CHAPITRE IH
tion fédérale , àCe qn'ators or pût avoir la certHode que Sapersax serait rendu oa no&. Ceite députatîoQ arriva le 6 mars» et ses iosiaiices échouèrent devant la même inflexibilité. C'est en vain qu'elle promit de négocier une réconciliation entre Supersax et VEvèque , et de procurer le remboursement de tous les frais. Quand elle demanda à voir Arsent» on répondit que c'était contre l'usage , que ses aveux ne devaient pas être connus , qu'il n'avait pas été mis à la torture , sur l'observation qu'il avait faite que les^ Confédérés en seraient indignés K
Douze jours s'écoulèrent encore dans de pénibles ajournemens et dans une brûlante alternative d'inquiétude et d'espérance. Duirant cet intervalle, on obtint des Bernois qu'ils feraient jurer l'ourfèbdé à Supersax. Il le signa le 8 mars ^. Enfin, malgré les sollicitations des députés de Berne et de Savoie , du clergé , des parens et des amis , de beaucoup de dames , de la jeunesse des écoles; le mardi 18 mars 1511, le jugement fut prononcé à la Jlfais0n-de-ville 3. Alors le Chevalier d'Englisberg dépouilla Arseht des insigne^ de la chevalerie. Il protesta contre cette spoliation, disant qu'an n'avait pas le droit de prendre ce que Dieu lui avait donné K II fut revêtu d'une robe blanche de camelot et conduit au supplice , pieds nus , comme il l'avait désiré , à l'imitation de Notre-Seigneur. Dans ce but, il avait demandé un couteau â son confesseur pour couper sa chaussure. Il était escorté par le Graud-Sautier, huit Sautiers, trois Oberreuter et quatre Messagers, au milieu desquels marchait aussi son compagnon d'inforldne. L'exécution se fit hors la porte des Etangs, au Heu ac^ coutume , car on donna 4* sous aux gardes de cette porte ^. Son
* A. C. Man. fol. 67. — .« Voj. le G«schichlf. IH B. 2 H. — » Un homme honorable, Jean Techtermann, vota le premier pour lami^t, et tint ainsi la pal-oie qu'il ' avait donnée aux armoiries d'Arsent, dans la maison de l'Abbé d*HaateriTe, en présence de» Bannerets et de quelques Conseillers. Dragon « dragon » dit-il , en s'adressant aux armes de feu le Seigneur François , gravées sur une fendtre , je te rendrai dans peu de temps un service qui t'empêchera de mordre à l'avenir* Chronique, Le cimier du casque d'Arsent représentait un dragon. — • 4 Chronique. — ^ Comptes du trésorier, A. C.
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corps fat porté dans l'église desCordeliers^ et mis dans le tombeau de ses ancêtres , à main gauche en entrant par la grande porte. On y voyait ses armoiries de famille, et slà où est anjeurd'hui Tautel des tanneurs , un vieux tableau qui avait sans doute trait aux Arsent, bien que la chronique ne l'explique pas K Yenny fut enseveli à la chapelle de Miséricorde. Ils avaient été neuf semaines en prison. On donna 42 livres au bourreau pour le rachat de deux habits.
Tel fut le triste sort d'un citoyen honorable » sacrifié à l'esprit de faction si commun dans les républiques. Fut-il même avéri qu'il se fftt laissé corrompre par l'argent français, il n'était pas plus coupable en cela que ses juges; car la corruption était alors à l'ordre du jour. Ses ennemis devinrent peq de temps après les plus zélés partisans de la France , et cette circonstance seule suffirait pour l'absoudre. Aussi l'intérêt qu'inspire cet épisode populaire tient-il surtout à l'innocence et à la position du principal personnage, ainsi, qu'aux vives lumières qu'il jette sur la politîqw , de cette époque. Du reste la carrière d'Arsent n'avait été marqoift par aucune action d^éclat et ne justifie pas le titre de grand homne j que lui donne M. d'Alt. Sa lettre , la seule que nous ayons de lai, ] ne ténH)igne ni de son courage , ni de l'élévation de son caractère. Il pâlit et chancelle devant le spectre de la mort et, pour le fléehir, il aggrave les torts d'un complice, au lieu de l'excuser. 11 ne sait poml ennoblir la position de victime que lui fesaieot des inimitiés sav \ grandeur. Il semble même vouloir abjurer les principes qui oot ser* de règle à sa conduite et crie merci, comme un coupable. A Theit^ suprême où va s'accomplir sa terrible destinée ^ lorsque la fatale
1 Tons ees détails sont en contradiction ayec la décision qu'on avait prise de faire mourir les condamnés en secret. Dans ce cas, rexécotion ^ait lieu au belloard on au YÎeil arsenal. Il paraît qu'on était revenu sur la première décision , et qoe loin de s'entourer de mystère , on fit même sonner le gros bonrdon pendant le trajet depuis la Maison-de-Tille jusqu'au lieu du supplice. Jamais cette cloche n*avaît encore serW à pareil usage , au dire d'Ansbelm, qui dit aussi que l'exécuUon eut liea en dedans des nouvelles barrières, — ' Und war das Unschuldig Kindlein gtr altfr&nldsch.
