‹ Histoire du Canton de Fribourg, Volume 2Chapitre 38 sur 63 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Plusieurs de ces personnes ,. dit Tillier, forent si cmellemcnt torturées que le bourreau en fut ému de compassion plutôt que les juges. Il ajoute qu'un grand nombre de Friboorgeois , persécutés pour leur opinion religieuse, se réfugièrent à Berne. Toute* fois rhistorieu bernois ne cite aucune preuve à Tappui de ces assertions, et rien dans nos archives n'indique de pareilles sentences. On y trouve seplemept qu'en 1528 un apostat fut condamné au feu , mais agraeié sous condition.

On voit par le grand nombre d'apostasies qui se succédaient aux frontières du district allemand, surtout à Bôsingen, combien le voisinage de Berne était dangereux. Cet Etat avait fini par embrasser la réforme, bien qu'en 1523 il nous eût fortement dissuadé d'envoyer nos députés à la dispute de Zurich. A Fribourg même, un moine prévaricateur, François Lambert, Franciscain de \a stricte observance , avait fait des sermons qui n'étaient pas demeurés sans résultat. D'autres citoyens étaient aussi secrètement attachés à la réforme, et en 1539 le Gouvernement informa l'£vêqoe de Sion qu'une certaine personne de Fribourg avait envoyé en Valais des livres hérétiques i. Mais en général, les sectaires y étaient en minorité^, et'Myconius^ pouvait avec raison écrire à Zwingli : « Personne en Suisse n'est moins accessible à » ma doctrine que les Fribourgeois^. » Aussi notre Etat ne vitil pas sans complaisance les mesures décrétées par les Etats de Vaud contre les novateurs, le 25 Mai 1525 5. On fit la mémo année à Fribourg une levée de quinze cents hommes contre les Luthériens d'Allemagne^.

1 A. C. — s Spcirloser gingen die Reformationsbeweguogeo âber das diistere Freyburg hinweg. HoUinger. — « Maître d'école à Lucerae. — * Un autre novateor, Balthasar Houbmeyer écriyait aussi en l&â2 à Jean Àdelphi : c( Me yoici » à Fribourg. Celte Tille est bien loin d'être ce que semble indiquer son nom. » C'est au contraire une cité asservie , remplie de discordes civiles et religieuses. » Veni etFribargum, quod longe ailler quant nomen sonate offendl. Plane libérant non estt sed captivum^ discordiis et facLionibus cum profqnis tum sacrilegis onuslitnu CoU.de Simier. •— * D'AU. Voy. l'extrait des registres des anciens Etals du pays de Vaud, dans Rucbat. T. I. pag. 507 et rfuiv. — ® A. C. Comptes de Wilh. Schwitzer. i

160 SBCONMS PARTIE.

J'ai déjà dit que nous n*avioos aucao établissement scientifique, et jusqu'alors les jeunes Fribourgeois avaient toujours fréquente les universités d'Allemagne , surtout celle de Bàle. Le Gouvernement préféra se passer de celte ressource plutôt que d'exposer la jeunesse à y puiser l'erreur avec la science. Cette séquestration dut nécessairement tenir Fribourg arriérée dans les progrés de l'inlelligence. Nous possédions alors un des plus grands savans da siècle , le docteur Cornélius Agrippa , do Nettesheim. Il était fort lié avec le sage Abbé Trilheim et se recommandait par les apparences d'un adepte profondénaent versé dans les mystères de la magie ^. Dans une de ses lettres , il signale l'état stationnaire où nous étions alors plongés ^.

Parmi les novateurs les plus zélés de Berne, on compte maître François Kolb , de Lôrrach , qu'on a vu plus hatut s'établir à Fribourg, en qualité de chantre, prédicateur et chapelain à St. Nicolas. Né en 1465, selon Ruchat, à Rothelen dans le marquisat de Baden, de bonnes études à Bàle lui avaient valu le grade de maître es arts libéraux, et plus tard une chaire de professeur.

* Henri-CorneiUe Agrippa « contemporain de Paraeelse, nacquit àNeUesbeim. dans le territoire de Cologne » le 16 Septembre 1486 , et mourut à Grenoble chez le receveur des finances de la province. Il exerça la médecine à Genève , où il reçut gratuitement la bourgeoisie , le 11 Juillet 1522, comme il conste par les registres du Conseil. Il avait été successivement secrétaire de TEmpereur Maximllien, mattre de pbilosophie occulte, professeur de théologie à Dôle (1509 — 1510) , de rbotorique à Pavie (1512), à Turin (1515), syndic de Metz (1516), médecin à Lyon, où François V^ le nomma médecin de sa mère , Louise de Savoie , en 1524 , et enfin conseiller et historiographe de Charles Y. On n*est pas bien d'accord sur les circonstances qui l'amenèrent à Fribourg en Suisse , que Melchior Adam , son biographe , confond avec Fribourg en Brisgau, comme Ta fort bien remarqué firiicker. Il est probable que, lorsqu'ilséjournaità Genève , un ami le recommanda à TËtat de Fribourg {Accepi tuam exceilenliam in Friburgensem Msculapiam esse assumptam* lui écrivait-il), qui l'engagea comme physicien €e ville en 1523. Il ne resta à Fribourg qu'une année. Son traitement était de 127 liv. par trimestre , un muid de pur froment, un char de vin de Lavaux et une honnête habitation. A son arrivée à Fribourg , il fut témoin du supplice infligé à un alchimiste qu'on brâla comme sorcier. Ce spectacle dut le faire réfléchir, il mourut pauvre et abandonné en 1535. Son fameux ouvrage de la Vanité des sciences lui avait attiré beaucoup d'ennemis, non moins que sa jactance et son ambition. Ses disciples le nommèrent le Trismégiste. — < Ex Friburgo Belvetiorum omni scientiarum cuitu deserto ac destituto. Ep. Lib. III. p. 56.

cmnm. v. t6f

Notre GoaverQemeBt TaTait fait veair, sar «on excelleiite ripalaûéo. Hais après qaek|Q€is années de service , il se retira dans une Ciiartrea^e de Sonabe ^ et en 1519 il fnt appelé à Berne, où il soQtint avec Bsller les thèses de la faffiense conférence du t5 lanvier 1538 ^. Il avait iontilement soilteité en 1533 à être réintégré à Friboorg dans ses fonctions de prédieatenr. Il miaircba trois ans après avec rannée bwnmse contre les Catholiques, en qualité d'anmônier. Quand les Bernois évacuèrent Bremgarten et Mellingen, il s'exhala en plaintes si amères contre les chefs, qn'on fût obligé de le rappeler à Berne. Dans on sermon qu'il fit à Arau, il leur reprocha de ne pas faire pour TEvangile ce que leurs ancêtres avaient fait pour un plaphart 3.

