CHAPITRE VII
Lt Gruyères. — SacceMeurs de Pierre de Vanel. — Troubles du Gessenay. - François ^^ — ContesUtion eotre les héritiers de François II. — Jean III* — Corbières. — Michel. - Ses prodiçaNiés. -^ 8a détresse. — Comicet. — Le Doc de Liegnitz. — Amédée de Beaofort. — Premier démembrement. — Bannerets de Fribonrg, compromis. •— Discussion. — Partage. — Steiger. — Départ dn Comte Michel. — Capitulation rejetée. ~ Mort de Michel. ^ Son testament. — Taille imposée à tout le Canton. — Dispositions peu docfles des nou?eanx sujets.
Noos avons tu la maison de Grayères surgir au pied des Alpes, â'y affermir sous le règne de souverains prudens et briller d'oo éclat inaccoutumé , tandis que le temps enveloppait déjà de ses ombres les murs croulans de presque tous les châteaux voisins. A celui de Gruyères ne manquail rien de ce qui faisait alors b magnificence d'im castel féodal de haute lignée. En dehors, ^ position, ses tours , ses remparts, ses fossés, son pont-leviSi^ garnison défiaient l'attaque la plus audacieuse. Dans ses sall^ somptueusement meublées, circulaient des chevaliers, de noU^ dames, des pages, des écuyers. Ses portes hospitalières s'ouvraient aux princes , aux troubadours et aux pèlerins. Le jardioi l'abattoir, l'arsenal, le préau des joutes et des assises, la chapelle golhique , la salle d'armes , l'épaisseur des murailles fixaient Vattention des étrangers ; mais ce qui distinguait ce manoir de tous les antres , c'était l'affection filiale dont l'entouraient tous ses vassaux : c'était la débonnaireté naturelle et instinctive, qui caractérisait la famille du Seigneur suzerain.
Pierre de Vanel, qui mourut en 1344, avait été marié deux fois et avait laissé plusieurs enfans. Sa veuve, Catherine de La Tour , fonda un anniversaire à la Part-Dieu et un repas pour les
CfiAFITINS Yf. 249
fieligieux qui le célébreraient Eiie destina à cet îi^age 40 sons, i prreDdre sur la recette du Gesseoay.
Son fiis Rodolphe IV, élevé à la cour de Savoie, travailla à affermir les relations de bon voisinage , établies par ses ancêtres, avec Fribourg. On peut lire dans Girard le traité conclu à ce sujet entre les deux puissances, en 1379^. Il devait parer aux abus dans les citations ecclésiastiques et aux dififêrends qui pourraient survenir pour dettes. Il fixait en même temps I# mode d'arbitrage.
Rodolphe marcha au secours de soû allié le Duc de S^voic^, cotutre les Val^sans qui avaient arboré la bannière des Viscontis sur les tours de Sierre et envahi le Chaj>lais. Mais l'armée alliée fut surprise et taillée ai j^ces par les montagnards. Le com|e de Gruyères eût couru le plus grand danger sans l'intrépidité de 400 hommes du Gessenay , qui défendirent en héros le pont du Hliiè^e. La paix ne se fit qu'au bout de neuf ans^ p^ar l'entremise des communes du Simmentbat. Elle fut jurée dans un jie» solitaire, prés d'un petit lac.
Rodolphe tâourut de bonne heure, après avoir agrandi ses domaines par un double mariage. Son fils Antoine lui succéda.
Les communes d*OEx et de Gessenay s'étant liées plus étroitement avec Berne par un traité de combourgeoîsie (1403), Loiïis de Jàinviile, bailli de Vaud et tuteur d'Antoine, vit cette alfianc» de mauvais œil , bien qu'on y eût pleinement réservé les droits du comte et que cêlui-cî fût lui-même bourgeois de Berne. Mais trop faible pour réduire ces montagnards par les armes , il chercha d'abord à les diviser, à l'occasion des frais de combourgeoisie. Ce système ne lui ayant pas réussi, il tenta d'enlever les auteurs du traité , pour les garder en otage jusqu'à son annulation. Dans ce but, le Banneret de Gruyères se rendit à OËx un joiir de f#ire, avec 500 soldats^ Mais Guillaume Maschig , qui gardait les troupeaux dans Tagreste vallon d^Etivaz, ayant eu vent du complot qui se
Î2# SECONMt P;4IITIE.
Iramftit , en avait averti son frère, pjremîer magistrat do Gesseoay, ainsi que le Banoeret Gapleser* Ceiai-^ei se mit à la tèle dç 150 boimne^ bien armés et alla attendre à Œx les Gruyèriens. Dés qu'Us paraissent p il s'avance résolument vers le c^ef , le saisit, le, renverse de cheval et le fait prisonnier avec quelques hommes de sa tnite , entre autres le châtelain d'OEx , qui avait trempé dans ie complot. Tous ces prisonniers furent remis aux Bernois et enfermés dans la tonr de Blankenbourg.
loin ville se plaignit au Duc de Savoie et fit marcher des troupes ; Bèrtie arma de son côté. On a pu voir dans le VIV Chap. de la Première Partie de Thistoire de Fribourg, comment se termina cette petite guerre qui mit la seigneurie dans un grand embarras ^ à cause de ses relations avec les trois parties belligérantes.
