ES RD TELE TEST 2 TV
Rad 9 ADEME se AMIE ta °9 FOUT
a pt LR
répondit-qu'il avait outre-passé ses pouvoirs; que leur chef n'ayant pas eu de commission, il ne pouvait s'empêcher de les regarder comme des forbans. Il ne restait à Argall d'autre moyen de les sauver que d’avouer sa supercherie à l'égard de leur commandant, et il eut assez de probité pour le faire.
La vue de la commission du sieur de la Saussaye désarma le gouverneur de la Virginie; mais il prit,.sur le champ, la résolution de chasser les Français de‘toute l’Acadie. Argall fut chargé de cette expédition. On lui donna trois vaisseaux. Il arbora les armes d’Angleterre au r1ême endroit où avaient été celles de Madame de Guercheville ; puis il alla à Sainte-Croix,
où il ruira tout ce qui restait de l'établissement de M.
de Monts. Il fit la même chose au Port Royal, où il ne rencontra personne ; et en quelques heures, le feu consuma tout ce que les Français possédaient dans une colonie où l’on avait dépensé beaucoup d'argent, et
travaillé pendant plusieurs années, sans songer à se mettre en état de soutenir un coup de main. Mais la
prévoyance n’était pas l’esprit du temps.
Poutrincour, arrivé en Acadie, sur ces entrefaites, fut témoin de la ruine de son établissement, et ne put qu’en recueillir les débris vivants, sur les vaisseaux dans lesquels il leur apportait de nouveaux approvisionnemens. Ces aggressions et ces déprédations barbares, commises en temps de paix, par les Anglais de la Virginie, don-
nèrent lieu à des plaintes et à des réclamations. Mais.
le courageux fondateur de Port Royalétant mort, quelque temps après, les torts immenses qu’il avait éprouvés demeurèrent sans réparation. Madame de Guercheville obtint, pour tout dédommagement, la restitution de son navire. Elle reconnut, mais trop tard, remarque Charlevoix, d’après Champlain, qu’elle avait eu tort, de ne
pas s's séparé Apri 1612, 1613, depuis Québe.
hier tirent, où ils 8 Du mais Ct nommé se fût v vertes,” retour à
eville le son Charde ne
pas s'associer avec M. de Monts, d’abord, et ensuite, de séparér ses intérêts de ceux de M. de Poutrincour.
Après avoirété retenu en France pendant toute l'année 1612, Champlain s'embarqua à Saint-Malo, le 6 mars 1613, sur un vaisseau que commandait Du Pont, revenu depuis peu de l’Acadie, et ils mouillèrent le 7 mai, devant Québec. Ils trouvèrent l'habitation en si bon état, que n’y jugeant pas leur présence nécessaire, ils en repartirent, le 13, pour aller au “ Grand Sault Saint-Louis,” où ils arrivèrent le 21.
Du Pont devait retourner, presque aussitôt, à Québec, mais Champlain avait dans l'esprit un autre dessein. Un nommé Nicholas VIGNAU, “le plusimpudent menteur qui se fût vu de longtems,” qu'il avait envoyé ‘aux découvertes,” les années précédentes, lui avait rapporté, à son retour à Paris, en 1612, des choses merveilleuses, et entre autres, ‘qu’il avait vu la mer du Nord; que la rivière des Algonquins (présentement des Outaouais) sortait d’un lac qui s'y déchargeait, et qu’en dix-sept journées, on pouvait aller et venir du Sault Saint-Louis à cette mer; qu'il avait vu le bris et fracas d’un vaisseau anglais, qui s'était perdu à la côte, d’où quatre-vingts hommes s'étaient échappés, à terre, mais avaient été massacrés par les Sauvages, parce qu'ils avaient voulu leur enlever de force leur bled et autres vivres.” Il ajoutait qu'il avait vu les têtes de ces Anglais écorchées par les Sauvages, selon leur coutume. Ces nouvelles avaient “réjoui” Champlain, en lui faisant ‘“penser” qu’il trouverait “bien près ce qu'il cherchait bien loin.”
Ayant fait charger deux canots de vivres, armes et mârchandises, il s’y embarqua avec quatre Français, y compris Viguau, et un Sauvage ; partit, le 27 mai, de l'ile Sainte-Hélène, et alla coucher au pied du Sault. A deux lieues de là, il entra dans ‘ un lac qui a de circuit
environ douze lieues, et où se déchargent trois rivières, l’une venant de l’ouest, du côté des Ochateguins (ou Hurons), éloignés du grand Sault de cent-cinquante ou deux cent lieues ; l’autre du sud, pays des Iroquois, de pareille distance ; et l’autre du nord, pays des Algonquins, aussi, à peu près de semblable distance.* Laissant à sa gauche la rivière venant de l’ouest, il entra dans celle qui vient du nord, passa par un lac de sept à huit lieues de long et trois de large, puis par un sault ‘rempli de pierres et rochers, où l’eau court d’une grande vitesse.” Il rencontra plusieurs autres saults ; vit plusieurs rivières, l’une ‘“ fort plaisante, à cause
des belles îles qu'elle contient, et des terres garnies de
beaux bois clairs qui la bordent”; des lacs, dont l’un de cinq lieues de long et deux de large, où il y a ‘“ de fort belles iles remplies de vignes, noyers, et autres arbres agréables.” Un peu plus loin, la terre est sablonneuse, et il s'y trouve ‘une racine qui teint en couleur cramoisie, et dont les Sauvages se peignent le visage.” Il parvient de 1à à un grand sault, ‘ou l’eau descend de dix ou douze brasses en talus, et fait un merveilleux bruit.” Ilentra dans un lac de six à sept lieues de long, où se dicharge une rivière venant du sud. La terre des environs était couverte de pins qui avaient été presque tous brulés par les Sauvages, mais il y restait de beaux cyprès rouges, les premiers qu’il eût vus dans le pays, de l’un desquels il fit une croix, qu’il planta au bout d'une île qui élargit la rivière d'une lieue et demie, et qu’il nomma Sainte-Croix.
Parvenu à un autre lac de six lieues de long et deux
lister leersonidienionentitninnnititiée
* Pour trouver trois grandes rivières se déchargeant dans le lac Suint-Louis, et quelque exactitude dans ce qu’en dit Champlain, il faut, ce nous semble, prendre la rivière de Chateauguay pour oelle qu'il dit venir du sud, et laisser aux Hurons celle de Saint- Laurent ou de Catarocouy.
de lar vages Ces ge gers à qu'il ; avait « deux c TEsso.
bord d quatre que c’é Ils pas:
situatio quins, où la product s’amusa
Louis.
pour sè servait voulait
èress : (ou te ou s, de gon-
st, il ac de ar un d’une aults ; cause ies de ’un de de fort arbres neuse, r Crae” Il end de eilleux ong, Où rre des presque » beaux le pays, au bout mie, et
et deux
t dans le hamplain, uay pour de Saint-
de large, Champlain rencontra üne habitation de Sauvâges qui cultivaient la terre, et recueillaient du maïs. Ces gens ne pouvaient comprendre comment des étrangers avaient pu passer les saults et les mauvais chemins qu’il y avait pour venir jusqu'à eux. Leur chef, qui avait déjà entendu parler de Champlain, fit équipper deux canots, pour le mener avec ses compagnons voir Tessoar,* qui demeuraïit à huit lieues de là, sur le bord d'un grand lac de dix lieues de long et trois ou quatre de large. En voyant Champlain, Tessoat s'écris que c'était un songe, et qu’il ne croyait pas qu'il voyait. Ils passèrent ensemble dans une île élevée et “ forte de situation,” où se tenait un gros de la nation des Algonquins, pour éviter les courses de leurs ennemis, mais où la terre, ainsi que celle des environs, paraît peu productive. Champlain leur demanda comment ils s’amusaient à cultivér un si mauvais pays, tandis qu'il y en avait de beaucoup meilleurs qu’ils laissaient déserts et abandonnés, comme, par exemple, le Sault Saint Louis. Ils lui répondirent qu’ils y étaient contraints pour sè mettre en sûreté ; que l’aprêté des lieux leu:
servait de rempart contre leurs ennemis; mais que sui voulait faire une habitation de Français au Sault Sainx- Louis, ils quitteraient leurs demeures pour s’y venir loger, étant assurés que leurs ennemis ne les vic:draïent point attaquer, s’ils avaient des Français près d’eux.
Champlain leur dit qu’il allait faire des préparatifs pour ÿ bâtir un fort, et mettre la terre en état d’être cultivée, sur quoi, ils firent un grand cri, en signe d’applaudissement. Jlinvita ensuite les principaux d'entre eux à se trouver, le lenderhain, sur la grande terre, dans la
* C’est évidemment le même que Champlain appelle BEZOAT, dans la relation de son voyage de 1603, et qu'il vit à Tadoussac, avec ANADABIJOU, chef des Montagnais.
cabane de Tessoat, qui lui voulait faire “tabagie,” ajoutant qu’il leur exposerait là et alors ses intentions.