On a vu que Berne avait convoqué pour le 15 Janvier 1528 une conférence religieuse dans ses murs. Défense fut faite à nos ressortissans laM d'y assister. Invité à cette même conférence, TEvêque de Lausanne s'exèusa ainsi : « Il y aurait de la témérité et de l'arrogance » à rouloir soumettre à notre jugement ce qui concerne toute la » congrégation des fidèles. D'ailleurs, le terme est trop court pour » que ceux-là même qui sont le plus versés dans les saintes écrix> tures y puissent se préparer à une tâche si difficile. Il faut du » temps pour les relire, les méditer et apprendre par cœur*. » Il demanda aussi un ajournement, à cause de la rigueur de la saison* Le maître d'école de Zofingen, Jean Buchstab, qui depuis fut maître d'édole à Fribourg^ assista à la dispute, mais n'y brilla pas. Les réformés jouant sur son nom, ne t'appelaient que littera illiterata.

Le Provincial des Auguslins à Fribourg, Conrad Treyer, Doc-

i Selon Tilller, à Nuremberg.— ^ Les.Beniois avaient inyité les GhancetierB de Berne et de Fribourg à rédiger les protocoles de cette conférence. H ne paraît pas qn^ le nôtre ait accepté eeUe mission. — 3 Biographie de Kolb, chez Schenrer à Berne. — 4 Ne forte nobis adscribatur temeritas yel arrogantia, si nostro judicio tractare tentemus, quod universalein fideliam congregationem concernit. Caeterum ad tam ardunm negotinm yiros in sacra pagina eniditos impossibile esset infra tam hreve tempus fore paratos , qnibns biblicas scriptaras malnra deliberatione sparsim reyolvere et recenti œemoria eommendare operaa prvtiiim est. Hottinger,

Googis

teor efi théologie, passait alors^ pour le plus savant de nos théo*logieas» Son père el son grand-péfe avaient , xlit-on , déjà, élé membres do Grand Conseil ; cie|>endant Conrad ne fut reçu boargeois qu'en 1518; ce qui s'explique par la circoiistance que la bourgeoisie étant alors personnelle , une nouvelle réeeption était toujours nécessaire. Dès 1503 , on le trouve déjà recommandé au Provincial de son ordre pour qu'il puisse continuer ses études. Il fut envoyé en 1509 a Paris» où il resta trois ans. Devenu Prtear de son couvent, il obtint du Gouvernement un nouveau subside de trente écus pour aller parfaire ses études à Wittemberg, où il fut créé Docteur en même temps que Luther. Ce fut même lui, dit-^on, qui engagea celui-ci à prêcher contre le trafic des indulgences i. En 1524, il proposa à Messeigneurs de réunir à Fribourg le chapitre des Augustins et d'ouvrir une conférence religieuse. Mais on déclina cet honneur. Il disputa à Baden en 1526 contre OËcolompade. Quand la conférence de Berae s'ouvrit, il fut le seul prêtre catholique de tout le diocèse de Lausanne , qui osa s'y rendre 2, Malheureusement Treyer n'y soutint pas non plus sa réputation. Hottinger prétend que , pressé par des questions auxquelles il n'était pas préparé, il chercha une échappa' toire 9 en alléguant ses querelles particulières avec les théologiens de Strasbourg , et comme le président l'engageait à ne pas s'écarter de la question, il quitta l'assemblée, déclarant qu'il n'avait pas la liberté de s'expliquer. Ces imputations contre celui qu^ '^^ Augustins comparent à St. Athanase, peuvent paraître suspectes dans ia bouche d'un réformé. Les historiens, et entr'autres M*l^ Chanoine Fontaine, citent le témoiguage d'un prêtre contemporain , ardent catholique. Voici en effet ce qu'écrivait Jacques Munster, de Soleure, à l'occasion de cette dispute. Sa lettre est datée du 29 Janvier 1528 : « On a remarqué en Treyer un pe" » de babil, mais ni éloquence, ni érudition. Car quand on 1^

1 Fontaine , manuscrit. — ' Nutlus.catliolicus Doctor pi^t^run^m P*^^*"^ Tregasium ausus fuit comparere. Surius» ,

CfiAMTM V. 168

i> MiBUM de c^r le teste âes écritures, fl préféra $e retirer. Qaant » à nm , je n'ai va qn*uii moine effronté dans cet homme , qae » 4'aotves e&allent je ne sais pourquoi ^. Ifdnsler dh encore de la eonférenee elle-même : «t Les Catholiques y ont porté la peine de » leur!» mépris pour les sciences, de leur paresse ^ et de l'ignorance » dei» Ëvéqwa^. Cet animal de Zwingli est plus savant que je ne » croyais ^.i^

