CHAPITRE VI
(|ue noDS comptions sur ralliance des six Cantons « et qo'au besoin , il serait prndent de réclamer Tappai du Valais.
Une conférence à la Singine ^ n'ayant amené aucun résultat , et le délai fixé par Berne étant expiré « nous priâmes le Comte de nous marquer de suite quelle impression avait fait sur les Bernois la lettre . de l'Empereur et de nous déclarer positivement s'il vou* lait nous donner des lettres (ï assurance ^^ c'est-à-dire, s'il voulait garantir les frais qui se feraient à cette occasion. On con-* sulta aussi M. de Villarsel, connu par sa prudence et ses lumières. Puis, sans perdre de lemps, Brandenbourger, Nix 3, KrumenstoU y Goltrau et Zumbrounen se rendirent à Berne, chargés d'y faire surtout valoir la circonstance que , si l'on avait cédé Vevey et la Tour du Peil, c'était pour sauver l'indépendance du Comte de Gruyères. Celui-ci avait reçu de la Savoie un acte d'entière émancipatioD, avant la prise du pays de Yaud. Il parait qu'on ne regariakfas cet acte comme authentique. Le maître d'hôtel de celuici était allé de son côté solliciter un sursis. Cette siluatioa critique provoqua des mesures plus sérieuses. Les Bernois fesant des préparatifs de guerre, on convoqua à Fribourg tous les baillis et l'on se concerta avec une députation gruyérienne. On établit un Conseil secret, investi d'un pouvoir dictatorial. Il se composa des quatre Bannèrets qui s'associèrent six à huit Conseillers. On fit venir de Bâle 300 armures qu'on revendit au Comte do Gruyères pour 1113 écus.
On écrivit à l'Evêque de Sion, et ceux de Saanen demandèrent directement du secours aux Valaisans^ Le Conseil secret ordonna une levée de troupes pour être mobilisées, quand il en serait temps, et nomma un Conseil de guerre, dont les membres furent Hum- Wt de Praroman, SchneuM^ly, Garmîswyl, Pradervan, Lanther,
* 11 s'y trouva des députés de Ziirich, Lucerne, Schwytz et Bâle. Frfbour^ leur donna à chacun 10 écus d'honoraire et un écu à chacun de leurs quatre domcsliques. Total 198 liy. — 2 Termes de l'original. — ^ Ce diplomate était en même temps marécbal-ferrant.
198 SBCOmB MBTIE.
Fr. d'Avry, Frnyo, Serraanii. On envoya en même temps an Comie le lientenant de notre maître arlilleor pour remonter ses canens.
L'Etat-major fut composé ainsi : Capitaine, Praroman, Avoyer; Lieutenant, List; Banneret, Sebastien Veillard ou Alt; Porte-enseigne (Vortrager) F. Gugniet on Week; Enseigne des artilleurs, Jacques Gottrau; Maître des munitions , Pradervan; Secrétaire, Falkner; Sergent-major (Oberster-Wacbtmeister) , Lanther ; Sergens , Mutzo et Cbappusat.
La vHIe devait fournir 48 hommes, l'Auge et la Neuveville chacune 54 hommes, les Places 58. Ceux de la riîedeMorat.en-delàdc la mauvaise tour , devaient rester assemblés dans leur quartier, à quatre hommes près, qui se joignirent aux autres.
Ces troupes, avec environ 600 hommes de la campagne, devaient défendre la ville. L'Avoyer Ammann fut placé à la (été d'un corps qui devait opérer en dehors, et dont l'orgaDisaf/ofl n'est pas indiquée. La ville de Romont eut ordre de se metin en état de défense.
Les députés gruyériens des trois bannières au - dessus h. \% Tinna (Gruyères, Montsalvens et Corbières), déclarèrent qu'on y était résolu de combattre avec nous. Ceux de Saanen et d'OEi s'excusèrent de ne pouvoir faire la même déclaration, à cause de leur combourgeoisie avec Berne; mais ils promirent qu'au besoin ils défendraient les droits de leur Seigneur et Comte, au péril de leurs biens et de leur vie.
Cependant les négociations se poursuivaient vivement. Une nouvelle conférence à la Singine, à laquelle assistèrent Brandenbonrger et Stouder, n'ayant pas été plus fructueuse que les précédentes, une députation alla signifier aux Bernois une journée de droit , à moins qu'il ne cessassent leurs poursuites. Ils refusèrent de s'expliquer catégoriquement. Mais s'étant convaincus que le peuple ne verrait pas une guerre de bon œil, ils consen-
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GooQle
CHAPITM VU 109
ûrept à ce q^e le difiérend fftt reoTOyé à la dîàte de Bfdea, Celle* cîiot^dit toute hostilité et déclara, que Berue ne devait recovrir qa'k la voie du droit.
