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quins et les Outaouais," les PP. TURCIS, PERRAULT, LioNNES, travaillaient dans le même but, chez les tribus de Sauvages des environs du golfe de Saint-Laurent, désignés alors sous le nom de Gaspésiens, à cause de la baie de Gaspé, où la plupart des vaisseaux qui fréquentaient ces parages venaient jetter l'ancre. Il y avait aussi une mission à Tadoussac, lieu plus fréquenté qu'aucun autre par les Montagnais, les Papinachois,f les Betsiamites, et autres Sauvages du Nord. Ilsarrivaient, quelquefois tous ensemble, et quelquefois, les uns après les autres; mais à l'exception d’un petit nombre, aussitôt la traite faite, ils s’en retournaient chez eux, ou plutôt, se dispersaient dans les montagnes et les forêts, . Plus tard, les jésuites allèrent au-devant de ces Sauvages, jusqu’à Chicoutimi, sur le Saguenay, où ces pères eurent unétablissement considérable et en très bon état. Outre les Algonquins, un nombre considérable de Sauvages des tribus les plus reculées vers le nord, commençaient à prendre l'habitude de venir passer presque toute la belle saison dans les environs des Trois-Rivières ; mais commeilss'en retournaient dans leur pays, aux approches de l’hiver, les missionnaires ne parvenaient que difficilement à les instruire assez pour en faire des néophytes. M. de Champlain avait bien compris de quelle importance il aurait été d'occuper et de fortifier l’ile de Mont-réal; mais la compagnie de la Nouvelle France
* Sices Sauvages, mentionnés ici pour la première fois, n’étaient ni des Huronsni des Algonquins, ils firent toujours cause commune avec eux, dans leurs guerres contre les Iroquois. Leur chemin pu sortir de leur pays, ou pour y retourner des bords du Saint-
urent, était la grande rivière des Algonquins, qui, dans la suite, fut appellée de leur nom, rivière des Outaouais.
Ou Paninachoas. Champlain appelle Pilotois, ou Pilotoas, les jongleurs des Sauvages Canadiens. Cunadaquoas, Souriquoas, c’est ainsi qu’ils prononcent, dit Lescarbot ; et ainsi voulons-nous qu’on prononce Canadois, Armouchiquois, non par à final long et grave, mais par à bref et aigu.
n’était pas entrée dans ses vues, et il fallut que ce fussent des particüliers qui se chargenssent de l'exécution de ce projet; mais ils le firent plutôt dans des vues de religion et de piété que par des motifs d'intérêt ou de politique. Des personnes puissantes, tant écelésiastiques que laïques, et animées d'une dévotion et d’un zèle religieux peu commun, même dans ce temps-là, s’associèrent sous le nom de ‘“ Compagnie de Mont-réal, pour le soutien de la religion catholique en Canada, et la conversion des Sauvages.” Suivantle plan decette nouvelle compagnie, il devait y avoir, dans l’ile de Mont-réal, une ville, ou plutôt, une bourgade française bien fortifiée ct à l'abri de toute insulte: les pauvres devaient y être reçus et mis en état de subsister de leur travail: l'on proposait de faire occuper le reste de l’ile par des Sauvages, de quelque tribu que ce fût, pourvu qu’ils fussent chrétiens, ou voulussent le devenir.* L'an 1640, en vertu de la concession que le roi venait de lui faire de l'ile, la compagnie en fit prendre possession, à l'issue d'une messe solennelle, qui fut célébrée sous une tente. L'année suivante, le sieur CHAUMEDAY DE MaAiIsoN-NEUVE, un des associés, y amena plusieurs familles de France.
