‹ Histoire du Canada, sous la domination française [microforme]Chapitre 8 sur 19 · D 4 132 HISTOIRE · texte numérisé non relu

D 4 132 HISTOIRE

naient quelques captifs français. Ils promettaient que tous les autres seraient rendus, si l’on délivrait tous les sujets des deux cantons qui se trouvaient prisonniers dans la colonie. Le gouverneur général, à qui M. de Maison-Neuve fit savoir l’arrivée des députés iroquois, se montra disposé à écouter favorablement leurs propositions, et les fit accompagner, à leur retour, par le P. LEMOYNE, pour continuer chez eux la négociation.

Le baron D'AVAUGOUR, nommé gouverneur général du Canada, à la place de M. d’Argenson, arriva de France sur ces entrefaites. Son premier soin fut de visiter tous les postes de son gouvernement. Après cette visite, il écrivit en France, pour demander les troupes et les munitions qui lui paraissaient nécessaires.

Cependant, la négociation pour la paix prenait une heureuse tournure dans la plupart des cantons iroquois, principalement par les soins et l’entremise d’un chef onnontagué, nommé GARAKONTHIE. Ce chef arriva à Mont-réal vers la mi-septembre. Le gouverneur général l’entretint-plusieurs fois en particulier : il agréa toutes les propositions qui lui furent faites, et promit d’être de retour, avec les prisonniers français, avant la fin du printems. En effet, le traité de paix fut ratifié par ceux des cantons (au nombre de trois) qui avaient négocié, et tous les captifs français furent remis au P. Lemoyne, qui les conduisit à Mont-réal.

Vers le même témps, M. Pierre BoUCHER, qui commandait aux Trois-Rivières, fut député en France, avec des mémoires, où l’on suppliait le roi (Louis XIV) de prendre sous sa protection une colonie abondonnée et réduite aux derniers abois.* M. Boucher fut bien

“Dans son “Histoire naturelle et véritable de la Nouvelle France,” M. Boucuer fait connaître l’état du Canada, à l'époque où il écrivait. ‘ Québec, dit-il, est la principale habitation. Il

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reçu du monarque, qui nomma M. pe MonTs commis-

que © ? Q 4e saire en Canada, et commanda qu'on y envoyât incessamiers ment quatre cents hommes de troupes pour renforcer les , de garnisons des postes les plus éloignés. M. de Monts : 108, s’embarqua à La Rochelle, dès le printems. Son arrivée F opo- à Québec y causa la plus grande joie, tant par les secours £é e P. présents qu’il amenait, que par l’espérance qu’il y donna que, l’année suivante, ilen arriverait de nouveaux et de éral plus considérables.

à de Cette joie fut bientôt troublée par la dissention qui t de * éclata entre le gouverneur et l’évêque ; ou plutôt peutprès être, entre les commerçans et les ecclésiastiques. Les r les gouverneurs du Canada, remarque Charlevoix, avaient d aires. eu ordre de la cour de France de défendre aux colons . une de vendre de l’eau-de-vie aux Sauvages; et le baron quois, d'Avaugour, en particulier, avait décerné les peines chef les plus graves contre ceux qui contreviendraient à cette rriva défense. Une femme de Québec y ayant contrevenu, rneur A PE AE Pre TUE doréa y a une bonne forteresse et une bonne garnison, comme aussi “. # : une belle église, qui sert de paroisse, et qui est comme la cathédrale fl omit de tout le pays. Il y a un collège de jésuites, un monastère M nt la d’ursulines, et un couvent d’hospitalières. Cette forteresse, les : monastères et les plus belles maisons sont bâtis sur le haut. À atifié Plusieurs maisons et magasins sont bâtis au pied du côteau, à * aient l'occasion des navires qui viennent jusque-là ; car c’est là le terme | de la navigation pour les navires: l'on ne croit pas qu'ils puissent u P. passer plus avant sans risque. Du côté du nord, depuis le cap Tourmente, qui est sept lieues plus bas que Québec, jusqu’au cap Rouge, qui est trois lieues au-dessus, tout cela est habité, le long com" du grand fleuve. Le côté du nord de Québec est habité assez avec avant dans les terres. A Tadoussac, on a fait bâtir une chapelle, y un magasin, et une petite forteresse ; mais il n’y a personne qui y I ) habite (permanemment). L’habitation des Trois-Rivières est dans nnée un pays fort beau à voir. On s’est bâti seulement du côté du nord bi (du fleuve). 11 y a comme deux habitations séparées par une , M 1en grosse rivière entrecoupée par des îles. Mont-réal, qui est la PE | dernière de nos habitations, est située dans ure belle grande île.” \ velle L'ouvrage de M. Boucher est précédé d’une ‘ Epistre à Mon- “1 poque seigneur CoLBERT,” datée ‘“ de la ville des Trois-Rivières en Ja

