CHAPITRE VI
» Or, ie ^^è delà Singine a été saDclionné par toutes les forirmes légales qoi reDdent une transaeii&n sacrée et inviolable. » RéguliéreoieDt diseaié et approfondi par les arbitres, énoncé » par rObinanD» confirmé par les Gouyernemens respectifs, adopté » définitivement par eux, il ne saurait plus être soumis à une » nouvelle discussion.
» Quant au serment que vous proposez, loin d'éCre une garan- » tie d'ordre et de paix , nous croyons qu'il n'est propre qu'à faire » naître de nouveaux troubles et qu'il provoquerait justement les » embarras que vous voulez éviter K
» En effet, de quel droit pourrait-on dire à un votant : vous
» ne prêterez pas le serment, parce que vous éles couf^able d'ia*
p trigue ? Comment justifier une pareille inculpation ? Dès^ors,
• qu'on juge de sa colère et du tumulte qui en résulterait. Nos
» députés y risqueraient leur vie.
«L'embarras serait encore plus grand, quand, après l'asser- » mentation , il s'agirait de prouver la culpabilité d'un votant.
» Et puis, qo'entendez-vous par intrigues? Ce terme ambigu » est susceptible d'interprétations diverses. On peut appeler intri- » gant celui qui, pour arriver à son but, promet comme celui qui » menace , celui qui vante son culte et déprécie le culte opposé , » qui insinue , conseille, informe, même le prédicateur sur la » chaire : cette ambiguïté donnerait lieu à des débats interminables.
» Il réÉfulte de toutes ces raisons, que Tassermentation que vous » demandez n'est pas admissible. Nous croyons , qu'à teneur du » traité, la présence des députés des deux villes doit suffire pour î) prévenir tout désordre pendant la votation. Mais nous sommes » d'avis aussi que tout individu convaincu de l'avoir influencée par A des moyens illégitimes, soit sévèrement puni. »
i UDd was mao woilte furkommen , dass man eben das mit dcm £) dt furdercu wttrde.
214 SBCOROB PARTIE.
Ouatody aprdfr avoir épuisé de part et d'atitfe to arg«ntens , on se fut convaincu que nulle transaction n'était possible , tes den% parties en appelèrent à la sentence du sur-^arbitre , Gaspard Kroag, Conseiller de Bàle. Gelui<*ci prononça , le 25 juin de la métne année , en faveur de Berne i. La votation à ùrhe « eut lieu à teneur du traité et une majorité de 1 8 voix y décida Tadoption des ooovelles doctrines. Les prêtres catholiques avaient été exclus de rassemblée et, sans l'opposition de nos députés, M. Tribolet, de Berne, alors bailli, eut fait cesser sur-le-champ la célébration de la messe et des vêpres. Notre Gouvernement eut beau protester contre cette manière d'agir. Il fallut procéder à l'inveutaire etaa partage des biens ecclésiastiques. Pribourg offrit un asile aux prêtres et aux enfans de chœur d'Orbe, mais ^opposa à une votation semblable pour Montagny, près Granson. On y dépêcha, ainsi qu'à Orbe, MM. Reyff et Kuntzi. Ils trouvèrent qu'à l'exception de six particuliers , tous les habitans de Montagny demandaient à rester catholiques 2.
* Je me sins un pea étendu sur ce sujet, parce que je désire que cet exposé sem de réponse et de reëtification à un passade de Thistoire du Canton de Y»iiÇ&t M. Olivier. On y lit, page 832 : « Fribourg, qui était en Suisse la ville catho^^e » par excellenqe y protégea bien moins efîficaGement ses coreligionnaires que Berne » les siens. La cause n'en était pas seulement dans l'inégalité de puissance desdeox » républiques. Fribourg savait fort bien, quand elle le voulait. Se laire écouter; » mais la réformation d'une contrée , qu'elle et sa rivale possédaient, en eomman, » avait un secret pour trouver grâce à ses yeux. C'est que l'ancienne église étant D dissoute , les deux souverains se partageaient ses biens. Aussitôt que la ploralUé » des voix l'avait décidé, terres, legs et revenus, ornemens de culte, toutdere- » naît propriété de l'Etat, et les Seigneurs de Fribourg ne se montraient pas moiof » empressés que ceux de Berne à serrer leur lot , calices , aubes , chasubles , et à y> l'emporter dans leur ville. Cela explique bien des choses.
» Aussi^ dans les arrangemens que prirent les deux viUes pour mellre an teriae » aux émeutes , n'est-on pas trop étonné de voir un article qui sacriflait complète » ment les catholiques à leurs adversaires. Il portait que , si le prêche avait poor )) lui la majorité dans une paroisse , toute messe devait y être abolie , mais que si 9> c'était la messe , le prêche n'en continuerait pas moins. (î'était donner gain de » cause à la réforme, o
Après avoir la l'histoire des troubles religieux dans le Canton de Fribourg , aa sujet de la réforme , on peut au contraire se convaincre qu'aii Gouvernement seul appartirait la gloire d'avoir sauvé l'ancien culte , et que jamais il n'en a négligé l'occasion , sauf ce moment d'oubli que nous avons signalé, — ^ On transpor(a d'Orbe une grille âe fer, qui fut placée à notre chapelle de St. Jost, près Montorge.
