‹ Histoire du Canton de Fribourg, Volume 2Chapitre 28 sur 63 · CHAPITRE m. HT · texte numérisé non relu

CHAPITRE m. HT

fut eafermè, à leur sollicitation^ au château S. Aoge et y resta assez longtemps i. Le Cardinal transmit à Frîbourg un modèle d'acte d'accusation qu'il voulait qu'on présentât au Pape, contre son adversaire. Il parait qu'on s'y conforma ^. Il accorda aussi une absolution générale pour la violation de l'asile des Cordeliers. Tous les frais relatifs à cette déplorable affaire s'élevèrent à 1407 liv. qui furent payées à Berne à P. Falk.

Les ennemis d'Ârsent cherchèrent à se justifier par des calomnies. Le jeune Heid, de Stâffisbourg, disait entr'autres publiquement que ce magistrat avait voulu livrer Fribourg aux Français. M. Fillinger, député de Berne , s'en plaignit au nom de la famille Arsent. Le Gouvernement fit cesser ces clameurs, restitua les biens du défunt à sa famille et permit que son argenterie fût portée à Berne , sous condition que le produit de la vente servirait à payer ses dettes.

Le Banneret Schwéndi, de Fribourg, parut le 19 Mars avec quelques autres à l'assemblée de Luçerne pour demander l'arrestation de Supersax, à cause des propos injurieux tenus contre notre Gouvernement. Il s'était vanté entr'autres que la bourse commune de la ville de Fribourg lui avait été plus utile pour La conservation de sa vie que le St. Sacrement 3. Cinq ans plus tard, la diète de Schwitz dut encore intervenir dans les affaires du Valais, profondément remuées par cet homme turbulent. Elle nous écrivit à ce sujet. c< Supersax, disait-elle dans sa lettre, a porté le mé- » contentement et l'émeute dans les terres de l'Evéque, marché » contr'elles, bannière déployée, expulsé plusieurs familles de leurs

A Supersax mourot dans Texil à Veyey Tan 1529 , après une existence des plus orageuses. Il avait fait élargir Tëglisc du bourg où il était né et y avait fait construire une chapelle pour sa sépulture. Mais il n'y fut pas inhumé. Oh y voyait un tableau où ce fameux partisan était représenté en grandeur naturelle , avec sa femme, et 23 enfans qu'il eut d'elle. On lisait l'inscription : S, Annœ D, f^irsinis matri G, Supersax Miles hanc capellam ediditanno salutisiH^ Atlare funaaint et dotauitjure patronatus hœredibus suis reservato ^ cum ex Mar^arctha nalos XXIII genuisset. Il s'était distingué dans les guerres d'Italie, et avait même été créé Chevalier. -*- > C'est sans doute le document remarquable intitulé : Jnjormaiio Bominoriim friburgensium , qui nous a servi à préciser plusieurs circonstances du procès. Il a été imprimé fen entier dans le 1*' Vol. des Archives de la Société d'histoire fédérale. — 3 A. C. JMissival allem. fol. 121.

118 SBCONl» PARTIE.

» foyers, pillé laïcs et gens d'église, délié les sujets de leur ser- D ment de fidélité. Il s'est même emparé d'un frère du Cardinal. » Tout ceci nous a paru si grave , que nous nous sommes réunis » à la hâte à Schwitz, d^où nous adressons aux Yalaisans une x> lettre , que notre exprés est chargé de porter de dixain en »Mixain. Nous leur commandons la cessation des hostilités, sous y> peine pour la partie rénitente , d'être traitée par nous en enne- » mie *. i»

