‹ Histoire du Canton de Fribourg, Volume 2Chapitre 36 sur 63 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Ignorance et comipfioB en clergé. — Abo«. -r- Fribourg repousse la réforme. — Mesures à cet égard. — Apostasies. — Condamnations. — Tradition. — Cornélius Agrippa. — François Kolb. — Conrad Treyer. — Ligue catholique. — Brouilleries avec Berne. — Chevaliers de la Cuillère. — Expédition de Morgcs.

— Traité de St. Julien. — • Achat de Vaulruz. — La réforme s'introduit dans les bailliages mixtes. — Farel. — Boniface de la Molière. — Lausanne. — Genève.

— Le chanoine Werly. — Romont. — Achat de Corserey.

Fribourg n'avait alors i^î collège, ni séminaire; FEvéque siégeait encore à Lausanne et ne pouvait exercer sur notre clergë qu'une surveillance indirecte. Les livres étaient rares , les scieDces peu cultivées, les belles-lettres totalement négligées, à pea d'exception prés. Les masses armées qui sillonnaient continoellement notre territoire , la foule d'aventuriers étrangers qui y a/Hoaient, la contagion du voisinage déjà envahi par les nouvelles doctrines, Routes ces causes réunies influaient sur la morale publique. On se fait difficilement une idée de l'ignorance des prêtres à cette époque et de leurs mœurs déréglées, quand on sait à quelles fortes études est aujourd'hui astreint le candidat aux ordres sacrés 9 quand on connaît la conduite exemplaire du clergé fribourgeois en particulier.

Plusieurs dignitaires ecclésiastiques cumulaient les bénéfices. Jean de Montfancon , par exemple, professeur et docteur es droits, était en même temps prévôt de Genève, chantre de Lausanne» prieur de Lutry et curé de Morlens.

Les chapitres de chanoines , qui auraient dû être une pure institution d'humilité évangélique, s'étaient changés en sinécures nobiliaires ^ , à l'exclusion des bourgeois.

1 Ocbs , bi9t. de Bâle.

153 SBCONM PARTIE.

Les concessions indiscrètes <f indulgences ajoutaient encore an désordre. Dès Tan 1518 on s'était décidé chez nous^, après une longue hésitation, à Texemple de Berne et de Soleure, à permettre la publication de la fameuse indulgence en faveur de St. Pierre de Rome K Le frère Bernardin Sanson, de la stricte observance, vint à cet effet à Fribourg. Pour éviter tout scandale, Messeigneurs lui donnèrent 20 écus au nom du Gouvernement et 2Ù écos encore pour le reste du pays , sans compter les frais <l auberge. Il ne logea pas aux Cordeliers, parce qne ceux-ci n'aimaient pas les Observantins. Non-obstant ces précautions, de nombreux et graves abus furent commis 2.

On voyait affluer une foule d'aventuriers qui , munis d'un placet de Rome, venaient revendiquer la possession des meilleurs bénéfices ecclésiastiques vacans, avec menace de procès et d'excommunication, en cas de refus. Ces candidats s*appehieni courlîsanSf et parmi eux -se trouvaient même des soldats du Pape.

Le désordre n'était pas moins grand dans les couvons. Celai de la Maigrauge surtout se conduisait de manière que nullement ne nous est possible , dit le Missival français 3, comme gardiens dHceluy couinent , de le souffrir ni tolérer. On écrivît à ce sujet à l'Abbé de Giteaux, qui envoya un Visiteur. Gelui-ci déclara que la clôture était indispensable et qu'il fallait de toute nécessité éloigner trois sœurs , dont la conduite était la plus irrégulière. On fit venir l'Abbesse de Bellevaux , à qui l'Abbé de Montéron confia la direction provisoire du couvent. L'ancienne Abbesse , Anne de Praroman, fut destituée par le Visiteur d'office, Anatole de Courcelles. Mais la clôture définitive ne put être effectuée qu'en 1601. Les religieuses reçurent aussi l'ordre de vendre la petite maison

' * A. C. Affaires ecclés. N** 70.— 2 La patente d'indulgences, octroyée par Sansoo à Umbert Praroman et à sa famille , le 11 janTier 1519 , s*est conservée aux Archiyes« Mais il y a beaucpup de fautes de copiste, qui en rendent quelques passages inintelligibles. — 3 A. G.

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qu'elles possédamil devant Téglise de Notre^DaBie » et où se passaient des choses peu édifiantes.