* Le nombre de ceux qui entraient dans cette nouvelle association était de trente-cinq. Peut-être le lecteur ne sera-t-il pas fâché de voir ici les noms des principaux: c’étaient, parmi les ecclésiastiques ; MM. J. J,OLLIER, fondateur et premier supérieur du Séminaire de Saint-Sulpice; A. Le RAGoïS DE BRETONVILLIERS, Gabriel DE Quezus, Nicholas Barreau ct P. D. LEPRETRE, prètres du même séminaire : parmi les lais, NI. J, LeroyEg DE LA DAUVERSIERE, qui fut le premiermoteu: 0! + ruine l’agen: général de la compagnie ; P. CHEVRIER : © ! : ‘ai, LEPRETRE DE FLEury, M. Royer DuPLessis DE LiANCOUR, J. GIRARD DE CaziEREs, Bertrand DrouarrT, H. L. Hanerr DE MonrMorr, C, Dvorzessis DE MonTBART, À BaRiILLON DE Moraxuis, Jean Gauisai, L. SEGUIER DE SAINT-FIRMIN, D'AILLEBOUT DE Mus- SEAU, D’AILLECOURT DE COULONGES, Paul CHAUMEDAY DE Maison-NEUVE, et Madame la duchesse de BuLLION, représentée Fr Mader iselle Jeanne MAxsE, qui vint en Canada avec M. de “uison-Ncuve,
peuple
N'e que ren pas que nub fit le Call et d gner mon sollic d'Or Jjésui quia Le visite vieux monte
* la tri
étions collin vertes ancêti quis, avec 1
* Qu
prépar
rapport étrange
N'étant arrivé à Québec qu'au mois septembre, il jugea que la saison était trop avancée pour entreprendre de se rendre incontinent dans l'ile de Mont-réal, où il n’y avait pas encore d'habitation, et se contenta d'y envoyer quelques défricheurs, afin d’y préparer une place convenable pour le printemps suivant.* Le débarquement se fit le 17 mai 1642, sur la pointe nommée depuis Pointe-à- Callières, en présence du supérieur général des jésuites et de M. de Montmagny, qui avait bien voulu accompagner M. de Maison-Neuve, quoiqu'il se fût d'abord montré opposé à l'établissement de Mont-réal, et eût fort sollicité les nouveau-venus de se fixer plutôt dans l’ile d'Orléans, alors entièrement inculte. Le supérieur des jésuites célébra aussitôt la messe, dans une petite chapelle, qui avait été bâtie pour cette fin.
Le soir du même jour, M. de Maison-Neuve voulut visiter la Montagne qui a donné son nom à l'ile; deux vieux Sauvages, qui l'y accompagnèrent, l'ayant fait monter jusque sur la cime, lui dirent qu'ils étaient de
* la tribu qui avait autrefvis habité ce pays. ‘“ Nous
étions, ajoutèrent-ils, en très grand nombre: toutes les collines que tu vois, à l’orient et au midi, étaient couvertes de nos cabanes. Les Hurons en ont chassé nos ancêtres, dont une partie s’est réfugiée chez les Abénaquis, une aufre chez les Iroquois, et le reste est demeuré avec nos vainqueurs.” M. de Maison-Neuve recom-
* Qu'était devenue la Place-Royale, qui aurait dû être toute préparée ? Un lieu couvert de broussailles, apparemment.
+ Un éerivain moderne (M. G. T. Poussin) dit qu’Hochelaga était une bourgade Auronne. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’elle ressemblait beaucoup à plusieurs de celles que Champlain trouva au pays des Hurons. Ce que ces deux vieux Sauvages disent à M. de Maison-Neuve ferait croire que les Hochelagais, ainsi que les autres Canadois, étaient une nation étrangère par rapport aux Hurons; mais il n’en devrait pas paraitre moins étrange qu’il eût pris envie à ces derniers de venir détruire un peuple inoffensif, éloigné, et sédentaire, qui, “ ne s’adonnait qu'à
manda à ces Sauvages d’avertir leurs frères de se réunir dans leurs anciennes possessions; les assurant qu'ils n’y manqueraient de rien, et qu’ils y seraient en sûreté contre quiconque entreprendrait de les inquiéter. Ils promirent de faire pour cela tout ce qui dépendrait d'eux; mais il paraît qu’ils ne purent venir à bout de rassembler les débris de leur tribu disperséce.
Il arriva bientôt une nouvelle recrue, avec M. p'Air-
LEBOUT DE MussEAU, un des associés, et une troisième,
l’année suivante. L'établissement, qui fut nommé Ville-Marie, prit la forme d’un commencement de ville, et fut entourré d'une palissade de pieux debout. L'assurance qu’avaient eue les Iroquois de paraitre en armes à la vue des Trois-Rivières, et l’audace avec laquelle ils avaient insulté le gouverneur général, lui firent comprendre qu’il ne pouvait trop se précautionner contre une nation qui paraissait déterminée à employer également la ruse et la force. Son premier soin fut de bâtir un fort, à l’entrée de la rivière de Richelieu, Ce
fort fut achevé en peu de temps, quoique pussent faire:
sept cents Iroquois, qui vinrent fondre sur les travailleurs, mais qui furent repoussés avec perte.
