‹ Histoire du Canton de Fribourg, Volume 2Chapitre 35 sur 63 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

CepcBdant TEvéqne était parvena à s'emparer de Bertbelier qa*il fit décapiter de la manière la plus illégale. Le Dac commit encore d'autres violences à l'égard des Genevois. Ses sujets proféra rent hautement des menaces de mort contre les res^rtissans de Fribourg, qui tombaient entre leurs mains. Â cette occasion on accorda des lettres de bourgeoisie à plusieurs Genevois et l'on recueillit à l'hôpital les familles de quelques réfugiés i.

Ce dernier Etat s'apprêtait à marcher une seconde fois an secours de son ancien allié , lorsque les Confédérés et surtout Berne intervinrent de nouveau. On convint que le Duc respecterait les franchises de Genève; que les Genevois admis à la bourgeoisie de Fribourg y resteraient , mais qu'aucune nouvelle admission n'aurait lieu ; que les Princes ne châtieraient personne pour l'avoir recherchée ; qu'on restituerait à la veuve Bertbelier les biens de son mari ; qu'enfin le corps de celui-ci serait inhumé en terre bénite.

Quoique ces conditions fussent bien douces pour le Prince parjure qui avait provoqué tous ces désordres, il s'empressa peu de les exécuter. Des Fribourgeois passant par Genève quelques an-

distinction ; on se rendait à Téglise , où les attendaient les Conseils cantonaux , masiqne et carillon. On fesait ensuite , par ordre chronologique, lecture des documens fédéraux , savoir : la ligue des trois Waldstetten; Talliance arec Lucerne» Zurich, Glaris , Zug , Berne ; le Praffenbriéf ; le Sempacherbrief ; faccession de Fribourg et de Soleure ; Talliance de Bâle , de Sphaffhouse ; le^ traité d'union héréditaire avec Sigisnaiond, renouvelé par Sigismond et Charles V; les alliances d*Appcnzell , de St.-Gall , de Mulhouse et de Rothwyl. Cette lecture devait paraître bien longue à des liommes plus accoutumés à combattre qu*à jaser. Aussi avaient-ils dit du traite d'union que c'était une immense pancarte , dont on ne voyait pas la fin. Il arriva aussi qu'un jour on se sépara sans les lire , parce qu'on était pressé d'aller dîner.

< Voici comment Hugaes avait proposé à ses compatriotes l'alliance avec Berne et Fribourg : Pour couper court, Messieurs» les Seigneurs de Berne et de Fribourg ne voient nul moyen de nous mettre en repos , sinon de nous prendre pour leurs bourgeois, sans s'arrêter aux promesses de ces gros maîtres, qui ne sont à présent de longue durée. Laquelle bourgeoisie ayant connu leur bonne volonté, nous avons pourchassée à nos dépens, dont en voyez ici la lettre bien buliée. le traité est fait pour 25 ans, et se doit faire le serment de 5 en 5 ans. Ils seront francs ici cpmme nous-mêmes et nous chez eux comme eux-mêmes ; ils nous secourront et nous les secourrons. Lausanne sera le lieu de mi-marche entre eux et nous , et là, par devant tels arbitres qu'il plaira aux partis élire, du pays du Valais ou de Neuchâtel, se termineront les causes d'appel, dans trois semaines. Or, avisez, Messieurs, si TOUS voulez accepter cette bourgeoisie.

146 » SBCQNDB PARTIE.

nées après , trouvèrent encore la tête de Berthelier, clouée à la potence et Fenterrèrent dans le cimetière, ce que nul Genevois n'avait osé entreprendre i (1519)»

Ce fut cette année que quelques bandits se prévalao^t d'une lettre de marque , qui leur aurait été donnée par Berne et Fribourg contre les Français , attaquèrent et pillèrent des marchands aux environs de Genève. On écrivit aux Syndics et Conseils de Genève de prendre des mesures contre ces brigandages et d'extrader tout Fribourgeois qui serait trouvé parmi les brigands.

Les chroniques parlent de quelques fléaux qui ravagèrent nos contrées en 1520. Une maladie contagieuse qu'elles ne signalent que sous la dénomination vague et générique de peste y emportait , disent-elles , chaque jour plus de 1 20 personnes à Friboorg. Ou ce calcul est exagéré, ou la population devait être bien forte. Le jour de St. Laurent, il tomba une grande grêle qui , à Berne, brisa tuiles et carreaux. Fribourg s'empressa d'y envoyer loutfô les tuiles disponibles. On ajoute même que plusieurs particu/Â?/^ découvrirent leurs maisons, dans ce but^. Un débordement lu Gotteron détruisit plusieurs moulins.

