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contient de large demi-lieue, en des endroits, et un quart en-son entrée, où il y a un courant si grand, qu'il est trois quarts de marée couru, qu’elle porte encore hors.” E aurait désiré reconnaître par lui-même ce grand sault du Saguenay, dont les Sauvages lui parlèrent, ainsi que du grand lac d’où il sort, et des rivières qui s’y jettent ; mais ils ne voulurent pas le lui permettre.
Parti de Tadoussac, et remontant le fleuve, il reconnut, en passant, et nomma, la rivière aux Saumons, le cap Dauphin, le cap à l’Aigle, la rivière Platte ou Malle-Baie, le cap de Tourmente, le sault de Montmorency,* etarriva le 8 juillet. à l'embouchure d’une “petite rivière agréable, où anciennement hiverna Jacques Quartier,” et “au commencement du beau et bon pays de la grande rivière, où il y a de son entrée cent-vingt lieues.” Après avoir cherché un lieu propre pour son habitation, il n’en put trouver de plus commode et de mieux situé qu’une pointe remplie de noyers et de vignes, sur le bord du fleuve, appellée alors par les Sauvages, la Pointe de Québec. Il mit aussitôt ses gens à l'ouvrage, employant les uns à abattre les arbres et défricher les terres, et les autres à construire un magasin et un ‘“ logement,” qui devint plus tard une espèce de château, à trois corps de logis et à deux étages, de trois toises de long, chacun, et deux et demie de large, avec gallerie au second étage, et entourré de fossés de quinze pieds de largeur et six de profondeur, et ayant pour dépendances de grands et “bons” jardins, et une place, ou esplanade, de cent à cent vingt pas de long et
*nquante à soixante de large.
* Ce sault, ou ‘“ torrent d’eau,” a 40 toises de hauteur : Champlain ne lui en donne que 25, et Jean Alphonse encore moins. " sons vous arriverez, dit ce dernier, à la pointe de l’île
(d'Orléans), vous appercevrez une grande rivière, qui tombe de la hauteur de quinze ou vingt brasses de dessus un rocher, et qui fait un bruit terrible,”
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11 n’y avait rien alors, dans l'endroit, qui pôt être uppellé ville, bourgade ou village ; mais ‘quantité de Sauvages cdbanaient,” ou venaient cabaner pour la pêche, dans les environs, ordinairement entre les rivières de Saint-Charles et de Montmorency. Ce n’était plus le peuple agriculteur et industrieux, politique et diplomate, de Stadaconé, mais des hommes timides, paresseux, ignorant ou négligeant entièrement la culture de la terre et l’économie domestique; ‘ pâtissant,” ou souffrant de la faim, l'hiver, au point d’être quelquefois obligés de manger ‘jusqu'aux peaux dont ils se couvraient contre le froid.” Malgré quelques traits de ressemblance dans l'habitude corporelle, le caractère, les mœurs et les usages, s’il fallait croire qu'ils descendaient des Canadois du temps de Quartier, il faudrait conclure aussi qu'ils étaient bien dégénérés.*
Vers l’automne, Du Pont repassa en France, mais Champlain demeura en Canada. Durant l'hiver, les
Montagnais, les Algonquins, et ceux qu’il appelle d’abord Ochateguins, et ensuite Hurons, recherchèrent son alliance; et au printems de 1610, un parti de ces nations ayant résolu de marcher contre les Iroquois,
* Les hommes sont bien proportionnés, dispos et sans difrormité ; les femmes aussi bien formées et potelées, mais basannées, Une fille de quatorze ou quinze ans peut avoir plusieurs amans, et au bout de quatre ou cinq ans, elle épouse celui qui lui plaît le plus. Le mari et la femme vivent ensemble jusqu’à la fin de la vie, à moins qu'au bout d’un certain temps, il n'y ait pes d’enfang: alors le mari pee répudier sa femme, et en prendre une autre, en disant que la sienne ne vaut rien. Ils croient l’âme immortelle, et disent qu'après leur décès, ils iront en d’autres régions se réjouir avec leurs parens et amis défunts; aussi enterrent-ils leurs morts avec tout ce qu’ils possédaient, et si c’est un chef, ou un homme en autorité parmi eux, ils vont, tous les ans, faire un festin, chanter et danser sur sa fosse, Ils croient que tous les songes qu’ils ont sont véritables, et ils ont parmi eux des jongleurs, ou devins, qu’ils révèrent, et auxquels ils obéissent implicitement.—CHAMPLain, en substance,
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leurs ennemis communs, il se laissa imprudemment persuader de les accompagner. Mais il avait un motif louable, qui pouvait l’excuser jusqu’à un certain point, celui de reconnaître la rivière, le grand lac, et le pays des Iroquois. Il partit de Québec le 28 mai, dans une chaloupe ‘“ équippée de tout ce qui lui était nécessaire,” et avec une partie des Sauvages qui devaient être de l’expédition. Chemin faisant, il n’oublia pas de recueillir tous les renseignemens que lui pouvaient donner ses compagnons de voyage. Etant sur le lac Saint-Pierre, il vit, du côté du nord, une rivière “fort agréable,” qu’il dit aller ‘cinquante lieues dans les terres,” et
qu’il nomma Suinte-Suzanne.. Au côté du sud, il
remarqua, ‘en un beauet bon pays,” deux rivières “ très belles,” l’une appellée rivière Du Pont (celle de Nicolet, ou celle de Saint-François), et l’autre, la rivière de Gennes (le Saint-François ou l’Yamaska).