. I Nouvelle France, le 8 Octobre 1643.” M

fut conduite en prison. A la prière de ses parens ou de ses amis, un jésuite crut pouvoir intercéder pour elle. Le gouverneui reçut très mal le religieux, et lui dit finalement, que puisque la traite de l’eau-de-vie n’était pas une faute pour cette femme, elle ne le serait à l'avenir pour personne. La chose ne tarda pas à être connue du publie, et suivant l'historien que nous venons de citer, le désordre devint extrême, L’évêque de Pétrée crut devoir recourir aux foudres de l’église ; les prédi-

cateurs tonnèrent dans les chaires ; les confesseurs refu- .

sèrent l’absolution. Le zèle outré du prélat et des ecclésiastiques, excita contre eux des plaintes amères et des clameurs injurieuses: quelques particuliers firent contre le clergé des mémoires et des requêtes qu'ils envoyèrent au conseil du roi. Le prélat prit le parti de passer en France, pour, de son côté, porter ses plaintes au pied du trône. Le roi lui donna gain de cause, et il y a même lieu de croire que ce fut à sa demande que M. d’Avaugour fut rappellé.

La fin de cette année 1662, et une partie de la suivante, furent remarquables par une suite de violents tremblemens de terre, et un nombre d’autres phénomènes, que l'imagination dérégiée et effrayée de la multitude exagéra d’une manière tout-à-fait ridicule, comme on en pourra juger par les extraits suivants des journaux des jésuites, copiés par le P. Charlevoix.

‘ Dès l'automne de 1662, on vit voler dans l'air quantité de feux sous des formes diverses. A. Mont-réal, parut, une nuit, un globe de feu qui jettait un grand éclat; il fut accompagné d’un bruit semblable à une volée de canons.

“Le 3 février (1663), on fut surpris de voir que tous les édifices étaient secoués avec tant de violence, que les toits touchaient presque à terre, tantôt d'un côté

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et tantôt de l’autre ; que les portes s’ouvraient d’ellesmêmes, et se refermaient avec un très grand fracas ; que toutes les cloches sonnaïent, quoiqu’on n'y touchât point; que les pieux des palissades ne faisaient que sautiller ; que les animaux poussaient des cris et des hurlemens effroyables ; que les arbres s’entrelassaient les uns dans les autres, et que plusieurs se déracinaient et allaient tomber assez loin.

‘ On entendit ensuite des bruits de toutes les sortes ; tantôt c'était celui d'une mer en fureur qui franchit ses bornes; tantôt celui que pourraient faire un grand nombre de carosses qui rouleraient sur le pavé ; et tantôt, le même éclat que feraient des montagnes et des rochers de marbre qui viendraient à s'ouvrir et à se briser.

“Les campagnes n’offraient que des précipices.— Des montagnes entières se déracinèrent et allèrent se placer ailleurs. Quelques unes s’abimèrent si profondément qu’on ne voyait pas même la cîme des arbres dont elles étaient couvertes. Il y eut des arbres qui s’élancèrent en l'air avec autant de roideur que si une mine eût joué sous leurs racines, et on en trouva qui s'étaient replantés par la tête.—De gros glaçons furent lancés dans l'air, et de l'endroit qu'ils avaient quitté on vit jallir une quantité de sable et de limon. Plusieurs fontaines et de petites rivières furent desséchées.

‘ Où l'on avait vu un rapide, on voyait la rivière couler tranquillement, et sans embarras ; ailleurs, c'était tout le contraire ; des rochers étaient venus se placer au milieu d’une rivière, dont le cours paisible n'était auparavant retardé par aucun oustacle. Un homme marchant dans la campagne, appercevait la terre s’entr'ouvrir tout-à-coup auprès de lui: il fuyait, et ces crevasses semblaient le suivre, Ici, les eaux devenaient rouges ; là, elles paraissaient jaunes : celles du fleuve furent toutes

blanches, depuis Québec jusqu’à Tadoussac. Vis-à-vis du cap Toürmente, il y eut de si grandes avalaisons d'eaux sauvages,* qui coulaient du haut des montagnes, que tout ce qu’elles rencontrèrent fut emporté.