Sur ces entrefaites, plus de 8000 Suisses avaient passé en Italie, au service de France, après la conclusion du traité d'alliance offensive et défensive, signé le 7 mai par la diète de Lucerne. Notre Gouvernement, qui, dix ans auparavant, avait fait périr Arsent, à cause de son attachement à la cause française, avait aussi accédé à ce traité et permis à Guillaume Arsent et à Wallher HeU d'accepter les places de Capitaines que leur offrait le roi de France. Ils partirent à la tête de quelques volontaires fribourgeois. Mais toute l'armée auxiliaire, forte de 8000 hommes/ revint bientôt fort mécontente de son général, Thomas de Foix.

D'un autre côté , Léon X voulant contrebalancer la puissance

* D'AU. — 2 Chronique Leuzbourg.

CHAPItRB IV» f4T

Les Français en Italie, demanda on secours aux Suisses K On lui barnît 6000 hommes, parmi lesquels 500 Fribonrgeois com-* uandés par Rodolphe Lôwenstein. Ge fat encore le Cardinal ichinner qui négocia cette affaire et qu on mit à la tête de Tarnée 2. Le Banneret Schneuwly, de Fribourg, fil partie de la députatîon fédérale, chargée d'empêcher une collision entre les Suisses des deux armées ennemies. £lle s'acquitta de son mandat avec courage et fermeté ^. Au reste, ces troupes ne virent pas l'ennemi. Elles recueillirent beaucoup d argent, mais point de lauriers. Les officiers furent reçus à Rome d'une manière brillante. Tous furent dotés et quelques-uns créés chevaliers. Cette expédition inutile ne coûta pas moins de 150,000 ducats au trésor papal ^. De là, ces guerriers sans patrie allèrent v^idre leurs services à la France ^, et cela du consentement de la diète, Zurich excepté, où la voix de Zwingli tonnait contre ce honteux trafic (1522).

Une nombreuse légation française parut en Conseil , remercia ilfesseigneurs de leur dévouement et fit le plus grand éloge de la conduite de nos gens en Picardie. On fit publier dans tout le pays que les volontaires devaient se trouver à Fribourg le 29 janvier, pour y recevoir leur solde et partir le lendemain.

Notre contingent fut cette fois de 700 hommes, livré en deux fois et à deux années d'intervalle , dont une partie fut placée sous les ordres du Capitaine Jean de Gruyères, l'autre sous ceux de H. Âmmann. Ces troupes, jointes à celles qui étaient déjà en Italie, formaient un effectif de 1500 Fribourgeois ^. Jean de Gruyères

i p. Merz portait la bannière. — 3 Voici comment en parle Gnicciardini : Procedendo in mezzo di quello (essercitu) due legati con la croce di argento circondate (tanto oggi si abusa la rii^ereùza délia religione) tra: tante armi , e artiglierie , bestemmiatori , omicldari e rubatori. — a Hottinger. — ^ Tillier. — 5 J'ignore si ce fut à cette occasion que notre Bourgmaître Guillaume Àrsent et Walther lleid furent envoyés en France, où ils obtinrent tous deux le grade de capitaine. -^ 6 C'est pour n'avoir pas distingué ces diverses levées que les auteurs ne s'accordent pas sur ce nombre.

148 SBCOfIDB PARTIB.

fat tué , Âmmano grièvemeol blessé à la bataille de la Bicoqae , où périr^t 3000 Suisses.

Le mauvais succès* de cette campagne ne découragea pas les volontaires *. G. d'Arsent et Gaspard Werly conduisirent rannëe suivante (1523), chacun une bannière fribonrgeoise en Lombardie pour y renforcer l'armée française qui voulait reconquérir le Milanais ^. Cette campagne , ainsi que celle de Tannée suivante , se termina sans résultat. Nos mercenaires n'y recueillirent que honte, défaite ^ , maladie et désordre. Ceux qui échappèrent revinrent en Suisse déguenillés, déchaussés, épuisés, malades et plusieurs moribonds. A leur passage par Fribourg et Berne , ils encombrèrent les auberges et les hôpitaux. On leur donna des vètemeos, des souliers et Surtout des alimens; car depuis 12 jours ils dV vaient rien pris de chaud ^.

L'histoire doit transmettre à la postérité, avec une juste flétrissure, les noms de ces indignes chefs qui trafiquaient avec le sm^ de leurs compatriotes. Ce furent à Fribourg, les deux LâBleih Heid, Nie. Hennicki, J. Ammann, Guill. Arsent et ce mtae J. Frisching , mentionné ci-dessus. Us étaient secondés par les Bannerets Guill. Reiff, Benoit Mussilier, Gaspard Werly, P. Springo. On porte à 2000 le nombre des Fribourgeois qui prirent part à la dernière expédition , sous deux bannières opposées. Une bannière était partie le jour de la St. Barthélémy 1523 , l'autre le jour de St. Luc 5.