A peu près dans le même temps, quelques uns des jésuites, missionnaires chez les Hurons, reçurent de la part des Sauvages qui occupaient les environs d’un rapide qui se trouve au milieu du canal par où le lac Supérieur se décharge dans le lac Huron, l'invitation de se transporter chez eux. Ces Sauvagés, dont le rom algonquin est long et dificile à prononcer, reçurent des Français celui de Saulteurs. Deux missionnaires, les PP. Jocues et Charles RAIMBAUT, se rendirent d'autant plus volontiers à l'invitation de ces Sauvages, qu’elle
labourage et pêcherie pour vivre, et n'était pas ambulatoire, (ou chasseur) comme ceux de Canada et Saguenay."
leur f rapide Marie qu’auc Dar des mi dispos.
conver piincip Charle:
pagnie teresse une for.
Ces e Canada, la Nou commen et à qu enlevées courses étaient i ne pouv:
leur fournissait l’occasion de reconnaître la rivière, et le rapide, auquel fut donné le nom de Sault de Sainte- Marie,* et d’atteindre les bords du grand lac Supérieur, qu'aucun des missionnaires n’avait encore vu.
Dans le même temps que les Saulteurs demandaient des missionnaires, la plupart des Hurons se montraient disposés à embrasser le christianisme, par suite de la conversion et du baptème D’AHASISTARI, un de leurs principaux chefs. L'occasion était favorable, suivant Charlevoix, pour construire dans leur pays, si la compagnie du Canada en eût voulu faire les frais, une forteresse capable d'en imposer aux Iroquois, et d’opposer une forte barrière à leurs incursions.
Ces ennemis communs de tous les autres habitans du Canada, assurés d'être soutenus par les Hollandais de la Nouvelle-Belgique, (ci-après la Nouvelle- York,) qui commençaient à leur fournir des armes et des munitions, et à qui ils vendaient les pelleteries qu’ils avaient enlevées aux alliés des Français, ne cessaient pas leurs courses et leurs brigandages. Les rivières et les lacs étaient infestés de leurs partis de guerre, et le commerce ne pouvait plus se faire sans les plus grands risques, Le P. Jogues, que des Hurons ramenaiïent dans leur pays, tomba entre leurs mains, et fut horriblement maltraité, et un Français, qui l’accompagnait, fut mis à mort, ainsi que la plupart des Hurons.
Quelque temps après cette rencontre, un parti de cent Iroquois parut devant le fort de Richelieu. M. de Montmagny, qui y était monté, en tua plusieurs, et contraignit les autres de se retirer. Mais bientôt on ne
* Le Sault Sainte-Marie est un rapide qui peut avoir cinq ou six cents verges de largeur, et dix ou douze arpens de longueur. Le bas dé ce rapide forme deux baies. La terre y est on ne peut gr plus fertile, surtout du côté du nord.—M. G. FRANCHERS,
rils,
PR ernniateis
Dar eaitirer ra
reçut plus que des nouvelles désastreuses du pays des Hurons :* les Iroquois détruisaient par le feu des bourgades entières, et en massacraient tous les habitans. Ces barbares étaient partout : ils prirent, sur le lac Saint- Pierre, le P. BRessani,' qu'ils traitèrent comme ils avaient fait le P. Jogues. Tous ceux qui accompagnaicnt ce religieux furent tués ou faits prisonniers.
Cependant, quelque déterminés que parussent être les Iroquois de pousser la guerre à toute outrance, contre les Français et leurs alliés, ils ne laissaient pas de montrer, de temps à autre, quelque inclination àla paix. Quelque temps après la rencontre sur le lac Saint-Pierre, le commandant des Trois-Rivières ayant fait savoir à M. de Montmagny que des Algonquins ct des Hurons étaient arrivés à son poste, avec trois prisonniers iroquois, ce dernier se rendit sur les lieux, fit assembler les principaux des deux tribus, et leur dit que s’ils voulaient lui laisser la disposition de leurs prisonniers, il espérait pouvoir s’en servir pour établir une paix durable entre eux et les Iroquois. Il leur fit voir, en même temps, les marchandises avec lesquelles il se proposait de payer ‘ la complaisance qu’ils auraient pour lui.
Les Algonquins remirent un prisonnier, et acceptèrent les présens du gouverneur. (Celui-ci s'étant tourné ensuite vers les Hurons, pour connaitre leur réponse, l’un d'eux se leva, et lui dit: “ Ma bourgade m'a vu sortir guerrier, je n’y rentrerai pas marchand.