Il parait que tet Etat craignait de s'attirer trop d'eaneiiiifl Mf les bras, par uue guerre impopulaire et qu'il se désista tacitement de ses prétentions. Il se borna à exiger un hommage partiel ponr Palèsieux; mais rien ne prouve que le Comte y ait conseuti^.
La question religieuse était toujours là, envenimant toutes les difticuUés. Berne s'opposa au bannissement d'un ministre réformé à Oron. Il réclamait en même temps d'Albeuve un cens annuel de 35 liv.i à teneur de certains titres en faveur du chapitre* de Lausanne. Comtne ce cens n'aVait jamais été acquitté, on consulta TEvéque , à ce sujet. Depuis lors, on ne trouve plus les suites ie cette prétention (1541).
S\it ces entrefaites , un subside d'hommes nous fut demandé par Zurich d'un côté, par la France de l'autre. On trouva sans peine des excuses pour refuser des troupes à Zurich , dont il y avait peu de proflt à attendre. Quant à la France , on entra en négociations avec M. de Boisrigault et Voû se déclara prêt à ac-* céder à sa demande, pourvu que la France accordât à notre ville autant de places de Capitaines qu'à Lucernë et à Soleure.
D'autres petites tracasseries sans conséquence marchèrent de pair avec cette affaire. Un Capitaine fribourgeois, nommé Ulrich KbouDg, avec le sobriquet Hutmacher^ fut arrêté à Chambéry, mis à la question et exécuté. On en ignore le sujet. Ses interrogatoires compromirent plusieurs personnes «t même la Communauté entière. Notre Etat ne s'opposa point à son procès.
Le changement de religion avait tellement refroidi Genève à
1 Ce fut â la même époque que le chitelain de cette seigneurie, André de Gfujfères, irrité par la subhastation d*un moulin en fayeur d'un sieur CasteUa, co-Seigneur de St. Denis , envahit la propriété en litige, à main armée, et tua le meunier. Messe^gneurs intervinrent pour que ju^licé fut faite de cette viojonee. A. G.
200 SBCOm» PÀBTIE.
notre égwà t qoe nous n'y jouissions plus do la moindre considéra tion. Un fait suffira pour eu donner la mesure. L'huissier du Comt de Gruyères étant allé afficher une citation au pilier public d GenàTOi fijit emprisonné^ ainsi qnç les deux témoins qui Taccompa gnaientp Quand nous youlûmes intervenir en faveur de cçs hom me? f les Genevois répondirent avec beaucoup d'impertinence.
Pendant les troubles qoi agitèrent leur république, ils avaiei mis en dépôt chez nous un grand nombre de titres. Ils furei revendiqués à la fois par l'Evêque de Genève et par la ville. décida qu'on ne remettrait à la ville que ceux qui la concernaiei et qu'on garderait ceux de l'Ëvéque, jusqu'à ce que les d€U parties se fussent entendues.
Le clergé de Romont avait déjà été mis l'année précédente ei possession de la cure d'Attalens. Hans Lenzbourger, dont lei ancêtres avaient exercé la profession de boucher, avait sur cett( seigneurie une créance hypothécaire, qui valut, vers le miliea do 18°*' siècle, un titre de noblesse à sa famille. .
Conformément aux abus qui régnaient à cette époque , M.^ Montdragon occupait le prieuré de Semsales , sans être prèite* Cette circonstance autorisa Messeigneurs à adjuger pour deux aûs cette place à l'hôpital et on fit bien valoir ce motif, quand 1^ cour de France, qui s'intéressait à M. de Montdragon, mit celtt affaire sur le tapis. On avait accordé trois termes au prieur poo' recevoir les ordres, et, dès qu'il fut prêtre, le prieuré lui fut remu Je 12 Mai 1542.
