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les barques et chaloupes peuvent monter aisément, néanmoins avec un grand vent, ou à la cordelle, à cause du grand courant d’eau.” Il nomma ce lieu la Place Royale, et il le décrit comme y ayant auprès, ‘ une petite rivière, tout le long de laquelle il y avait plus de soixante arpens de terres désertées, que des Sauvages (les Hochelagais) avaient autrefois cultivées, mais qu'ils avaient quittées, à cause des guerres qu'ils y avaient ;”— quantité de belles prairies ;—de toutes les sortes de bois qui se voient en Europe ;—-abondance de poissons dans le fleuve; et dans les forêts, bètes fauves ou farouches de toutes les espèces, cerfs, daims, chevreuils, cariboux, loups-cerviers, ours, castors, lièvres, et autres petites bêtes, et oiseaux en quantité innombrable.” Il donna le nom de Sainte-Hélène à une île d'environ “trois quarts de lieue de circuit, située au milieu du fleuve,” où l’on pourrait ‘ bâtir une bonne et forte ville ;” et remarqua, à vingt toises de la Place Royale, ‘“ un petit Ilet d'environ cent pas de long, où l’on aurait pu “faire une bonne et forte habitation.” Le Sault lui parut former, en descendant, “une manière de lac (la baie de la Madeleine), où il remarqua ‘“ deux ou trois belles iles,” celle de Saint-Paul, et celle qui “est au milieu du Sault,” et qu’il nomma le aux Hérons, à cause de la prodigieuse quantité de ces oiseaux qui y furent pris sous ses yeux.
Ayant trouvé cet endroit, (éloigné ‘“ d’une lieue” du Mont Royal),* ‘un des plus beaux qui fût sur cette rivière,” il en fit aussitôt ‘ couper et défricher le bois,”
* Si, suivant Quartier, qui n’était pas plus que Champlain porté à raccoucir les distances, Hochelaga n'était qu’à un quart de lieue du Mont Royal, il fallait que cette bourgade fût passablement éloignée du site de la Place Royale de ce dernier, et sise
vers l’endroit où fut ensuite bâti le fort de 1a Montagne, ou quelque part ailleurs, sur ce que nous appellons le Côteau Baron.
pour le rendre “uni et pret à bâtir,” pensant “qu'on pourrait faire passer l'eau autour aisément, et en faire une petite île.” Il se contenta pour lors d'y faire faire deux jardins, l’un sur le terrain qu'il venait de faire défricher, et l’autre dans une prairie, pour éprouver la qualité du sol; et une muraille en terre ou en brique, de soixante pieds de longueur, quatre d'épaisseur et à peu près autant de hauteur, “pour voir comment elle se conserverait durant l'hiver, ou le printems, quarä les eaux descendraient."*
De retour à Québec, Cliamplain en partit pour la France, et arriva à Saint-Malo le 11 août.
Deux jésuites, le P. Pierre BIRT et le P. Edmond Masse, étaient arrivés au Port Royal, le 12 juin de la même année 1611, avec M. DE BIENCOUR, fils du sieur de Poutrincour. Ils crurent que leur premier devoir, en arrivant en Acadie, était d'apprendre la langue des naturels du pays; mais il ne se‘trouva personne, parmi les Français, qui pôt, ou voulût leur faciliter cette étude; et peut-être auraient-ils été obligés de s’en retourner sans avoir rien fait, ss Membertou, qui avait
- appris un peu de Français, n’eût bien voulu être leur instituteur.
L'année suivante, le sieur de Biencour et le P. Biart rangèrent la côte jusqu’au Quinibequy, remontèrent cette rivière, et firent connaissance et alliance avec les Cannibas, alliés des Etchémins, et connus plus tard, comme ces derniers, les Souriquois et autres, sous la dénomination générale d'Abénaquis.
Cependant, la mort du roi (Henri IV) avait achevé
* Ces détails sont minutieux sans doute, mais ils montrent l’homme diligent et sage, qui examine tout soigneusement, qui ne néglige aucun moyen d'utilisation, et qui ne veut rien entreprendre d'important, sans être à peu près assuré du succès,
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de ruiner les affaires et le crédit de M. de Monts. Il ne laissa pourtant pas d'exhorter Champlain à ne pas perdre courage, et à chercher quelque puissant protecteur à la colonie naissante. Champlain s'adressa à Charles DE BOURBON, comte de Soissons, qui, agréant la proposition d'être le protecteur de la Nouvelle France, se fit donner par la reine régente toute l'autorité nécessaire pour maintenir et avancer ce qui était déja fait, et nomma Champlain son lieutenant. La mort du comte de Soissons, arrivée presque aussitôt après cet arrangement, üe dérangea rien aux affaires de l'Amé-
rique, parce que le prince de Conpe’ voulut bien s’en
charger, et continua Champlain dans l'emploi et l’autorité que son prédécesseur lui avait donnés.