Cette “tabagie” fournit à Champlain l’occasion de voir et décrire quelques unes des coutumes de ce peuple. “Le lendemain, dit-il, les conviés, avec chacun son écuelle de bois et sa cueillère, et tous sans ordre ni cérémonie, s’assirent à terre, dans la cabane, Tessoat leur distribua une manière de bouillie, faite de maïs écrasé entre deux pierres, avec de la chair et du poisson, coupés par petits morceaux, le tout cuit ensemble sans sel. Il avait aussi de la chair rôtie sur des charbons, et du poisson bouilli à part, qu’il leur distribua pareillement. Tessoat, comme donnant le repas, entretenait ses convives, sans manger lui-même, selon leur coutume.”
‘“ La tabagie faite, les jeunes gens, qui n’assistent pas au conseil, sortirent, et chacun de ceux qui étaient demeurés emplit son petunoir, et le présenta à Champlain. Une demi-heure se passa à cet exercice, sans qu’il fût dit un seul mot.”
Après qu’ils eurent ainsi ‘“ petuné” en silence, Champlain leur exposa le but de son voyage, qui était principalement d'aller voir une tribu du nord, (qu'il appelle Mebicerini), pour la convier de faire alliance avec eux contre leurs ennemis, et il leur demanda quatre cazots et huit hommes pour l'y conduire.
A cette demande, les Sauvages se remirent à ‘ petuner.” Enfin Tessoat fit une harangue qu’il termina, en disant à Champlain, que si on lui accordait les quatre canots qu’il demandait, ce serait à regret, parce que l'entreprise serait accompagnée de beaucoup de difficultés et de périls ; que les gens au’il voulait voir étaient des sorciers et des empoisonneurs, et que quant à l'aide qu’il s’en promettait pour la guerre, elle était peu de chose,
parce poltro Por plain c'était avec q ses pr morne effront Aussit travers comme dit: « à mes « c’est en pour vec
parce qu’ils étaient “ de petit cœur,” (sans courage et poltrons).
Pour faire tomber les objections de Tessoat, Champlain voulut recourir au témoignage de Vignau; mais c'était là qu'il était attendu. Amené devant le chef, avec qui il avait passé un hiver, et interrogé touchant ses prétendues découvertes, Vignau garda longtems un morne silence, qu’il n’interrompit enfin que pour affirmer effrontément qu'il avait réellement été où il avait dit. Aussitôt tous les Sauvages se mirent à le regarder de travers, et à se jetter sur lui, en poussant des cris, comme s'ils eussent voulu le déchirer, et Tessoat lui dit: “Tu es un assuré menteur; tous lessoirs, tu couchais à mes côtés, avec mes enfans, et si tu as été où tu dis, c’est en dormant. Comment as-tu pu être assez méchant pour vouloir hazarder Ia vie de ton maitre parmi tant de dangers? Tu es un homme perdu, et on te devrait faire mourir plus cruellement que nous ne faisons nos ennemis.”
Champlain, étonné de voir un homme, aux contes duquel il avait ajouté foi, apostrophé de cette manière, le somma de le tirer de l’embarras où il l'avait mis, en donnant des preuves de la vérité de ce qu’il avait avancé; “mais il demeura muet et tout éperdu.” Pris à l’écart, et interpellé de nouveau de dire la vérité, Vignau affirma “de rechef avec jurement” que tout ce qu’il avait dit était vrai. Plus embarrassé que jamais, Champlain alla voir ceux de l’île mentionnée ci-dessus. Il ne leur eut pas plutôt parlé de la mer, des vaiseaux, des têtes d'Anglais, qu’ils s’écrièrent que son homme était un menteur, et qu’il le fallait faire mourir, à moins qu’il ne dit avec qui il avait été dans ce pays, et qu’il ne désignât correctement les lacs, les rivières et les chemins par où il avait passé. Comme de raison, Vignau avait oublié le H
nom du Sauvage avec qui il avait fait son voyage de découverte; mais il avait donné à Champlain un papier où il avait tracé et décrit les particularités qu’il prétendait avoir remarquées. (Cette espèce de carte ayant été présentée aux Sauvages, ils questionnèrent son auteur sur ce qu’ils y voyaient; mais il re put leur répondre; et “par son morne silence, manifesta sa méchanceté.”
I fallut que Champlain menaçât Vignau de le faire “pendre et étrangler,” pour l’amener à avouer son imposture. Les Sauvages voulaient qu’on le mit à mort sur l'heure. “Ne vois-tu pas, dirent-ils à Champlain, qu'il t'a voulu faire mourir ? donne-nous le, et nous te promettons qu’il ne mentira plus.” Il eut bien de la peine à le tirer de leurs mains, et même de celles de leurs enfans: il n’y réussit qu’en leur disant qu’il l'emmenait au Sault-Saint-Louis, pour aviser à ce qu’ilen ferait. Sa punition fut l’ordre d’aller tout de bon ‘par pays,” pour faire des découvertes réelles.
Les Sauvages ne furent plus du tout d’avis de fournir des canots et des hommes à Champlain: ils lui dirent qu’il fallait remettre le voyage à l'année suivante ; qu'alors ils le méneraient en bon équippage, pour se pouvoir défendre contre la nation qu’il désirait de voir, si elle leur voulait faire du mel.
Champlain était au lac Témiscaming, par 47 degrés de latitude, et, comme il coimptait, deux cent quatrevingt-seize de longitude. Plusieurs considérations pouvaient l'excuser d’avoir ajouté foi à des contes faits à plaisir: des relations de naufrages arrivés dans les régions polaires, venaient d’être publiées en Angleterre, et ce que Vignau lui avait raconté lui paraissait assez, conférme au contenu de ces relations, d'après lequelles il ne se croyait pas à plus de cent lieues de la mer du
uatreations s faits ns les eterre, assez, quelles ner du
Nord.* Le contretems qu'il éprouva alors lui parut d'autant plus fâcheux, qu'il avait plus compté sur le succès de son entreprise. ‘“ Mon voyage, dit-il, étant achevé par cette voie, et sans aucune espérance de voir la mer de ce côté-là, sinon par conjecture, le regret de n'avoir pas mieux employé le temps me demeura, avec les peines et travaux qu'il m’avait fallu endurer.f Si je me fusse transporté d'un autre côté, suivant la relation des Sauvages, j’eusse ébauché une affaire qu'il fallut remettre à une autre fois.”
Avant de partir, il fit planter, sur le bord du lac, en un lieu éminent, une croix de cèdre blanc, avec les armes de France, et pria les Sauvages de la conserver, ainsi que celles qu'ils trouveraient le long des chemins par où il était venu. Ils lui dirent qu'ils le feraient, et qu'il les retrouverait, lorsqu'il reviendrait parmi eux.
En revenant, il s'arrêta au Sault de la Chaudière, où il fut témoin de la cérémonie de l'offrande du petun.f Il arriva le lendemain, 16 juin, “à une île qui est à l'entrée du lac (Saint-Louis), distante du grand Sault
* Il n’était éloigné, en effet, que d'environ cent lieues, non de la mer du Nord, ou Glaciale, mais du fond de la baie d'Hudson, appellé pas les Anglais James’ FRpe 51 degrés de latitude, et
la même longitude que celle du lac Témiscaming.
+ s'en fallait bien pourtant qu'il eût entièrement perdu son temps et ses peines : il avait, dans une grande étendue de pays, reconnu un grand fleuve, un nombre cons émis de rivières, de lacs, d’îles, ete. ; il avait vu chez eux les Algonquins, une des tribus alliées des Français, et eu eceasion d’en étudier les mœurs, les usages et les dispositions ; enfin, il avait pris possession de la eontrée, au nom de son souverain.
+“ Après qu'ils ont porté leurs canots au bas du Sault, dit-il, en substance, ils s’assemblent en un lieu eù un d’entre eux, avec un plat de bois, va faire la quête, et chacun d'eux met dans ee plat un morceau de petun. La quête faite, le platest mis au milieu de la troupe, et tous dansent à l'entour, en chantant à leur mode : puis un des capitaines fait une harangue, laquelle finie, le harangueur prend le plat, et, va jetter le petun au milieu de la Chaudière, et tous ensemble font un cri. S'ils ne faisæent pas cette offrande, en passant, ils eroiraient que malheur leur-en adviendrait.
‘88 HISTOUE
de sept à huit lieues,” et à ce sault le 17, Descendu à l'endroit où il avait laissé ses barques (la Place Royale ou l’île Sainte-Hélène), un sieur de MAts0N-NEUVE le vint trouver “avec le passe-port de Monseigneur le Prince,” et il avertit les Sauvages qu’ils pourraient faire la traite avec lui, le lendemain. N'ayant plus rien à faire en Canada, il s’'embarqua à Tadoussac, le 8 août, et arriva à Saint-Malo, le 26 du même mois.
Pendant son séjour en France, il conclut un nouveau traité avec des marchands de Saint-Malo, de Rouen et de La Rochelle, et leur obtint, par l’entremise du prince de Condé, des lettres-patentes du roi. Il s’embarqua ensuite pour le Canada, avec quatre Récollets, qu'il avait demandés, et à qui la compagnie s'était engagée de fournir tout ce qui était nécessaire. Il arriva à Québec, au printemps de 1615, et monta incontinent à la Place Royale, ou au Sault Saint-Louis. Il y trouva des Hurons et quelques uns de leurs alliés, qui l’engagèrent dans une troisième expédition contre les Iroquois.