*Les jésuites avaient fait, on commencé à faire, des Hurons ce qu’ils firent, plus tard, des Sauvages du Paraguay, un peuple de chrétiens presque en tout semblables à ceux de la primitive église, et de plus soumis à leurs pasteurs ecclésiastiques, dâns le temporel comme dans le spirituel. Ces religieux s'étaient établis dans chacune de leurs bourgades, et leur avaient donné à toutes des noms de saints ou de saintes: c’étaient les bourgades de Sainte-Marie, de Saint-Michel, de Saint-Joseph, de Saint-Jeun- Baptiste, de Saint-Jean, de Saint- Ignace, etc.
avaie posés prit 1 lui di parler mauv.
Oubli soient ter, e gouve troisiè rappor l’amba,
Que me font tes étoffes et tes chaudières? Est-ce pour trafiquer que nous avons pris les armes et que nous nous sommes mis en campagne? Si tu as tant d'envie de nos prisonniers, tu peux les prendre; j’en saurai bien faire d’autres,et si je meurs en le faisant, ceux de mon village “iront: “ C’est Ononthio qui l’a tué.” Ils donnèrent d’autres raisons pour garder leurs prisonniers, et entre autres, qu’étant des jeunes gens,ils devaient attendre la décision de leurs anciens. Le gouverneur ne jugea pas à propos d’insister davantage.
Les anciens décidèrent que les prisonniers seraient renvoyés au gouverneur. Des députés iroquois arrivèrent aux Trois-Rivières, où des Sauvages de toutes les tribus alliées des Français étaient déjà assemblés. M. de Montmagny s’y rendit, et marqua aux négociateurs le jour où il leur donnerait audience. Ce jour venu, le gouverneur parut dans la place du fort, qu’il avait fait couvrir de voiles de barques, et s’assit dans un fauteuil, entourré des principaux de la colonie. Les députés iroquois avaient apporté dix-sept colliers, qui étaient autant de paroles, ou de propositions qu'ils avaient à faire. Après que ces colliers eurent été exposés à la vue de tout le monde, l’orateur Iroquois, en prit un, et le présentant au gouverneur, “ Ononthio, lui dit-il, prête l'oreille à ma voix: tous les Iroquois parlent par ma bouche. Mon cœur ne connaît pas de mauvais sentimens ; toutes mes intentions sont droites. Oublions nos chants de guerre ; que toutes nos chansons soient des chants d’allégresse.” Puis, il se mit à chanter, en gestisculant. Le second collier remerciait le gouverneur d’avoir rendu la liberté à un Iroquois; le troisième lui ramenait un Français. Les autres avaient rapport à la paix, dont la conclusion était le bût de l'ambassade. L'un applanissait les chemins, l’autre
rendait la navigation libre ; un autre enterrait les haches de guerre. Il y en avait qui représentaient les festins qui suivraient la paix, et les visites amicales qu’on se ferait mutuellement. Le discours, ou plutôt, la pantomime dura trois heures, et la séance se termina par une espèce de fête, qui se passa en chants, en danses et en festins.
Deux jours après, M. de Montmagny répondit aux propositions des Iroquois. L’assemblée fut aussi nombreuse que la première fois, et le gouverneur fit autant de présens qu’il avait reçu de colliers. PiIsKARET, chef des Algonquins, et un des plus braves hommes d’entre les Sauvages, fit aussi son présent, et dit: “ Voici une pierre que je mets sur la sépulture de ceux qui sont morts durant la guerre, afin qu'aucun guerrier n'’aille remuer leurs os, ni ne songe à les venger.” Un chef montagnais présenta ensuite une pegu d’orignal, en disant que c'était pour faire des chaussures aux députés iroquois, de peur qu’ils ne se blessassent les pieds, en s’en retournant chez eux. La séance fut terminée par trois coups de canon, que le gouverneur fit tirer, en faisant dire aux Sauvages, que c'était pour porter en tout lieu la nouvelle de la paix. Le lendemain, les députés iroquois se mirent en route pour leur pays. Deux Français, deux Algonquins et deux Hurons s’embarquèrent avec eux, et trois des leurs demeurèrent en otage dans la colonie.
