‹ Histoire du Canton de Fribourg, Volume 2Chapitre 32 sur 63 · CHAPITRE IV. ISS · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. ISS

fiogoe K L'aoeiefl Avoyer Rod. de Praromae , J. Stoss et Wilhelm ftejiï furent puDÎs d'une forte amende pour n'avoir pas indiqué les cadeaux qu'ils avaient reçus du roi de France.

Les chefs avaient donné un dangereux exemple aux particuliers qui ne pouvant s'enrichir par des largesses , avaient recours au pillage. L'assemblée de la St. Jean voulut, sinon arrêter, au moins régulariser ces excursions. S'il se présentait une occasion favorable d'en faire, il fallait en demander la permission à Messeignenrs qui alors paieraient à l'entrepreneur 10 sous par jour, à condition que tout le butin fait serait au profit de la bourse commune. Il fut cependant permis de prendre aux Français tout ce que l'on pourrait K Le Roi de France usa de représailles et nous en avertîmes les Bernois.

Ce fut pour expier en quelque sorte la longue corruption provoquée par l'or français , que la diète de Zurich décréta une in- Tasion en Bourgogne. 16,000 hommes devaient se réunir devant Besançon , ^ous les ordres du Duc Ulrich de Wurtemberg. Mais ce nombre fut presque doublé par l'affluence des volontaires. Notre contingent , fort de 750 hommes ^ et commandé par P. Tavemey, se dirigea vers le rendez-vous par Payerne et les défilés du Jura. P. Merz portait la bannière cantonale et Werly celle des arquebusiers. Pour mieux se distinguer des Français , les Suisses mirent sur leur uniforme les clés blanches ^ à côté dé la croix. Notre contingent fut placé à l'avant-garde et s'installa dans la Chartreuse de Dijon avec les Bernois et les Soleurois. Rien de plus (riste, dit un historien suisse, rien de plus affligeantque le désordre et la licence effrénée de celle armée. Malgré l'excellente réception faite aux nôtres par la ville de Payerne, ils y commirent de grands excès et etlorqué-

* Ruchat. A. C. — 2 A. C. Man. fol. 3.-3 L*élat-major était composé ainsi : Capitaine^ P. Taverney ; Cooseillers, H. Stouder, H. Haymoz e^ Louis de Praroloan; Banneret, H. Werro; porte-drapeau, P. Merz; Soixantes, Rama, Werly, Féguely, Aminao; Banucret des artilleurs, Gaspard Seller; aumônier, M. Rollenbatz ; secrétaire, Josl Zimmcrmann; maître d«s munitions, Louis Ramu; mattre artilleur, Claude Gallitzion; chirurgien , J. Bonjour. — ^ Armoiries papales.

134 SECONDB PAETIE.

rcnl 200 écns de'M. de Pioerolès. Le GooveriiemeBt se 6i livrer cet argent , panit les coupables et fit des excases à TAvoyer et €oBseit de Payeme i. D'autres troupes fribourg^oises pillèrent aussi le territoire savoisièn ^. ,

On débuta par le siège de Dijon, qui commen^^ le 1'^ septembre 1513. Cette .place qui ouvrait à l'armée suisse le chemin de Paris, eût été infailliblement prise, si la Tremouille, qui la défendait, n'eut su tromper les assiégeans et corrompre les chefs. On sait comment les choses se passèrent. Le traité de Dijon ne fut pas ratifié par le Roi de France. L'armée alliée rentra dans ses foyers et,. avec elle, plus d*nn aventurier qui en avait été banni pour meurtre , entre autres Jean Lenzbourg, de Fribourg, et Gérard Garmintran, de Groley. Seloii une chronique, ils s'étaient distingués pendant h courte durée du siège.