Les premiers historiens du Canada ont beaucoup blâmé la facilité avec laquelle Champlain se laissait entrainer dans des expéditions lointaines, périlleuses, imprudentes et peu dignes de sa situation. “IL est constant, dit Charlevoix, que par cette complaisance, il prenait le meilleur moyen de gagner l'amitié des Sauvages, et de bien connaître un pays où il s'agissait d'établir un commerce avantageux, et la religion chrétienne parmi un grand nombre de tribus payennes; mais il s’exposait beaucoup, et ne faisait pas réflexion que cette facilité à condescendre à toutes les volontés de ces barbares, n’était nullement propre à lui concilier le respect que demandait le caractère dont il était revêtu. Il y avait, d'ailleurs, quelque chose de mieux à faire
pour les la ne ga
dont Il aur çais e Québ et lui de ne Si ( Sauva celle « redesci saires, retour, bientôt et part presque
iés,
atre
oup sait 868, est e, il saussait hrénes; xion ntés ilier rêtu.
faire
pour lui, que de courir ainsi, en chevalier errant, par les lacs et les forêts, avec des Sauvages qui, souvent, ne gardaient pas même à son égard les bienséances, et dont il n’était nullement en état de se faire craindre, Il aurait pu aisément envoyer à sa place quelque Français en état de bien observer, tandis que sa présence à Québec aurait beaucoup plus avancé son établissement, et lui aurait donné une solidité qu’il se repentit trop tard de ne lui avoir pas procurée.”
Si Champlain pouvait se dispenser d'accompagner les Sauvages dans leurs excursions, c'était surtout dans celle dont nous allon: parler. Se trouvant obligé de redescendre à Québec, pour y donner les ordres nécessaires, il les pria de différer leur départ jusqu’à son retour, qui devait être prompt; mais ceux-ci se lassèrent bientôt de l’attendre, s’embarquèrent dans leurs canots, et partirent; et, ce qui peut paraitre assez singulier, presque tous les Français qui étaient alors avec eux, les accompagnèrent, sans attendre leur commandant. A son retour, Champlain ne trouva plus dans l’île de Mont- Réal,* ou quelques lieues auü-dessous, sur la terre-ferme, que deux Français et dix Sauvages. Il lui fallut courir après les Hurons, pour les aller joindre dans leur pays. Suivons-le dans ce voyage, non moins intéressant, et non moins historique que celui qu’il avait fait, deux ans auparavant, chez les Algonquins,.
Il s'embarqua avec ses douze compagnons, au-dessous du ‘ Bout de l’Ile,” puisqu'il ‘“ voyagen amont le fleuve Saint Laurent, environ six lieues,” entra dans la Rivière des Prairies, une des branches de celle des Algonquins laissant, comme il dit, le Sault Saint-louis, six lieues plus haut, à sa gauche; traversa un lac (celui des deux
* Ainsi nommerons-nous dorenavant l'endroit, quoique @e nom
lui ait été donné xn peu plus tard.
Montagnes), et remonta la Grande-Rivière jusqu’au lac Temiscaming, ou des Algonquins. Etant entré dans une rivière qui tombe dans ce lac, il la remonta, “tant par eau que par terre,” l’espace de trente-cinq lieues, par un pays ‘“ mal agréable, rempli de sapins, bouleaux, quelques chênes, et force rochers,” stérile et très faiblement habité; mais où il y avait, comme par compensation, des petits fruits, et particulièrement des bluets, en si prodigieuse quantité, qu'on les venait cueillir de pays éloignés, afin de les faire sécher pour l'hiver ‘comme des pruneaux en France.” Champlain trouva occupés à cette cueillette quelques centaines d'individus d’une tribu éloignée, auxquels il donna le nom de Cheveuxrelevés, “ pour les avoir mieux peignés et agencés, sans comparaison, que des courtisans (ou petits-maîtres), quelques fers et façons qu’ils y mettent.”
Ayant fait encore environ vingt-cinq lieues, il atteignit le ac Vipissing, ou des .Vipicirini, par 46 degrés et un quort de latitude. Il vit dans ce lac, auquel il Conne environ viugt-cinq lieues de long et huit de large, ‘“ un grand nombre d’iles fort plaisantes,” entre autres une de six lieues de longueur, et “ nombre de belles prairies.” Il trouva assemblés sur les bords de ce lac, sept à huit cents hommes, femmes et enfans, avec lesquels il passa deux jours. Continuant à cheminer, par un pays encore plus “ mal agréable” que celui par où il avait passé, avant d'arriver au lac Nipissing, mais toujours rempli de bluets et autres petits fruits, il atteignit enfin le lac des Attigouantans (ou des Hurons), auquel il donne près de trois cents lieues de long, et cinquante de large, et qu’à cause de sa grande étendue, il appella la Mer Douce.
Par la latitude où Champlain a atteint ce grand lac, le pays est ‘ âpre” et presque inhabité; mais, en ayant cotoyé les rivages, du nord au sud, ou sud-est, l’espace
autant Quartie Du d fit cond palissad I yre voyant ( ter leur:
nées,” d de Cahi rendez-v Champls ou villag degré et une bour grandes étaient « citrouille les natur cheveux.
fruitiers, trent en 1] d’une inf tribus hu Algonqui
de quarante-cinq lieues, il trouva un “grand changement de pays,” celui où il était alors étant “fort beau, en plus grande partie déserté,” et cultivé. Il était alors chez la nation des Hurons, divisée en tribus de différentes dénominations, comme l'était ll. des Algonquins, et (comme on le verra plus tar les Iroquois. Il passa d’abord par quatre villag gadesouvertes, qu’il dit se nommer Ofouacha, Touagainchain et Trquenouquiaye, où il fut reçu a autant d'amitié et d’hospitalité, que l’avait été Jacques Quartier à Hocheluga.
Du dernier de ces villages ‘“ non clos,” Champlain se fit conduire à Carhagouha, village ‘ fermé d’une triple palissade de bois, de la hauteur de trente-cinq pieds.” Il y rencontra une quinzaine de ses Français; mais voyant que les Sauvages mettraient ‘temps à compléter leurs préparatifs, il résolut d'aller “ à petites journées,” de village en village, jusqu'à la ville, ou bourgade de Cahiagué, eapitale du pays, où toute l’armée avait rendez-vous. Dans la route de Carhagouha à Cahiagué, Champlain ne rencontra pas moins de cinq forteresses, ou villages entourrés de palissades. Cahiagué, au 44e degré et demi de latitude, était un ‘“ beau village,” ou une bourgade, qui ne contenait pas moins de deux cents grandes maisons, ou cabanes. Tous les environs étaient défrichés et ensemencés de bled-d’inde, de citrouilles, et de l’kerbe au soleil, des graines de laquelle les naturels tiraient une huile dont ils se frottaient les cheveux. Plus loin, se voyait une variété d’arbustes fruitiers, et de toutes les espèces d’arbres qui se rencontrent en Europe. Le pays sembla à Champlain ‘peuplé d’une infinité d’âmes.” Les Attigouantans, une des tribus huronnes, qui l’habitaient, échangeaient avec les Algonquins, leurs voisins et alliés, une partie de leur
AS < COL 4 / \ < | @ %, | Ù ‘a < SZ 2 Ÿ 4 \ ° << 7 À , ‘€ AA € ,< V9 Ÿ,< VW < ÆE JAI 12 1) dE 32333 y £6 Trot = D É= = cie 2 = sh 2e = S À
bled et farine, pour des pelleteries. La joie fut grande à Cahiagué, à l’arrivée de Champlain et de ses compagnons: pendant plusieurs jours, ce ne furent que festins et divertissemens ; mais les guerriers attendus de différents quartiers étant arrivés, il fallut penser à quelque chose de plus séricux. Les chefs offrirent le commandement général à Champlain, et il l’accepta d'autant plus volontiers, qu’il se trouvait à la tête de quinze Français. On se mit en marche, le ler de septembre, et l’on marcha longtems, avant d'arriver aux ennemis, qui paraissent avoir voulu rester, cette fois, sur la défensive.