Cette dépréciation d'un homme, dont notre Canton s'est toujours enorgueilli, a pu être dictée aux réformés par l'esprit de parti, à Munster par un motif personnel que nous ne connaissons pas. La violence même des attaques dont il fut l'objet , témoigne de son mérite. Si le Gouvemem^t de Fribonrg le soutint si longtemps et si généreusement dans ses études , c'est qu'il lui reconnaissait sans doute des capacités éminentes. Ce qui le prouve encore , c'est le yif intérêt avec lequel toute la Suisse catholique intervint pour le faire sortir des prisons de Strasbourg, lorqu^en 1524 il y fut arrêté et indignement maltraité ^. Le Couvent des Âugustins possédait quelques lettres adressées à Treyer par le frère Etienne , sur les affaires religieuses de l'époque , et celles qu'écrivit Treyer lui-même au Père Melchior Rodel, Prieur à Fribourg en Brisgau, touchant les affaires de l'ordre. Ces lettres , si on avait su les conserver, jèleraient un grand jour sur le caractère et les connaissances de ce moine , dont le nom a été recueilli par l'histoire. Ce qu'il y a de sûr, c'est que ses convictions étaient sincères et profondes. La preuve en est dans le défi audacieux qu'il jeta un jour aux docteurs de la réforme, s'engageant à se laisser brûler, s'ils pouvaient lui prouver qu'il avait tort ^. II avait débuté contre eux par un écrit intitulé : Paradoxa centum.

< Loqirentift aliqnid, ernditfoDiâ ac eloqaenti» nihil in eo deprçhensum est. Ubi enlm scripture exi^ebantur, maluit abire qoam disputare. Equidein in eo nibil yidi qoam monachnm , eomqoe frontosam , licet alii nescio quid , de eo prœdicent. — 3 Sic decet nos pœnas dare contemptarum litterarom et neglectus studiorum. -«. 3 SI sladioTum qnam scortoinm nostri Episcopi amantiores essent. — 4 Boctior est b4ec belloa, quam putabam. — ^ Voy. pièces instificatives, N^X. — > Damit

vjOO'^i^^^

164 sBOome partie.

Treyer se trouva aussi en 1530 «q celleqiie 4e Lamaone. Les Bernois Taccusèrent d'avoir fait courir le bruit que Tavel ne pouvant se défendre , s'était enfui ^. Il mourut eu Souabe de la peste. Il avait ordonné que tout son argent fût placé à intérêt, en faveur du Couvent des Âugustins de Fribourg, qu^on eût soin de ses livres 5 qu'on reliât ccuic qui devaient l'être. Il recommanda aussi pour lui succéder J. Hofmeister, Prieur à Colmar. Messeîgneurs le choisirent en effet , mais à condition qu'il vint résider à Fribourg 2.

Fribourg ne vit pas avec indifférence Berne adopter la réforme. On y envoya une députation composée de deux Conseillers, im Soixante et un bourgeois pour protester contre ce changement et menacer les Bernois de les rechercher en droit (ihnen zum Rechten zu stehen).

Les troubles qui s'élevèrent dans le canton de Berne en 1528, au sujet des innovations religieuses , forcèrent cet Etat à réclamer notre intervention , en qualité d'alliés et Confédérés. Fribourg , Solewe et Bienne nommèrent un tribunal d'arbitres pour juger les prétentions des ressortissans de la Commanderie de Buchsee 3. Plas tard nous envoyâmes 50 hommes à Berne pour y renforcer la garnison ^. Mais nous refusâmes , ainsi que Soleure , tout secours direct contre les insurgés. Au reste, il est à remarquer que l'abbaye des bouchers de Berne ne marcha elle-même contre eux qu'à contre-cœur. Nos manuaux contiennent une vive correspoudance avec Berne, au sujet de la réforme. Fribourg désapprouva le traité d'alliance que Berne conclut avec Constance,

Ihr aber sehet dass ich gar kein soheuen und scfarockeu trag ab ewren bohen grossen kunst, erbeutfcb raich bie mit diesem rainem scbreibea willig und bereit zu seyn al80 mit euch zu di«putiren, dass eiri feoer zagegen gemacbl werdo, undwelclie Parlhey wnrecbt zu haben erkaunt und von solcben irrthum abstehen nil wôll , mil îbr gebandeil werdc wie rccbt, damit fiirder der unwissead nit betrogea und verfShrt werde.

1 A. C. Affaires eçcl. NO 334; — 2 A. C, Ratàserk. fol. 401. — » TilMer. - 41bid.

GHâPlTHB V. 165

el eelte désapprebatk» fut partagée par les cinq antres Gantons calboik|iies. A leur tour les Bernois flirent indignés 4e notre conduite éqiiivKHiae daas les affaires dlnterlacken et prétendirent même que nous y fomentions la rébelBon K C'est qu'en effet nonseulement nous avions refusé à Berne un secours de 100 arquebusiers, qu'elle avait sollidté, nous avions défendu^ aux bailliages mixtes dé mareber ayee Berne contre les rebelles , nous tenions un détachement prêt a mareber à lear secours parle SimmenthaL Magnin dit que Genève nous envoya 150 iirquebusiers commandés par Ricbardét. Quelques lignes plus bas il dit que cette compagnie fui dissoute.

L'Oberland n'en fut pjas moins soumis ^, et Berne souilla sa victoire par rexécutîon d'un bonnéte vieillard nommé Haos im Saud. Voulant alors faire de la politique , nous envoyâmes féliciter le vainqueur par une députation qui ne fut point admise devant le Copâeil. Ses délégués vinrent à l'auberge du Lion , où nos dépuiés logeaient, et leur, firent de vifs reproches, en présence du Secrétaire d'Ëtat Cyro , natif de Fribourg ».

La haine aveugle des réformés pour les cérémonies de l'Eglise alla jusqu'à la suppression de ces processions nationales, qui avaient eu lieu annudlcmeot pour célébrer les victoires de la liberté. Telle était celle de Tâttweil. Tout le monde se mêlait de prêcher,^ même les femmes. Un prêtre apostat ne se borna pas à épouser une religieuse de Dânikon. Il força encore les autres de partager avec elle leur vaisselle d'argent. Une centaine d'Appenzellois surprirent le couvent de Wunenstein et forcèrent , par des menaces licencieuses, les jeunes sœurs à la fuite.