Antoine mourut sans laisser d'héritier lég^itime. Mais son fils naturel, François 9 ayant été légitimé par l'Empereur en 1443, lai succéda. Un procès qu'il eut à soutenir cpntre Ambland de Belmont, au sujet d'Aubonne, entraîna des recherches curieuses sur lésais ciennes coutumes du pays. On ne put découvrir par qui elles fureat établies , tant leur origine était reculée.
Françc^is V fit cause commune avec Berne et la Savoie, dans la campagne contre Fribourg, en 1447. Mais dés que la paix fot conclue, il redevint bon allié de cette seigneurie. Il agrandit le château* de Gruyères, dota la ville d'un Conseil municipal, d'un droit d'ohfflgeld , tant en ville X[ue sur les villages de Pringy et d'Ëpagny , et d'un droit de vente dans toute la châtellenie. Il renouvela celui de qe point porter les armes au-delà de la Trème. U rendit d'éminens services au Duc de Savoie contre le dauphin de France , se distingua dans plusieurs rencontres et fut nommé Maréchal de Savoie, Seigneur de Gorbières, et, à plusieurs reprises, bailli de Vaud. En 1 467 et 68 il se rendit à Fribourg, en brillant équipage, pour y prendre part aux fêles de carnaval.
(MAMTRB VII. Dai
La guerre de Boùrgfogse allÂiC s'ftlti!imèr, Ff mçois fot KiQp^ çonné de fâTtifîàer le passage dés Lombards qui allaieDt reofor^^er farrmée de Charles. Il parvint poèrtant à dissiper ees soupçoiïs H à prévenir ainsi Finvaston dont ia Gruyères éUit menacée. Ce foi daBs ces circonstaiices, que ce pays sollicita et obtînt ta cembour-^ geoisie de Friboorg^ Le Comte mourut la même aQQé»/ft75 , après ea avoir ratifié le traité.
On sait que son fils Louis prit une part active à la bataille de Morat. Il fut un des arbitres appelés à juger les différends entre la Savoie et les S^uisses. Il demanda et reçut la bourgeoisie de Fribourg, qu'il hypothéqua sur une maison de la Planche. Onze ans plus tard , Berne lui accorda également sa bourgeoisie , moyennant une simple redevance annuelle de 10 flor. Mais il n'en jouit pas longtemps, car il mourut la même année, laissant un fils en bas âge, François II de nom, sous la régence de sa mère, Claudine de Seyssel. . .
En 1487, François, en qualité de Prince du St. Empire, reçut dé l'Empereur Frédéric une lettre datée du 9 octobre, par kn quelle ce monarque l'invitait à se rendre personnellement à Augs* bourg, le jour de la St. Georges, pour s'y concerter avec les autres Princes, au sujet de la défense de l'empire, toujours me- Bacé par le Roi de Hongrie *.
Fribourg eut , pendant cette minorité , quelques démêlés avec la Gruyères , et ses ressortissans n'y fureîit pas vus de bon œil.- L'aOaire des limites de Morlon était toujours pendante, sans pouvoir approcher d'une solution définitive. Ce fut aussi à cette époque, que Jean Bachmann suscita des troubles dont le récit n'appartient pas directement à cette notice.