Avant de passer plus loin, il est à propos de dire un mot du pays et du gouvernement des Iroquois. Ces peuples s’appellaient, dans leur langue, Agonnonsionni, c'est-àdire, faiseurs de cabanes, ou architectes par excellence, parce qu’en effet, ils se logeaient plus solidement et plus légamment, que les autres Sauvages du Canada. Leur pays était situé entre le 4le. et 44e. degré de latitude,
eusse de lon la libe P. Br qu'un prévo) autres dans le et aux tèrent
* Les cantons, énoncé,
(Cayous
ayant, dans la direction du nord au sud, ou plutôt de lorient d'été au couchant d'hiver, environ quarante lieues d’étendue, et soixante-et-dix ou quatre-vingt, de l'Est à l'Ouest. Ilétait baigné, en partie par le fleuve Saint-Laurent et par les lacs Ontario et Erié, et arrosé par plusieurs rivières. Le terroir y était généralement fertile, et mis à profit, particulièrement par la culture du mais. Les Iroquois étaient partagés en cinq tribus, ou cantons, savoir, en allant de l'Est à l'Ouest, Agaier, Onneyouth, Onnontagué, Goyogouin et Tsonnonthouan.* Quoique ces cinq tribus formassent, par leur confédération, un seul corps de nation, elles jouissaient néanmoins individuellement d’une espèce d'indépendance uationale, soit pour la guerre, soit pour la paix. Jusqu'ici, ce sont presque toujours les Agniers, comme les plus voisins, qui se sont montrés en armes dans Îa colonie, et c'était a@c leurs députés que la paix venait d’être conclue.
L'hiver suivant, on vit les Iroquois, les Hurons et les Algonquins chasser ensemble aussi paisiblement «ue s’ils eussent été de la même nation. Mais la paix ne fut pas de longue durée: le P. Jogues, qui avait été rendu à la liberté, par l'entremise des Hollandais, ainsi que le P. Bressani, ayant été tué chez les Agniers, de même qu’un jeune Français, qui l’accompagnait, ces barbares, prévoyant qu’on les inquiéterait, se joignirent aux autres cantons, qui n'avaient pas été compris directement dans le traité de paix, pour faire la guerre aux Hurons et aux Algonquins. D’abord, les hostilités ne consistèrent qu’en quelques coups de surprise, où il y eut
* Les Hollandais et les Anglais ont donné à ces cinq tribus, ou cantons, des noms un peu différents, les appellant, dans l’ordre énoncé, Mohawk, Oneida, Onondaga d nondagué,) Cayuga (Cayougué) et Seneka.
quelques hommes tués de part et d'autre; mais bientôt, il y eut des combats plus importants; les Hurons, secourus par les Andastes, tribu nombreuse et aguerrie, remportèrent quelques avantages ; mais n’ayant voulu en profiter que pour parvenir à la paix, ils furent les dupes de la mauvaise foi et des artifices de leurs ennemis. En même temps qu’ils s’'amusaient à négocier avec les Onnontagués, les Agniers et les Onneyouths attaquaient leurs partis de chasse, et leurs bourgades, l’une après l’autre, et y mettaient tout à feu et à sang.
Pendant que les Hurons étaient ainsi attaqués et détruits par les Iroquois, on vit arriver à Québec un envoyé du gouverneur dela Nouvelle-Angleterre, chargé de proposer une alliance, ou une neutralité perpétuelle entre les deux colonies, indépendamment de toutes les ruptures qui pourraient survenir entre les deux métropoles. e
M. D’AILLEBOUT, qui après avoir commandé quelque temps aux Trois-Rivières, venait de succéder à M. de Montmagny, dans le gouvernement général, trouva la proposition avantageuse, et envoya à Bostonle sieur Jean Goperroy, et le P. DREUILLETTES, pour conclure et signer le traité, mais à condition que les Anglais se joindraient aux Français pour faire la guerre aux Iroquois. Cette condition fit rompre la négociation. C'était, en effet, trop exiger des Anglais, assez éloignés des Iroquois pour n’en avoir rien à craindre, et uniquement occupés de leur commerce et de l'agriculture.
Ce qui pouvait faire désirer ce traité de neutralité aux habitans de la Nouvelle-Angleterre, c'était principalement le voisinage des Sauvages de l’Acadie, qui étaient pour eux ce que les Iroquois étaient pour les habitans du Canada. Il se passait alors, dans cette province, des faits assez intéressants pour mériter de trouver place dans cette histoire.
garni
Aprés la mort du commandeur de Razilli, un sieur D'AUNAY DE CHARNISE’ entra dans tous ses droits, et obtint, en 1647, la commission degouverneur de l’Acadie, c’est-à-dire, de la partie de la presqu’ile qui portait plus particulièrement ce nom. La première chose qu'il fit, en prenant possession de son goyvernement, ce fut d'abandonner La Hève, et d'en transporter tous les habitans au Port Royal, où il commença un grand établissement. Mais, soit que le Port Royal appartint à M. DE Larour, (le même dont il a été parlé plus haut), soit que les deux commandans fussent trop voisins pour demeurer longtems amis; la mésintelligence se mit bientôt entr’eux, et ils ne tardèrent pas à en venir aux armes. Après quelques hostilités de quelque importance, Charnisé ayant appris que Latour était sorti de son fort de Saint-Jean, avec la meilleure partie de sa garnison, crut l’occasion favorable pour s’en rendre maître, et y marcha avec toutes ses troupes.