‘“ Deux hommes se trouvant vis-à-vis de l’embouchure du Saguenay, dans une chaloupe, sentirent toutà-coup leur embarcation aussi agitée, quoiqu'il ne fit pas de vent, que si elle eût été sur la mer la plus houleuse ; et tout de suite ils apperçurent une montagne qui “ bondissait comme un bélier,” puis tournoya quelque temps, s’abaissa ensuite, et disparut entièrement. A moitié chemin de Tadoussac à Québec, deux montagnes s’applatirent, et des terres qui s’en étaient éboulées, il se forma une pointe qui s’avançait d'un demi-quart de lieue dans le fleuve. Dans un autre endroit, des Sauvages qui étaient sortis de leurs cabanes, au commencement de ces agitations, ayant voulu y rentrer, trouvèrent à leur place une grande mare d’eau. ,

“ Au cap Tourmente et ailleurs, le fleuve se détourna; une partie de son lit demeura à sec, et ses bords les plus élevés s’affaissèrent, en quelques endroits, jusqu’au niveau de l’eau.”

‘ Assez près de Québec, un feu d’une lieue d’étendue parut, en plein jour, venant du nord, traversa le fleuve et alla disparaître sur l’île d'Orléans.

“L'air eut aussi ses phénomènes ; on y entendait un bourdonnement continuel ; on y voyait, ou l’on s’yfigurait des spectres et des fantômes de feu, portant en main des flambeaux. Il y paraissait des flammes qui prenaient toutes sortes de formes, les unes de piques, les autres de lances; et des brandons allumés tombaient sur les toits sans y mettre le feu. De temps en temps, des voix

* Comment le P. Charlevoix, écrivant vers 1740, a-t-il pu copier une pureille expression ? .

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plaintives augmentaient la terreur. On entendit des gémissemens qui n'avaient rien de semblable à ceux d'aucun animal connu.

“ L'agitation était ordinairement moindre sur les montagnes que dans les plaines; mais on y entendait sans cesse un grand tintamarre.

“ Les effets de ce tremblement de terre furent variés à l'infini. La première secousse dura une demi-heure, sans presque discontinuer. Il y en eut une seconde aussi violente que la première, et la nuit suivante, quelques personnes en comptèrent jusqu’à trente-deux.”

Les secousses de tremblement de terre se succédèrent par intervales, depuis le commencement de janvier 1663 jusqu’au mois d’août de la même année. Mais ce qui fait voir combien l'imagination ajouta à la réalité, ou jusqu’à quel point les narrateurs se permirent l’exagération, c’est que durant tout ce temps, il n’y eut personne de tué, ni même de blessé.

“ Le P. Charlevoix, dit M. D. DAINvVILLE, dans ses ‘ Beautés de l'Histoire du Canada,” mêle dans son récit des incidens si merveilleux, qu’au lieu d’en appuyer la vraisemblance, ils la détruisent. De tous ces phénomènes, la plupart accompagnent ordinairement les tremblemens de terre, et, quoique étonnants par eux mêmes, ne sortent pourtant pas de ces règles éternelles dans lesquelles Dieu a tracé le plan de l’univers ; d’autres sont évidemment les fruits de ces têtes superstitieuses, pour qui le merveilleux est un aliment nécesaire, et qui veulent fonder la reliligion sur les bases ruineuses d’une crédulité puérile. Le Dieu de vérité ne veut pas être défendu par le mensonge, et celui qui tient, dans sa main toute-puissante, la forme, le temps et l’espace, n’a pas besoin, pour annoncer sa force, de remuer quelques lieues de terre, où de faire briller une nouvelle étincelle dans les cieux.”

Pour qualifier de fraudes pieuses ces récits extraordinaires, un autre écrivain moderne s'appuie principalement sur le silence des historiens de la Nouvelle Angleterre et de la Nouvelle York, provinces limitrophes de la Nouvelle France.*

* At this critical period, the jesuits, in their journals, reported a physical event, which, not being confirmed by the history or tradition of the English colonies, and their Indian allies, is considered as a mere fabrication, calculated, like other pious frauds, to connect disorders of government with the alarming phenomena of nature.” INTRODUCTION to “ POL1TICAL ANNALS OF LOWER CANADA.”

Le P. Charlevoix dit, d’après ses auteurs, que “la Nouvelle Angleterre et la Nouvelle Belgique ne furent pas plus épargnées que lo pays français ;” mais c’est une assertion vague, faite en l'absence de toute espèce de preuve.

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