Les parens et amis d'Arsent éclatèrent de leur côté en plaintes et menaces contre ses persécuteurs et trouvaient beaucoup à sympathie dans le voisipage. Pierre Falk devint l'objet de lent ressentiment particulier. Stoss, KrumenstoII, Ponr et Techtermann furent députés à Berne pour demander des sûretés en sa faveur. Ils se plaignirent aussi que le jeune Jean de Diesbaehse fût permis de demander publiquement à TÂbbé d'Hauterive, à P.Bamu, à P.Lischner, à Jacques Cornet et autres, s'ils n'étaient pas du nombre des traitres Fribourgeois , qui avaient si bontersèment condamné à mort son beau-frère. A Vevey, Antoine Brngler, l'hôte ordinaire d'Othmar Gottrau , refusa de le loger, son patron lui ayant défendu d'héberger des Fribourgeois. A Genève , Pierre Falk , quoique député du Gouvernement, fut as* sailli de mauvais propos par Jacob von Stein et Michel Glaser. Nos gens furent également insultés en Valais par un certain Kalbermatten, au sujet de Supersax ^ , et celui-ci nous inquiéta longtemps par des excommunications qu'à son tour il sut obtenir de Bome.

Enfin la veuve d'Arsent ayant adressé une lettre très-offensante au Banneret Schneuwly, Messeignenrs demandèrent à l'Etat de Berne , qu'il assemblât le Conseil pour entendre les plaintes de notre ville et y faire droit 3.

On a vu que Pierre Falk se montra le plus acharné parmi les

* Geschichtf. Ilf. B. 2. H. — 2 A. C. Missir. allem. fol. 118. — 8 a. C. Man. fol. 9.

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eoDemis d'Arseot Les motifs de cette haine ne nous sont connus quen partie* Fraoçois d'Arsent possédait le domaine de Frasenbeit, au aord de Schmitten,P. Falk en avait un autre tout auprès à Elsewyl. Vers Tan 1501 , ils eurent un procès à vider touchant les limites de leurs terres et, s'il ne fut pas la première cause de la haioe qui les divisa depuis, du moins y contribua-t-il puis-samment^. En 1509, ces deux magistrats se trouvèrent encore divisés au sujet de la réception de Jean de Furno à la bourgeoisie. Ârsent eut alors le mérite de repousser ce faussaire cynique et intrigant. Enfin la politique de fAvoyer avait toujours été favorable à la France, tandis que celle de Falk penchait pour le St. Siège. Peut-être ne fallut-il rien de plus que ce constant antagonisme pour motiver la conduite bien peu généreuse de Falk, pendant les derniers troubles.

£[i comparant notre récit, puisé aux meilleures sources , avec celui que M. d'Alt a donné de cette fameqse procédure, on peut 5e convaincre qu'il est tombé dans une foule d'erreurs.

Les Arsent étaient d'anciens bourgeois de Fribourg. Hugues d'Arsent était déjà considéré en 1301. On le trouve au nombre des 170 Notables chargés de la pacification des troubles au sujet des coaimuns ^. François Arsent, fils du Conseiller Jacques, entra dans les Secrets en 1487, fut élu Banneret du Bourg en 1491 et en 1 4-94 du Grand Conseil. 11 remplit aussi la charge de monoayeur. En 1495 il eut à soutenir contre Pierre Falk, le procès dont il vient d*étre question. Il accomplit, comme nous avons vu, le pèlerinage de la Terre-Sainte, où il fut créé Chevalier du St. Sépulcre. A son retour en 1507, il fut élu Avoyer, charge qu'il occupa pendant deux ans. Il fut aussi mis à la tète des auxiliaires qu'on accorda à la France, et ce fut sans doute. dans les fréquentes relations qu'il eut avec cette couronne, qu'il conçut pour elk une affection qui lui coûta la vie 3.

< Note communiquée par M. Combaz et extraite des archives Praroman. — ^ X. C. Ordon. de 1301. — 3 Uu de ses frères était cfiapelain à Gransou ; uo aatre , Jacques,

lâO 5ICOHDE PARTIE.

Qoant à Falk^^ il parcoorat depuis celte époque ooe carrière brillante. Od le trouve, dès Fanuée suivanle, parmi les officiers qui conduisaient en Italie un contingent fribonrgeois. Ces troupes coopérèrent à la prise de Pavie défendue par Bayard. On crut même que, frappé des dangers qu'il courut dans cette terrible journée ^ Falk fit alors vœu d'ériger à Dieu un monument de retonnaissance.