Madame DE LATOUR y était restée ; et quoique surprise avec un petit nombre de soldats, elle résolut de se défendre jusqu’à l'extrémité. Elle le fit, en effet, pendant trois jours, avec tant de courage, que les assiégeans furent obligés de s'éloigner : mais le quatrième jour, qui était le dimanche de Pâques, elle fut trahie par un Suisse, qui était en faction, et que Charnisé avait trouvé le moyen de corrompre. Elle ne se crut pourtant pas encore sans ressource; quand elle apprit que l’ennemi escaladait la muraille, elle y monta pour la défendre, à la tête de sa petite garnison. Charnisé, qui s’imagina que cette garnison était plus forte qu’il ne l'avait cru d’abord, proposa à la dame de la recevoir à composition, et elle y consentit, pour sauver la vie à ce peu de braves gens, qui l’avaient si bien secondée, Charnisé ne fut pas plutôt entré dans la place, qu’il eut
honte d’uvoir capitulé avec. une femme, qui ne lui avait opposé que son courage et une poignée d’hommes mal armés. Il se plaignit qu’on l'avait trompé, et prétendit être en droit de ne garder aucun des articles de la capitulation. A la mauvaise foi il ajouta un excès de barbarie qu’on aurait peine à croire, s'il était raconté d’un Sauvage : il fit pendre tous les gens de Madame de Latour, à l'exception d’un sèul; à condition qu’il serait le bourreau de tous les autres ; et il obligea son intéressante prisonnière à assister, la corde au cou, à cette atroce exécution. L’histoire ne dit pas si ce scélérat périt lui-même par la main d'un bourreau ; mais il paraît qu'il ne vécut pas encore longtems, non plus que madame de Lasour ; car quelque années après, par un assez bizarre caprice du hazard, on voit M. de Latour époux de sa veuve, et de nouveau en possession du fort de Saint-Jean et même de Port-Royal.
Cependant, les Iroquois continuaient à détruire, l’une après l’autre, les bourgades huronnes,”et à en massacrer leshabitans. Plusieurs missionnaires furent enveloppés, dans ces massacres, entre autres, les PP. Gabriel LALLE- MANT, GARNIER, DANIEL, et de Brebeuf.* Ceux qui demeurèrent parmi les restes de la nation leur conseillèrent de se retirer dans quelque endroit éloigné, où ils n’eussent plus à craindre d'être inquiétés par les Iroquois. Une partie se rendit à l’avis des missionnaires, et se retira dans les îles du lac Huron appelléesde Manitoualin, ou Manitoulines, ou sur le continent voisin ; une partie descendit à Québec, et le reste se donna aux Iroquois, et fut incorporé avec cette nation.
Après l’anéantissement, ou la dispersion des Hurons, les Iroquols ne regardèrent plus les forts et les retranche-
“Ce dernier était oncle du traducteur de la Pharsale de Lucaix.
mens arrête en gr Un é:
lence :
Rivièr voulut dans le armes n'étant on fut du can Les França geance.
mens des Français comme des barrières capables de les arrêter. Ils parcoururent le pays, et se répandirent, en grandes troupes, dans les environs des habitations. Un évènement funeste vint accroître encore leur insolence: un de leurs partis s'étant approché des Trois- Rivières, M. Durcessis-BOcHART, qui y commandait, voulut marcher contre eux en personne. Il fut tué dans le combat, et sa mort donna un nouveau relief aux armes des Iroquois. Enfin, la bourgade de Sylleri n'étant plus en sûreté avec une enceinte de palissades, on fut contraint. de l’enfermer de murailles et d'y placer du canon.