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bagpette est rompaet que toot espoir est évanoui, «lors seulement il retrouve la pieuse et mâle résignation du Juste. Mais sa place élevée, au sommet de la Communauté, les services qu'il avait rendus à la patrie, Vingratilude dont ils furent payés , ses alliances de famille, ses souffrances imméritées et surtout sa fin tragique ne laissent pas que d'attacher à son nom un certain prestige et donnent à l'histoire de ses derniers jours toute l'émotion du drame K
En examinant aujourd'hui^ avec maturité les diverses phases de cette catastrophe déjà loin de nous , on est saisi de surprise et de douleur : toute la conduite de la Communauté envers un de ses premiers citoyens,^ a moin&Ies apparences d'une procédure régulière que celle d'un assassinat juridique. En effet, depuis le début jusqu'au dénoùment, tout trahit une dérogation flagrante aux formes les plus inviolables de la justice.
Et d'abord, quant à Supersax , qu'on cite dans les traités pré* exisfaos avec le Valais, une clause qui imposait au Canton de Fribourg le devoir d'instruire une procédure contre ce réfugié ? On avait peut-être le droit de l'arrêter, de l'extrader môme , et ce dernier parti eut incontestablement été le plus sage; car il eut évité tous les frais , tous les embarras et surtout toutes les iniquités qui s'en suivirent. Mais quel délit avait commis Supersax sur notre territoire, où il était venu , inoffensif, chercher un asile? Et, s'il y avait délit, pourquoi ne pas abandonner le coupable aux tribunaux ordinaires? Quelle raison impérieuse forçait le Grand Conseil à évoquer cette cause à lui?
Nous né voulons rien dire contre la torture infligée à un vieillard goutteux : cette cruelle formalité était malheureusement dans la législation de l'époque. Mais pourquoi , lorsque l'acteur et le défendeur se constituent tous deux prisonniers^ relâcher l'un et
^ Voy. entr^autres, dans le Geschichtforscher, aae relation presque contemporaine, intitulée ^ Geschichte der Gefangennehmtmg und Hinrichtung des Schultheissen iind Billers Franz von Arsent, von Freyburg, von einem Vngennnnten. Une expression de la page 124 prouve que Tauteur était bernois.
114 &E€OKDE PARTIE.
relemr Tautre, avant Tissae du procès? G*était pousser la partialité jusqu'au cyoisme.
Qu'on ne dise pas qu'en servant la cause du Pape et de FEvèque de Sion, le Gouvernement croyait en même temps servir l'Egalise et la religion. S'il en avait été ainsi , on n'auraif pas va le ctiré de ville, l'Abbé d'Hauterive et une grande partie du clergé prendre fait et cause pour les prévenus.
Par une copulation monstrueuse , dans le second procès , les juges sont à la fois dénonciateurs, accusateurs, instructeurs, témoins et parties. Ni calme, ni ordre, ni dignité. Point d'interrogatoire, point de défenseur, point de publicité. Nulle reconnaissance pour les services rendus, pas le moindre respect pour l'imposante majesté de l'infortune. Un tribunal e^cceptionnel , une précipitation calculée, une sévérité inexorable. Et, ce qu'il y a de plus révoltant, sous l'égide de lajoi, la vengeance personnelle aiguisant son poignard contre la victime !
Ârsent avait sans doute manqué à son devoir en trempaot dans le complot ourdi pour favoriser l'évasion de Supersax. Mais il y avait loin de cette faute à un crime digne de mort.. On a prétendu, et nous l'avons avancé nous-même^ sur la foi d*une chronique, qu'on avait fait valoir contre Arsent l'article de la Handfeste, qui fesait peser sur l'Avoyer la responsabilité d'an prisonnier confié à sa garde. C'est une erreur que nous rétractons. Arsent n'était plus Avoyer lorsque Supersax lui fut confié, et il fut chargé de sa défense, non de sa garde.
Ce que l'on comprend encore moins , c'est ce soulèvement unanime de la bourgeoisie, cette animosité du peuple, dans une affaire qui, au fond, le touchait assez légèrement. Car peu loi importait que Schinner ou Supersax triomphât dans le Valais, et la suite des événemens a prouvé que l'alliance du Pape ne lu\
4 Première Partie, pag. 36.