M. Humbert de Villeneuve, premier Président de Dijon, envoyé par le Roi de France pour faire des propositions de paix, ayant recruté sous main, contre sa parole d'iionneur , fut arrêté à Génère, à l'instance des marchands bernois et fribourgeois 3, conduit a Berne et appliqué à la question pour lui faire déclarer les noms des officiers gagnés par la Tremouille. On ne le relâcha que contre one forte rançon qui fut apportée à Berne par son fils. Jacques HelbîiDg, de Fribourg , s'était porté caution pour lui avec Barthélémy May, de Berne.

Le Roi de France s'obstinant à ne pas vouloir ratifier le traité de Dijon et paraissant vouloir reconquérir le Milanais, à tout prix, les Suisses y envoyèrent 6000 hommes pour le défendre. Cette fois notre contingent fut de 600 hommes^. 2000 volontaires vinrent

^ A. C. Il n'est pas dit que les 200 écus aient été rendus. — ^Ibid. Missiy. fr. fol. 29. — 3Jé trouye dans les comptes du trésorier qu'on donna 4 liy. à chacun jdes 40 hommes qui poursuifirent le Président de Dijon à Genèye ; une autre fois il est dit 4 hommes, n fallut menacer les Geneyoispour obtenir son extradition. A. C. Missiy. fr. fol. 40. Ce fut Fridolin Marty qui alla le chercher. — 4 h. Schmid, Capitaine; Schueuwly et Rœschi , Conseillers; Seitenmacher , Bannerct; Seyler, porte-drapeau; Uiric d'Ënglisbcrg , P. Merz, Hermann et P. Dick, Soixantes.

CHAPITftB IV. 135

grossir rarmée fédérale. Un détachement de 500 hommes fut placé sous le commandement de Jean Heid, de Fribourg, qui en remit labaimtère à son frère Walther (1514). Ce deruier fut véhémentement soupçonné d'avoir trempé dans un complot en faveur de l'ennemi et ne put obtenir qu'à grande peine la permission de venir à Friboarg pour se justifier (1514).

L'imprudence des Suisses et la perfidie du Due de Savoie ayant facilité aux Français le passage des Alpes , leur parti s'insurgea ouvertement en Italie. Â Chivasso les Suisses furent assaillis dans le faubourg. Quelques-uns furent tués » les autres faits prisonniers. Parmi ceux-ci se trouvèrent le Seigneur de Font, Jacques de Vuippens, J. Nagelholz, Benoît Rapp, Levrat, tous de Fribourg ^. Cette trahison fut châtiée sur-le-champ; Chivasso fut emporté d'assaut, mis au pillage, et les nôtres délivrés. On les trouva » tout uns, au fond d'une tour (1515).

l'armée des Confédérés fut mal accueillie dans tout le Milanais , où Ton était très-mécontent du Duc Maximilien^. Pour les appuyer on y envoya un renfort de 13,000 hommes. Le contingent fribourgeois fut de 552, hommes 3. Une seconde levée fédérale de 12,000 hommes ayant été décrétée, le commandement de nos troupes fut donné à Jean Schneuvly. Comme on craignait une invasion des Français en Bourgogne, nous occupâmes Yverdon avec 300 hommes, de concert avec Berne et Soleure. 24 Bernois et Fribourgeois furent placés à Granson, sous les ordres de P. Spreog.

La paix ayant été conclue à Galoura , les Fribourgeois regagnèrent leurs foyers avant la bataille de Marignan que le Cardinal

^ Dans Gloutz , le premier et le dernier de ces noms se trouvent par erreur contractés en un seul , Fontlevrat. -* ^ Voy. la lettre des Capitaines fribourgeois à leur Gouvernement, datée dlvrée, le 22 Août 1515, dans Zellweguer, Gtiartres, Tom. 111. Part. I. p. 27. 30. — 3 Capitaine , P. Rœschy ; Lieutenant» II. Krumen- «loll; Conseiller , H. Amman ; Banneret, P. Merz; Soitantes , Fernicker.Fôguilly, Dick, Haymoz; Aumônier, Ulric GnidoUa ; Secrétaire, Jacob Stooder; Cbirnrgten, Reiscnbergér. 2 sautiers, 2 oberreiter, 1 messager, 1 interprète, 1 fourrii»', 1 juge, 1 saiîtier de justice, 1 sergent, 2 fifres, 4 tambours.