^ Les lecteurs catholiques nous sauront gré de borner là des détails dont Tioulile révélation ne ferait qu ajouter à un scandale affligeant, sans jeter plus de jour sur le fait principal. Un écrivain fribourgeois peut d'autant plus s'en dispenser, que cette matière a été exploitée jusqu à Texagération par quelques auteurs intéressés^ à prôner la réforme. D'ailleurs il est des circonstances où le silence est la pudeur de Thistoire. Qu'il nous suffise de dire que telle était la situation critique où se trouvait l'Eglise de Lausanne, quand les nouvelles doctrines pénétrèrent en Suisse.

Mais ce diocèse n'était pas le seul afflige ; le mal était général, et ce fut pour y porter remède que la diète de Lucerne publia , le 28 janvier 1525, un arrêté dont nous ne citerons que l'extrait suivant : ^ a Le loup ayant pénétré dans la bergerie, et le pas- » teur suprême de l'Eglise dormant, nous, autorité civile, tente- » rons nous-mêmes les moyens curatifs. Et premièrement pour » réprimer l'avarice qui a gagné le clergé , toute possession de » plus d'un bénéfice , l'administration des Sacremens pour de l'ar- » gent, la vente des indulgences sont sévèrement interdites. Les » réjouissances populaires , les dispenses de jeûne et de mariage » et l'absolution ayant jusqu'à présent été accordées pour de l'arn gent, elles doivent désormais l'être gratuitement ^. Tout cour- » tisan qui se montrera dans le pays, avec des prétentions à un

* On peut le voir en entier dans Bullinger. Salai n*cn donne qu'un extrait fort mitigé en faveur du clergé. — ^ Uem aU dann zwuscbendt dem Suntag , so man das Ëvangelium niederlegt und der fastnacht, welicber Zyt doch sunst jedermanu am metsten weltlicben freudcn obligt , dem gemeinen mann erliche hochzyt Verboten sind und diewyl es pms gelt narbgelasscn wird, ist unser ordnung und meinung, dass es ohne gelt auch zu<!e]as$en werde. Item die pSpst und biscbôf bebaîtend ' und resolvircnd inen aucb etlicbc svnd und fôU allein zu absohriren, nndsosicbi solicbs begebt, will man das volk nit absolviren, es gSb dann yyX gelts drum, es wird aucb keinem kein dispensation gegeben zur notbdurft in erbaren zimlicben sacben , die werd dann mit gelt ulTgewogen. Darum ist nnser meynung was um geltby den pâpsten und bischôfTen mag zuwegcn gcbracht werden , das sômlicbs auch one gelt von einem jcdcn pfarrerdem volk und armen man mitgetheilt soll werden, unangcfichen papstllcbc oder biscboriicbc gewalt bis uflT i/vyteren bescbeidl.

154 SBCQNDB PARTIE.

)» bénéfice , sera noyé. Les ccclésiasliques De pourront interveoir » dans le testament d'an mourant, en l'absence des parens. Tont D achat de biens , à l'insu de rautorilé , leur est interdît , ainsi » qu'aux couvens. Par contre ces derniers rendront chaque année » compte à TËlat de leur administration. Jusqu'il présent nos res- » sortissans ont été injustement opprimés par l'autorité spiri- » tuélle. II' leur est désormais défendu de donner suite à une n^ citation par devant un tribunal ecclésiastique quelconque , à ^ moins qu'il ne s^a^isse de sacrement, d'établissemens pies ou jo du salut de l'ânié. Dorénavant les tribunaux civils seront corn- » pétens en matière criminelle à l'égard des prêtres, non-'obstant » la consécration. Tous les baillis de nos seigneuries sont chargés » de protéger les pauvres, contre la dureté inhumaine avec la- » quelle les préposés et justiciers des couvens imposent les cor- » vées et perçoivent les dîmes. Et bien que jusqu'à présent le » clergé ait été afiranchi de toute charge et de tout impôt et qu'il )> ait effrayé par l'excommunication mainte autorité qui les exi- » geait, tout cela n'est point justifié par la Sainte Ecriture e/fl'a » été imposé à notre simplicité que par astuce. Cet abus sera su^ » primé et les gens d'église seront assimilés aux autres chrétiens » pourries charges comme pour les avantages. »

A cette diète assistaient tous les Gantons, excepté Zurich; même les Grisons et le Valais y étaient représentés. Mais quand cet arrêté fut soumis à la ratification des Etats respectif , les uns le rejetèrent parce qu'il contenait des propositions catholiques, d'autres parce que le clergé n'y était pas assez ménagé.