Il fit ensuite partie de l'ambassade fédérale qui se rendit à Berne pour négocier une trêve avec Venise. Il fut chargé, pendant un an, de l'administration du duché de Milan, conjointement ave; le député d'Uri. Nommé Avoyer en 1516, il signa, au nom de tous les Confédérés, le traité de paix perpétuelle avec la France' S'étant rendu à Paris pour cette affaire , il y fut décoré des insignes de l'éperon d'or et comblé de dons. L'Evêque Aymon de Montfaueon l'employa pour terminer ses différends avec la bourgeoisie de Lausanne, et quand son neveu Sébastien fut installé sur Je siège épiscopal , l'Avoyer Falk assista à cette cérémonie comw

chanoine à Lansanoe. Celui-ci arait abandonné à François sa part de patrimoioe, o considération de ce que , par son entremise, il avait obtenu sa place. FrançoUeal cinq enfans de sa femme, fille naturelle, à ce qti*il paraît , de 1* Avoyer Diesbacb de Berne. Diébold, Tatné, fit ses études à Paris et, à son retour, fut nommé doyen et protonotaire apostolique. Il Tétait déjà en 1511. Le cadet, Guillaume, suivit une carrière orageuse , au bout de laquelle il trouya une fin aussi tragique que l'avait été celle de son père. Bonrgmattre en 1521, il se fit amender et exiler pour son attache- * ment à la réforme ,, entra comme capitaine au service de France, en même temps que Walther Heid, eut de grands démêlés «Tec le Roi , touchant son traitement qui n*était pas payé. Pour se yenger , il trama un horrible guet-apena contre quelques jeunes Français qui fesaient leurs études à Bâte. Les ayant engagés à faire une promenade hors de la yille, il les fit attaquer par Pancrace Motelin et d'autres coS' plices. Deux d'entre eux firent embarqués de force sur le Rhin , où une barqoe ayalt été préparée. M. de Rochefort qui testa de résister , fut renversé de cheval^ assassiné. Cette triste aflTaire occupa longtemps la diète. Enfin Guillaume fut sain en Lorraine, où il se hasardait à paraître de temps en temps , et eut la tête trat* cbée. Ses héritiers et plusieurs autres Fribourgeoi» citèrent le Roi de France à od^ Journée de droit sur la IVontiére , pour n'avoir pas reçu leurs pensions depuis plu* sieurs années. Mais le droit prévaut rarement contre la force. Un quatrième frère« Pierre Arsent, figure encore parmi les fonctionnaires de l'Etat en 1525. Il existe aux Archives un recueil de maximes morales en latin , avec la traduction français^' écrites de sa main. Une sœur, nommée Aneline , avait épousé Louis Perrosset.

^ Le si^et appelait la petite notice biographique qui va suivre ^ et pu il est fait mention de la mort de Falk par anticipation ; car on le verra figurer encore jo^ qu'en 1519.

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député de Fribourg. Alors, fidèle aa vœu qu'il avait émis, il obtint la permission d'ériger uue chapelle sursoo domaine d'EUewyl <•

De nouveaux troubles ayant éclaté à Lausanne, entre TËvéque et la bourgeoisie en 1517, Falk y fut député une seconde fois avec Gaspard deMulinen, de Berne, et Nicolas Horibend, trésorier de Soleure, pour les pacifier. L'année suivante l'Evéque de Belley et François Champion soumirent un démêlé à son arbitrage.

Légiste érudit, diplomate habile, capitaine distingué, Falk se fit une grande réputation non-seulement dans son Canton, mais dans tout^e la Suisse. Au dehors, en France, en Italie, en Allemagne, sa renommée ne fut pas moindre. De simple notaire, il s'était élevé par l'universalité de ses connaissances jusqu'aux premières dignités de la république. Il cultivait les sciences et entretenait une correspondance active avec les sàvans les plus illustres, entre autres avec Glaréanus et Zwingli, pendant son séjour à EinsiedJen et à Claris. Cette dernière correspondance a fait naître des doutes légititnes sur son orthodoxie. On le savait d'ailleurs peu scrupuleux dans le choix de ses lectures, et quand le réformateur suisse eut manifesté le désir de se retirer des affaires, il lui offrit un logement dans une maison de campagne qu'il possédait près de Pavie ^. Glaréanus lui dédia son Isagoge in mu" sictn^ comme à un protecteur des lettres.