Notre querelle avec Berne, au sujet de la Gruyères, n'était pa encore assoupie , qu'il s'en éleva Une autre, au sujet de Neuchâte et cette affaire présente presque un caractère aussi équivoque q"' celle de Furno. Il ne s'agissait de rien moins que de la vente du Cotn < de Neuchâtel à l'Etat de Fribourg, laquelle nous fut propos^ cette année (1542) par le prévôt de Valengin, investi, disait-Jl» ple'ms pouvoirs à ce sujet par la Marquise. Fribourg »« ^^^
OHJIPITM VK
î&t 4outer de ta réalité de ees tilres, bien qu'elle fût eoD(«s#êe F le Seigoeur de Prangiiis , amodiatèur da Comté , par le fcaittî VaUravers et autre» repré$eiitaiis> qui se èistèreat personfièlneitt à Fribourg, po«r «'opposer à cette vente. On fat bien suris h Berné ^ quand le 2 Mai , notre député Martin Se^inger vint Doneer ^'un fondé de pouvoirs de' la Marquise de Nèucbàlel Dposait à TEtat de Fribourg Tachât du Comté pour la somme de ,000 écos, dont 6000 seraient payés comptant^ puis le reste r dividendes annuels de 1000 écu». Le négociateur avait ajouté e, si la proposition n'^it pas acceptée, il ^'adressierait aut les de Berne « Lueerue et Soletire. Cette 'circonstance avait dé«rmînë Fribourg à proposer cet achat en commun à ta vîHe de erne*. ;
Il était éyidçpt que cetite acquisition importapte souriait km^ OQFernans* Mais jBerne s'y opposa en faisant valoir oertaio^ droits if/e Comté [allerley Erbung^^rechte und Gerechtigk^iten], a ne voulut point répondre catégoriquement à Wattenwi}le et à sguely, qui vinrent à Fribourg porter cette déclaration. Où xcusa sur Tabsence de quelques; membres du Grand et du Petit nseit y qui ^e trouvaient à la foire de Zurzaçh.
Un mois après, on produisit aux Bernois la copie de Toffre de ttte y copie, dit-on, venafnt de la Marquise elle-même. Et ceadant le représentant de celle-ci vint, avec le Seigneur de tranis, protester officiellement contre cette imposture, et demanda copie d'un acte, qu'ils déclarèrent faux.
Notre Gouvernement invita le prévôt à se rendre à Fribourg , ur justifier ses démarches\ Il y resta depuis la St. Jean jusqu'au Septembre ^. Il soutint la validité des pleins pouvoirs donoés r la Marquise de Longueville, et Nix fut député vers les trois nions intéressés pour leur faire agréer cette transaction. Mais
Tlliier. -^ 2 Son entretien coûta 242 liv. 12 s. 6 d., dépense énorme pour repoli Ihi reste, ia conduite de ce prévôt, peadaa|t âon séjoar à f^tbowi;, fut assez
pe parler; Soieore protisata aussi pothéqué et l^rne persista daiM «làt pas même se prêter à upe la Siogise. L'athat n'en fut pas is réserve du c^nsenteâieot dti n cooiprend que eeite déeisîoB ùt à notre Gouvernement de se le Jean de Hocbberg ne pèuvail ifientement du Roi de France el de nx>lre désistement à la Uar^ ivante, on renouvela avec Neti-
êe précédente, quatre députés seit, au tiocd du Roi, demandant jre, nouis ne voudrions pas eau- Cette detùande eut lieu de surdes hommes à ce puissant voisin, maïs jamais de l'argent. MM. Schmid et Fruyo furent incontinent envoyés à Soleure, pour demander sûr quel pied cet Etatw chargerait de son cautionnement et lui faire connattre qu'une stipulation qui compromettrait l'avenir de nos prapriéiés , pourrait bien être désavouée hautement , tant par la ville que par la caittpagne; et, partant, exciter quelque tumulte. Ils devaient en mém^ tefmps représenter que la Comtesse de Neucbâlel el d'jEnnissiei n'était pas une arrière-caution suffisante, d'autant plus que Th;pothèque qu'elle offrait venait de feu son mari et appartenait pai conséquent à ses enfans. Les deux Etats furent également d'accon pour refuser le cautionnement (1542).
équivoque. Se trouvant sans ressources péeuuiaires , il fbttéduit à faire ttn empntti chez notre mormaycur^jet de lui remettre en nantissement une chaîne précieu«< Mais celle-ci ayant été reconnue pour être du faux or, le monna^enr arrêta le vi que le prévôt envoya plus tard au Gouvernement de Fribourg. Le prévôt voula s'établir définkivemetit à Fribourg. On lui dit de s'adresser à cet effet au chapiU de St. Nicalas ou à celai de N<-d. A. C.