Le parti catholique se sentant trop faible contre les réformés , ne tarda pas à invoquer le secours des puissances voisines, la

* Tillier. — « La valeur de Jean Frischiifg qui, depuis son exil de Fribourg^, était revenu à Berne, contribua beaucoup au succès de cette expédition. Après la prise du pay» de Vaud , à laquelle il prit beaucodp de part, Frisching fut nommé bailli de Moudoa. — ^ D*Alt n*estpas bien d*accord ici avec Tbistorien bernois.

i68 SBCOHOfi rAKTlB.

Noire délacheoMUit > eoimiikaâé par Rod. TechiermaB e( Jacques .Coppist» occupa GarttgfDy. Ces troapes restèreBl troift aus à Gejiève j toujours sur la défeosive « le traité d'alliance avec la Savoie oe permettant aucun acte d'agression.

Lallguede ia€uillére continuant les hoistiihés i, le traité fat déclaré dissous le 6 octobre 1530. 80^ SëTôyards se rassemblaieo( sur la frontière /sous les ordres do Maréchal de Bourgogne , daas rintention de feire le siège de Genève. Les deux villes y envoyèrent d'abord un corps auxiliaire de 6400 hommes , dont 1 400 Fribourgeois. Ceux-ci étaient commandés par Ulric Schneuwly. Jacques Werly portait la bannière et P. Praroman était lieutenant^.

Un second envoi de 2000 hommes eut lieu plus tard , sous k commandement de Gouglenberg. Parmi les Conseillers adjoints à l'état^major , ^e trouvait notre chroniqueur Jacques Roudella ^• Les deux armées alliées traînaient avec elles 16, pièces de canoo; 500 Soleuriens et environ 2000 volontaires vinrent les renforcer; de sorte que leur nombre s'éleva à 10,000 hommes et non HM } comme prétend Magnin. L'ennemi n'osa pas les attendre. Oufn^ les châteaux de Rolle, VufQens, Âllaman, Perroy et BigniûA^ troupes indisciplinées des Cantons pillèrent à Morges l'église ie& Cordeliers , le couvent de Bellerive ^ et brûlèrent la belle maison 1^ campagne de TÂbbé de St. Jean à Barsins. Dans une sortlei 120 Genevois dispersèrent un gros d'ennemis, trois fois plus nomr

^ Je ne connais pas les annales m«inscrUes de FrJbourg, dont an historien cite un extrait et où les Genevois sont accusés d'avoir violé la irève. Rachat iiv. 7* ' ? 6 Conseillers , 8 Soixanies et 8 bourgeois furent adjoints à l'état^major composé comme suit : H. Féguely, naunerel; Louis Bans , Schulzenyenner ; P. Werly, a»mônier; Jost Fceytag» secrétaire. 11 y avait en outre 2 fovrrters , 4 sergens , 3 m» sagers à pied, 3 courriers à cheval, 4 feldvreibel, 9 fifres et tambours et 2 hoiirreaox. Le Bourg fournit 198 hommes , dont 43 pour la ville ; TAuge 191 , dont 55 poorli ville ; la j^^euveville 130 « dont 39 pour la ville ; les Places 146 , dont 39 poor U ville. Les bailliages fournirent 167 hommes , les alliés 562. Total, 139'4 hommes et non 2000 comme dit Ruchat. — 3 Laurent Brandenbourgoer était tieutenant, fr. Week, Schiitzenvenner ; Jacob Papirer, Banneret; son lieutenant,, P. Steuby.-' La ville et les anciennes terres fournirent 723 hommes , les bailliages 235 , \^ alliés 700. Total 1658 hoQimes. On voit que la ville seule iouruit les deux éUf* majors. — 4 Selon Magnin , ce couvent fut saccagé par les Bero^iâ,

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brettx, qui élakot (X)ii4oJt8 par ^cs gentilsfaoniaieâ K Les BerM^s se plaignirent amèrenient et ees excès dont lear historien aceuae encore aujourd'hui les Fribourgeob ^ , tandis que le CoBlinualeûr de Muller les met formellement sur le compte des Bernois euxmêmes 3. a De Genèvfs , dit^il , on reconnaissait rapproche des Suisses, au progrès des flammes. Bien que le tempa fut beau , les airs étaient obscurcis par l'épaisse fumée. » Les Suisses entrèrent à Genève le 7 octobre 1530 , sans avoir rencontré l'ennemi. Ce fut une nouvelle atteinte portée à l'exercice de l'ancien culte ; car les Bernois n'étaient pas seuls à insulter les catholiques. Les Fribourgeois eux-mêmes 9 dit Vulliemiu, maltraitaient les prêtres. On avait logé au couvent des religieuses de S(e. Claire des soldats fribourgeois pour le garder, tous bons catholiques, mais du reste ttussi bons pillards et endommageant aussi bien que lés autres les pauvres gens *. Cette intervention fut bien onéreuse à Genève, et ses auxiliaires la lui firent payer cher. Les députés des onze Cantons et ceux du Valais proposèrent un ^çcomipodement qui fut passé à St. Julien, et par lequel le Duc de Savoie s'engagefi entre autres à payer 7000 écus aux Bernois et autant aux Fribour*geois pour les frais de la guerre. Il hypothéqua aux deux villes le pays de Yaud, comme garantie du traité. Celui-ci fut con^rmé au congrès de Payerne. Quand , deux ans après , le Duc demanda que les deux villes envoyassent leurs députés à Chambéry pour y régler les dernières difficultés, Fribourg s'y refusa jusqu'à l'entier accomplissement du traité de St. Julien et jusqu'à la cessation des hostilités 5.