Mais une image funèbre s'attachait aux pas de Falk , le pénétrait d'une secrète terreur et surgissait au milieu de ses succès, comme le spectre de Banco au festin de Macbeth. C'était le souvenir d'Arsent. Pour s^én distraire, il avait beau saisir tantôt la plume, tantôt Tépée. La tache de sang se reproduisait partout, sur la simarre du magistrat, sur la cuirasse du guerrier, et, pendant ses lectures, sur chaque feuillet du livre. Nous avons vu comment, pour l'effacer, Falk s'associa en 1516 à quelques pèlerins qui allaient en Terre-

< Note commaniquce. — 3 Voyez daus Simler les leUres de Faik da 23 jaoTier 1515 et da 21 août 1516.

122 SSCONBB PAETIB.

Sainte. Vains efforts ! L'on^iire Fattendait au retour , menaçante, inexorable, le suivant dans le tamnlte des eamps et des affaires, tout comme dans le silence des nuits « dans le palais des rois . dans le paisible sanctuaire de 1 étude et jusques dans l'enceinte sacrée des églises. Ce fut alors que croyant devoir accomplir un nouvel acte d'expiation, il repartit pour la Palestine. Cette fois Stockar fut son compagnon de voyage. Mais la mort l'atteignit au retour, entrel'ilede Chypre et Rhodes. c< Et, dit un auteurFribourgeois i, comme si la Provifi dence l'eut voulu punir, dès ce monde, des fureurs politiques dont ]» il avait affligé son pays natal , ses cendres demeurèrent dans la » terre étrangère. Il fut inhumé dans l'ile de Rhodes. x>

Guillaume Ârsent et Antoine Pavillard qui se trouvaient alors à Venise , avaient été appelés en toute hâte pour être les témoins da testament ^. Une destinée mystérieuse avait amené sur ces plages lointaines le fils de la victime pour assister à l'agonie de son ju^e!

Falk est incontestablement un des plus grands caractères de notre histoire , et sa mémoire serait en plus grande vénération qff celle d'Arsent , sll ne l'eût ternie lui-même par un acte d'ignoUe vengeance. Il a fourni un nouvel «exemple que la plus solide garantie du bonheur ici-bas est moins dans l'exercicedes hantes facultés de l'intelligence qpe dans la paix du cœur et le calme d'une conscience sans remords 3.

* M. Alex. Dagnet. Voy. l'Emulation année 1842, N® 12. — « A. Ç. L'onde ces Messieurs raconta qu'après qu'ils eurent signé , le testateur leur dît qu'il avait en beaucoup de peine d'arranger son testament, dans l'incertitude si ses gendres l'observeraient ou non. Il fut en effet attaqué le 7 juin 1520 et le procès durajusqa*aa l'*" décembre 1522. Falk laissa une grande fortune à sa fllle Barbe, qui épousa Peterman Praroman. Le château de Barberéchc a été bâti par P. Failk à qui appartenait ce domaine, Tun des plus considérables dans l'ancien territoire. Par le mariage de Barbe Praroman avec François d'Estavayer , ce domaine passa en 1662 à la maison Molondin. — Ce fut P. Falk qui , en mémoire de son pèlerinage , établit à côté de l'autel St. Jacques à St. Nicolas une chapelle avec un tableau représentant N.-S. au jardin des Olives. — 3 C'est à peu prés la pensée de Schiller, dans ces deux vers qui terminent la Fiancée de Messine :

Das Leben ist der Giiter hôcbstes nicht

Der Uebel grôsstes aber ist die Schuld,

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