CHAFITBB VI. |M>3
An milien de ce§ agttatiooâ extérievres , le Goqvernemem pe H'dait pas de.¥«e la qaestîofn religieuse et coatino^t à sévir 3vec fixent contre les moindres aileîates portées au culte eatboliqae« (mie parole indiscrète à cet égard était sar^e-ebâmp puuie Eioe aoieDde plas ou moins forte, et un graod nombre de per* mnes eurent à expier le tort d'avoir maingé de la viande en [réme ^, ou joué les jours de grandes fêtes. Ou ne laissa pas d^ eltre en délibération si, pour le bien de la paix, il ne cQDvieodrait is de se relâcher un peu de cette sévérité et d'adopter un système e tolérance*
Quand cette question d'une haute gravité fut débattue en Grand lonseîl le 1" Août 1542, 84 membres s'efforcèrent de faire rlompiier les insjnrations d'une politique indulgente^. Mais la najorité décida que nulle concession ne serait faite et qu'un nou«veau ferment de fidélité serait prêté au mandat de religion; en vUle^ le jour de Se. Laurent, et, dans chacune des paroisses de l'an-leo territoire, le jour de la St. Barthélémy. Le parti de l'oppotion fut mal jugé depuis. On a inféré de leur vote que ces embres étaient personnellement peu attachés au culte catholique, ais leur opinion n'avait point cette portée. Ils se bornaient à ^sapprouver le décret qui obligeait tous les ressortissans imméats du Canton à le pratiquer, sous peine de bannissement. Ils vou-^ ient laisser à chacun pleine liberté religieuse. Peut-être en issent^ils profité, surtout à cause des mariages qui se conlracient fréquemment entre les ressortissans des deux Cantons. Quoi l'âl en soit , tous prêtèrent le serment, le 10 Août dans l'église 5 St. Nicolas; trois membres du Conseil seulement ûe s'y Irouîrent pas {çui ob arctas nécessitâtes adesse non poterant)^ voir : Brandenbourger, Lanther et Hermann. Le premier était
^ Aa trésorier ,. au banneret Kaanengiesser, au chancelier, au grandes aiftier, au crétaire de droit et à M. Peter Râtzo , à chacun 5 écus pour rechercher les maaîurs de viande. A peine la femme de M. Ulmann Techlermann put-elle obtenir, ms sa maladie, la permission de manger des œufs en carême. A. C. Comptes 1 trésorier pour 1543 et 1546. — ^ Voy. pièces justif. NQ^XII.
;^ 2JD4> SECÔNDB PARTIE.
•;'] en effet frèâ-înalade et monrat trois joors après. Le leademaifi de
. ' la cérémonie , on avisa TAvoyer de Solenre que tontes leê mfrac^
I ttons ayant été punies, on n-était plus inquiet pour la reKgieoi
. T* Le Octobre suirant, une procession fut ordonnée pour la cou'^
servation de la foi.
\ Tout eut été pour le mieux, si on avait apporté le même soin
' à relever la morale publique, qu*â maintenir les pratiques an-
ciennes. Malheureusement, sous ce point de vue, le désordre allait toujours croissant, parce que te Gouvernement ne savait pas donner à Tautorité de la loi celle de l'exemple. On laissait prendre Tinitiative aux réformés qui eurent Favantage de mettre les pre-
*. miers un frein au scandale du service étranger. Il en résultait, dans
les bailliages communs, des collisions qui nous fesaient peu d'honneur. Ainsi , le bailli de Morat non-seulement s'opposa au recro-
• tement pour la France, il fit mettre au carcan ceux qui s'étaient
laissé enrôler. Fribourg se fâcha et cita les Bernois à une journée de droit (vendredi 28 décembre 1543). La réponse contient, sous une apparente modération, une leçon dédaigneuse qui dut fair^ réfléchir nos magistrats : a Morat, disaient-ils, a embrassé laf^ • forme : or, vous savez avec quelle sévérité les lois de ceHe-^^
proscrivent tout libertinage, toute danse, toute indécence , toute ivrognerie, tout luxé dans lés habits, ainsi que tout enrèlenient étranger^ Vous n'ignorez pîas non plus , qu'en vertu du conveoa fait avec nous, les peines à infliger pour contravention à ces lois, nous ont été exclusivement réservées. Nou» espérons que von» aurez égard à ces considérations et que vous retirerez votre citation en droit. »
Ces enrôlemens se faisaient surtout au profit de la France. Les hostilités ayant recommencé entre l'Empereur et François P', les Suisses que celui-ci avait retenus à son service , marchèrent sur Perpignan , mais furent congédiés avant Thiver. Le contingeol
A A. G. Miss. fol. 161.