Cette affaire terminée, Berne envoya ses députés à Fribourg pour renouveler le traité de combourgeoisie , après avoir réglé quelques difficultés au sujet du changement de religion dans les bailliages de Morat et de Grasbourg ^. L'accommodement tou-

i AiaigiiiB. — 2 Tiiuer. — « Tome XI, Mv. VIll , chap. I. — ^ Softur de Jussie, citée par Hagniii. — ^ A.. C. Missival du 14 et 15 mars 1532. — ^ Ëslavayer, Gruyères et Payeruc inootraieiit beaucoup d'attacbement pour l*ancieo culte.

i 70 SBC0N9B 9ABTIB.

okintJes autres baîHiages mixtes, ne fui pas à Favantage'des eatholiqaes. Leur culte devait y être interdit, si la pluralité' des voix remportait pour la réforme; dans le cas contraire, les réformés pourraient toujours exercer librement leur culte ^. Pour la première fois, les Bernois ne jurèrent phis par l'assistance des Saints et ne réservèrent plus le Si. Siège.

1) un détachement de 500 volontaires friir P. de Praroman, se joignit à l'armée lecours des Grisons, contre ce brigand qui is de Médicis. Nie, Yeillard portait la bannière.

Cette même année J. Champion vendit la seigneurie de Vaalraz à Fribourg pour 5000 écus d'or au coin de France , ce qui fesait 20,000 liv. frib. (la liv. à 5 batz). François Gribolet en fot le premier bailli.

Pendant la funeste guerre de religion, qui éclata entre les Cartons de Berne et de Zurich et les Cantons catholiques , Friboorg ne joua heureusement que le rôle de médiateur , quoique sans succès. Glaris, Fribourg, Soleure et Âppenzell s'étaient réunis à cet effet à Ârau, le 4 septembre. Berne avait sommé Fribourg de lui prêtée secours. On pense bien qu'ion répondit mal à cet appel 2. Le triomphe des petits Cantons fortifia la protection que nous accordions auxressortissans catholiques des bailliages mixtes. Berne ne s'opposa plus à ce que l'ancien culte fût toléré à Granson. Fribourg ne se borna pas à la tolérance, elle chercha le triomphe par la persécution. Farel s'en plaignait amèrement 3.

* Ruchal, liv. 9. — « Fribourg à Berne 10 octobre 1531. Samlang von Briefen. HotUnger. -* Aassi Berne ne di8sininla-t*>eUe pas son intention de noas attaquer, dès qu*e1le en aurait Uni avec les petits Cantons. Missiv. — 3 Bernenses non ea diligentia laborant pro Christi gloria , qua Friburgenses pro pontîflciis placitis. Non putarim senalum Bernensem olim ita laturam levem injnriam in nuntiam, sicot gravem in Ëvangelinm profert. Nihil pêne non licet Friborgensibus in pios. Indicta causa rapiantur in carceres, alii impuna injuria adGciuntur. Jus est ia armis. Yoy. sa lettre i ZwingU, datée de Gransoo 10 octobre 1591.

CHA^iTRB y; 171

Nofia p TO Bi til ies^ ansâi à Soleare et au Valais qoe jamais nous m

Pressé par Berne , Morat n'embrassa la réforme qu'à condîlion qu'on aurait égard à la dcn^ande éventuelle qui serait faite par onze pères de famille d'y renoncer *. Nulle part peut-être la population des bailliages ne fut plus odieusement tiraillée en sens contraire. En 1531 l'ÂToyer et Conseil de Morat se plaignirent for- Ddellement à TEtat de Berne , à Toccasion de quelques paysans rUfanîtz que le bailli bernois voulut amender parce qu'ils avaient 3iileii4o la messe à Cormonde^. Fribourg, par contre , les soutenait.

C'était Farel qui avait converti Morat. Quelques babitans s'étaient adressés directement à Berne pour avoir des prédicateurs. Quand Farel se rendit à Âvenches, ils l'escortèrent, crainte que les Fribourgeois ne l'enlevassent. Ce prédicateur s'étant exbalé eu invectives contré Fribourg , nous nous en plaignîmes officiellement à Berne. Mais Farel , protégé par cet Etat , parcourut librement la contrée y préchant alternativement dans toutes les villes, surtout à Orbe , à Neuchâtel et à Granson. Estavayer le repoussa.

Le 8 mai 1530 on tint à Morat une conférence religieuse, qui demeura sans effet, et deux ans après on y fit le partage dçs biens d'église. Ils furent restitués aux donateurs ou à leurs descendans jusqu'au troisième degré. Mais nous ne consentîmes point à ce que ce mode fût étendu plus tard aux autres bailliages» notre intention étant que les baillis retirassent le produit des amodiations de ces biens pour en faire part aux prêtres et aux prédicans.

De Morat , la réforme se répandit dans le voisinage. Allons à Morat entendre les prêcheurs , se disaient les jours de fêtes les gens d^Avenches et de Payèrne, allons et voyons 2.

i GomtMiz. Mfliniscrit. Nom ayioils conseillé anx Moratois de ne paâ inquréter leurs prêtres, an snjef àts coneubises, pour ne pas les porter au schisme. — ^Vulliemin.

172 SECOMB PàUTlE.

Beme et la Savoie bous dispoiaieBt le droit 4e pMrooflge^SQT le couvent de Pa jerae. Nous jugeâmes à propos de ioi expédier à cette époque uue copie de raneten protectorat accordé eu 1225. Ou la fit vidimer par le Chancelier de Soleure (1532). 3fais déjà les opinions cfaangeaieot à Payerne et notre député y fut publiquement insulté ^. Plus tard nous vendîmes des hallebardes au couvent 2.

Beaucoup d'émigrations eurent lieu , par suite de ces changemens de religion. Ceux qui ne voulaient pas s'y soumettre se transportaient dans les localités qi|i professaient le culte. 4e leur choix. Roch de Diesbach , attaché à la religion de ses ancêtres, renonça en 1532 à la bourgeoisie de Berne et vint s'établir à Fribourg 3. L'année suivante son frère Sébastien suivit son exemple, moins toutefois par conviction que par le dépit que lui causa une poursuite judiciaire infamante, au sujet du Comte de Gruyères. Un autre personnage marquant vint presque en même temps se réfugier sur notre territoire. C'était l'Âbbé de Frinisberg, dmtk couvent avait été sécularisé. Il s'établit à Hauteville et fréta 1000 écus à Messeigneurs.

