‹ Histoire du Canton de Fribourg, Volume 2Chapitre 17 sur 63 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

On voit par ces dispositidos quelle terreur inspirait ce fléau. Elle était telle que la vigne, je verger, U vache, les brebis qui avaient été donnés aiix lépreux , n'avaient aucun besoin^ d'être gardés : personne n'y touchait i.

Dans plusieurs endroits on brûlait leurs habits, leurs meubles et même leurs maisods. Cependant le mari d'une femme atteinte de lèpre, ne put obtenir la permission d'en épouser une autre. On le recommanda au Capitaine Frôlich pour qu'il pût entrer dans les gardes du roi.

Dés qu'un habitant, de quelque condition qu'il fut, éiait soupçooDé d^étre atteint par la lèpre, on le faisait examiner par une commission d'cnqucte, composée du Banneret du quartier, de deux membres des Soixante, du grand sautier, d'un petit sautier', d'un chirnrgien et d'un frater. Si c'était un paysan, on t'amenait en vile. On se préparait à cette visite par de copieuses libations de clarel On payait au chirurgien 35 sous (10 francs) et 2 sous à son valet. Toute la visite coûtait jusqu'à^ 5 livres.

Oa reléguait ensuite le malade dans des hospices spéciaux, dits léproseries ou maladeires^. II y en avait une à Bourguillon 3, ODe à S. Barthélémy, une troisième à Praromao et dans presque toutes les paroisses. En 1514 on décida la construction d'une petite léproserie près de la chapelle S.Jacques; en 1545àVaulruz, en 1553 à Bulle et à la Roche^. En 1550 on envoya les deux chirurgiens de ville à Everdes pour y soigner les lépreux. Nous avions alors trois hôpitaux en ville : celui de l'Auge \)our les nombreux pèlerins qui se rendaient k Compostelle, celui des Places près de la chapelle S. Vult pour les passans^, et le grand hôpital bourgeois.

1 Monteil. ~ 3 En 1548 le lépreux Moulet fut condamné à payer 300 liv. à la léproserie de Bourguillon , à moins qu'il ne préférât se construire une habitation séparée , à côté du chemin , et y avoir sa part de bien , après Faycir partagé avec femme et enfans. — 8 Le garçon de la léproserie de Bourguillon , couvert d*un minteau bleu, parcourait la ville avec une clochette pour demander Taumône pour les lépreux. Cet usage s^est perpétué jusqu'à la fin du siècle passé. — "^ Au 13* siècle on comptait environ vingt mille léproseries en Europe. Ce nombre s'accrut encore plus tard. Il y avait dans le Dauphiné nue léproserie de nobles. Aux environs de Paris il y en avait une pour les femmes des maisons royalos. MonteiL — * On rappelait der Elendenherberg,

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Oo a ¥11 que Velai-ci était situé sur la place dite aujourd'hui des petits ormeaux^ ej que le grand fossé qui Fisolait du Bourg, avait été comblé. Cet hospice datait sans doute de loin , bien que son titre le plus ancien ne soit que de 1250. C'est celui par lequel Jacques de Richardsperg légua à cet établissement son bien allodial situé riére Coumillens.

Les premiers recteurs connus sont Jacques Tioletta et Nie. Corpastour, en 1267. On trouve ensuite les Dives (Rytsch), Ansbelme d'IUens , Nie. Gambach , les d'Oron , Pejllparius, etc.

Le traftement de chaque malade se payait à pari , ce qui prouverait que rhôpital fut longtemps sans médecin attitré , et qu'on recourait au besoin au physicien de ville.

Déjà dès 1335 il fut ordonné que quiconque voudrait entrer à l'hôpital 9 devait certifier son indigence par le témoignage de deux voisins, et déclarer à l'hôpitalier l'état de ses biens. Ceux-ci devaient rester à l'établissement. Cette régie générale souffrait des exceptions. Ainsi Simon Weber est reçu (1541) pour y être admis à la table des maîtres , à condition qu'en quatre ans il ait payé la somme de 400 liv. (2500 fr.) et qu'à sa mort, l'hôpital soit son héritier, à 20 liv. près, dont ce prébendaire pourrait disposer. Pierre Diestro, de Cheyres, est reçu en 1548 à la table des domestiques , moyennalnt 40 écus une fois payés ^ à condition qu'il y travaille pour la maison et que ses épargnes restent à l'hôpital. Le sautier, doi^t la charge a été supprimée, il y a quelques années, fut établi en 1546. Il devait être entretenu à la table des maîtres,* avec 20 liv. d'appointemens; Nie* Bôtt fut le premier qui occupa cette charge.