C&APITRB VI. 215
D'un antre cèté/l«s catboiiqués de GransoD adresséretft à Mes- «eigoeOTS la lettre saîvaQte :
. « Très-redoublés Seigneurs !
» Humblement proposent devant voua nobles audiences vous
» huipbles obejjsans et désolés subjet^ de voutre ville de Gvanson
^ teQanf la religion de nous bons aneêstres , qu'est la messe , que
» il y a l'espace de 24 ans qui sont été molestés , piqués , voire in-
» duits par ^eux qui tiegnent la nouveUe religion » teUement que
3» plusieurs querelles et débats durant ce temps en sont suscités,
D dont maintefois vous aurez eu grand peine et fâcherie , tant pour
» obvier aux intentions des adversaires que pour les mettre en
2> paix et concorde et Don-obstant que pendant le dit ternae, ils
» n*ayent été prescbés ni admonestés de leu£ religion et foy en
» laquelle ils désirent vivre jet n^urir , ce néanmoina il a pieu à
^ Dieu les, garder et préserver en icelle jusqu'à présent, non-
» obstant menasses ou rigueur , qui leur isont esté faites. Et pour
» ce y magnifiques Seigneurs ! qui ont résisté du passé sans avoir
» ég^ard aux malgraces , sur Fespérance de voutre bonne ayde et
» maintenance , laquelle à présent ou jamais en toute humilité en
» rhonneur de la passion de N. S. et R. J.-G. ils vous requièrent
» suppliant de coeur chrétien vous noubles Seigneuries mettre re-
» mède aux entreprises des prédits adversaires, lesqueux derniè-
» rement , le dimanche dernier jour de septembre demandèrent le
» plus tâchant par ce, moyen, pour avoir leur couraige, ruiner la
» mes^e et autres ecclésiastiques services , esqdels tant de gens
» de bien si longtemps ont f écu et vivront encore au plaisir de
}> Dieu. Il y a environ 15 aps que ils demandèrent desjà pour-
» quoi si ainsy leur permettez , n'y aqra jamais fin et ne cesseront
» jusqu'à ce que le dit saint service soit de tout aboly et esleint,
;» et que vos dits catholiques subjets soient contraints de vivre à
» leur appety selon leur reformation. Ce que au bon Dieu ne
» plaise permettre advenir. Car c'est chose dure et pitoyable à re-
216 $eco|ipj& p^iiTiK.
» citer ^ qui Taos doibt, souyçrams Seîgoeiirs, esBftottvmr et D induire à ajoir pitye et compassion de vous dits tristes et humr » blés subjets avec ce de ne souffrir, qui soyent contraings par )> cette magniére du plus qui se fait de toutes sortes de gens, 1^ boni? et mauvais, de rivre coi^tre \mt conscience, qui leur fe- ^ rooDl nn regret merveilleux i mais plutôt procurer qui puissent y> vivre et demeurer selon leur foy et religion ancienne. Gonéidé- » rez que desjà comment dessus est dit, le plus fut faict à vostre » cbasteau du dit Granson en la présence de MM. les deux Avoy^'s, » Monseigneur de WattewiUe et feu Monseigneur Peterman de D Praroman. €e fésant, magnifiques Seigneurs, ferez cpurre x^ agréable à Dieu et monstrerez qu'avez crainte et vouloir de non i> laisser périr en Voutre dite ville de Granson son dit saint ser- » vice, au moyen duquel serons grandement consolés vos prédits » catboHques snbjets qui en 'tonte humilité et révérence, tegnioDS » Seigneurs à vous nobles et bonnes grâces, de bon cœur se re- » commandent, priant le Créateur, vous donner la grâce de vaio- » cre et suppediter tous vos adversaires. Amen ^.
Ces douloureuses réclamations du parti catholique restcreot sans effet. 54 voix contre 44 avaient décidé la suppression fe Tancien culte à Granson et nous dûmes considérer ce fait comme accompli. Les deux villes convinrent de faire au prieur, Biaise Grivet, une pension de retraite. On lui alloua la somme de 1000 écus payables en 5 ans, par dividendes annuels. On lui laissa la jouissance de la dtme de Chamblot, de la vigne do prieuré et du pré dit de la Jillie. Il accepta, dit-on, ce traitement avec reconnaissance. Quant au couvent, il fut convisrti en grenier et quelques religieux furent reçus dans le couvent des Gordeliers de Fribourg. On fit à celui-ci cadeau de la petite cloche de Granson et de quelques ornemens d'église ^.
* Affaires ecclés, IV* 390. A. C. — 2 On avait trouvé sur le clocher le placard suivant : Haecdomus, heu superum, Plutouisjanua flncta est : Et retioet rap|dum pro duce Roiua Inpuin.
Sans doute, dit Fontaine, quelque Cardinal, bien ancré à Rome, s'était fait adjuger ce prieuré.
Ce fut à cette époque, qu'après avoir parcouru toutes les
phases de la jeunesse , de la virilité et de la décrépitude , le comté
de Gruyères reudit le dernier souffle de sa vie individuelle. C'est
ici le cas de reprendre le fil de son histoire, dont nous avons
déjà esquissé le commenoement jusqu'à Pierre lY l.
i Yoy. le Chapitre III de la Première Pirtie»
218 SECONDE PAWIB.