Les Iroquois occupaient une espèce de fort assez bien construit: ils en avaient embarrassé les avenues par de grands abaitis d'arbres, et avaient élevé tout autour des galeries, d'où ils pouvaient tirer de haut en bas, sans se découvrir. Aussi la première attaque réussitelle si mal, qu’on ne jugea pas à propos d’en tenter une seconde. On essaya de mettre le feu aux abattis, dans l'espoir qu’il gagnerait le fort; mais les assiégés y avaient pourvu, en faisant de grandes provisions d’eau. On dressa ensuite une machine plus haute que les galeries, et sur laquelle on plaça des Français armés d’arquebuses. Cette manœuvre déconcerta un peu l'ennemi; mais Champlain ayant été blessé assez grièvement, à la jambe et au genou, les Hurons passèrent de la présomption au découragement, et il fallut se retirer avec honte et avec perte. La retraite se fit néanmoins en assez bon ordre. (Champlain fut bientôt guéri de ses blessures ; mais quangl il voulut partir pour retourner à Québec, il ne put obtenir un guide, et il lui fallut se résoudre à passer l’hiver chez les Sauvages. Il sut pourtant mettre le temps à profit; car il acheva de visiter les bourgades huronnes, et vit quelques unes de celles de leurs alliés.
ayant ] eût aus Enfin, chez 1 6 clos [ entrela dessus dix-hui y comp vingt-d de tonn de la lo:
large, 1
pieds d
Parti de Cuhiagué, vers la mi-janvier 1616, avec quelques Français, il arriva, au bout d’un mois, chez la ‘“ Nation du Petun,” (ou Récolteurs de Tabac), qui semait aussi du maïs, et avait sa demeure arrêtée, comme les autres tribus huronnes. Il vit ensuite sept autres villages de leurs voisins et amis, avec lesquels il contracta alliance, et qui lui firent, ainsi qu’à ses compagnons, “ bonne chère et mille démonstrations d'amitié,” accourant de toutes parts, à leur arrivée, et se faisant un devoir de les conduire et guider dans leur route. Champlain vit ensuite, dans leur pays, les ‘ Cheveuxrelevés,” puis les Asistagueronons, ou Gens du Feu, peuple nombreux de grands-guerriers, chasseurs, pêcheurs et agriculteurs, les “ Sauvages les plus propres” qu'il eût encore vus, et qui travaillaient le plus industrieusement ‘aux façons des nattes qui étaient leurs tapis de Turquie.” Mais, s'ils étaient laborieux, ils savaient aussi jouir du fruit de leur travail, car “ils faisaient de grands festins, et plus que les autres nations.”
Champlain aurait voulu voir la ‘ Nation Neutre,” ou ayant paix avec les Hurons et les Iroquois, quoiqu'elle eût aussi ses alliés et ses ennemis ; mais on l'en dissuada. Enfin, il ne vit pas moins de dix-huit grands vil'ages chez les seuls Attigouantans, huit desquels étaient “clos et fermés de palissades de bois, à triple rang, entrelacés les uns dans les autres, avec galeries audessus garnies de pierres et d’eau.” Il y avait dans ces dix-huit villages “ deux mille hommes de guerre, sans y comprendre le commun qui pouvait faire en nombre vingt-deux mille âmes.” Les cabanes étaient “en façon de tonnelles ou berceaux, couvertes d’écorces d’arbres, de la longueur de vingt-cinq à trente toises, et six de large, laissant par le milieu une allée de dix à douze pieds de large, et allant d’un bout à l’autre.” Dans
quelques unes de ces cabanes, il y avait ‘ jusqu'à douze feux, ou vingt-quatre ménages.” Elles étaient séparées les unes des autres par un espace vide de trois à quatre pas. Enfin, si les habitans d'Hochelaga n'avaient pas été exterminés, mais s'étaient expatriés, ce furent sans doute leurs descendans que Champlain vit, au pays des Hürons. (C'était la même manière de se vêtir, de se nourrir, de se loger et de se fortifier ;* le même caractère, lesgmèmes mœurs, et surtout la même bienveillance et la même hospitalité envers les étrangers. Peut-être aussi pourrait-on trouver de la ressemblance dans la consonnance des noms hurons de Champlain, et des mots du vocabulaire de Quartier.
Quoiqu'il en soit, dès que les rivières furent navigables, Champlain ayant su qu’on voulait l’engager dans une nouvelle entreprise contre les Iroquois, gagna quelques Sauvages, qu'il s'était attachés par ses bonnes manières, s’embarqua secrètement avec eux, et arriva, le 11 juillet, à Québec, où tout le -nde était persuadé qu'il ne vivait plus. Il s’emba: pour la France, environ un mois après son retour à Québec.
Cette même année 1616, une partie des Sauvages confédérés complottèrent, par on ne sait quel mécontentement, de se défaire de tous les Français. Peutêtre craignaient-ils qu’on ne voulût tirer une vengeance éclatante de la mort de deux habitans, qu’ils avaient assassinés, probablement pour profiter de leurs dépouilles; car déjà la fréquentation des Européens leur avait fait perdre quelque chose de leur désintéressement. Ce qui est certain, c’est qu’ils s’assemblèrent, au nombre de huit cents, près des Trois-Rivières, pour délibérer sur les
*Les Attigouantans ont dix-huit villages, six desquels sont munis d'un rempart de bois, presque à la façon d’Hocheluga,— Ts
moyen les Fr:
avait ( Sauva; de leur autres, avance:
de nés retour « Françai avec un c’est-à-c parmi e moyenn:
otages. Cham à Québe secours, demanda son non avances ressait b à Champ public, f lui procu avait con les contra En 16:
maréchal veau vice persuadé face, y am Au cor parurent |
moyens de faire main-basse, en même temps, sur tous les Français. Un frère récollet, nommé DuPcessis, qui avait été chargé de l'instruction des Français et des Sauvages établis depuis peu, en cet endroit, fut instruit de leur dessein par l’un d’entr’eux : ilen gagna plusieurs autres, et peu à peu, il les réduisit tous à faire des avances pour une réconciliation parfaite, qu’il se chargen de négocier avec le commandant. M. de Champlain, de retour en Canada, voulut avoir les meurtriers des deux Français : les Sauvages ne lui en envoyèrent qu’un, mais avec une quantité de pelleteries pour couvrir les morts, c’est-à-dire, dédommager les parens, comme il se pratique parmi eux. - Il fallut se contenter de cette satisfaction, moyennant aussi deux chefs, qu’on se fit donner comme otages. L
Champlain ne faisait plus qu’aller et venir de France à Québec, et de Québec en France, pour en tirer des secours, qu’on ne lui fournissait jamais tels qu'il les demandait. Le prince de Condé se contentait de prêter son nom; la compagnie ne faisait qu’à regret des avances pour l'établissement d’une colonie qui l’intéressait beaucoup moins que son commerce, et il fallait à Champlain beaucoup de courage et de zèle du bien public, pour ne pas renoncer à une entreprise qui ne lui procurait aucun avantage réel, et dans laquelle il avait continuellement à essuyer les caprices des uns et les contradictions des autres.
En 1620, le prince de Condé céda sa vice-royauté au maréchal DE MONTMORENCY, son beau-frère. Le nouveau vice-roi continua la lieutenance à Champlain, qui, persuadé que le Canada allait prendre une nouvelle face, y amena sa famille.
Au commencement de l’année 1621, les Iroquois parurent en armes jusque dans le centre de la colonie.
Ces barbares, craignant que si les Français se multipliaient dans le pays, leur alliance ne fit reprendre aux Algonquins et aux Hurons leur ancienne supériorité sur eux, résolurent de s’en délivrer avant qu'ils eusent eu le temps de se fortifier davantage. Ils levèrent deux grands partis de guerre, pour attaquer les Français et leurs alliés en même temps. Le premier marcha vers le Sault Saint-Louis, et y trouva des Français, qui, quoiqu’en petit nombre, les repoussèrent, avec le secours de leurs alliés. Le second parti s’embarqua sur trente canots, et alla investir le couvent des récollets, sur la rivière Saint-Charles, où il y avait un petit fort. N'osant attaquer cette place, les Iroquois se jettèrent sur des Hurons, qui se trouvaient aux -environs; en prirent quelques uns, et les brulèrent. ‘Ils ravagèrent ensuite tous les environs du couvent, puis se retirèrent. Il s'en fallait de beaucoup que Champlain eût des forces suffisantes pour réprimer ces barbares: aussi crut-il devoir représenter au roi et au duc de Montmorency la nécessité de secourir la colonie, et le peu de cas que la compagnie avait fait jusque-là de ses instances réitérées. Le P. LEBAIELIF, qui fut député au roi, du consentement des principaux habitans, fut très bien reçu, et obtint tout ce que M. de Champlain désirait. La compagnie fut suprimée, et deux particuliers, GUILLAUME et EMERY DE CAEN, oncle et neveu, entrèrent dans tous ses droits. Champlain en apprit la nouvelle par une lettre du vice-roi, qui lui enjoignait de prêter main-forte à ces négocians. Excepté Champlain, tout.le monde s’était si peu occupé de l’établissement du Canada, qu’on ne comptait à Québec, en 1622, que cinquante-deux habitans, y compris les femmes et les enfans.
En 1624, Champlain fit bâtir en pierre le fort de
Québ au soi qu'il r maréc avec I Ce de France aussi s comme amena LaLLe) en atter suivante ment qu barqué ] Ceper inquiétu Français Pour en solents :
tions san!
de retour l'état de palement
mémoire a Passer au
* Non pas voisfne, ou, sur une mo Laurent,”
Québec.* Il paraissait par là vouloir se livrer tout entier au soin de sa colonie; mais à peine le fort fut-il achevé, qu’il repassa en France, avec sa famille. Il trouva le maréchal de Montmorency traitant de sa vice-royauté avec Henri pE Levy, duc de VENTADOUR, son neveu. Ce dernier ne se chargeait des affaires de la Nouvelle France, que pour y procurer la conversion des Sauvages ; aussi son premier soin fut-il d’y faire passer des jésuites comme missionnaires, ÆEn 1625, Guillaume de Caen amena à Québec les PP. Masse, de BREBEUF, et LaLLEMANT. Ces religieux se logèrent chez les récollets, en attendant qu’ils eussent une maison à eux. L'année suivante, d’autres jésuites arrivèrent sur un petit bâtiment qu’ils avaient frété, et sur lequel ils avaient embarqué plusieurs ouvriers.