Pour revenir aux affaires de l’ Acadie, la marquise de GUERCHEVILLE, qui s'intéressait fort à la la conversion des naturels de cettecontrée, et aux missionsqu’on voulait établir parmi eux, s'était associée avec M. de Poutrincour, dans la vue de le rendre favorable aux jésuites, qu'elle voulait pour missionnaires ; mais n'y réussissant pas à son gré, elle se brouilla avec lui, et parvint à obtenir de M. de Monts, avec qui elle n’avait pas voulu s'associer d’abord, parce qu’il était ‘“ huguenot," la cession ou l’abandon de ses droits ou prétensionsquelconques, et du roi (Louis XIII) des lettres-patentes, par lesquelles, suivant le dire de Champlain, donnation lui était faite de toutes les terres de la Nouvelle-France, depuis la grande rivière (de Canada) jusqu’à la Floride ; à l'exception de l'établissement du Port Royal. Malheureusement, élle était loin d’avoir à sa disposition les moyens nécessaires pour faire valoir de si hautes prétentiops, Le résultat de tous ses efforts fut l'équippement d'un petit vaisseau d'environ cent tonneaux. Elle en confia le commandement à un sieur DE LA
SAUSSAYE, avec ordre d'y embarquer tout ce ‘qui serait nécessaire pour fonder une colonie. La Saussaye arriva le 6 mai 1613, au port de La Hève, et y arbora les armes de Madame de Guercheville. 11 passa de là au Port Royal, où il prit les PP. Masse et Biart; rangea ensuite la côte, et s'arrêta à l'embouchure de la rivière de Pemtagoet, appellée depuis par les Anglais P-10bscot. -Ildébarquasurlative septentrionale decetterivière, ou, (suivant Champlain) dans l'ile des Monts Déserts, située à son entrée, et y fit à la hâte un petit fort, auquel il donna le nom de Saint-Sauveur. Tout son monde ne se montait pas à trente personnes. L’équipage de son navire, qui était de trente-cinq hommes, se joignit aux nouveaux colons, pour élever des maisons ou des cabanes. Lorsqu'on fut logé, on se mit à cultiver la terre; mais à peine la colonie commençait à se former, qu'un orage imprévu la renversä de fond en comble. Samuel ARGALL, qui escortait, avec un vaisseau de quatorze canons, une dixaine de bateaux pêcheurs partis de la Virginie, apprit, en route, que des étrangers s'établissaient à Pemtagoet, et ne doutant pas que.cene fussent des Français, il crut qu’il était de sondevoirdelesen chasser.* Quoiquela Saussayeignorât le dessein des Anglais, il crut dévoir$e préparer à tout évenement: ‘il demeura à terre, pouf défendre: son fort, et chargea LAMorTE-Le-“WIELaIN, son lieutenant,.de la défense du navire, qui était.en rade; mais njilun ni l'autre n'avaient. de canons. : Argall s’attachäkd’abord au retranchement, et après l’aveir canonné: quelque temps d'assez loin, il s'en approcha de plus près, et fit un grand feu de mousquetterie,..qui tua beaucoup.de
* Le territoire sur lequel La Saussaye avait bâti son fort, était biert du domaine de Madame de Guércheville, d’après ses lettres- L mais il était aussi réclamé par la couronne. d'An-
eterre.
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Jateaux te, que doutant était de ignorât r à tout on fort, t,.de la il'un ni &'abord quelque 8, et fit coup de fort, était 38 lettresne. d'An-
monde, La Saussaye voyant qu'une plus longue résistance lui ferait perdre inutilement un plus grand nombre d'hommes, prit le parti de se rendre, et Lamottele-Villain fut bientôt contraint d’en faire autant. Argall, maître de l'habitation, alla visiter les coffres de la Saussaye, y trouva sa commission, et l’enleva, sans que personne s'en apperçût. Le lendemain, la Saudsaye étant allé rendre visite à son vainqueur, celuici lé somma de présenter la commission qu'il avait lui-même soustraite. La Saussaye l'ayant cherchée en vain, Argall le traita d'homme sans aveu et de pirate, et livra l’habitation et le navire au pillage. Ensuite, par un siagulier mélange de bassesse et de générosité, ‘al offrit aux Français une espèce de barque ou chaloupe pontée, pour s'en retourner dans leur pays; et cette chaloupe s'étant trouvée trop petite, il proposa à ceux qui savaient quelque métier d’aller avec lui en Virginie, leur promettant une entière liberté de conscience, et la faculté de repasser en France, au bout d’un an. Plusieurs acceptèrent ces offres, et le sieur Lamotte, le P, Biart, et deux autres jésuites, les PP. QUENTIN et Du Tuer, que M. de la Saussaye avait amenés de France avec lui, voulurent les suivre. Ce qui restait de Français s’'embarqua sur la chaloupe avec la Saussaye et le P. Masse. Ils traversèrent la Baie Française, et rencontrèrent, au port de la Hève, un navire qui les reçut tous, et les conduisit heureusement à Saint-Malo. Ceux qui avaient suivi le capitaine Argall en Virginie n'eurent pas autant de bonheur: à leur arrivée à Jamestown, le gouverneur les condamna à mort, comme pirates. Argall eut beau lui représenter qu'il leur avait donné sa parole qu’on les traiterait bien, et qu'ils demeureraïent libres, et qu’ils ne l'avaient suivi volontairement qu'à cette condition, le gouverneur lui
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