Ce fut bien pire après la mort de François II, qui eut lieu en 1499. Jean de Gruyères-Montsalvens vint disputer la succession à
sa. fiUe Rose, qm avait épousé le Sire de Vergy> un des plus pmssans et plus riches Sdgnears de la FraDchc-Gomtéy avec le-' ÇBel Berae avait eoBelu uo traité de coinbourgeoisie. Un traHé semblable bous liait a^ec Jean et nous impliqua daos la lutte de soceessioD. Berne et la Savoie s'en mêlèrent aussi , ceUe-ei comme suzérÉQ', les Bernois comme protecteurs des deux dames K D'un autre côté la majeure partie de la p<^nlation gruyérienne , surtout le Gessenay, s'était prononcée pour Montsalvens. Le Duc fut enfin appelé à porter une décision conforme au coutumier de Moudon. Mais il voulait que le congrès /des arbitres se tînt à Genève et nous préférions Lausanne. Le fameux Dufour , dont la triste célébrité se rattache si honteusement i Thistoire de Fribourg^ fut le négociateur que le Duc employa dans cette affaire. Enfin le bâtard de Savoie et d'autres commi]Ssaires du Duc , réunis à Genève avec ceux des deux villes , après s'être assurés que les parties se soumettraient à leur jugement, arrêtèrent l'arrangement suivant:
1^ La Comtesse douairière aura , pendant sa vie ^ la jouissance de la seigneurie d'Aubonne, en sus de sa dot et de son augçtv^ 2' Sa fille , dame de Vergy , recevra une pension annuelle ^ 900 flor« 9 payable à Noël sur la seigneurie d'Oron ^. Après la mort de sa mère » elle entrera en possession des baronnies d'Âobonne et de la Molière, à la réserve expresse que la première pourra être rachetée pour la somme de 30,000 flor. et l'antre pour celle de 4000 , par le comte Jean , Seigneur de Montsalvens, lequel, en cas de refus, pourra déposer ces sommes entre les mains du bailli de Vaud et s'emparer des dites seigneuries. 3** Il y aura amnistie entière pour les officiers de l'un, et l'autre parti. 4^ Jean , Seigneur de Montsalvens , en sa qualité de légitime héritier et successeur, descendant par ligne masculine des
^ EHes s'éUient vues forcées d*éyacuer en toule hâte la yiile d'Aubonne , d'où leur compélileur menaçait de les expulser. 11 avait déjà chassé et battu un messager de la Gomteste* — > L'abbé Girard n'est pat d'accord ici avec nos Arcfalves. dit que Rose devait recevoir , une fois pour toutes , 15,000 liv. de Savoie.
Comtes^ fie Grtijféi^s ^ à teneur des plus «aeiess lechunrens qpi sont ta force , et en vertn de la loi saUque « doit rester traaqmlle pos- Mssenr du comté de Grayères et de la baronnie d'Oron et de toutes les terres et droitures possédées autrefois par les Comtes Louis et François H et par noble François , Seigneur d'Oron , à condition de se reconnaître débiteur de toutes les dettes affectées à ces domaines et d'en supporter toutes les charges.
Tel fut Farrangement conclu à Genève, le 22 juillet 1501. Les défenseurs du Conite étaient Guillaume Felga , Avoyer, François Arsent et le Chancelier Nicolas Lambert. La dernière clause valut bientôt à Fribourg un petit agrandissement de territoire. Pour racheter une dette 9 le comte Jean vendit à cet Etat, en 1504, la moitié de la seigneurie de Bellegarde, pour la somme de 9866 liv. 13 sous I den., valeur de Fribourg (710,356 fr.). Bugnet en fut le premier bailli.
Celte aliénation de territoire était d'un mauvais augure pour la nouvelle dynastie. Cependant le règne de Jean III fut long et encore assez paisible <• Il épousa, en 1519 ou 1520, la sœur d' Antoine de Vergiéz, Archevêque de Besançon. £n 1529 il conduisit loi-méme sa fille au couvent d'Estavayer, comme s*il eût voulu h mettre à Fabri des orages qui se préparaient, et dont le premier éclata quelques mois avant sa mort , au sujet de Gorbières.
Un jour il fut aussi surpris qu'indigné d'apprendre que , par les ordres de MM. de Fribourg , le bailli de Romont s'était transporté I Corbières pour gager cette seigneurie, parce qu'elle relevait du ]omt,é de Romont ^ dont la souveraineté leur était dévolue par Iroit de conquête. Les commissaires fribourgeois siégeant à Ro- Qont devaient, d'après le texte de leurs instructions, leçer de \ag€ le château de la Châtelenye de Corbières par ei>oul^ ^lon de Veschine de la porte du dit château^ le notifier m
1 Son maître d'hdiel fit quelque sensation à Fribourg , en 1537 , par sa mauvaise onduite et l'eiriè^ement d'une fille. , . .
324 SBGCMIINE* VARUB.
Comte, ea présence 4c àeux féoioiw , et^aprés qamie jonri écotilés, vendre ce ^omaiiie à Tei^aii à Jftomoiit
Friboorg fondait ses prétentions sur ce que le Comte de Gru jères^ dans sa lettre de bourgeoisie, s'était reconnu vassal de la Savoie , et que, dès lors, puisque Fribourg avait conquis le droit de suzeraineté sur cette seigneurie , elle pouvait Texercer librement. Mais le vieux Comte ne l'entendait pas ainsi. Il protesta vivement contre ce qu'il appelait une violation de ses droits seigneuriaux * et envoya en même temps son inattre d*hôtel à Berne, pour se plaindre. Dès le lendemain , deux députés bernois , HM. Tillmann et Augsbourger, vinrent à Fribourg formuler ces griefs. Ils ajoutèrent que le Comte étant sujet et vassal de Berne^ cet Etat nous priait amicalement de retirer la sentence et de suivre la voie du droit, i teneur des traités de combourgeoisie. C'était vers la mi-juillet ( 1539. On promit une réponse pour le 22. - |
Sur ces entrefaites , le Comte alarmé par de faux brait»,, is^ sembla quelques hommes de Saanen et de Cbâteau-d*(£i,fOQC résister à une tentative armée sur Corbières. On lui écçivil^^ le désabuser. Il renouvela ses plaintes dans sa réponse. On loi&t observer qu'il n'était pas fondé à appuyer son refus sur le traita de combourgeoisie, puisque lui-même, dans ce traité, avait excepté la maison de Savoie comme étant son suzerain ; que la souveraineté de Romont nous étant dévolue (par droit de conquête), il devait nous en prêter reconnaissance.