QBAFITRB VI.
iboHrg^s était eomodanclé par LôweQsteio et Werly. FrançoU Affry était porte-enseigoe. On retrouve plus tacd des Suisse^ à k itaiUe de Cerisoles (tô44), entr'i^utresf 4000 hammes levés, par ) Comte de Gruyères, bien que lui-méfue ne s'y trouvait p^s^ Q8 soi-disants Gruyèriens se décontenancèrent pipndant la mêlée
faillirent en comproipettre l'issue. Jacques Féguely, le même li cinq années plus tard fut nommé bailli de Romont , portait
bannière de Fribourg. Il la remit , avec la permission de ses lefs, à Jean Farnecker, brave officier fribourgeois ^ et courut ombattre au premier rang. La même année , on permit à Wilelm Yenny et au Conseiller Fruyo, d'accepter chacun une place le Capitaine dans l'armée française en Piémont. On demanda en général pour le service de France autant de places de Capitaines qu'en avaient les Cantons de Luceme, d'Uri, Schwy tz, Unterwalden etSoieure. Deux compagnies firibourgeoises, commandées l'une par P.Schmid, l'autre par P. Cléry, figurent dans l'armée française , gfoi opérait en Picardie en 1546. Quand on considère que jamais
aucune époque de notre histoire , la rivalité entre Berne et Fri- Qurg n'avait élé excitée à un plus haut degré ; que la première e ces deux villes, suivant le cours toujours prospère de ses estinées^ agrandissait chaque jour son territoire , étendait sa omination et son influence; que déjà elle nous enveloppait e toutes parts, semant partout sur nos frontières les germes e la réforme; que. les bailliages administrés en commun étaient n sujet perpétuel de discorde, on s'étpnne qu'une nouvelle uerre n'ait point éclaté entre les deux villes-sœurs, lutte acharée , décisive , dont il est douteux que les chances eussent tourné
notre avantage et qui eut probablement fait tomber Fribourg u pouvoir de sa rivale, comme Pise tomba jadis au pouvoir e Florence, ou l'eut forcée de se jetter encore une fois entre »s bras débiles de la Savoie. Mais nous avions aussi avec ce
* €*ëtait sans âoute un ramassis ide divers pays , car jarnuis la Gruyères seule 'eut pu fournir autant de monde. D'AU en fait erronément des Grisons.
Pm»
206 ncomt^ p^abtib.
ToisiD des démêlés «Mm graued ponr qoé rEmpèreor erlri nécessaire de Doas 'dlfrir ga médiation.
Grâces à ralttance fédérale et sirrtout à eelte qui noas anissait plas étroUement aux six Cantods cathottqoes et au Valais, nous échappâmes à cette alteruative désastreuse, et les dissentittiens, quoique profoudémeot envenimés, n'aboutirent jamais à d^ voies de fait. Loin delà , les deux Etats renouvelèrent lei^ traité d'alliance le 8 août 1545. Un seul article y fut ajouté, c'est que dans les pays nouvellement acquis, nul -ne podi^rait être jugé que pour dettes reconnues légitimes par le juge ordinaire. Mais on avait eu soin de faire Rter préalablement par un tribunal d'arbitres la ligne de démarcation entre les deux Gantons, prés du ruis*seau de Chandon, entre Gudrefin et Delley, entre Grancour ef Rueyres, entre Châtel-St. Denis et Corsier, entre Echallens et quelques lieux voisins. Cet acte fut dressé par le Chancelier k Soleure, en présence de deux notaires, dont l'un de Berne , YdMise de Fribourg.
Une occasion de mettre cette bonne harmonie à f épreuve ne tarda pas à se présenter. Des troupes espagnoles s^étaient n^ semblées au-delà des monts et mena$aieiit Genève. Ces démott" stratioùs hostiles avaient été évidemment provoquées par le parti catholique. Aussi les Bernois s'apprétèrent-ils sur le champ à refouler les aggresseurs. Ils ne se bornèrent pas là, ils demandèrent notre coopération au besoin, et, chose étonnante, Fribourg U promit. Sur quoi, ils nous remerdéreiit, sous date du lundi 21 décembre 1545.
On décida effectivement, au nom de Dieu^ une levée de 3000 hommes 1 le 18 Janvier 1546; cinq cent des nMres devaient se joindre aux Bernois qui marchaient sur Genève. Notre bannière devait être accompagnée de deux serpentaux, six fauconniers et quatre demi-fauconniers. Ordre fut donné à tous les baillis de tenir prêt chacun un cheval pour le train d'artillerie.