Ayant passé par un grand nombre d’iles de différentes grandeurs, où il y avait ‘quantité de noyers et de vignes, et de belles prairies, avec force gibier et animaux sauvages,” et où la “ pêcherie du poisson était plus abondante qu’en aucun autre lieu qu’il eût vu,” il arriva à l'entrée de la rivière des Iroquois Un assez grand nombre de Sauvages, Montagnais, Algonquins et Hurons, y étaient assemblés ; mais il n’y en eut qu’une partie qui voulurent l’accompagner, les autres aimant mieux, réflexion faite, “s’en retourner dans leur pays, avec leurs femmes et les marchandises qu’ils avaient traitées.”
Ce contretems n’empêcha pas Champlain de persévérer dans son dessein, et de marcher contre une nation dont la puissance lui était connue, avec quelques Français et une soixantaine de Sauvages. Entré dans la rivière des Iroquois, il la put remonter, sans trop de
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difficulté, cette fois, l’espace de quinze lieues, où jusqu'à “une manière de lac (le bassin de Chambly) d’environ trois lieues de circuit, où l’eau descend d’un sault d’environ six cents pas de large, qui court d’une grande vitesse, parmi quantité de rochers et cailloux.” Ne pouvant franchir avec sa chaloupe ce courant, qu’il appelle le “ premier sault des Iroquois,” il suivit les Sauvages par terre, l’espace d’une demi-lieue, et s’embarqua dans leurs canots, avec deux de ses Français, qui ne voulurent pas l’abandonner. Le sault, ou rapide, passé, les Sauvages commencèrent à mettre un peu plus de précaution dans leur manière de naviguer et de prendre poste. On campait ue bonne heure; on abattait des arbres, dont on se faisait une espèce de retranchement, du côté de terre; on avaït soin de ranger les canots sur le bord de la rivière, afin de pouvoir s’embarquer promptement, en cas de surprise, et de se dérober à l'ennemi, avant qu'il eût forcé le retranchement. Dès qu’on avait campé, des coureurs se répandaient à travers les plaines, et revenaient bientôt ; apres quoi tout le monde s’endormait. Champlain leut ayant parlé du danger auquel ils s’exposaient, ils lui répondirent, qu'après avoir travaillé tout le jour, il était nécessaire de se reposer pendant la nuit. Néanmoins, lorsqu'ils se crurent plus proches de l’ennemi, ils ne marchèrent plus que de nuit, et n’allumérent plus de feux pendant le jour.
Les vallées qui séparent les montagnes qu’on apperçoit du milieu du grand lac auquel Champlain donné son nom, étaient alors peuplées d’Iroquois,* et c'était
* La rivière qui sort de ce lac n’était pas appellée rivière des Iroquois, parce que ces Sauvages en habitaient les bords, mais pee qu'ils y passaient pour venir faire leurs incursions sur ceux
u Saint-Laurent. Les bords de cette rivière, alors partout
couverts de “beaux arbres” de toutes espèces, et en quelques endroits de prairies, avaient été habités autrefois, suivant Cham-
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là, et même au-delà, que nos guerriers avaient dessein de joi
de faire une :rruption ; mais l'ennemi leur épargna une Cham