On fit , le 22 , la même réponse aux Bernois^ en les prianil de ne pas nous troubler dans la jonissaaoe de nos droits légalement acqois. On leur représenta qu'en supposant même que le Coi^ de Groyères fût leur sujet et vassal , ils devaient se souvenir qpe pkisteors de nos bourgeob et habitans possédaient des fiefs dans les limites de leur souveraineté , et que , loin de les empêcher de leur prêter hommage , on les y obligeait.
C0AP1TBB yn, ffî5
Le nw*di 29 îoUlel, Ga^tella, cbâtdiÎB ât Gruyères, et Casais, à la ièie d'une députation do pays, Yinreftt encore pour pro* tesler, au nom du Comte de Gruyères, en nous prévenant qu'il pourrait s'élever du tumulte dans le pays.
Dès le l€(nd^main, HM. Kuutzi etZimmeraiann allèrent représenter au Comte combien iCotbligfations il nous avait et que, s'il s'obstinait dans son opposition , la sentence de Romont s'exécute-* rait. Il parait que Berne se désista de son intervention i; c«ff le 5 août t après avoir entendu la relation de nos dépotés revenus de Gruyères, on pria les Bernois d'aiinaneer au Comte que, sur l'insinuation qui nou^t avait été faite, nous étions disposés à um conférence amicale, et que js'il consentait à se rendre à Fribourg* il devait en prévenir nos combourgeois de Berne.
Cependant la Gruyères s'animait et osait menacer. Des préparatifs et des revues avaient lieu dans plusieurs localités. Fribourg ordoûBSi , de son côté , à tous ses baillis de pourvoir à ce que leurs ressortissans fussent munis de cuirasses et de bâtons ferrés. Pendant la nuit , le bailli de Bulle annonça que les Gruyériens se disposateot à marcher sur Corbières. Le Comte Jean déploya , (kns ces circonstances difficiles, une énergie et une fermeté dignes d'éloge. Sans marquer ni arrogance ni faiblesse, il se mit en mesare de défendre ses droits à main armée; mais en même temps il entra en négociation et se déclara prêt à ouvrir une ct^nférence amicale, dont il fixa lui-même le jour 2. C'était le mercredi sui* vant , et il y comparut en personne, avec l'Avoyer de Wattewille &t Rodolphe Diesbach, de Berne.
Friboctrg ayant récusé ces arbitres , le Comte en proposa d'autres et une seconde journée, soit à Payerne, soit à Morat. On
i Tillier ne fait aucune mention de cette affaire» — ^ ]Les Gruyériens s'étaient tlaints de ce qu*on avait défendu à nos ^ens de leur vendre du grain ; ils menacéent d*u8er de représailtes et de ne plus amener de bétail. On leur répondit qu'on ivait craint que les barlatiers étrangers n'accaparassent le blé et ne remmenassent Itrs du pays*
226 SBGOHDB FAftTlB.
choisit œ demîer Heu, el, poor aiUires, MM. Wirz, d'Uoterwal^n, ei Kerterig, de Soleure. Ceux do Comte fur^t Grassy , de Bieniie^ et SonHenberg, de Locetoe. La jouroèe fol fixées au premier dimanche après la St. Martta ^ pais ajournée pkis tard.
Jean ne Tit pas la fin de cette grave difGcultS. Il desreendit dans la tombe, dans la nnit'do 22an 23 novembre 1639, laissant trois fih et trois filles et à son st^ccesseur des dettes à payer , des caationsemens àremfiKr, des procès à terminer, une fonle daprêtentiond à combattre , oà trésor vide et un héritage en proie à la convoitise d*avides voisins qui Ywéieni dé|à entamé. Jean comptât parmi les ennemis les plus andens delà réferme religieuse i
Le règne de François V et de Louis avait été pour la Gruyères son âge d'or et ie point culminant de sa gloire. Jean ne sut poinf mettre à pro6t cette brillante succession, ou plutôt Theure était venue, où cet astre devait s'éclipser. Après sa mort, il déclina rapidement vers son couchant, et les dix-huit années, qui closent off cycle de onze siècles, ne furent plus pour b Gruyères ({é^^ longue et douloureuse agonie.