Cependant les Sauvages causaient toujoursde grandes inquiétudes: ils avaient encore assassiné quelques Français, et comme on ne s'était pas trouvé assez fort pour en tirer raison, l'impunité les avait rendus plus insolents: de sorte qu’on ne pouvait s’écarter des habitations sans courir risque de la vie. M. de Champlain, de retour à Québec, erut devoir se plaindre au roi de l’état de faiblesse où il avait trouvé la colonie, principalement par la faute des sieurs de Caen, qui ne s’occupaient que de la traite des pelleteries. Le cardinal de RICHELIEU, alors premier ministre, gouta la proposition qui lui fut faite, de mettre le commerce du Canada entre les mains d’une nouvelle compagnie. D’après le mémoire qui lui fut présenté, les associés devaient faire passer au Canada deux ou trois cents ouvriers de tous.
* Non pas, cette fois, sur le bord du fleuve, mais sur la hauteur voisine, ou, comme dit Champlain, “en une situation très bonne, sur une montagne qui commande le travers du fleuve Saint. Laurent,”
métiers ; ils promettaient de porter le nombre des habitans à 16,000 avant l’année 1643 ; de les loger, nourrir et entretenir de toutes choses pendant trois ans ; de leur assigner ensuite des terres défrichées, autant qu’il serait nécessaire pour leur subsistance, et de leur fournir des grains pour les ensemencer. Tous les nouveaux colons devaient être Français et catholiques, et il devait y avoir dans chaque habitation des prêtres que la compagnie s'engageait à défrayer de tout pendant quinze ans, après quoi ils pourraient subsister au moyen des terres qu’elles leur aurait assignées.
Pour dédommager les associés de tant de frais, le roi leur cédait, ainsi qu’à leurs successeurs, à perpétuité, le fort de Québec et tout le pays de la Nouvelle France, tout le cours du fleuve Saint-Laurent et des rivières qui s’y déchargent, ou se rendent à læ mer, avec les îles, ports, hâvres, mines, pêches, etc., sa majesté ne se réservant que le ressort de la foi et hommage, avec une couronne d’or du poids de huit marcs, à chaque mutation de roi, et la nomination des officiers de justice souveraine, qui seraient présentés par les associés, lorsqu’il serait jugé à propos d’y en établir. Le roi leur accordait ie droit de concéder des terres à tels titres qu’ils voudraient, et à telles charges et conditions qu'il leur plairait; celui de construire des places fortes, de fondre des canons et de fabriquer des armes de toutes sortes ; le commerce des pelleteries pour toujours, et pour quinze ans tout autre commerce. Il leur permettait d’embarquer sur des vaisseaux qu'il leur donnait, les capitaines, soldats et matelots qu’il leur semblerait bon, à condition qu’à leur recommandation, les capitaines prendraïient leurs commissions de lui; ainsi que les commandans des forteresses déja construites, ou à construire, dans l'étendue des pays concédés. Il exemptait
de te vien. de g à tou fusse privi parmi d'en e la con dans « vages réputé de nat La compo le Ma l'abbé:
person posait
de tout droit, pendant quinze ans, les marchandises qui viendraient du Canada, ainsi que les vivres, munitions de guerre, etc., qui y seraient envoyés. Il était permis à toutes personnes, de quelque état et qualité qu’elles fussent, d'entrer dans la compagnie, sans déroger aux privilèges accordés à leurs ordres; et s’il se trouvait parmi les associés des roturiers, sa majesté pramettait d’en ennoblir jusqu’à douze, sur la recommandation de la compagnie. Enfin, il était déclaré que les descendans des Français établis dans le pays, et même les Sauvages qui auraient embrassé le christianisme, seraient réputés francais, sans être obligés de prendre des lettres de naturalité.
La compagnie de la Nouvelle France se trouva bientôt composée de cent associés. Le cardinal de Richelieu, le Maréchal p’Erriar, le commandeur DE RaziLLi, l'abbé DE LA MADELEINE, Champlain, et plusieurs autres personnes de condition y entrèrent. Le reste se composait de riches négocians et bourgeois de Paris et des autres grandes villes du royaume.
Il y avait tout lieu d'espérer que la colonie allait faire des progrès rapides, sous les auspices de cette puissant: association ; mais l’époque même de son institution fut marquée par les circonstances les plus malheureuses. Les premiers vaisseaux qu’elle expédia (en 1627) furent pris par les Anglais.* L’année suivante, David KERTK, français protestant, réfugié en Angleterre, s’avança avec une escadre, jusqu’à Tadoussac, d’où ilenvoya brûler les
*Les ennemis du dehors n'étaient peut-être pas les plus à craindre pour la compagnie. Le commerce interlope, qui alors était fait sur une échelle étendue, particulièrement par les Malouins, les Rochelois et les Basques, diminuait de beaucoup les profits qu’elle s'était attendue à retirer de son monopole. Les vaisseaux interlopes, ordinairement:très légers et bon-voiliers, échappaient presque toujours à ceux qu’elle était obligée d’armer pour les poursuivre.
er ceeeenementen er pe
maisons et les vaisseaux qu’il y avait au Cup Tourmente, L'officier qu'il avait chargé de cette commission eut ordre de monter jusqu’à Québec, et de sommer le commandant de lui livrer son fort. (Champlain y était alors, avec Du Pont. Après qu'ils eurent délibéré ensemble, et sondé les principaux habitans, ils résolurent de se défendre. L’envoyé de Kertk reçut une réponse si fière, qu’il jugea à propos de se retirer. Cependant, il n’y avait plus que quelques livres de poudre dans le magasin, et chacun des habitans était réduit à sept onces de pain par jour. Si Kertk eût connu cet état de choses, il serait sans doute venu de suite à Québec, et s’en serait rendu maître sans coup férir. Mais peut-être crut-il qu’il fallait commencer par’ s'emparer d’une escadre que la nouvelle compagnie avait expédiée, sous la conduite de M. bE ROQUEMONT, un de ses membres. Celui-ci, loin de chercher à éviter Kertk, vint à sa rencontre, sans songer qu’il exposait au hazard d’un combat dont le succès ne pouvait qu'être douteux, toute la ressource d’une colonie prête à succomber. Les deux escadres ne tardèrent pas à se rencontrer: Roquemont montra de la bravoure et de l’habileté ; mais outre que ses vaisseaux pesamment chargés ne pouvaient pas manœuvrer aussi bien que ceux de Kertk, ils étaient moins forts. Ils furent tous désagréés et contraints de se rendre.
Le combat s’étant livré dans le golfe, ou à l'entrée du fleuve, le vainqueur ne jugea pas à propos de monter incontinent à Québec. La chasse, la pêche, et la récolte remirent pour quelques mois un peu d’aisance dans la ville et dans les habitations voisines ; maïs ensuite on se trouva dans une disette pire que la précédente ; jusque-là que plusieurs furent contraints d’aller chercher ‘ des racines dans les bois, pour s’empêcher de mourir de faim. Le retour de la saison de la navigation n’apporta
pas € vaiase Angl libéra fin de la Po:
milieu mandi:
et lors Louis Cette extrèn comm:
dont la entend triste leur re ditions qu'on D tout.
revint,
chef d’es
pas de soulagement à ce mal, car il n’arriva aucun vaisseau de France. Aussi Champlain regarda-t-il les Anglais bien moins comme des ennemis que comme des libérateurs, lorsqu'ils parurent devant Québec, vers la fin de juillet 1629. L’escadre s'étant arrêtée derrière la Pointe Lévi, une chaloupe s'avança jusque vers le milieu de la rade. L'officier qui la commandait demanda la permission de s’approcher. Elle lui fut donnée, et lorsqu'il eut débarqué, il alla présenter une lettre de Louis et Thomas Kertk, frères de l'amiral David.* Cette lettre contenait une sommation dans des termes extrêmement polis: les deux frères, dont l’un devait commander à Québec, et l’autre conduisait une escadre dont la meilleure partie était restée à Tadoussac, faisaient entendre à M. de Champlain qu’ils étaient informés du triste état de sa colonie; que néanmoins, s’il voulait leur remettre son fort, ils le laisseraient maître des conditions. Champlain n’eut garde de refuser les offres qu’on lui faisait; mais il fit prier les deux frères de n’approcher pas davantage, qu'on ne fût convenu de tout. L'officier s’en retourna avec cette réponse, et revint, le soir du même jour, pour demander les articles de la capitulation. (Champlain les lui donna par écrit : ils portaient. 1°. Qu’avart toutes choses, MM. Kertk montreraient la commission du roi d'Angleterre, et la procuration de l’amiral David, leur frère. 2°. Qu'ils lui fourniraient un vaisseau pour passer en France, avec tous les Français. 3°. Que les gens de guerre sortiraient avec leurs armes, et emporteraient leurs effets.