Les Iroquois n'étaient pas animés contre les seuls Français: ils cherchaient encore à exercer leur vengeance contre toutes celles des tribus sauvagesqui avaient porté secours, ou donné asile aux Hurons. En 1651, ils pénétrèrent chez les Attikamègues, et autres Sauvages du nord, et ne laissèrent pas un village dont ils n’eussent égorgé ou dissipé les habitans. - La nouvelle en ayant été portée à M. DE LAUZzON, un des principaux membres de la compagnie du Canada, qui cette même année, avait succédé à M. d’Aillebout, il comprit qu’il aurait été nécessaire d’opposer une digue à ce torrent ; mais il n'avait amené aucun secours de France, et la ‘colonie était loin d’avoir des forces sufbsantes‘ pour rétablir la sûreté et la tranquillité.
L’ile de Mont-réal ne souffrait guère moins que les autres parties du Canada, malgré un renfort de cent hommes, que M. de Maison-Neuve avait été chercher en France. En 1652, deux cents Iroquois surprirent, dans l’île, vingt Français, et les enveloppèrent de toutes parts. Ces derniers firent néanmoins si bonne contenance, et se défendirent avec tant de résolution, qu'ils mirent les barbares en fuite, après en avoir tué un grand
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nombre. Dans le même temps, cinq cents Agniers s'approchèrent des Trois-Rivières, et tinrent ce poste bloqué de tous côtés. Dans les environs de Québec, il y eut plusieurs escarmouches avec ces Sauvages. Cependant les cinq cantons se montrèrent disposés à la paix, et envoyèrent des négociateurs à Québec. La paix fut conclue, en effet, quelque raison qu'eût le gouverneur pour ne pas trop compter sur la sincérité des Iroquois, et particulièrement des Agniers. ÆEffectivemeut, ces derniers ne tardèrent pas à paraître, par petites troupes, dans le voisinage des habitations, à commettre des déprédations et des meurtres, et à se remettre par ià en état de guerre avec les Français et leurs alliés.
En 1656, cinquante Français étant partis de Québec, sous la conduite de M. Duruys, officier de la garnison, pour aller former un établisseme:t thez les Onnontagués, à la demande de ce canton, les Agniers, qui avaient eu nouvelle de ce projet, avant le départ de M. Dupuys, mirent quatre cents hommes en campagne, pour attaquer sa troupe; mais l'ayant manquée, ils s’en vengèrent sur quelques canots écartés. Après les avoir pillés, et avoir même blessé quelques uns de ceux qui les conduisaient, ils feignirent de s’être trompés, et d’avoir pris les Français pour des Hurons et des Algonquins. Quelque temps après, un de leurs partis eut la hardiesse de débarquer dans l'ile d'Orléans. Il y trouva une centaine de Hurons de tout âge et de tout sexe, qui travaillaient dans un champ, les attaqua, en tua un bon nombre, et enleva le reste. Un autre parti d’Agniers ayant eu avis qu’une troupe d'Outaouais, accompagnée d’une trentaine de Français et de Hurons, devaient remonter la Grande-Rivière, il l’alla attendre, en ambuscade, sur le bord du lac des Deux-Montagnes, et tua un bon nombre des uns et des autres.
Tou de Lai nie ins domici de Syll les autr qui pri louer, j ou trai les Onn traint secrèten
attaqué
Ce 1
vigueur ( pour un
Toutes ces aggressions se commettaient sans que M. de Lauzon en pôt tirer raison. La faiblesse de la colonie inspira de la méfiance ou du dégoût aux Sauvages domiciliés dans son sein. Une grande partie des Hurons de Sylleri se retirèrent, les uns chez les Onnontagués, les autres chez les Agniers même. La plupart de ceux qui prirent ce dernier parti n’eurent pas lieu de s’en louer, par la suite; car ils furent presque tous ou tués, ou traités en esclaves. L'établissement projetté chez les Onnontagués ne put se faire, et M. Dupuys fut contraint de s’en revenir, ou pour mieux dire, de fuir secrètement avec ses gens, de peur d’être poursuivi et attaqué dans sa retraite.
Ce fut sur ces entrefaites que M. D’ARGENSON, nommé gouverneur, à la place de M. de Lauzon, débarqua à Québec, le 11 juillet 1658. Dès le lendemain de son arrivée, il fut assez surpris d’eñtendre crier, aux armes, et d'apprendre que des Algonquins venaient d’être massacrés par des Iroquois, sous le canon du fort. Il détacha aussitôt deux cents hommes, Français et Sauvages, pour courir après ces barbares ; mais ils ne purent être atteints. Peu de temps après, des Agniers s'approchèrent des Trois-Rivières, dans le dessein de surprendre ce poste; et pour y mieux réussir, ils détachèrent huit d’entr'eux, qui sous le prétexte de parlementer, avaient ordre de bien examiner l’état da la place ; mais M. DE LA POTHERIE, qui y commandait, en retint un prisonnir, et envoya les sept autres à M. d’Argenson, qui en fit bonne justice. Ce coup de vigueur eut tout le succès qu’on en attendait, et procura, pour un temps, quelque repos à la colonie.
