‹ Histoire du Canton de Fribourg, Volume 2Chapitre 27 sur 63 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

tenait pas tant à cœar, ponr qu'elle répudiât à jamais celle de la Fradce.

Quand le sénat déclara à la députation fédérale qu'on n'avait pas torturé le prévenu, par égard pour la Confédération, qae dut peûser cefle-ci de cette réponse dérisoire? Eh quoil on craignait d'appliquer la torture qui était justifiée par la loi , et on ne craignait pas d'appliquer la mort, contre laquelle tout le monde protestait?

Tout ceci prouve qu'un grand mystère plane encore sur ce tragique épisode de notre histoire et que tous les coins du voile qui le recouvre n'ont pas encore été soulevés.

Il eut un retentissement long et douloureux, et la réaction frappa encore d'autres personnes. Le curé Loybli fut obligé de résigner la cure, de la céder à M. Bugniet^. L'Abbé d'Haulerive, Jean Speglin, qui avait donné de grandes preuves d'attachement à d'Arsent, hésita longtemps à revenir à Fribourg, malgré le saufconduit qu'il avait obtenu par l'entremise de quelques Conseillers et Bannerets. Il fallut que Messeigneurs lui donnassent une assurance formelle , qu'il n'avait plus de danger à 'craindre ^ , à condition toutefois qu'il mit plus de réserve dans ses propos 3. Il dut résigner sa place en faveur de M. Jean Tavernier ; mais le couvent dut se charger de ses dettes et lui payer une pension annuelle, comme ci-devant à l'Abbé Philibert, sans que les lods et cens qu'il avait perçus , pussent entrer en ligne de compte.

^ L*Etat avait vivement sollicité sa déposition delà cour de Rome, par Tentremise de Don Anselme Graf , curé d'Uri et du Cardinal. Bug^niet avait déjà été curé précédemment et avait cédé sa place à Loybli pour avoir le loisir d*achever à Paris ses études académiques , sans donner formellement sa démission « Lovbli se retira à Berne chez ses parens , et y fut nommé doyen du chapitre. Lors de la réformatioD , il passa à Soleure, où il fut revêtu de la dignité de Prévôt. Après la mort de Schinner (1522) il eut même quelque chance d'être nommé Evêque de Sion. On a arraché du Manual le feuillet où il est question de sa mise en jugement. Plusieurs raisons firent préférer \c vieux Bugniet au prédicateur Kolb. Le Gouvernement se déchargeait entr'autres d'une forte pension ; car on payait à Bugniet 30 livres par trimestre. Mais il ne reçut Tinvestilure que Tannée suivante. A, C. Affaires eccl. Voy. pièces justif. N" V. — 2 A. C. Missival allem. fol. 118. — 8 Ibid. Rathserk. fol. 56.

116 SECONDB PARTIE.

On rappela Lombard et Zimmermaon de Berne, où ils s'étaient réfugiés, en leur promettant vie sauve. Ce dernier fut ensuite mils à une amende de cent florins du Rhin K II lui avait été dit que, s'il avait deux tètes, on les lui abattrait^.

Enfin le Sire de Châtelard qui intriguait ouvertement pour la France, s'étant également attiré Tanimadversion de la Communauté, ne prévint une occupation militaire que par une prompte soumission et Tentremise de ses patrons. Mais il dut s'engager à ne retirer chez lui ni Supersax ni aucun de ses adhêrens.

La femme et la fille de Supersax , après son évasion , avaiei été placées chez les Béguines augustinesses de TAuge. La diéle intercéda en leur faveur, représentant qu'il était bien naturel en pareilles circonstances qu'une brave épouse secourût son mari et une bonne fille son père 3. On les élargit, contre une somme de 600 florins du Rhin, et elles furent remises à Pierre Sturler, Conseiller de Berne, à condition qu'à leur arrivée à Berne, on leur [ ferait faire le serment d'usage. C'est celui que prêta Supersax,/ ' tout ceci se passa encore avant l'exécution d'Arsent. L'entretid de ces deux dames fut compté à raison de 10 sous par jour. Od remit encore aux Bernois le mulet de Supersax ^ avec un chapeau et un habit blanc de voyage^.

Celui-ci ne cessa pas d'intriguer contre l'Ëvêque devenu Cardinal. Etant venu à Rome, pendant que Schinner et Pierre Falk s'y trouvaient , ce dernier, en qualité de Capitaine des gardes , il

^ Maoual , fol. 3. — ^ Manuscrit. La naïve chronique ajoote : SolUches gewalB hatté er, ob er schon der sach unschuldig:, nit woUen erwarten. —, 8 Kan uns oit bedunkenn dan , ob noch ein fromme , biderbe frow irem elichen GemacheU , uni ein fromme Tochter irem Yaler, in soUcbem Hillf bewyse. Geschichtf. III. B. 2. H. On ?oit par celte lettre que la mère et la fille étaient toutes deux en état de grossesse. — 4 Là liste des frais fut dressée en présence du Banneret Gilgian Schôois et du Conseiller Barthélémy Steger de Berne, par le notaire Yalaisan , Jean KUenmann , qui en tira aussi une copie pour Georges Supersax. M. Bastion de Stein se porta caution pour le paiement. A la prière de TËlat de Berne, on lui accorda 14 jours pour s'acquitter. Pendant ce temps là son domestique resta en otage à Fribourg (Mail. fol. 21). Parmi les effets restitués à ce decnier, se trouvaient aussi , dit le livre des instructions (Man. fol. 39) quelques lettres bien connues de lui.

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