Louis Kertk accepta ces conditions, et le lendemain, 20 juillet, il mouilla dans la rade, avec trois vaisseaux, dont le plus gros portait dix canons. Il était de l’inté-
* Ainsi l’appelle Charlevoix. Il était au plus commodore, ou chef d’escadre.
rêt des vainqueurs que ceux des habitans qui avaient des terres défrichées demeurassent dans le pays; du moins Kertk le crut ainsi; et pour les y engager, illeur fit les offres les plus avantageuses. (Comme sa conduite les avait fort prévenus en sa faveur, et que plusieurs auraient été obligés de mendier, s'ils avaient repassé ln mer, presque tous prirent le parti de rester.
Thomas Kertk étant venu joindre son frère, Champlain partit avec lui, le 24 pour Tadoussac, où l'amiral David était arrivé depuis quelques jours.
Peu s’en fallut que, dans ce voyage, les vainqueurs et les vaincus ne changeassent de sort. ÆEméry de Caen, qui allait à Québec, ne sachant rien de ce qui s’y était passé, rencontrale navire de Thomas Kertk,qui portait M. de Champlain. Il l’attaqua, et il était sur le point de s’en rendre maître, lorsqu’ayant crié quartier, pour obliger Kertk à se rendre, celui-ci prit cette parole dans un sens opposé, et cria, de son côté, bon quartier. À ces mots, l’ardeur des Français se rallentit un peu: de Caen qui s’en apperçut, voulut les rassurer, et se préparait à faire un dernier effort; mais Champlain se montra, et lui conseilla de profiter de son avantage pour faire ses conditions bonnes, avant l’arrivée des autres vaisseaux de Kertk.
David Kertk ne voulut pas retourner en Angleterre sans avoir visité sa conquête : il monta jusqu’à Québec, et à son retour à Tadoussac, il dit à Champlain, qu’il trouvait la situation de cette ville admirable ; que si elle demeurait à l'Angleterre, elle serait bientôt sur un autre pied, et que les. Anglais tireraient parti de bien des choses que les Français avaient négligées. Il employa le reste de l’été à carener ses vaisseaux, mit à la voile pour l’Angleterre, dans le mois de septembre, et mouilla, le 20 octobre, dans le port de Plymouth, où il apprit que le différent entre les deux couronnes était terminé.
Pe:
Québ les ch Gasp. résists restât ce jeu le sièg nocus, au gou poste € lui dor
barqua
Arr ctalla fique d des av:
ajouta
DU! CANAPA. 103
Pendant que les Anglais se rendaient ainsi maitres de Québec et du Canada, le capitaine DanteEt, de Dieppe, les chassait du port aux Baleines, sur les côtes de ln Gaspésie, et un jeune officier, nommé Laroun, leur résistait au Cap de Sable, le seul poste, à peu près, qui restât alors aux Français dans l’Acadie, Le père de ce jeune officier, qui s'était trouvé à Londres, pendant le siège de La Rochelle, et y avait épousé, en secondes noces, une des filles d'honneur de la reine, avait promis au gouvernement anglais de le mettre en possession du poste où commandait son fils, et sur cette promesse, on lui donna deux vaisseaux de guerre, sur lesquels il s’embarqua avec sa nouvelle épouse.
Arrivé à la vue du Cap de Sable, il se fit débarquer. et alla seul trouver son fils, à qui il fit un exposé magnifique du crédit dontil jouissait à la cour d'Angleterre, et des avantages qu’il avait lieu de s’en promettre. Il ajouta qu'il ne tenait qu'à lui de s’en procurer d'aussi considérables; qu’il lui apportait l’ordre du Bain, et qu’il avait pouvoir de le confirmer dans son gouvernement, s’il voulait se déclarer pour sa majesté britannique.
La surprise du jeune commandant fut extrême: il dit à son père, qu’il s'était trompé, s’il l'avait cru capable de trahir son pays; qu'il faisait beaucoup de cas de l’honneur que le roi d'Angleterre voulait lui faire, mais qu’il ne l’acheterait pas au prix d’une trahison; que le monarque qu’il servait était assez puissant pour le récompenser de manière à ne lui pas donner lieu de régretter d’avoir rejetté les offres qu'on lui faisait; et qu’en tout cas, sa fidélité lui tiendrait lieu de récompense.
Le père, qui ne s'était pas attendu à une pareille réponse, retourna aussitôt à son bord. Il écrivit, le lendemain, à son fils, dans les termes les plus pressants et
les plus tendres ; mais sa lettre ne produisit aucun effet. Enfin, il lui fit dire qu'il était en état d’emporter par la force ce qu’il ne pouvait obtenir par ses prières; que quand il aurait débarqué ses troupes, il ne serait plus temps pour lui de se repentir d’avoir rejetté les avantages qu’il lui offrait, et qu’il lui conseillait, comme père, de ne pas le contraindre à le traiter en ennemi.
Ces menaces furent aussi inutiles que l'avaient été les sollicitations et les prières. LATOUR, le père, en voulut venir à l'exécution: on attaqua le fort; mais le jeune officier se défendit si bien, qu’au bout de deux jours, le commandant anglais, qui n'avait pas compté sur la moindre résistance, et qui avait déja perdu plusieurs soldats, ne jugea pas à propos de s’opiniâtrer davantage à ce siège. Il le déclara à Latour, père, qui se trouva fort embarrassé : comment, en effet, retourner en Angleterre, et s’exposer au ressentiment d’une cour qu’il avait trompée? Quant à son pays natal, il ne pouvait songer à y entrer, après l'avoir voulutrahir. Il ne lui resta d'autre parti à prendre que de recourir à la générosité de son fils : il le pria de souffrir qu’il demeurât auprès de lui; ce qui lui fut accordé.
Pour revenir au capitaine Daniel, cet officier, parti de Ché-de-Bois, le 26 juin 1629, avec quatre navires et une barque, pour venir secourir et avitailler Québec, fut séparé de ses autres vaisseaux, dans une tempête et par un temps brumeux, sur les bancs de Terre-Neuve. Ne voulant pas remonter le Saint-Laurent avec un seul vaisseau, il entra dans la rivière ou la baie appellée alors par les Sauvages Grand Cibou. Ayant envoyé de là quelques uns deses gensle long de la côte, pour apprendre par les Sauvages des nouvelles de M. de Champlain, ils lui rapportèrent qu'un lord anglais, nommé James STUART, S’était établi au port aux Baleines, depuis
pouva souter d'eux demar nant € du for prison mença
*Ce le subs!
pris sur le nom compris le littor:
f Diff ‘ milord quinze
environ deux mois; qu'il y avait élevé des fortifications ; qu'il avait déjà saisi ou pillé plusieurs vaisseaux de France, et qu’il avait déclaré, ou proclamé, qu’il ne permettrait à aucun vaisseau français de pêcher sur cette côte, non plus que d’y faire la traite avec les naturels, à moins que le dixième du tout ne lui fût payé ; ajoutant que la commission qu’il tenait du roi d'Angleterre l'autorisait à confisquer tous les vaisseaux qui fréquenteraient ces parages sans sa permission.*
Le brave et loyal Daniel, ‘ jugeant qu’il était de son devoir d'empêcher que le loru anglais continuât à usurper un pays appartenant à son maître, et n’exigeât de ses sujets le tribut qu'il s’en promettait,” fit armer une cinquantaine de ses gens, et s’avança, à leur tête, avec des échelles, et toutes les choses nécessaires pour assiéger et escalader le fort anglais. L'attaque se fit le 18 septembre, vers les deux heures après-midi, avec “force grenades, pots-à-feu, et autres artifices.” Les Anglais se défendirent bravement, d'abord; mais bientôt, ne pouvant plus résister à une attaque aussi résolument soutenue qu’elle avait été brusquement commencée, l’un d'eux parut sur le rempart, un drapeau blanc à la main, demandant pour la garnison, vie et quartier au lieutenant de Daniel, tandis que celui-ci enfonçait les portes du fort, entrait dans la place, l'épée à la main, et faisait prisonniers le commandant et tous ses gens. Il commença par les désarmer ;f puis, abattit le pavillon
* Ce Milord, ou Monsieur Stuart, était sans doute l'agent ou le substitut de Sir William ALEXANDER, à qui Jacques F avait pris sur lui de concéder, en 1621, la Peninsule Acadienne, sous le nom de MNouvelle- Ecosse, l’île de Sable, et, si nous avons bien compris la teneur des lettres-patentes, rapportées que Laet, tout
le littoral, en remontant, jusqu’à lu rivière ou baie de Gaspé.