1 A. C. Missiv. fol. 39. .
Cette concefitffttfOB de Iroopes étrasgëres en KémMtr tiot Ie§ deax Cantons eo èchee, pendant tout le eonrftnt de eetie année (/$4G). D'antres défmonstratioiis se fesanlen Frandie-Comt^y ils déddèrenl une nouvelle levée en décembre, posr défendre las froHtières du pays de Vaud. Oa en fut quitte pour les préparatifs de cette double expédition.
Cependant Forage de la réforme grondait toujours. Elle avait
pénétré dans le Valais « où nous envoyâmes à ce sujet une dépu*
tation. Le danger permanent , qiii nous menaçait , rendait notre
Etat si défiant contre toute innovation, que, bien qu'il eût insisté
sur la convocation d\in concile général, il refusa ainsi que les
autres Cantons catholiques d'assister à celui de Trente, trouvant,
dit-il , qu'il n'y avait rien à changer à l'ancienne foi ^. C'est sans
doute à cette défiance, que se rattaché le bannissement du maître
Kheole Salât. Le prédicant le Comte était accueilli par quelques
soiûfii^és fribourgeoises , non sans dsmger pour le maintien de la
reii^ion catholique. H dédia à leurs Excellences un livre fort
étendu, intitulé : les démégories du Comte d'Estaples , sur tous les
dimanches de l'an, les sacremens, le otiariage, les trépassés
La Savoie insistait sur la restitution du pays de Vaud. Le refus fot formel, et Fribourg déclara catégoriquement que non-seulemeBlilgfarderait ce qui hii était échu , mais qu'il soutiendrait Berne dans la conservation de ses cokiquétes^. C'est peut-être à l'occasioD de toutes ces circonstances plus ou moins menaçantes , que Messeigneurs ordonnèrent cette année deux processions en dé-* ceittbre, à Yhonneur de notre Père céleste; l'une aux Corde^ liers , l'autre à la croix de Miséricorde ^.
La communauté des bailliages était une cause permanente de conflit entre Berne et Fribourg, et la bonne intelligence fut de nouveau troublée au sujet de Granson, où il s'agissait de faire passer
< Rucbat. — 9 Ibid 8 ibid. -- 4 a. G.
2^ sBooif m PAiTiv.
la réforme à la piaralité des suffrages, sous les au^çes du bs^lU )>erDois. Fribourg devait naturellemeat s'y opj^oser. La Gontes^tiaa prit un caractère ^ sérieux, ^ue déjà Berne jetait une garnison dans Yyerdon i. L'ajournement de cette votation put seal calmer les esprits. Nous nous opposâmes également à une taille imposée par Berne sur le pays de Yaud , mais seulement pour ce qui concernait nos r^sortissans. Berne n'insista pas ^.
Dans la crainte qu'inspiraient les troubles d'Allemagne, la diète envoya cette même année (1547). une ambassade au Roi de France, pour demander à. ce Prince la fidèle surveillance (das treue Aufsebenj^ en vertu de la paix perpétuelle. On chargea de cette mission W. Sonnenberg,. de Lncerne, et P. Cléry^ de Fribourg 3. •
La mort de François I", qui eut lieu à cette éj^Qqae, n'altéra pas nos relatiops avec la France. Son successeur, Henri II, sutéga* lemeni cajoler les Suisses qui renouvelèrent à Soleure le traité d'alliance. Il ne s'agit plus de conquérir le Milanais, mais (le le défendre, s'il était attaqué. Cette alliance excita des troubles daoS le Valais, c^t la diète s'assembla à Fribourg, pour pacifier ce
pays.
Nos chroniques sont heureuses de pouvoir mentionner la chsrfne ' d'or, qu'à l'occasion de ce mc^me traité, notre Capitaine, W^^Yenoy, reçutde Henri If, ainsi que ses collègues. Ce donétaitjpneimagefidèle de la dépendance où nous tenait la Fr^ce, ^u moyen.de son or. Mais les gouvernans en profitaient s^uls, e^ quapd.qn^que^boorgeois s'avisèrent un jour d'ep, réclamer leur part , on les n^enaç^ de la prison^. Il fallait chaque année. sortir 8.00 à 1000 liv, de 1^ caisse publique pour parfaire les pensions que Mess^gneurs avaieo assignées à chaque membre dq Grand et du Petit Conseil.
1 TilUer; No»ohroniques n*en parlent pas* — »Ibid. — ^hB 15 juin l54Si tomba une grêle. si prodigieuse, depuis Berne jusqu'à Genève, que les céréales lès ti^es et quelques maisons même en furent endofnmagées. Il s'ensuivit no grande disette. Rucfaat. — ^ La chronique Fruyo fait mention de procédures < même d*exécations , qui eurent lieu en 155^. Les Archives n'en parlent pas.