Les prébendes étaient internes et externes. Ces dernières se distribuaient par une fenêtre. On fut souvent dans le cas de les supprimer^ à cause de la cherté, ainsi que les repas annuels du clergé de Notre-Dame. Alors il était permis au Directeur de remplacer la prébjende externe par un sol, et les baignets d'usage

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qu'on distribuait aux pauvres le Jeoëi^Sîiioly par cÎBq soos à chacun.

En 1546 une commission spéciale fut chargée d'examiner les finances de rhôpital, et les mesures d'économie qu'elle proposa furent approuvées. 'f

En 1556 on amodia à des fermiers les deux prés des Mullinen, le domaine de Berligriy et les deux prés de Gambach. La ferme actuelle de l'hôpilal date de 1556. Le ruisseau Merdachon était propriété de l'établissement.

On permit à l'hôpitalier de prendre ses repas dans sa chambre; mais le sautier et le secrétaire devaient présider à la table des prêbendaires. II n'y en avait alors que six des deux sexes. L'hôpital était leur héritier nécessaire. La chapelle intérieure de cet établissement s'appelait chapelle de la Ste. Croix. Un ermite y logeait au commencement du 16' siècle.

L'art stratégique se modifiait et se perfectionnait à vue d'œil. L'époque approchait où la supériorité musculaire de nos soldats allait être neutralisée par Fusage général de la poudre à canon. Il avait déjà nécessité de notables changemens dans l'uniforme. Les fantassins portaient bien encore la lourde cotte de maille et le chapeau de fer, mais la plupart étaient déjà armés de fusils, dont les uns étaient à fourchette, les autres à bras franc. Chaque charge d'arquebuse était enfermée dans un étui de bois, recouvert de cuir. Chaque soldat avait 10 à 12 cartouches de cette espèce, suspendues au cou par une ficelle, comme les gibernes d'à-présent. Les balistes et les catapultes avaient été remplacées par des serpentines, des couleuvrines, des canons de 50 à 60 pieds dp, long. Les boulets étaient en pierre i.

Dans les marches nocturnes , les troupes étaient éclairées par

1 Le mannal de 1502 cite les noms des douze qai devaient apprendre à tirer la grosse artillerie.

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des torches plantées au Inmt d'une percbe« Une quantité de chiens , souvent fort utiles , suivaient l'armée. Les milices marchaient sur trois bopimes de front, a Nous sommes arrivés ici en bon ordre , écrivait Martin Techterm^mn, ayant eu soin de ne former que 53 rangs de 3 hommes de front, i» Le ygnal du départ d*une troupe se donnait au son d'une cloche; Ht était alors défeijîk de sonner les cloches pour d'autres sujets^. Au retour dans leurs foyers, les jeunes gens, en costume militaire , venaient à la rencontre des troupes, et on fesait grâce aux coupables qui se trouvaient parmi elles. Dans le service étranger on laissait aux simples soldats Télection des chefs de pelotons. Ceux-ci étaient composés de 20 à 30 hommes. Le banneret ou porte-bannière occupait le premier rang, après lui le capitaine. Venaient ensuite le lieutenant, puis les délégués des conseils et des bourgeois, qui formaieut avec les premiers le conseil de guerre permanent.

Les troupes au service de France étaient divisées en régimens , et les régimens en compagnies égales en force. Les colonels étaient élus par la diète. Les capitaines commandaient leurs compagnies, avec un pouvoir presque absolu. Les drapeaux étaient aux couleurs du Canton. Pour tout uniforme, les soldats portaient la grande croix blanche, cousue sur le dos et sur la manche (ie leurs pourpoints. Les régimens rendaient leur justice en plein air, en présence de tout le corps formé en carré, qqelquc temps qu*il fît. Officiers et sous-officiers étaient égaux, dès qu'ils revêtaient l'office de juges. Après le jugement, les capitaines se réunissaient dans une tente voisine , pour revoir la sentence. Ils pouvaient l'adoucir, non l'aggràvér. Ils rentraient, tout le corps étant assemblé. Sur la table était déposée une baguette en croix avec une épée. Si l'accusé avait été condamné à mort, le grand juge

1 Lettre du 18 Juin 1499. — 2 En 1505 on engagea deux fifres et deux trompettes de Zurich, non-seulement pour le service de la troupe, mais pour celui du clocher de S. Nicolas, où ils devaient annoncer par leur jeu chaque heure de la nuit. A. C.