+ Difficile encore aurait dù être cette nouvelle besogne, car ‘“ milord tenait une épée d’une main et un pistolet de l’autre :” quinze de ses hommes “étaient armés de cuirasses, brassards,
d'Angleterre, pour mettre à sa place celui de France, rasa le fort et transporta les effets de valeur qu’il contenait, au grand Cibou; où il éleva des retranchemens, et laissa huit pièces de canon et quarante hommes, sous le commandement d’un sieur CLAUDE, de Beauvais. Une partie des prisonniers furent mis à terre, près de Falmouth; les autres, y compris leur commandant, furent emmenés en France. La baie de Cibou prit, dans la suite, le nom de Port Daniel.
Cependant on avait négocié, à la cour de France, pour retirer des mains des Anglais le fort de Québec et le Canada; et afin de donner plus de poids aux négociations, on avait armé six vaisseaux, qui devaient être sous les ordres du commandeur de Razilli ; mais l'Angleterre rendit de bonne grâce ce qu’on se préparait à lui enlever de force. Le traité en fut signé à Saint- Germain en Laye, le 20 octobre, 1632, et l’Acadie y fat comprise, ainsiquele Cap-Breton. Un desarticlesdutraité portait que tousles effets qui seraient trouvés à Québec seraient restitués, ainsi que les vaisseaux pris de part et d'autre, avec leurs cargaisons ; et comme les sieurs de Caen avaient le principal intérêt dans cette restitution, Exery fut envoyé en Amérique, pour porter à Louis Kertk le traité, et en solliciter l'exécution. Le roi jugea même à propos de lui abandonner le commerce des pelleteries pour un an, afin de le dédommager des pertes qu’il avaitfaites pendant la guerre. Ilpartit pour Québec, au mois d’avril de cette même année 1632, et à son arrivée, le gouverneur anglais lui remit la place, avec tous les effets qui lui appartenaient.
En 1633, la compagnie des Cent Associés rentra
cuissards et bourguignottes, et avaient, chacun, üne arquebuse à fusil en main.” Les autres n’avaient pour armes que des mousquets et des piques.
dans manc blisse déral plain dant beauc Sa pr tâche:
missic avant grand cette :
trois 4 jésuite
dans tous ses droits, et l’ Acadie fut concédée au commandeur de Razilli, à condition qu’il y ferait un établissement. Il en fit un, en effet, mais peu considérable, à La Hève. La même année, M. de Champlain fut nommé de nouveau gouverneur, ou commandant en Canada, et y vint, avec une escadre qui portait beaucoup plus que ne valait alors toute cette colonie. Sa première vue fut de s'attacher la nation huronne, et de tâcher de la souinettre au joug de l’évangile. Des missionnaires, récollets et jésuites, l'avaient déja visitée, avant la prise de Québec, et il arriva ensuite un assez grand nombre des derniers, dont plusieurs partirent pour cette mission. Charlevoix remarque qu’en moins de trois ans, après la restitution du Canada, il y eut quinze jésuites dans le pays. Bientôt aussi, dit-il, il n’y eut plus un seul calviniste dans la colonie. Cette exclusion, qu’on pourrait regarder comme le fruit de l'intolérance, qui était l'esprit du temps, et non moins chez les protestans que chez les catholiques, était aussi une mesure de politique: on était persuadé, à la cour de France, que l’entreprise et le succès des Anglais contre le Canada étaient principalement dûs aux intrigues de quelques protestans de France, et à la connivence de ceux de la colonie; et l’on crut qu’il était de la prudence de ne pas trop approcher les réformés des Anglais, dans un pays où l’on n'avait pasassez de forces pour les contenir dans le devoir et la soumission aux autorités légitimes.®
* Ces autorités, à la tête desquelles était Champlain, ayant à cœur de faire des indigènes des chrétiens et des catholiques, voulaient éviter les scènes scandaleuses qui avaient eu lieu à l’île de Sainte-Croix et au Port Royal. ‘“ Deux religions contraires, dit Champlain, ne font jamais un grand fruit parmi les infidèles que l’on veutconvertir, J'ai vu (au Port Royal,) le ministre et notre curé se battre à coups de poing sur le différent de la religion, et vider en cette façon les points de controverse, Les Français, mêlés selon leur diverse croyance, disaient pis que pendre de
On avait, d’ailleurs, apporté une grande attention au choix de ceux qui s'étaient présentés pour venir s’établir en Canada. On n’y voulait point de mauvais garnemens, comme s'exprime un historien du temps. On avait soin surtout de s'assurer de la conduite etde la réputation des femmes et des filles, avant de leur permettre de s’embarquer. Les missionnaires, soit chez les Français, soit chez les Sauvages, se distinguaient par une piété, un zèle, une résignation et un dévouement, qu’on pouvait regarder, même à cette époque, comme extraordinaires.
Un établissement pour l'instruction des enfans des Français et des Sauvages, auquel on donna le nom de collège, fut commencé en 1635, particulièrement par les soins du jésuite René Roxauzr, fils du marquis de GAMACHE.
CHAMPLAIN mourut, à Québec, vers la fin de décem-
bre de la même année, universellement regretté, et à juste titre. C’etait un homme de bien et de mérite: il avait des vues droites et était doué de beaucoup de pénétration. Ce qu’on admirait le plus en lui, c’étaient son activité, sa constance à suivre ses entreprises; sa fermeté et son courage dans les plus grands dangers; un zèle ardent et désintéressé pour le bien de l’état; un grand fond d’honneur, de probité et de religion. Au reproche que lui fait Lescarbot, d’avoir été trop crédule, Charlevoix répond que c’est le défaut des âmes droites, et que, dans l'impossibilité d’être sans défauts, il est beau de n’avoir que ceux qui seraient des vertus, si tous les hommes étaient ce qu’ils devraient être.
Champlain eut pour successeur immédiat dans le
l'une et de l’autre religion. Ces insolences étaient véritablement à june un moyen de le rendre encore plus endurci en son infidélité.
gouv.
de M
At récoll naire:
faire Mont Huro:
des EF présor surent même cier a différe
gouvernement du Canada, M. DE MoNTMAGNY, chevalier de Malte.*
Aussitot après son arrivée à Québec, le P. LE CARON, récollet, était monté chez les Hurons, et d’autres missionnaires l'y avaient suivi. L'occasion était favorable pour faire dans leur pays un bon établissement ; mais M. de Montmagny manquait d'hommes et de finances. Les Hurons étaient inquiétés par les Iroquois, et l'alliance des Français leur avait donné une confiance et une présomption qui les perdirent, à la fin. Leurs ennemis surent les endormir par des négociations; mais en même temps qu'ils négociaient, ou feignaient de négocier avec le corps de la nation, ils attaquaient, sous différents prétextes, les bourgades les plus éloignées du centre, en persuadant aux autres, qu'il ne s'agissait que de quelques querelles particulières, où elles n'avaient aucun intérêt d'entrer. Cependant, au commencement de l’année 1636, les Iroquois cessèrent de feindre, et parurent en armes au milieu du pays des Hurons. Ceux-ci les repoussèrent, cette fois, avec l’aide du peu de Français qu'il y avait parmi eux. Mais la retraite de leurs ennemis les replongea dans leur première sécurité ; et pour comble de mal, une épidémie, qui éclata dans leur pays, leur fit perdre un grand nombre de leurs guerriers. Une partie aussi de ceux qui s'étaient faits chrétiens, ou qui désiraient le devenir, laissèrent leur pays, et vinrent former, auprès de Québec, en 1637, une bourgade qui fut appellée Sylleri, du nom du seigneur qui avait projetté cet établissement.
Deux choses essentielles manquaient encore à la colonie ; une école pour l'instruction des jeunes filles,
* L’habitation, ou l'établissement des Trois-Rivières, avait alors ur commandant M. DELISLE, autre chevalier de Malte. ‘Ces eux hommes, dit l’histoire, montraïent pour le bon ordre un zèle dont leur fermeté et leur exactitude assuraient le succès.” K
D sant some
SE
et un hôpital pour le soulagement des malades. Les jésuites s'étaient déjà donné de grands mouvemens pour lui procurer ce double avantage: deux dames illustres secondèrent leurs vues, et mirent leurs projets à exécution. La duchesse D’AIGuILLON voulut être la fondatrice de l’Hôtel-Dieu : elle s'adressa aux Hospitalières de Dieppe, qui s’offrirent toutes, mais dont trois seulement furent acceptées. La fondation des Ursulines fut dûe à une jeune veuve de condition, nommée Madame DE LA PELTRIE. Cette illustre fondatrice consacra ses biens et sa personne même à cette œuvre méritoire. Après avoir obtenu trois ursulines, entre lesquelles était la sœur MARIE DE L'INCARNATION, que Charlevoix appelle la THEREsE de la Nouvelle France, elle s’embarqua à Dieppe, avec elles et avec les trois hospitalières, le 4 mai 1639, sur un vaisseau qui n'arriva à Québec que le ler août. Le jour de leur arrivée fut un jour de fête pour toute la ville. Tous les travaux cessèrent; toutes les boutiques furent fermées. Le gouverneur reçut les religieuses, à la tête de ses troupes, qui étaient sous les armes, et au bruit du canon. Il les mena, au milieu des acclamations du peuple, à l’église, où le Te Deum fut chanté en actions de grâces. Les hospitalières allèrent s'établir à Sylleri: les ursulines restèrent à Québec. Madame de la Peltrie poussa son zèle et sa charité jusqu'à se dépouiller du peu qu’elle s'était réservé pour son usage ; à se réduire à manquer parfois du nécessaire, et à cultiver même la terre de ses mains, pour avoir de quoi soulager les nécessiteux et les enfans pauvres qu'on lui présentait. Ce zèle peut paraître bien excessif, et même peu éclairé, puisqu'en se réservant un revenu, même modique, elle se fût trouvée en état de subvenir aux besoins des indigens, bien plus efficacement que par le
ils s0r de ler détacl de ce
travail de ses mains, et surtout par la culture de la terre. Mais nous n'en devons pas priser moins sa bonne œuvre, dont le fruit s’est perpétué jusqu’à présent, au grand avantage de notre ville capitale. Cependant, la compagnie des Cent Associés demeurait dans une inaction incompréhensible, et paraissait ne penser nullement à remplir même une partie de ses grandes promesses. La guerre recommençait plus vivement que jamais entre les Hurons et les Iroquois. Ces derniers étant tombés inopinément sur une tribu éloignée, y firent un massacre épouvantable, et contraignirent ceux qui eurent le bonheur d’échapper, à chercher une retraite ailleurs. Ils la trouvèrent chez les Hurons, qui n’eurent pâs plutôt appris leur désastre, qu'ils envoyèrent au-devant d’eux avec des rafraichissemens, et les accueillirent avec une bienveillance et une affection qui auraient fait honneur à des peuples civilisés. Peut-être la politique entrait-elle aussi pour quelque chose dans cette démarche ; mais si les Hurons augmentaient un peu le nombre de leurs guerriers, en accueillant ainsi les ennemis des Iroquois, ils achevaient par là de se rendre ces derniers irréconciliables.