Des Fribourgeois allèrent aussi s'établir ailleurs. Une branche de la famille Oupaquier (Vonderweid) se transporta à Neuchâtel*. A la tête des dames d'Orbe était une fribourgeoîsc , Blisabelh ReiflF, femme d'Hugonin d'Arnex. Elle ne tarda pas à apostasier^. Elle s'était trouvée parmi les femmes qui, un jour, assaillirent Farel à Orbe ô.

Notre Gouvernement épiait les démarches des qovateurs avec une sollicitude infatigable '7. Guillaume d'Arsent fut puni de 100 liv. d'amende pour avoir servi, contre les cinq Cantons, dans l'armée bernoise. On avait surtout les yeux ouverts sur Farel qui , après

4 A. C. — 2 ibid. — 3 On trouve celte famille établie à Fribourg, dès le milieu du 15*^ siècle. A. G. — - ^ Ibid. — 5 U)id. — oïliichat. — 7 Ce zèle ne se r^enlit pas. Car nous trouvons qu'encore en 1583 les ouvriers étrangers «6 plaignirent des questions indiscrètes qui leur étaient adressées au confessional.

CaAPfTRB' Y.

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ïT réfoiUtèfieiitbâtel , s'était plate à Aigle sôua la ppMedlion b»Ui bernois /ei fesait de là maittte excursion dans le Toisi-i e« Ofi apprit qae J. Bavey t Ji^. Ansermet et Jaeq. Dèsiierre ent allés à Vaimiarciis pour inviter Farel à Tcarir prêcher à ivayer. On plaça des émissaires s^r les routes, et un jour > que prédicateur refenait de Neucfaàtel à Morat, il fut arrêté à ndidier ; puis relâché à la sollicitation des Bernois. Celte même ée ils provoquèrent notre prédicateur à une dispute publique, défi ne fut pas accepté.

[)n peut lire dans Ruchat (liv. 9) les détails des troubles reliux qui éclatèrent dans les bailliages et les conventions stipus à cet ègtrd entre Berne et Fribourg (1532). A Onnens, près anson , les autels ayant été renversés par les réformés , les ca« cliques renversèrent la chaire où le ministre prêchait *.

Les progrèsdelaréforme firent sentir aux sept Cantons catholiques nécessité de resserrer leur alliance et de s'associer des alliés du me culte. Dans ce but, ils conclurent secrètement à Fribourg traité avec TËvéque et TËtat du Valais ^. Chacun dans notre )ton dut se tenir prêt à marcher. Le Comte de Gruyères fut uis 3 de nous secourir contre les Huguenots, au premier signal. Valais et TEvêque de Lausanne nous avaient déjà promis aide assistance. On était convenu que TEvéque de Sion tiendrait )0 hommes prêts à marcher au secours de Fribourg, et, qu'en d'attaque, ils occuperaient les Bernois du côté d'Aigle^. Oô nedé« ^na pas même la coopération des petits gentilshommes. Voici la re que le Gouvernement adressa alors à Maillardoz , de Rue : . noble et prudent homme, M. le Capitaine Maillardoz, notre *ès-cher et bon ami : à vous nous nous recommandons pour co ue p;air cy devant avons entendu votre bon vouloir à nous aider

Rachat liv. 10. — ^ Le préambule de ce traité commence par le péché d*Àdam. it reooavelé en 157S , sauf par Lucerae. Yoy. Burgrechte and Bundtuisse. — \ mît de la ToasaaiiU. A. C. — 4 a. C. Missiv. du 22 Janvier 153a.

MM

174 SBCOflM niITlB.

» à ii«tfe he/iam à mâiiiteoir n«^ âisHiMioe foi^ SraioiM été afjer* » lis d*«ucuiies nouvelles doot poêlons êtres contraints de mettre » la inain à la pâte. Vous prioa3 que voos nous teniez prdtS':^- » semble votre compagnie^ afin qiuind vons manderons que: vous » venez en aide» eomment en avens notre parfaite confimieeeD » vous. Lacpielle ehose auront à desservir envers vous de toet » notre pouvoir» comment en avons bon vouloir, aidant le Gréais teur 9 lequel prions être garde de vous^ Datum en bâte la Vigile X» de la Toussaint» à 1 1 heures après midi» anno 1533* L'advoyer x> et Conseil de la ville de Fribourg. h

Une revue ginérale des euîrasses et des armes eat lien le dimancbe avant la Ste. Croix. Quinze jours après on passa la revue militaii'e dans tout le pays. Berne avait également mis snr fid tout son contingent » et ce fut sans doute dans la prévision d'Qoe guerre avec cet Etat, que le nôtre avait fait demander s*il avait réellement en sa possession une bannière fribourgeoise prise à Laupen» la tradition démentant ce fait. On demanda aussi ud^ cours de 100 hommes à la ville de Lausanne» mais sans tfquer Tennemî qu'on voulait combattre. Cette réticence fit hésilct les Lausannois» et en attendant les villes se calmèrent ^.

Par le dernier article du traité de 1512» le Doc de Safoie s'était engagé à payer annuellement 200 écus d'or à chacune des deux villes. Comme il tardait à s'acquitter» Fribourg se dispo^^*^ à envahir le pays de Vaud. Mais» dit Magnin» Berne qui aspirait à en faire la conquête en son nom seul» et qui épiait en secrene moment favorable» envoya» le 27 septembre 1532» une députatioo à Fribourg pour le dissuader d'une telle entreprise » et sa rivabie jalouse détourna seule ce coup.

Un petit épisode , fourni par un de nos ressortissans , ti»* '^^^^ diversion à ces agitations religiet^es. Boniface de la Molière » Sei-

i Kuchat , liv. 10.