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s'avançait^ élevirit la bavette et la rompait en diflant : ainsi se sépare ton âme d'avec ton corps *.

Le matériel de fa guerre était sous les ordres iinmédials du maître des munitions. Eu 1628. on réunit à cet emploi celui de Yendier (GrosszoUûer). En 1491 le maitre arquebusier Wanner ou Wanneemacher recevait annuellement 40 liv. et un habit, et 5 S9QS par jour, quand il travaillait pour Messeigneurs. Il était afiranébi èe toute autre cbarge.

Nous employâmes pendant trois mois deux artilleurs français, dont Tun s^appelait Richard Màgoin. Ils furent logés chez Burki Kauprecht, et on leur donnait 7y2 livres par mois (environ 50 francs d'aujourd'hui). En 1503 on comptait, dans Tarsenal de Fribourg, t84 pièces d'artillerie. En 1500 on rétablit les sociétés militaires^ tant en ville que d^ns les campagnes. Chaque société devait fournir 8 hommes sur 20 sociétaires pour une levée de mille hommes et 4, si elle n'excédait pas 600 hommes. Les vieillards ou autres malades étaient tenus de se faire remplacer» Pour étr« reçu membre d'une société, il fallait être muni d'un certificat 4le maîtrise.

Quand notre bannière se mettait en campagne , ceux de Gruyères et nos autres comboùrgeois devaient marcher à l'aile droite, avant DOS gens.

t^armi les nombreuses fêtes nationales, celle qu'on nommait J'en des rois était depuis longtemps en vogue et intéressait le plus vivement toute la population fribourgeoise. Elle attirait chaque année en ville non-seulement les habitans de la campagne, mais encore beaucoup de ressortissans des Gantons limitrophes. Elle se célébrait aussi à Romont, Bulle, Estavayé^ et même dans des localités peu considérables, telles que Hauteville, Bourguillon etc. ^ Dans la capitale elle se distinguait par ses pompes éclatantes , son

^ VuUilinin. — ^ Où elle commença en 1553. — 3 Eq 1497 on donna 40 sous à ceux de Chevrilles, à Toccasion de cette solennité.

appareil à la fois religieux et guerrier, 4a variété des costumes, le grand n'ombre des acteurs. Toutes les classes de la société y prenaient une part intime. C'était un drame* joué sur la place publique, dans lequel d'abord trois Chapelaios, plus tard tro» Chanoines de S.Nicolas devaient remplir les principaux rôles ^» au bruit de la musique, des cloebes, des amnes à feu et des acclimations d'une foule immense de spectateurs. Cette fête acquit plus d'importance, à mesure que les idées ^'embrouillaient sui; tes caractères d'une véritable dévotion. Chaque année inaugurait une nouvelle formule.

Après les Rois venait le Carnaval, avec ses folles joies de toute espèce. Le Gouvernement avait presque toujours soin de prohiber les mascarades 3, à la faveur desquelles il se commettait beaucoup d'excès et même des assassinats. Le bouffon de Berne venait alors se joindre au nôtre pour amuser le public. Le chantre régalait Messeigneurs d'un concert , lés maîtres d'école et les écoliers jouaient des histoires \ Les bourgeois s'en mêlaient aussi. En 1536 ils jouèrent la comédie de Susanne^. On invitait les yoisins et Confédérés à venir prendre part aux réjouissances publiques.

En 1486 on envoya à Morat, Jean Seitenmacher pour convier les Moratois à notre Carnaval. Plusieurs ressortissans de Schwytz y assistèrent aussi. On fêta les invités dans les principales auberges de la ville. Les frais qu'on fit à cette occasion s'élevèrent à 474 liv.

1 Ea 1520, ces trois personnages furent représentés par le fameux Vannius, Gosset et Pitteli. On leur accorda une indemnité de 20'liv. 10 sous. Le Chanoine qui jouissait du revenu de l'autel de Notre-Dame à S. Nicolas » devait se procurer à ses frais la couronne , les bottes et le vêtement royal, appelé bourguiki. — 2 Ordre de criar que nul ne se verbuscliey le jor de carementrant. — > En 1547 le matire d*école Hans Salât fut banni pour avoir fait jouer une pièc.e indécente. — ^ Ces sortes de fêtés se célébraient aussi ailleurs. A Ëstavayé on représentait la passion sur le cimetière de S. Laurent, sans doute le Vendredi-8aint , comme cela s'est longtemps pratiqué à Fribourg. £n 1517 les jeunes gens de S. Aubin en Vuilly» ayant leur roi à leur tôte , vinrent célébrer la même fête à Ëstavayé. ,