L'avènement de Michel ouvre la série des revefs qui frappii^^ eonp sur coup sa dynastie séculaire. Ils ressemblent à ces craqs^ mens sinistres, qui présageiit la chute d'un vieil édifice, ébanli snr ses bases. A mesure qu'on avance dans cette lamentable ktôtoire , le cœur se sert e sous ie vague pressentim^t des choses q^i vont s'accomplir. Fribourg et Berne apparaissent au fond du tabieao comme deux fantftmes menaçans , qui étendent sur ce beau pa;: une main spoliatrice. Le jour n'est plus* éloigné, où la Gruyèrd perdra son indépendance , et où le dernier de ses Princes chéri ira végéter obscurément et mourir ignoré sur une terre étrangère On sent à chaque page la fatalité mystérieuse qui le poursuit, Teatraîne et le pousse dans l'abtme. A dater de cette époque , un seo timent d'indéfinissable terreur se mêle constamment au souvenir à passé et à la pensée de l'avenir.
1 Yoy. pièces juslif. N** XHI.
dHAHtftfi Til* 287
 peine Michel eÉt-4i^ oomiiièiieè à régner, que Berne fi^ valoir, aiee menaces , seê prétBotimia^ amUtieoses smt lé comté. Tai dH ailleors t^omment eHè$ Chutent repdussées avec faide de fVîbôurg. Michel éiak bean ^ galattt, fartoetui , hospitalier ^. Mais leiséjonr de ses f^édéceseenra <kins les cjMirs étrangères^ les franchises accordées à ses svjets, aQ)E dépens da fisc. Une maa?aise administra-^ tien f les dejlte^ contractées, par son prédécesseur, ayaieat fait une brèche considër^le à sa fortune. Il n'en passait pas mainft son temps dans les fé(es> tanfM chea lui ^ tantôt à la coor de l-Ëmperenr ou du Roi 4c France, ce qoi l'entraînait dans des dépenses auxquelles ses revenus ne pouvaient suffire et qu'il &Uut, couvrir en empruntant de fous côtés , même de ses propre domestiques K Il acheva de se ruiner en équipant à ses frais un régiment de 2000 hommes cpntré les Espagnols et les Impériaux. Chevalier de Yordre de France , il voulut se mettre lui-même à la tète de ces \ioii|es,et,avantde partir, il emprunta à l'Etat deFribourg 1500écus
ef fannée suivsmle encore 300 , sans doute pour subvenir aux frais
de la visite qu'il fit alors au Roi de France.
Fribourg n'avait garde d'écarter un pareil solliciteur, payant l'intérêt de 5 yo- Comme on n'avait pas sur-le-champ cet argent à sa disposition, on l'emprunta. On conseilla en même temps au Comte d'instruire la diète de Baden de son départ. !l^n général on avait beaucoup d'égard pour ce Prince qui se livrait, pour ainsi dire , aux Fribourgeois , sfins réserve, On permit au D' Clarius de rester quinze jours chez lui pour le soigner. On permit aussi à Wilhelm Yenny d'accepter la place de capitaine, que le comte lui offrit dans l'armée du Piémont.
1 La chronique Lenzbourg nous a conservé deox lettres adressées au CîouTemement de Fribùurg par le Gon&tc Micffael. Elles sont d'une piquante originalité, mais sa»s date. Elles ont été publiées dans le fauitiéme tome du Conêertntear suisêe^ -^ ^ En 1568 on vit arriver à Fribourg^ Jean Maignin, son ancien valet de chambre. U venait réclamer le paiement de 100 écus d*^or , qu'il arait autrefois prêtés à son mattre. Sa créance était légalisée par le maire , les écheyins et le >€onseil de la ville de Salins , où il avait fixé sa demeure.
►B PAfiTIB.
équés en partie lur la seignearie rg^ avait reBoneé pour ne pas lëgî- Plus lard le Gomle eof agea aussi le BseBtemral de son frère et de son rsel ^ Il espérait que la cour de
^ jrand dévouement et qu'il en serait
amplement récompensé. Mais les Gruyériens s'étant mal comportés i la bataille de Gérisoles , le Roi refusa de le payer et n'eut aucan égard au réquisitoire que le Comte lui présenta à ce sujet. Il fit inutilement un second voyage en France, en juillet 1544^ et an troiâéme, en février 1547. Dans les instructions quil donna à Marilley partant pour Paris ^ il y a un passage qui est un véritable cri de détresse : Si le roy ne paye pas , je suis du tout affolé et ruiné. Pressé en même temps par Fribourg d'acquitter les censés de sa dette, Michel sollicita délais sur délais, et finit par engager formellement la ville de Gruyères et tout ce qui dépendait de sa bannière , pour la somme de 5000 écus. Fribourg Iw accorda un délai de trois ans pour la somme hypothéquée ^or Gorbières ^. On lui donna en même temps une lettre de ree^^* mandation pour appuyer ses prétentions contre le Roi de Fraoce. Mais celui-ci ne voulut payer qu'en vertu de sentence juridique; à peine lui faisait-il parvenir encore sa pension de 4000 livres tournois. Pendant ces ajonrnemens et négociations, l'intérêt seul de sa dette avait déjà atteint le chiffre de 11 00 écus. Le Gomtese vit enfin forcé de Recourir à un nouvel emprunt non moins onéreux de 5000 écus. Ge fut le dernier qu'il obtint. Le Roi, cité à une journée de droit, ne paya point. Trahi, dépouillé, abandonné, serré de près par ses puissans et nombreux créanciers, k
^ Charles de Ghaillant, Seigneur de Villarsel » GbAtelard et ACtâlens , avait époos< fsaiiçoise, sosur de Micliel, laquelle sarvécut à soa époax. — ® Une quinzain d'années auparavant, dame Barbe, veuve de feu Jacqnes de Gorbières, avait dh trait et légué en mourant quelques terres de cette seigneurie. Hais comme ce fi( constituait un majorât indivisible, noble Creorges de Gorbières, Banneret ^ Gruyères, dernier rejeton de cette Camille, sollicita et obtint la cassation de c legs.