CMPITSB y. 175

gnciir de' FodI^ ayant prôikiit de faax litres <OBtre le roi de Fraoee, fui jugé, à la réqninlioa de Tanbassade française, et eondamné à être penda. Pendant son procès , H fut détenu aux GeirdeKers (t5S3). A la prière do clergé cl de nombreux ioter* cesseors, sa peine fut commuée en un bannissement perpétuel. 11 alla s'établir à Berne et mourut quelque temps après à Neuchàtel d'une chute de cheval. En 1531 il avait poignardé son cousin Guillaume de Villarsel *.

Pendant les derniers jours de Carnaval de cette même année, quelques jeunes gens de Lau^nne, déjà imbus des nouvelles doctrines , s'étaient saisis d'un prêtre qui avait prêché, avec beaucoup de zèle contre les milices lausannoises , pour avoir pris part à la dernière guerre de Cappei. Ils l'avaiept lié sur un traîneau, ftistigé par la ville et déposé devant la maison du bourreau. Les chanoines s'en étant plaints à Fribourg , on y prit la chose tellement à cœur, qu'on menaça les Lausannois de renoncer au traité de combourgeoisic j s'ils ne donnaient satisfaction. Ceux-ci s'adressèrent aux Bernois qui déclarèrent que le traité ayant été stipulé conjointement avec les deux villes , ne pouvait être annulé par l'une seule, et l'affaire en resta là. L'Ëvêqne de Lausanne nous offrit à cc^tte occasion tout le secours dont il pourrait disposer. Les Valaisans en firent de même ^. Ce fut sans doute à cette occasion que le Pape Clément VU nous adressa une lettre de remeretmens, depuis Marseille , pour le secours accordé à l'Evêque de Lausanne.

Collisions analogues à Genève. Les réformés de cette ville ayant réclamé le secours de Berne, on allait en venir aux maios, quand, dit Vniliemin , Dieu conduisit sur les lieux d'honnêtes marchands de Fribourg. Ils allèrent de l'un à l'autre parti , fesant entendre les noms d'amis, de combourgeois. Les réformés, ajoute l'auteur vaudots , furent les premiers à les écouter favorablement et k paix

i Chronique Montenach. — a A . C.

t76 SECONDE PIATIB.

se fit. Maiff qœlqotti^ stmaines fim tard , P. Werly « d^ Fribour^, qui ét^it cbanoiae de U catbéirale {saes doute depuis qu'il éftmt entré à Geoève avec nos troupes, eu quaUié d^aumftnier), ayaot donné un soufflet à un jeune réformé , celui-ci le blessa de s&a épée K

L'année suivante 1533, une querelle de religion s'étant engagée daps la rue» un catholique qui avait été le provocateur da différend, monta chez le. grand- vicaire, où plusieurs prêtres étaient assemblés : Venez, venez, leur ditnl, on maltraite les catholiques. « A ce mot, Marc Versonay court faire sonner le tocsin et messite P. Werly , l'un des plus apparens des chanoines , saisissant sa hallebarde et la brandissant, court au Molard et crie : où sont les chrétiens? qu'ils viennent après moi, qu'ils viennent! » Sa hallebarde lui fut enlevée. Dégainant alors une large épée, il se mit à en frapper à droite et à gauche , jusqu'à ce que , se isentant blessé , il prit la fuite. Il reçut en fuyant le coup de la moft!^ Aussitôt 80 parens et amis de la victime, accompagnés des députés du Gouvernement , partirent de Fribourg pour tirer engeance de ce meurtre. Les Genevois s'adressèrent à Berne qui envoya ses députés d'abord à Fribourg, pour y disposer les esprits à la paix , de là à Genève. L'affaire fut portée devant les tribunaux. Mais le frère de Werly, sans attendre l'issue du procès, s'empara, avec le secours que lui fournit le Goniite de Genevois,

1 Jeanne de Jussie dit qn*an sorUr des matines « an bon et hardi catfaoligoe ar- » racha le ptacard (hérétique) et qu'on hérétique indigné tira Tépëe et le frappa au » bras teUcment que peu s'en fallut qu*il n'y perdît tout son sang, et qu'il en fut » lonj^temps au lit » Magnin. Si l'on en croit Rachat, le chanoine Werly avait été obligé de se sauver de Fribourg en trayersant la Sarine , à cause de son pencbaot vers les nouvelles doctrines. — ^On a confondu, dans l'histoire du chanoine Werly» deux époques ^stinctes. Dans la première , lorsqu'il arracha un placard hé^^tique, il ne fut que blessé. C'était en 1532. La collision du Molard, pendant laquelle il reçut le coup de la mort , n'eut lieu que le 6 mai de Tannée suivante. Pierre Coniberet ou ïhc^ret» dit l'floste, convaineu d'avoir été du nombre de ceux q«» avaient poursuivi Werly, à la trace de son sang et de l'avoir lue d'un coup porté par derrière , pendaat qu'il fuyait en montant les degrés d'une maison , fut condamné a avoir la tête tranchée. Gateffe.

CHAFITAB V. 177

de trois châteaux appartenant an Seigneur de Torrent. Notre ville députa encore à Genève Humbert et P. de Praroman, avec le trésorier. Après une longue négociation , l'assassin Jean Goullo2 fut condamné à avoir la tête tranchée K

Peu content de cette satisfaction , Gaspard Werly 2 en exigea d'ultérieures, avec beaucoup de menaces, et on lui accorda l'exhumation du cadavre. «Ce môme jour, dit Vulliemin , toutes les » cloches sonnèrent et l'on se rendit à la fosse où reposait le cha- » noine. Toutes les croix de la ville s'y transportèiient. Chose mer- » veilleuse! (je cite la tradition des couvens) Comme Messire Pierre » était mort pour la foi , son corps , bien qu'il fût demeuré 5 jours » en terre , se trouva frais , vermeil et répandant une agréable » odeur. Huit prêtres s'avancèrent pour le porter jusqu'au rivage, » d'où il devait être conduit à Fribourg. Tous les religieux, les » Syndics, les Conseils et les bourgeois firent cortège. Des bande* » rôles flottaient dans l'air. 24 flambeaux répandaient leur éclat. »IIj avait bien longtemps qu'une si grande lamentation ne s'é- » tait fait entendre sur la rive du lac. » Werly fut enseveli dans le caveau de notre Collégiale 3.