Ceci se passa vers l’année 1640. Quelque temps après, trois cents guerriers hurons et algonquins s’étant mis en campagne, une petite troupe prit les devans, et rencontra un parti de cent Iroquois. Ces derniers chargèrent cette avant-garde; mais malgré l'inégalité du nombre, ils ne purent lui prendre qu’un seul homme. Contents néanmoins de ce petit succès, et craignant, s'ils allaient plus loin, d’avoir affaire à trop forte partie, ils songeaient à se retirer, quand leur prisonnier s’avisa de leur dire que le corps dont lui et sa troupe avaient été détachés, était beaucoup plus faible qu'eux. Sur la parole de ce captif, il se déterminèrent à attendre leurs ennemis,
hé . RS ee” ‘ ST SR PET JE = Lg pe = TER : 2 > — sé 2% at 2 er Pepe, UE 2 se < EX h À me TE RES SRE ass ss PR Re ; is | __— me poire enans < EE nee croatie eng sx rs : n nb vue r CRAN AE AT TER me a >
a CT à.
x * 3 ont -réiceremnenres Rs SL sex
dans un lieu où il les assura qu’ils devaient passer. Les Hurons et leur alliés parurent bientôt, et les Iroquois, au désespoir de s’ôtre laissé duper, s’en vengèrent d’une manière terrible'sur celui qui les avait engagés dans ce mauvais pas. La plupart furent d'avis qu'il fallait tâcher de se sauver; mais un brave, élevant la voix, s'écria: “ Mes frères, si nous voulons commettre une telle lâcheté, attendons au moins que le soleil soit sous l'horizon, afin qu'il ne la voie pas.” Ce peu de mots eut son effet: la résolution fut prise de combattre jusqu'à la mort, et elle fut exécutée avec toute la valeur que peuvent inspirer le dépit et la crainte de se déshonorer. Mais la partie était trop inégale: les Iroquois furent tous tués ou faits prisonniers.
‘ Si la Grèce eût été le théâtre d’une action semblable, dit l’auteur des Beautés de l'Histoire du Canada, le prisonnier qui se sacrifie à la gloire de son pays; l’homme éloquent qui arrête, par deux ou trois paroles, ses compagnons prêts à fuir; les braves qui se défendent contre des troupes quatre fois plus. fortes, eussent été immortalisés par tous les arts, et consacrés comme des héros demi-dieux,” |
Les alliés ne surent pas profiter de l'avantage qu’ils venaient de remporter; et, de leur côté, les Iroquois, - plus animés que jamais par l'échec qu'ils avaient reçu, se promirent d’en tirer une vengeance éclatante. Mais
pour ne pas s'attirer en même temps sur les bras trop .
de forces réunies, ils mirent tout en usage pour faire prendre aux Hurons et autres Sauvages, de l'ombrage des Français. Ils firent partir trois cents des leurs, qu'ils divisèrent par petites troupes: les Sauvages qui tombèrent entre leurs mains furent traités avec tous les raffinemens de barbarie qu'ils étaient capables d'inventer;
tand n'eu Q paru éche fran offri: ditio Mon dans Iroqi leur savoi furen teurs les ce de gt
tandis que quelques Français, qui furent pris par eux, n'eurent aucun mal. | Quelque temps après, plusieurs partis d’Iroquois parurent aux environs des rois-Rivières, et tinrent en échec, pendant plusieurs mois, toutes les habitations françaises ; puis, lorsqu'on s’y attendait le moins, ils offrirent de faire la paix avec les Français, mais à condition que leurs alliés n’y seraient pas compris.* M. de Montmagny, informé du fait, monta aux Trois-Rivières, dans une barque bien armée, et envoya de là aux Iroquois le P. RAGUENEAU et le sieur NICOLET, pour leur demanderles prisonniers français qu’ils retenaient, et savoir leurs dispositions touchant la paix. Ces députés furent bien reçus: on les fit asseoir, en qualité de médiateurs, sur une espèce de bouclier ; on leur amena ensuite les captifs liés, maïs légèrement ; et aussitôt, un chef de guerre fit une harangue fort étudiée, dans laquelle il s’efforça de persuader que sa nation n’avait rien tant à cœur que de vivre en bonne intelligence avec les Français. Au milieu de son discours, il s'approcha des prisonniers, les délia, et jetta leurs liens par-dessus la palissade, en disant: ‘“ Que la rivière les emporte si * loin qu'il n’en soit plus parlé.” - Il présenta, en même temps, un collier aux deputés, comme un gage de la liberté qu’il rendait aux enfans d’OnontKio.f Puis, prenant deux paquets de peaux de castor, il les mit aux pieds des captifs, en disant qu’il n’était pas raisonnable
srenteiee tie
‘fl nn | ni:
Al | !
* L'avis en fut donné à M. DE CHAMPFLOURS, qui, depuis peu, avait remplacé le chevalier Delisle, dans le commandement aux Trois-Rivières.
Ononthio, ou Onnondio, en langue huronne et iroquoise, veut dire
rande-Montagne, et c’est ainsi qu’on leur avait dit que se nommait M. DE MONTMAGNY. Depuis ce temps, ces Sauvages, et à leur exemple, tous les autres, appellèrent ONONTu10 le gouverneur
énéral du Canada, et donnèrent au roi de France le nom de grand NONTHIO, K2
pp ineetpsmees un ; nr riteeher eme 2
de les renvoyer nus, et qu’il leur donnait de quoi se faire des robes. Il reprit ensuite son discours, et dit . que tous les cantons iroquois désiraient ardemment une paix durable avec les Français, et qu'il suppliait, en leur nom, le gouverneur de cacher sous ses habits les haches des Algonquins et des Hurons, tandis qu’on négocierait cette paix ; assurant que, de leur côté, il ne serait fait aucune hostilité.
Il parlait encore, quand deux canots d’Algonquins ayant paru à la vue de l'endroit où se tenait le conseil, les Iroquois leur donncrent la chasse. Les Algonquins ne voyant nulle apparance de pouvoir résister à tant de monde, prirent le parti de se jetter dans l’eau et de s'enfuir à la nage, abandonnant leurs canots, qui furent pillés sous les yeux du gouverneur. Un procédé aussi indigne montra le peu de fond qu’il y avait à faire sur la parole des Iroquois, et la négociation fut rompue, à l'heure même. | C'était, remarque Charlevoix, une situation bien
triste que celle où se trouvait le gouverneur général de
la Nouvelle France, exposé tous les jours à recevoir de pareils affrons, faute d’être en état de tenir seulement en
équilibre la balance entre deux partis de Sauvages, qui:
tous ensemble, n’auraient pas tenu contre quatre ou cinq mille hommes de troupes. Mais les Cent Associés ne revenaient point de leur assoupissement, et la colonie semblait diminuer, de jour en jour, en nombre et en force, au lieu d'augmenter, comme elle aurait dû faire.
Avant de passer plus loin, nous dirons un mot des missions, objet principal alors, pour une grande partie des Français qui demeuraient dans ce pays, ou qui y avaient des relations. Pendant que les PP. Jérome LALLEMENT, de Brébeuf, ct autres, faisaient tous les efforts possibles pour convertir au christianisme les Hurons, les Algon-
quin:
Liox de Sa désig baie « taient aussi qu'auc Betsia quelqu les aut tôt la plutôt, Plus te jusqu’à unétab les Ale des tril