CHAPITRB VI. 209
Quand le roi de France entra en campagne contre PEmperenr, Jost Frytag, notre Conseiller, fit partie de la députation fédérale, gai alla solliciter un nouveau terme pour la neutralité . d^ la Franche-Comté (1552),
Cette même année, le Conseil secret, qui avait ét( rétabli, avec plein-pouvoir de faire, ordonner et né jugerait de plus utile à la république , sans respons Il pouvait aussi recruter à volonté. Cette espèce d établie pour parer aux dangers dont on était men TAlsace, aux frontières de laquelle se massaient des forcés françaises imposantes. On n'était guères plus tranquille du côté de' FAllemagne. On avait acquis des preuves certaines que TEm-* pereur avait l'intention de réintégrer la Savoie dans ses anciennes possessions du Pays de Vaud *.
L'ofdre fut donné à tout le pays de se tenir prêt à marcher. Où fit même une levée de troupes pour la France, et cette, compagnie fut placée spus les ordres du, capitaine Cléry. Son frère luii fut adjoint comme lieuteqant et Nicolas Praroman en qualité dO) Banneret. On défendit, sous peines de mort, à. tout capiJainQ^ étranger de recruter dans le pays 2.
Berne , Fribourg et Soleure avaient sur la Thurgovie des prétentions que leur contestaient les co-£tats. Le tribunal des arbitres fédéraux avait décidé que ces trois villes devaient résigner leurs droits , chacune pour 2000 flor. , ou renoncer à l'exercice de là juridiction , en ne se réservant que les droits de Landgerîcht et
* Ce fut à la même époque, qu'on sollicita de Ivi la permission de retirer des sa-^ lines de Salins, 40 charges de sel par semaine; plus, une pension de cinq charges de sel pour notre bourgeois François Meyer , qui avait remplacé, dans cette négo* dation, feu TAvoyer Praroman. *— ^ Quand, Tannée sutyante, on apprit les succès des Suisses en Picardie, le trésorier Reyff dicta au secrétaire du Conseil, que cinq jours auparavant (vendredi 4 août 1553), à dix heures du soir, on a^ait vu au ciel deux armées en bataille , entre lesquelles se tenait un homme de haute stature. A. C.
SIO SECONDE PArriB.
éeox obtei^QS pendaat la guerre de Sooabe. Ces déi»41èa, m «ijet de la TtMirgavie, se fK^oIongèrefit jusqu'au aiilieu d« 18* siècle.
Ceux avec Berne, touchant les bailKages communs, duraient toujours. Cet Etat ne voulut pas permettre que nos armoiries fussent placées à côté des siennes sur la nouvelle Maison-de-vilk de Schwarzenbourg , prétendant qu'à lui seul appartenait la jaridiction dans ce bailliage. Il s'y arrogea aussi la haute chasse et la nomination du Banneret K
Mais la question la plus irritante et la plus envenimée était celle du culte réformé, que Berne était intéressée à étendre dans ces bailliages y tout comme Fribourg se croyait appelé à lui op* poser de fortes digues. Plus d'une fois cette question fut sur le point de se vider par les armes. Pour prévenir une collision qui eut été désastreuse pour le vainqueur lui-même, on avait, dés 153S, arrêté, dans une conférence à (a Singine, un mode d'administration religieuse des bailliages de Granson et d'Echalko^ ^*
Le traité comprenait six articles. On y réglait : 1^ La nommation des pasteurs respectifs. Elle devait appartenir au Canton fis cette année-là , avait l'administration du bailliage (so dannzu,' mahl Rath und Zug derselben Herrschqft hat). 2® Les causes matrimoniales. 3^ Les amendes et autres punitions pour inconduite. 4^ H fiit convenu que les hommes seuls étaient apt^s à voter pour ou contre le changement de culte , et que tout votaal devait être propriétaire de maison et établi dans l'endroit où h votation avait lieu. Jusqu'ici il y avait, comme on voit, parité d droits et d'avantages pour les deux Cantons co-Seigneurs. Mai un dernier article portait que toute votation faite en faveur de 1 réforme seraU irrévocable, tandis que, pour le maintien de l'an cten culte, on pourrait toujours revenir sur la décision et votei spontanément plus d'une fois, en présence des députés des dea Cantons.
* A. C. — 2 Voy. plus haut, page 191.