136 SBCOUdB PAHTIE.

Schinner li?ra aax Fraoça is, contre la foi des traités. De retour en Suisse , le Seigneur de Font voulut se' venger de sa captivité en arrêtant quelques soldats français qui passèrent sur ses terres. Un vassal de Philippe d'Ëstavayé tenta de les délivrer, mais fut pris loir môme. Messeigneurs ordonnèrent son élargissement, sauf recours devant les tribunaux pour dédommagement de rançon. Il parait que le fameux partisan Jean von Lantben-Heid, à qui on avait défendu de lever un corps de volontaires i, se trouva aussi à Marignan et qu'à son retour il fut mis en prison jusqu'à Tannée suivante. Fribourg ayant accédé à la paix de Galoura, la France trouva encore des partisans à acheter, et les bannières des Cantons flottèrent en méùie temps dans les armées impériales et dans celles des Français. A Berne, c'était Albert de Stein et Loui? d'Ërlach; à Fribourg, Walther Heid et Gaspard Techtermann , qui recrutaient ouvertemeDî pour les derniers. Par contre Pontilly, Rodolphe Lowenstein et Laupper ayant également voulu recruter à Fribourg pour l'Empereur, y furent arrêtés ^. Jacob Stouder n'en prit pas moius àa service dans l'armée impériale, en qualité de Capitaine. Le Gwvenement fit de vains efforts pour rappeler en Suisse ces aventuriers. Fridolin Marty et Louis Pavillard, de Fribourg, furent associés aux députés qu'on envoya à leur poursuite jusqu'au val d'Aoste. Louis Pavillard fut envoyé vers nos soldats qui servaient

^ U paratt.qne ce fameux partisao inspirait beaucoup d'inquiétude an Goa?ernement. On le Tît lorsque Heid osa construire une tour à côté de la Croix-blanche qui lui appartenait. On soupçonna avec raison que cette construction se liait a?ec des projets d'enrôlemens clandestins et que l'auberge pourrait bien servir de caserne. Non-seulement il fut forcé de démolir cet édifice, il fut même exproprié de l'aubwge que Messeigneurs lui achetèrent pour la somme de 2,000 liy. Son Toisin , Louis d'Àffry, dut payer 110 liv. (moitié de la valeur de la tour) pour ne s'être pas opposé à cette bâtisse. Cependant la Croix-blanche fut rendue à Heid quelques temps après pour 500 liy. , à condition qu'il ne bâtirait rien sans permission supérieure. Si l'on compare à ce traitement les honneurs qu'on rendit à la fin de ce siècle à an descendant de ce Heid, nommé Jean comme lui , lorsqu'il revenait da service de France , on verra quel prodigieux revirement d'idées s'était opéré pendant cet espace de temps. — ^ Il se fesait même des recrutemens clandestins pour l'Angleterre > et je trouve dans les missivadx , qu'on pria les Bernois d'arrêter le boucher Marty, le tailleur Knimo et autres de Fribourg, enrôlés par l'ambassade anglaise.

€HAÏ»irRB IV. 137

dans les armées- françaises en Italie, contre la tenue des traités. Il devait les sommer de rentrer en Suisse, sous peine d*être punis sévèrement et de voir leurs femmes et enfans expulsés du territoire. Ils nous suscitèrent plus d'un embarras. Des soldats de ïribourg et de Soleure avaient arrêté prés dlvrée 14 mulets et enlevé,' comme une bonne prise, une partie des étoffes de soie, brochées d'or et d'argent, qui formaient leur charge. Les propriétaires, négocians de Lucques, se plaignirent de cette violence et demandèrent des indemnités. Les Gouvernemens refusèrent dlntervenir dans une affaire toute particulière. D'ailleurs les objets volés avaient été vendus à vil prix. Les délégués de Lucques s'adressèrent à Fribourg, à Soleure, à la Confédération. Mais les villes restèrent sourdes aux averlissemens de la diète et de V£véque de Lausanne. L'idemnité ne fut payée qu'à la suite de la publication de l'excommunication papale, dont la bulle représentait de» guerriers tenant des étoffes de soie et brûlant aux eii/ers (1516)1.