En attendant, les cinq Cantons catholiques, mais surtout Schwylz et Lucerne réprimaient avec une inexorable sévérité toute tentative d'innovation religieuse t. Us obtinrent de Fribourg et de Soleure une adhésion entière à leurs mesures , et ces sept Cantons , réunis à Lucerne , déclarèrent à l'unanimité qu'au prochain renou-

' Voy. BaïUiasar eil le recès de la diète de Lucerne en 1525 , 1528 et 1529.

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vellement de raUiance fédérale, ils renoncoraient à celle de Zurieh, de Bâle, de St-Gall et de Mulhoose. Berne lui-même signa, avec f ribourg, Glaris et Spleure, la lettre du I i novembre 1524, par laquelle les cinq Gantons appelaient le Valais à la fidèle surveillance el à une coopération commune contre les navateurs. Mais Berne ayant prévariqué , une correspondance jinimée s'établit entre cet Etat et Fribourg, puis ua mur infranchissable parut s'être élevé entre ces deux voisins qui étaient restés liés jusqu'alors par une communauté de culte. Aussi lorsque Berne nous demanda m secours de cent arquebusiers contre les Waldstaetteri, cette demande fut presque considérée comme dérisoire et formellement écartée.

Après la défection de Berne, sept Gantons se lièrent par un Iraîlé particulier pour arrêter les progrès de la réforme. Ge furent Lucerne, Uri, Schwytz, Unterwalden , Zoug, Fribourg et So- Ieure(1526). Dès le 9 mars de l'année suivante, un député de Berne vint se plaindre du contenu de la lettre que la ligue catholique avait adressée à cet Etat, et ou elle menaçait de soulever les paysans bernois contre leur Gouvernement. On lui fit le lendemain une réponse évasive , en protestant de notre fidélité à remplir les devoirs de vrais combourgeois ^.

Trois semaines après , une dèputation plus nombreuse des Gantons de Berne, Bâie, Schafiliouse, Appenzell et St.-Gall vint demander raison de la dernière assemblée des sept Gantons. On leur répondit qu'elle n'avait d'autre but que la conservation de la paix. La dèputation parut se conteater de cette réponse. Gar la Suisse était déjà partagée en deux camps , entre lesquels s'ouvrait un abtme chaque jour plus large. Le Valais accéda plus tard à la ligue (1527). Glaris et Appenzell restèrent plus ou moins neutres.

Ghez nous le Gouvernement redoublait de vigilance. Le 25 fé-

▼rier 1527 on publia une ordonnance au sujet de Luther el on y fit prêter serment, en présence de quelques Conseillers. On avait déjà interdit, depuis quelques années, tout propos au sujet du luthéranisme. Les cabaretiers avaient dû jurer qu'ils dénonceraient tous les contrevenans. On avait même menacé de Tcxil tous les prêtres qui fieraient do la nouvelle doctrine un sujet de controverse. Le lecteur des Augustins, soupçonné d'y adhérer, avait été chassé. On n'accordait plus de cures aux étrangers , et ceux-ci étaient devenus l'objet d'une surveillance particulière. On fit brûler tous les écrits luthériens par la main du bourreau et l'on sévit avec rigueur contre tous ceux qui adoptèrent les nçavelles opinions. Le Grand Conseil avait adressé une ordonnance à tous les prédicateurs, laquelle fut publié(B le 4 juillet 1524 aux Cordeliers, aux Augustins et dans tout le pays. Quatre ans plus tard on ût venir en ville tous les prêtres et tous les jurés pour formuler de nouveau cette profession de foi. On la fit aussi jurer aux domestiques et aux étrangers^. Une amende de 10 florins du Rhin fut imposée à tous ceat qui ne se déferaient pas de livres suspects, dans un terme donné* , Des visites domiciliaires furent ordonnées pour découvrir les conciliabules clandestins des novateurs et l'ordre fut donné de dénoncer tous les suspects. On prohiba même l'usage des bibles grecques et hébraïques non orthodoxes. Déjà en 1522 on avait décidé que nul étranger ne pourrait être élu Conseiller , crainte de la contagion religieuse.

Toutes ces précautions ne purent empêcher les nouvelles idées

' de s'inGItrer dans la Communauté fribourgeoise. Parmi les prêtres

qui les accueillirent, on nomme le chanoine Félix Leu, qui prit la

fuite; les vicaires de Dirlaret, de Barberêche el de Cormondes;

Don Conrad, curé de Dirlaret; celui de Bôsingen et son vicaire;

« Elle fut renouyelée eo 1617 dans toul le Canton. Voir pièces juslificalivci, NO IX.

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