GSAPITRB YII* 229
oalheureux iSkkel recourut à toutes sortes d'eipédieus, signes
ivant-courenrs d'une banqueroute itamirnente. Je ne compte pas,
lans ce nombre, son entrée dans la Confédération, qu'il obtint le
6 mars 1548. Malheureusement cette garantie tardive, qui eût
ité efficace dans toute autre circonstance , fut alors illusoire. U
'X- Mais, profitant d'un privilège accordé en 1396 par l'Empereur U
^enceslas à Rodolphe IV, Comte de Gruyères, il fit frapper une
Qonnaie portant d'un c6té Tempreinte de ses armes , de l'autre une
roix avec cette inscription : Michaeî Cornes et Princeps
rruerie 1552. Uexergue portait : transvolat nuhila çirtus *.
lette monnaie, qui était de cuivre, valait un demi-batz, soit
\ iiards de France* II y avait aussi quelques pièces dorées et d'au-
res en argent valant 5 batz. Il fit même frapper des pièces d'or
valant 2 ducats. Le bruit courut alors qu'il voulait abjurer la re*
[igion de ses pères et se vendre aux Bernois. Cette rumeur trouva
créance à Fribourg, et c'est à cette occasion, que, dans le Manual
ie 1552, sous date du 30 juiflet, on trouvé deux glaives tracés
la plume , avec ces mots \ Signum indignationis alta mente
epostum r émaner e débet.*
Le 2 mai 1552 il fit convoquer, au son de la caisse, les codices de Gruyères , hors de la porte occidentale de la ville , dans me petite plaine appelée Çhawnne. Là, il proposa à ses fidèles ujets de leur remettre le haut domaine de ses Etats , pour qu'ils e gouvernassent comme les petits Cantons, à condition qu'ils •aieraient ses dettes. Une chronique le fait parler ainsi :
«t Mes biens personnels passeront à mes parens de sang; mais %es châteaux , droits seigneuriaux et autres prérogatives 4e Seineur. Comte et Prince de Gruyères, baron de Montsalveftô, etc.» oas appartiendront. Vous serez un peuple libre et souverain, DOS gouvernant d'après vos lois et coutumes, et votre constitua cm sera celle des Gantons suisses : Scbwyz, Uri, Unterwalden.
A U en existe an exemplaire an musée de Fribourg.
» La ville de Groy^fm cdifoiiera d'ètrelafeajriialecla comtés et* le gouveroemeot q«e vous êiabKrez^ y stégera; •
» Je ne me réserve que, ma vie durant, la jouissance de mes droits et prérogatives.
» Mais en échange , vous paierez mes dettes qui vont à huit mille écus d^or environ. Vous les répartire:^ entre vous de la manière la plus équitable que possible. »
Le contrfkt fut accepté et reçtit, dit-on, un commencement c^'exécution par rétablissement d'un impôt de six sols sur chaque vache. Mais il ne put ressortir son effet , parce qu'il était contraire aux arrangemens pris avec Berne et Fribourg *.
Deux aventuriers de haute jiaissançet.vinreaU^ ajonter aux, embarras du Comte de Gruyères. Frédéric, Ducde Lignitz en ^lèsie, qui avait dilapidé toute sa fortune en vQjages et foUes dépendes, était venu de France chez le Compte de Gruyères et de là à Fri' bourg, où non-seulement il dissipa tont ce, qui lui restait, mais fit encore des dettes. Il s'était installé à !§ Croix-^blançhe^ et i^ était son amour du faste, que, dédaignant de faire à pied le^Brt trajet depuis cette auberge jusqu'à la Collégiale , il s'y reniùl toujours à cheval et escorté ^. Mais comme il ne payait plus, fotce lui fut de renoncer à ce luxe et même à l'auberge ^ où l'on ne voulait plus lui faire crédit. Le Comte Michel lui-même, à qui il avait engagé sa vaisselle d'argent et ses meul)les , ne voulut plus ni lui prêter ni répondre pour lui. D'ailleurs, dsins les embarras financiers où il se trouvait lui-même, il lui eût été difficile de trouver soit des espèces, soit du crédit. Les deux souverains se brouillèrent sérieusement; car le 7 juin 1552 , le Duc se présenta en personne devant les Deux Cents, et, après avoir fait le narré de ce qui avait donné lieu à son différend avec Michel, il se plai-
^ Ghroniqae Iienzboarg. — ^ Il y reconnut un jour les armoiries de sa Umifi^* peintes sur one tonique de liéraut, suspendue parmi lés trophées, et qui avait été prise à Ton de ses ancêtres au combat du Schwaderloch.