IVotre députation en diète ^ ^ plaignit que le Duc de Savoie avait fait arrêter, torturer, puis décapiter un Fribourgeois nommé Dufeu, qui, pendant la dernière campagne, nous avait avertis de rapproche des Français. Il n'est pas dit que nous ayons reçu une satisfaction quelconque touchant cet objet. Le Duc avait aussi ses griefs. Voici ce qu'il écrivait aux Fribourgeois : « Avons en- » tendu que 80 ou IQO hommes des vôtres sont allés prendre en. » notre ville de Romond le banderet dudit lieu notre subjet , Tem- » mené à leur volonté, dont prie le restituent. It. Vous remer- » cions et s'il hast fait chose, nous promettons tenir bon droeit & jouxte les confédérations. Dat. 14 aprilis. Nota de savoir la » cause et quelle annéq^. >> Berne et Soleure appaisèrent cette querelle.

' GIoutz-Blofzheim. Cet acie de brigandac^e est sans doatd le même que d*aatres dbeot avoir été commis sur des marchands de Rivoli , auxquels le Gouvernement fut obligé de payer une indemnité de 3,500 écus. — ^ Uecès du 2 Avril 1516. — ^ Chrooique Monte nach.

138 SBCÔffOB PAIITIE.

Malgré là division df s partis et les résseotimens soulevés par la dernière guerre , la diète assemblée à Luceme se décida à écouter les propositions de paix que nous fesait François V^ K Le traûlé fut ébauché à Genève , entre le Duc de Savoie, les ambassadeurs du Roi, et les députés des Gantons. Le 29 Novembre, René de Savoie,, grand sénéchal et gouverneur de Provence, Gharles Daplessis , ambassadeur du Roi et un troisième vinrent à Fribonrg où, de concert avec les Cantons et leurs alliés , la paix fut conclue et signée très-solennellement^.

Ge fut à cette occasion , que notre organiste J. Vannius ^ osa, dans ces graves circonstances, donner à ses auditeurs des leçons plus graves encore. Il choisit pour le chant solennel qu'il entonoa un texte très-significatif que Glaréanus nous a conservé. (Dodek. p. 306 et sniv.) a Mon peuple, écoute ma loi et les paroles qui )> sortent de ma bouche. Méfie-toi des Princes, ces fils des hommes, » dont il n'y a nul salut à attendre , qui parlent de paix en médîtanf » le mal, et dont les mains sont chargées d'iniquités. Leut dTod^ )> répand les dons, leur bouche profère des paroles de> conciUali0i\ 1 » mais leur cœur est plein de colère et couvre des pièges. Ils sft- » noncent la sécurité et au moment même ils exterminent 4. Traitei- » les. Seigneur, selon leurs œuvres, faites retomber sur euxk » mal qu'ils nous préparent. Nous avons péché , ainsi que nos » pères, nous avons cherché la paix sans la trouver. Nous n'avons

^ Quelques indices dans les comptes du trésorier feraient presque supposer que pour faire goûter les propositions de cette paix , le Roi fit acquitter la somme promise par la Tremouille, devant pijon. Son. ambassadeur la fit distribuer à Berne, à son de trompe. À Fribourg, il répandit dans les rues des tas d*écus, puis les fesaot

^ela ne sonne-l^il pas mieux que les vaines paroles ait encore au commencement de ce siècle une in- \ événement, derrière le maftre-anteldeS. Nicolas.— perpétuité. Missivai. •— ^ Ces paroles étaient prot dans la suite aucun égard aux franchises commerpaix perpétuelle , et notre député à la diète de Badea irgé de faire connaître que tout récemment notre de nouveaux droits de péage, tant à Beaume qu*à 3 engagemcns envers les chefs militaires qui se mct-

Page 1