CtiAPITRfi VI. 21 i
On ne ecmçoit pas comment FKboui^ pat faire à sa redoutable rivale one concession ie cette natare» qui foi assurait le triomphe (définitif de la réforme dans les bailliages mixtes. Il faut avouer que nos diplomates firent alors preuve d'une grande incapaciCé ou d'une grande faiblesse. Berne n'eut garde dé ne pas en profiter et d'établir des précédens contre lesquels Fribourg eut dû protester sans délai. Quand nou^ voulûmes y apporter un correctif , Berne s'en tint rigoureusement à la lettre du traité. Une nouvelle conférence eut lieu à la Maison-'de-ville de Berne, le 19 février 1554, entre nos députés NixetList et ceux de Berne, Wattewille, Tillier, Tribolet et Augsbourger. Trop tard éclairé sur les funestes conséquences d^ l'article qui réglait la votation confessionnelle, Fri^ bourg chercha à les atténuer en proposant un serment pi^alable qui serait iipposé aux votans et formulé ainsi : « Je jure que le 1» vote que je vais émettre n'est provoqué ni par intrigues , ni par ^ meii^ces , ni par promesses ou dons qudc^nques ; qu'il n'est » point acheté. Je l'émets librement, spontanément, consciencieu- » sèment *• »
Pour engager Berne à accepter cette formule , Fribourg se sert de termes si afiectueux, qu'on serait tenté de prendre sa proposition pour une requête.
c( Vous voulez, dit-elle aux Bernois, que la votation se fasse » consciencieusement (mit Ehrbarkeit) : or quel moyen plus sûr » pour arriver à ce but, que l'assermentation préalal^le? Tel vo« » tant qui se présente avec de mauvaises intentions , reculera ï) peut-être devant le serment. Tel autre , convaincu de parjure, » pourra être puni d'une manière exemplaire.
]» Cette clause additionnelle , nous vous la demandons au nom B de la paix et de l'entente cordiale qui doit régner entre les
i Ich schwôre das ich nil durcfa Praktiziren , ait darch Terkeissangen , nit dorch Miet and Oabeo befwegt, ^erkauft, noch g^eiirsachet bin, sonders a«ts freyem, eigenem, ungezwuugenen, nnpraktizirten , and unYerl&aQfteii Willea and retaer Cons^enz dias oder dass melure.
ai 2 SEGONDB PARTIB.
» deux Etats : nous la demandons aussi dans Tintérét des popa- » latioDS soumises à notre autorité. Le temps qui corrige tout » {die Zeity welche aile ding àndert)^ en fait senlir impérieu- » sèment la nécessité. Sans doute » le texte d'une convention esl » inviolable : mais les circonstances changent, et quand vous nous » avez demandé la modification du traité concernant notre corn- » bourgeoisie et le sur-arbitre ^ , n'avons-nops pas eu égard à » YOtre demande? Chers frères, fidèles combourgeois ! Nous vous x> conjurons, an nom de Famitié qui nous unit et afin d'en resser- D rer les liens , de condescendre à notre demande 3, »
Berne demeura inexorable. Les motifs sur lesquels Fribourg appuyait sa demande devaient précisément la lui faire rejeter. Car c'était bien son intention arrêtée de poursuivre , par tous les moyens possibles, le triomphe de la réforme dans les baiHiages mixtes, de recourir pour cela aux séductions de tout genre, à l'intrigue, à l'intimidation : dès-lors, la formule du serment demandé par Fribourg ne pouvait que ia contrarier. Elle cfaercb néanmoins à couvrir son refus de prétextes plus ou moins pbffsibtes.
«Nous ne demandons pas moins que vous, répondit-elle, k 10 maintien des relations amicales entre les deux Etats , le boaheor x> de nos sujets , en tout la paix et l'harmonie. Votre but est anssi » le n6tre : mais les moyens que nous voulons employer pour y )» parvenir ne sont pas les mêmes.
» Nous croyons d'abord que le premier de tous repose dans » l'inviolabilité des traités existans et si laborieusement conduits à » terme. Sans cette garantie , nulle association ne peut subsister, » et plus un Etat est grand , plus il doit y attacher de Timportance.
< Unsere Herren und Oberea haben Euch auch bewîliiget ia Bargrechten dei Cbmaons halb Endcrnng ze tbun auf ibr Begebren. — » ^ Getriiw, liefo Mitbtlrgei und Brttder, wôUen wir euch nocbmalen âuf das allerfreandlickst so uos môgUcl Ist, ankeert and gebeteo baben. Uns zu gefallen , yon mehrer fHindschan wegei guUglich zn bewilligen und nachzulassen dass der Eydt, etc. Lettre du 5 mars 1554