné en son conseil, le 31 mai de la même année 1701, le roi ‘“ confirme et approuve les règlemens faits par la colonie de la Nouvelle France, pour la régie de la ferme de ses domaines d'Occident, et pour la conduite du commerce de la société de cette ferme.”
Pour revenir à l’époque où nous en étions, en 1707, M. Rodot proposa au conseil du roi de permettre aux habitans d'employer le lin et le chanvre et la laine de leurs moutons, dans le pays, où les toiles et les étoffes de France étaient à un si haut prix, que les gens peu aisés, qui formaient le plus grand nombre, n’y pouvaient atteindre.
La réponse du ministre fut, que le roi était charmé d'apprendre que ses sujets du Canada reconnussent lu faute qu’ils avaient faite, en se livrant exclusivement au commerce des pelleteries, et qu'ils s’attachassent enfin sérieusement à cultiver leurs terres, et particulièrement à y semer du chanvre et du lin; qu’il ne convenait pas que les manufactures fussent hors du royaume, parce que cela préjudicierait à son commerce ; mais que néanmoins on permettrait qu'il se fit, en Canada, des toiles et des étoffes grossières, pour l'avantage des habitans peu fortunés.
Malgré les sévères représailles exercées contre les Abénaquis, ces Sauvages, excités par des conseils aussi cruels qu’impolitiques, continuaient à désoler la Nouvelle Angleterre. Les habitans en étaient réduits à ne pouvoir plus cultiver leurs terres, ou étaient exposés à les voir tous les jours ravagées par les Sauvages. M. Dudley crut que le meilleur moyen de faire cesser ce déplorable état de choses était de chasser les Français de l’Acadie.
Il fit ses préparatifs avec autant de secret que de diligence, et le 6 juin, vingt bâtimens anglais, aux ordres du colonel Mark, parurent à l'entrée du bassin de Port-Royal, et vinrent mouiller à une lieue de la place. Le lendemain, ils mirent à terre 1,500 hommes, du côté de la rivière où était le fort, et cinq cents de l’autre côté. M. de Subercase, qui était passé du gouvernement de Plaisance à celui de l’Acadie, avait fait avertir les habitans de se rendre auprès de lui; mais ceux même qui étaient les plus proches ne purent arriver que le 7 au soir. À mesure qu’ils venaient, on les faisait filer, les uns à droite, et les autres à gauche, pour aller au-devant des ennemis, et retarder leur marche, en escarmouchant, à la faveur des bois En effet, les Anglais ne purent s’avancer que fort lentement. Le corps de cinq cents hommes fut le premier qui s'ouvrit un passage, et Subercase envoya des canots et des bateaux, pour embarquer ceux qui se retiraient devant eux. Il les fit ensuite défiler, pour aller joindre ceux qui avaient affaire au corps le plus nombreux, et qui étaient commandés par M. Denis DE LA RONDE, Canadien. Malgré ce renfort, la supériorité de l’ennemi les obligea à retraiter.
La tranchée fut ouverte, dans la nuit du 10 au 11. Le lendemain, Subercase fit sortir quatre-vingts hommes,
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tant Canadiens que Sauvages, ces derniers sous la conduite du baron de Saintr-CasTin,* afin de les opposer à quatre cents Anglais, qui avaient été détachés pour tuer les bestiaux. Il les chargèrent avec tant de vigueur, qu'ils les contraignirent de regagner leur camp, en désordre.
Le 16 au matin, cinq cents hommes s’avancèrent, pour donner l'assaut à la place; mais le feu des assiégés les força bientôt à s'éloigner. Ils ne tardèrent pas à se rembarquer, et allèrent mouiller à Kaskobay.
Ayant été renforcée de trois gros navires, portant six cents hommes de débarquement, la flotte anglaise reparut dans le bassin du Port Royal, le 20 août, au matin. Une apparition si soudaine et si inattendue Jetta la consternation dans le fort; et quoique la garnison eût été renforcée de l'équipage d’un vaisseau du roi, commandé par M. DE BoNAVENTURE, frère de La Ronde, Subercase fut presque le seul qui ne désespéra pas de triompher encore une fois. En effet, après plusieurs combats partiels, livrés aux environs de la place, depuis le 21 août jusqu’au ler septembre, les Anglais
* Natif d'Olcron en Bearn : autrefois officier de Carignan en Canada. Après la réforme de ce régiment, “il se jetta chez les Sauvages, dont il avait appris la langue. Il se maria à leur manière (avec une Abénaquise), préférant les forêts de l’Acadie aux monts Pyrénées. Il vécut, les premières années, avec eux d’une manière à s’en faire estimer au-delà de tout ce qu’on peut dire. Ils le firent grand chef (Sagamo), qui est comme le souverain de la nation, et peu à peu, il a travaillé à se faire une fortune dont tout autre que lui saurait profiter, en retirant de ce pays-là deux ou trois cent mille écus, qu'il a dans ses coffres, en belle monnaie d’or. Cependant, il ne s’en sert qu’à acheter des marchandises pour faire des présens à ses confrères les Sauvages, qui lui font ensuite, au retour de leurs chasses, des présens de castor d’une triple valeur. Il a plusieurs filles, et toutes mariée: très avantageusement avec des Français, ayant donné une riche dot à chacune. Les gouverneurs généraux du Canada le ménagent, et ceux de la Nouvelle Angleterre le craignent.”—-Lanox-