CHAPITBB VII. 931
^ fue selui-^ eut af^até des hommes ^pollr !• gariler à ime et qoe le mattre d'bôtel do Comte ent fri^j^â son. d^meatiquet daos soB propre logement. Il prélendit n'avoir £ait le voyage en Soisse qu'à cause du Comte» dont ramitié Iqi paraissait sincère, et qoi 1^ laissait aajourd'hni sans renseignemens ni ressources.
Le Gouvernement de Friboarg punit les gens que le Comte avait apostés devant la demeure du Doc , et infligea une amende an maître d'hôtel Martini. Huit jours après on ménagea un accommodement. Le Duc consentit à payer au Comte 4000 écus» dans le terme de six semaines » pour toutes ses prétentions. Il lui remit en même temps en gage quelques joyaux de prix ^ , lesquels furent déposés entre les mains de Messeigneurs. Le Duc devait envoyer un de ses gens, avec un Conseiller fribourgeois à Lyon, pour y emprunter les 4000 écus.
Tout paraissait réglé , lorsque le Prieur de Marsens, accompa- ^é du métrai Papaux et de plusieurs autres témoins, vint se pteiadrequë lé Duc de Lignite était venu à Marsens, y avait fait enfoncer les polies do couvent, s'était établi avec sa suite^dans le réfectoire, y avait allumé un si grand feu, qu'un incendie fût près d'éclater; que ces Messieurs avaient foulé aux pieds et br^ des images et incendié deux moulins. L'un d'^ux, le SicTid^ Bibaay^ avait forcé la chambre de Dom Gremaud et.^enversé le lit, sous prétexte d'y chercher des concobitttôs. Un jutre , après mainte violence t avait poursuivi un religieux, Mipée en main, jusque dans ie cimetière. £ncore . ces jeunes Seigneurs né payèrent-ils pas la moitié des frais.
On entendit le capitaine Villeu, qui était de la suite du Duc, le cuisinier du couvent, George, et ses marmitons. Le désordre ayant été constaté, on pla/a cet hôte incommode çt turbulent sous la surveillance de l'aitorité. Au bout de deux mois , il de-
^ C'était cinq pierres preneuses , qui lai furent restituée» plus tard par k .trésorerie.
vinanda la pemii^oo de Sè reoâre à Soieure. Ofi la lui accorda, mais il dut jurer, en toucbaut le bâton de jusli^e» qu'il se^istexait personnellement au jour marqué. EiiliB ce noble àventorier s'esquiva et alla se réfugier auprès du Due de Wurtemberg. €elaici acquitta bien quelque-nues de ses dectes ; mais plusieurs permîmes h Fribourg y fureut pour les frais ^.
Un autre personnage du même acabit, Âmédée de Bèaufort, Seig^irar de BoU et vassal de Berne, ayant enlevé la fille encore mineure de la comtesse de Varaz , dame bourguignonne et combourgeoise de Berne , vint se réfugier chez le Comte Michel , son cousin. L'Empereur et le Roi de France prirent fait et cause pour la Comtesse. Le premier , après s'être adressé à toute là ConfMé»ration , invita spécialement l'Etat de Fribourg à réclamer do Comte de Gruyères l'extradition du ravisseur et de sa femme. Le Comie, qui avait obtenu pour eux un sauf-conduit, en demanda la prolongation et maintint son droit d'asile , |iu risque défaire éclater sur lui de nouveaux ressentimens ^. Mais le bruit de cette affaire iî'^ bientôt dominé par celui de la tempête qui grondait déjà s«r^ Alpes gruyériennes. ,
Les ressources sur lesquelles BUebel avait compté sembkéen^ s'éloigfim de lui, à mesure qu'approchait le terme fixé pour la lerntôre échéancv de ses dettes. Au lieu d'appui , il ne rencoatrait partout qu'ingratitide et abandon. Un jour qu'il avait besoin de chevaux (car ses écurie étaient vides), il en demanda au coovenl 4e la Val-Sainte ,foBdé pur un Seigneur de sa race et doté jadis par ses aïeux. Le prieur eut la dureté de lui refuser ce léger service- Un procès fut intenté àMiciçU par ce même Amédée de Beaufort , que nous venons de voir si elficacement protégé par lui.