i On recrutait même pour le.Danemark , d'abord à Tinsu, puis contre le gré do Gouvernemens. BelU furor occupai omma , écrivait Myconius à ZwingU, \( 28 juillet 1522. — ^Le capitainebernois Frisching, payé parle roi pour lever 3300 recrues, n'en amena que ^000 et se sauva à Friboarg. Tillier. — L'es chefs du parti français en Suisse penchaient pour la réforme, au moins à Berne : Optimales apuà nos y qui Galio f avenir (averti et Evan^elio , écrivait Berchtold Haller à Zvringli. Lettre du.8 avriM523. — Sébastien de Montfaucon se trouvant alors à Berne chei son beau^frère Christophe de Diesbach , cita Hallèr à Lausanne ; mais le Conseil lui fit dire que les plaintes contre le prédicateur appartenaient au for du chapitre. — 8 Les Suisses déployèrent pourtant leur bravoure accoutumée au combat de la Sesia; 400 hommes harcelés par Tennemi firent tout-à-coup volte-face , refoulèrent le» assaillans et périrent tous jusqu'au dernier. — 4 Journal de Schôubrunner, cité pat Hottinger. — • Chronique.

CHAPITRB !▼• liO

Une derDÎère et sèvàre leçon était réservée aux Saisset à la sanglante bataille de Paviê , où Ton vit (rois Boarbons combattre d'une manière bien diflerente : le Connétable en traître , le Duc d'Alençon en lâche ^, François F' en héros. Quatre bannières fribourgeoises s'y trouvèrent avec 8000 Confédérés. L'ane d'elles était portée par P. Rusch, à la place de Guill. ReifT qoi était tombé malade. Dès qu'il se vit en danger de la perdre , il en arracha Tétoffe , la coupa en pièces , et jeta Iq tout dans le Tessin. Puis, après s'être vaillamment défendu, il traversa la rivière à la nage et fut du petit nombre de ceux qui survécurent à ce grand désastre ^ (1525). Hennicki y périt avec presque toute sa compagnie. On cite encore un Treytorrens et un chevalier de la famille d'Estavayé. On n'en retrouve pas moins des Fribonrgeois, deux années après en Lombardie , au* service de France.

Cette malheureuse nouvelle parvint en Suisse, au moment où 10,000 Confédérés passaient la frontière pour réintégrer dans ses Etais le meurtrier de Jean Hutten. Ils furent aussitôt rappelés ^ non point par un sentiment de justice ou de pudeur, mais parce qu'il n'était plus prudent de secourir le Duc de Wurtemberg , contre le vainqueur de Pavie.

Ce fut encore une fois à Fribourg que fut passé en 1525 un compromis entre l'Evéque de Lausanne et les bourgeois de cette ville , par l'entremise de Berne , Fribourg et Soleure. Nos représentans étaient l'Âvoyer d'Eoglisberg, Humbert de Praroman, Ant. Willing, J. Krumenstoll et Guill. Schwitzer. Berne et Fribourg conclurent ensuite avec Lausanne un traité de combour-

^ Frappé d'une terreur panique, il s'enfuît avec 400 hommes d'armes. Mezeraj. — 2 Stelller évalue à 3000, Holtinger à 5500 le nombre des iSuisses qui périrent à la bataille de Payie. Les autres furent pris et relâchés. Mais un grand nombre périt de faim , de misère et par les mauvais traitemens qu'ils essuyévenl en Lombardie. Como iter fecerunt Hehetiorum reliquiœ ad 5000 hominiun^ qui fere omnes nudi et exarmati erant ac morho et lassitudine confecti ut passim moribundi codèrent. Bened. Jovius hist. novocomensis , pag. 87. — Celle môme année Pierre Giroud ou Cyro , de Fribourg , renommé pour sa scieoce , fut nommé Chancelier de Berne.

SBGONBE PARTIE.

geoisie pour 25 ans, au grand mécontentement de ïEvêque. Cette même année, Zuriefa, Berne, Lucerne, Fribourg et Soleure envoyèrent une députation à Bâle , pour y calmer la révolte des paysans. Il est consolant de comparer la clémence des républiques suisses envers les paysans révoltés, avec Tatroce vengeance des Princes et de la noblesse du voisinage. Là , après la victoire^ commencèrent par leurs ordres Fincendie de villages entiers , le massacre d'innocens par milliers , les violences des employés , même les cruautés arbitraires des derniers valets du bourreau. Les opprimés affluaient en masse aux portes de la' Suisse qui eut pu saisir cette occasion de s'agrandir, si elle l'avait voulu. Le Comte de Sou/z fit arracher les deux yeux, avec une cuillère de fer, à Haos Babman et couper les doigts à quelques autres.

C'est un digne pendant aux atrocités commises en 1388 parla noblesse pour venger la défaite de Sempach ^. La barbarie, comme on voit, n'est pas toujours, ni exclusivement chez le peuple, tt la trouve toqit aussi souvent, et peut-être plus souvent chez^ qu'on appelle grands^.

' Voy. Première Partie , pag. 204 en note.

3 Quam maie sœpe suis aptantur nomina rébus ! Altos €ur Yocitas , dum magis ima petunt ?

Diqitized b^

GqoqIc

CHAPlTttB V. 15 1

Page 1