L'harmonie entre les deux républiques , un instant troublée par ces événemens, paraissait rétablie; mais les concessions qu'ob* tinrent ensuite les Bernois pour les réformés de Genève , aigrirent tellement les Fribourgeois, qu'ils renvoyèrent aux Genevois leur lettre de combourgeoisie, dépouillée de ses sceaux et cancellée en présence des députés de Berne et de Soleure. Us en réclamèrent en même temps le pendant. Ainsi fut rompue notre alliance avec

1 Ici Fauteur déjà cité est en compb le Conseil ne pouvant ou ne voulant j charretier, nommé P. L*hoste, qui, to qu'il u*avait pas commis, eut la tête destitué de sa charge de grand-sautiei en sa présence une chanson ii^urieu Lenzbourg.

178 SBCONHB PARTIE.

Geoève, bnit m^ aprèâ qu'elle eat étè coniracté^ (1534) ^. Par coBtra Fribourg se lia par un traité spécial , dit de camboiirgeoisie, avec les cinq GaatODS ^.

Quant à Lausanne , TEvêque et le chapitre attendaient tout de notre appui pour empêcher la réforme d'y pénétrer. Dès 1529, ils avaient envoyé à Fribourg le chanoine Perrin, muni de pleins pouvoirs 3 pour conférer sur ce sujet avec notre Gouvernemeot Et quand Berne prit vis^à-vis de Fribourg une attitude menaçante à cause de l'Oberland , ce fut Lausanne qui nous témoigna le plus de dévoùment^. Le Pape lui-même nous avait écrit pour nous recommander TEvêque et TEvéché s. Aussi prenions-nous tonjours le parti de celui-ci , dès qu'il s'élevait un différend entre lui et la bourgeoisie et, dans les marches ou conférences qui se tenaient à Payerne^, nois députés s'y trouvèrent toujours pour défendre les intérêts de l'Evêque , tandis que ceux de Berne appuyaient la ville. Le 12 Mars 1535, ce Prélat vint lui-même à F'ribourg poar demander la bourgeoisie et se reconunander à la protectioB^a Gouvernement, non-seulement contre l'iiidocilité de ses sujets de Lausanne, mais encore contre celle de son clergé. Il demanla aussi des soldats à la ville de Bulle, qui nous consulta à ce sojet.

Romont, que visitait de temps en temps le Duc de Savoie, restait inaccessible aux atteintes des novateurs. Tandis qu'à. Granson et à

A La réforme s'était introduite à Génère dés Tan 1528 et on la prêchait pobliquement à St. Gervais. Déjà Tannée précédente, six dépatés fribourgeois étaient venus protester contre les sermons du Cordelier Boquet, apostat. « Ainsi, dit Magnin, M devait finir une alliance, dont la conclusion avait commencé et dont Tabandoo » consomma la double révolution qui s^opérait à Genève. L'appui que cet allié, le w plus ancien et le plus légal , lui avait porté dans ses démêlés avec le Duc de Savoie, » et sa prompte intervention au moment où les armes allaient faire triompher la » cause de ce Prince, avaient assuré Tindépendance politique de Genève. Sare- » traite livra cette ville à la reforme qui n'y rencontra plus qu'une résistance af- » faiblie et des adversaires découragés. » Il paraît que la Savoie s'empressa de profiler de cette circonstance, pour nous associer à ses hostilités contre Genève; car elle nous demanda des troupes , que nous eûmes le bon esprit de refuser, — 2 Ce fol alors que l'Autriche demanda un secours de mille hommes à la Suisse ; mais les querelles qui l'agitaient, ne lui permirent pas de déférer à cette demande. — ^ A. C. Affaires eccLN^ 137.— 4 Ibid. NM42 et 144. — « lbid.N«78.— « lbid.N°l46.

CHAMTBB Y. t7f

Concise od renyersaît les aotels , qu'on abolissait la messe à Neuchfttel, qo'à Orbe Christoplie Hollard, frère de DOtre doyen, brisait impunément les images et qu'Estavayer hésitait , ceux de Romont Teiliatent avec soin au maintien de l'ancienne foi. On leur en sut tellement gré à Fribourg^ qu'on donna un char de vin aax gens de Romont, qui vinrent. un jour en procession à Bour"* guillon. Â Avenches, l'influence de Fribourg luttait encore avec énergie contre celle de Berne et Soleure.

Cette même année (1535), à la demande des cinq Cantons catholiques, noire Etat fit don à N.-D. des Ermites d'un cierge valant 65 liv. 15 sous, soit 21 florins, 4 batz, et d'un chandelier en laiton avec Técu de Fribourg. On fit aussi l'acquisition de la seigneurie de Corserey, dont une partie appartenait à P. Âmmann^ l'autre au Couvent de Payeme i. Le salaire que la France nous devait ne fut pas oublié^. Les députés de fous les Cantons, réunis k Fribourg, en partirent le 25 Octobre, pour aller le recevoir à L.yoûy triste acte de dépendance mercenaire, qui devait se renouveler encore bien des fois.

* On Tendit à celai-ci des haUebardes, pour qn*il pût parer momentanément les assauts dont il était continuellement menacé par les habitans. D*un autre côté , le bailli de Vaud reyendiquait le protectorat de ce couvent, en faveur du Duc dé SaYoie. Ces prétentions opposées augmentaient l'embarras de la situation. — ^ La France payait alors une pension aux familles suivantes : Affry, Alt , Ammann , Fégoely, Gottrau, Lanther, Lenzbourgr, Montenach, Praroman, Python, Ralzé, Rœmy, Reyff, Schaller, Schrôter, Techtermann, Week, Werro, Wild, Zollet.

tSê sBOomnc paktib.

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