François DE LAVAL, connu auparavant sous le nom d’abbé de MoNTIGNY, nommé évèque titulaire de Pétrée, et pourvu d’un bref de vicaire apostolique, débarqua à
Québec, le 6 juin 1659, accompagné de plusieurs prêtres séculiers. D'autres prêtres le vinrent joindre, les années suivantes, et à mesure qu'ils arrivèrent, ils furent mis en possession des cures, dont les récollets et les . Jésuites avaient été chargés jusque-là, parce qu'ils étaient les seuls prêtres qu'il y eût en Canada, si l’on en excepte l'ile de Mont-réal. Dès 1647, le séminaire de Saint- Sulpice de Paris avait acquis, par achat, tous les droits des premiers possesseurs de cette île. L'abbé px QueLus y vint, cette année, avec plusieurs prêtres, pour y fonder un séminaire. Toute la colonie applaudit à cette entreprise, qui fut bientôt suivie de la fondation de l'Hôtel-Dieu, à laquelle M. pE LA DAUVERSIERE et Madame DE BuLLion coutribuèrent le plus puissamment. La congrégation de Notre-Dame avait été instituée, quelques années auparavant, par Mademoiselle Marguerite BouRGEo1s.
Dès son arrivée, l’évêque de Pétrée se montra animé d’un zèle ardent pour l4 conversion des Sauvages, et se concerta avec le supérieur général des missions, pour faire annoncer l’évangile aux tribus les plus éloignées.
Cependant, il ne venait aucun secours de France, et la colonie du Canada semblait ne se soutenir que par une espèce de miracle. Les habitans ne pouvaient s'éloigner des forts sans courir le risque d’être massacrés ou enlevés. Sept cents Iroquois, après avoir défait un grand parti de Français et de Sauvages, tinrent Québec comme bloqué, pendant plusieurs mois. Ils se retirèrent, vers l’automne ; mais au commencement du printems suivant, plusieurs partis reparurent en différents endroits de la colonie, et y firent de grands ravages. Un prêtre du séminaire de Mont-réal fut tué, en revenant de dire la messe à la campagne. M. de Lauzon, suivant Charlevoix, sénéchal de la Nouvelle-France, et fils du pré-
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cédent gouverneur, étant allé à l'ile d'Orléans, pour dégager son beau-frère, qui était investi dans sa maison, tomba dans une ambuscade. Les Iroquois, qui auraient été fort aises d’avoir entre leurs mains un prisonnier de cette importance, le ménagèrent pendant quelque temps, ne cherchant qu’à le lasser ; mais voyant qu'il leur tuait beaucoup de monde, ils tirèrent sur lui, et le tuèrent. Plusieurs autres personnes de considération et un grand nombre de colons et de Sauvages eurent le même sort. Enfin, depuis Tadoussac jusqu’à Mont-réal, on ne voyait que des traces sanglantes du passage de ces féroces ennemis.
Au fléau de la guerre se joignit une maladie épidémique, qui attaqua indistinctement les Français ct les Sauvages, et enleva surtout un grand nombre d’enfans. C'était une espèce de coqueluche qui se tournait en pleurésie. Le peuple s’imagina qu’il y avait du maléfice, et, chose étrange, ce furent les médecins qui, ies premiers, donnèrent cours à cette superstition. L’ignorance était si grande et si générale alors, dans la colonie, que quelques phénomènes ignés, qui parurent dans le même temps, donnèrent lieu aux contes les plus absurdes. ‘ On publia, dit Charlevoix, qu’on avait vu dans l'air une couronne de feu; qu'aux Trois-Rivières, on avait entendu des voix lamentables ; qu’auprès de Québec, il avait paru un canot de feu, et dans un autre endroit, un homme tout embrâsé et environné d’un tourbillon de flammes ; que dans l'ile d'Orléans, une femme enceinte avait entendu son fruit se. plaindre.” L'apparition d’une comète acheva d’effrayer la multitude.
Cependant, les partis ennemis disparurent tout à coup et vers le milieu de l’été, on vit arriver * Aont-réal deux canots avec un pavillon blanc. C’étaient des députés des cantons d’Onnontagué et de Goyogouin, qui rame-