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7 sons. On maDgea ppar 17 liv. 15 sotH d'épicés "^ ; on but 122 pots de çlaret, 35 pots de vin brûlé et pour 79 liv. 3 sous 9 den. de boti vin vieux, à 15 den. le pot. Le repas qui se fit au* Cbassear coûta seul plus de 50 liv. Cette même année , Berne nous convia à la belle fête qui fut donnée à ceux de Schwytz. En IWT ceux-ci nous invitèrent à leur tour chez eux. 46 hommes s*y rendirent avec 2 Conseillers. 25 ans auparavant Berne nous avait Conviés à une partie de chasse à Interlacken.

Il y avait aussi un Carnaval spécial pour les prêtres ; car les comptes' du trésorier font une fois mention du Pfafferifassnacht.

Pour que les pauvres gens ne fussent pas sevrés de toute jouissance, \a grande Confrérie donnait à chaque indigent cinq deniers. Cela lui suffisait pour acheter une demi-livre de chair de

poré.

Les noces d*Arsent furent célébrées avec beaucoup de pompe. La qualité des époux et leur grande parenté y avaient attiré une foule de monde, entr*au très les familles May et Diesbach de Berpe. Le festin se fit au Chasseur, et il paraît que les Autorités y furent coaviées. Car les comptes du trésorier font mention d'une dépense 4e 12 liv. à cette occasion. Tandis que la joyeuse société dansait àféclat de mille bougies, au s<m du tympan et du rebec sonore, on était loin de pressentir la catastrophe qui frappa la famille Arseat 25 ajQS plus tard.

Ces rapptochemens sont utiles : car l'histoire enseigne surtout en fesant ressortir le contraste dés situations et en mettant les joies de la vie en regard de son néant. Il devient alors impossible au lecteur, même le plus superficiel, de ne pas sentir cette ter- TÎble fatalité de la mort, qui pèse sur tous les êtres et qui fait de notre fugitive existence le plus redoutable^ des mystères.

* C'étaient ordinairement les épiciers qui vendaient les confitures. Aussi lorsqu'on les demandait à la fin des repas^, on disait : Servez les épices. Monteil.

^ SECONDS PABTIB.

Les dédicaces (Kilbe, benicbon) se célébraient aussi avec beaui coup d'appareiU surtout celles de Notre-Dame de Durember^i Cormondes et de St. Cyr à Bœsin^eD. On y envoyait chaque foû trois sautiers pour y maintenir la police. En ville chaque quartitf fêtait la sienne , et la coraule du soir en était un accompagoenetl presque obligé. Cet usage inconnu dans la partie allemaDdo di Canton » avait une origine très^ancienne. Il fallut sans doute y r^ Doncer momentanément , lorsque le Gouvernement qui «vouliii tout germaniser , prohiba les chansons patoises.

Au nombre des fêtes nationales, auxquelles le culte resta étranger, il faut compter les grands tirages à l'arbalète qui* v^' la fin du 16' siècle, furent insensiblement remplacés parleslii^j à Tarquebuse. Alors déjà ils donnaient lieu à de grandes réjooiV sances dans toute la Confédération et même au dehors. En(^'' nous envoyâmes 8 arbalétriers, 10 artilleurs et 18 autres so'^^^ à celui de Berne. Nos artilleurs furent même à un tirage ft^^ ^ Lyon en 1521 et à Ulm en 1556.

Gloutz nous a transmis la description d'un tir qui eut li^^ Zurich à cette époque. Les tentes et les cibles étaient dressées sot la belle presqu'île que forment la Sihl et la Limmat. Taudis f les hommes armés de l'arquebuse et de l'arbalète, rivalisaiefitd^ dresse, les dames se divertissaient par une sorte de loterie. ^^ fête dura quatre semaines et se termina par des courses, deslu"^ et autres jeux , tels que la projection de grosses pierces.

U y avait cette notable différence entre les tirages anciens' ceiix d^aujourd'bùi, c'est que les Gouvernemens cantonaux ne «* daignaient pas de s'y associer et de sanctionner ainsi un usage d> tional auquel nos tireurs doivent peut-*étre leur supériorité sur^^ lireurs externes.

En général les repas.publîcs étaient très-fréquens, et on se sel vait de tout prétexte pour les multiplier; Lés gouvernans i^^ naient l'exemple et n'absolvaient guères une vacation officiel

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