^ En 1556 on donna à Gonrade Helbling et àioble Benoîi de Praroman une lettr de recommandation pom- le Dac de Lignitz ^ acu)mpagnée du témoignage que li somme d'argent qae le Duc avait fait remettre à H, François Wëck s'est trouvé être juste. — 3 En 1548 Roll demanda la bourgeoise de Fribourg. On lui pennî d'y demeorer comme habitant. Il s'offrit à servir sous lotre bannière et à formel avec ses nombreux amis , une compagnie de cavalerie.
CBWITM Vil. 233
Ce fol M>M ees trfotes auspices ipatû épousa , en 1653 , Blader leinede Hiolandi BoMe dootiridre de Bourgogne » dont la fidélilë et l^ttachemeat à soa malbeoreui ëpoox ne se déaientirent pas uo bâtant y et qui |»artagea gènéreusaneot a^ec lui le fardeau de ses revers. L'iiistoire est sobre de détails sur cetie dame » mais ce qu'elle en dit fait augurer avantageusement de son caractère. Mad. d'Aumont, sa soeur ^ la recosunandant un jour à Messeigneurs de Fribourg, déclarait que la Comtesse avait toujours eu pour elle non-seulement les égardb d'une sc^or , matô toute la tendresse d'une mère.
Le jour fatal était venu. Le premier démembrement du comté eut lieu dés 1553. Fribourg prit possession de Corbiéres« pour la somme de 18,000 écus hypothéqués sur cette seigneurie. Ce fut Barthélémy Reynauld qui en fut le premier bailli. Berne ne voulut pas permettre que les limites de la baronnie de Afontsalvens, corn* ^e dans cette adjudication , s'étendissent au-delà de la Tinna* Le £omte avait profité du sursis de trois années, qui lui avait été accordé pour corrompre les Bannerets fribourgeoi^ , en leur faisant à chacun un cadeau de cent écus. Ils mirent en conséquence le veto à la subhastation. Mais le motif de cette opposition ayant été découvert , le patriciat naissant en prit occasion de limiter la souveraineté populaire. Les Bannerets furent non-seulement déposés de leurs charges et rayés du rôle des bourgeois : il fut en outre décidé 9 contrairement aux constitutions de la république , que ces représentans du peuple ne seraient dorénavant plus nommés par lai et tirés de son sein , mais par le Sénat et choisis parmi ses memhte». Le Grand*-Sautiert Pierre d'AIt« qui avait trempé dans cette félonie , fut également déposé. Nos institutions démocratiques reçurent ainsi un contre-coup funeste du malheur de la Gruyères.
La diète de Baden mit en discussion formelle les biens du Comte Michel^ qui y consentit, par une déclaration datée du 21 décembre 1553, quinze jours après son mariage. Plusieurs journées fêdé-
S34 SBOOlHftB PM»!IE.
raies fureat ternies à Benw et à Fiiboorg , et on^aiitretàJ^ayerAe. LesilSpatésdiEBGi^tms-iiimiidèroBtflevmaftÀdel^'ederbo^^ stirrarbtlrevett eomme «rbUi^t^ Georges ftedingt de Sdiwyz, Gtlg Tcbomli, de Glam, Oiors Siiri> de Sûlewe» et Alexandre Peyer , 4e Sebafftouse*
Bien (Jue la possession de ^orbïèreô ne fàt encore qae proviisoire , rintérêt de la somme qui f affectait , cessa de courir. On procéda ensuite à la subhaslation d*Oron et de Palésieux , grevés poer 2000 écus. Toutes ces hypothèques avaient été reconnues et légî- ^ tîmées à une journée de droit, tenue à Tscherlitz , hameau aujoar-
d'hui contigii et aqoexé du grand village de la Roche.
Le tribunal arbitral devait s'assembler à Fribourg, le 6 oov.
1555, pour. mettre à exécution le décret de partage* L'avanl-
reille le Gotatè se readit lui-même dans cette capitale, ber^sé es-
I eore de quelques Htusions. Quand, pour lui faire honneur, h
: Bannereis List et Preytag raccompagnèrent > jusqu'à son ehàteM,
■\ on eût p^ voir dans eec hommage rendu à une souveraineté «î'
pirante , la guirlande dont on par^ les victimes avant i^ «saciife^
Le jour du jugement, la commission liquidatrice se réunit âU
Maison-de-ville de Fribourg et procéda avant tout à l'inventaiw
i des donvaines; mais Fribourg s'opposa à ce que la seigneurie de
Corbières y fût comprise. Dans le bordereau des dettes , le passif
atteignit le chiffre énorme de 1 1^,167 écus d'or au soleil.
Alors , en présenee de la famille du Comte et des principaux la^éanciers , la eomaiission déclara la déchéance formelle de ce malheureux prince ; ses sujets furent libérés' du serment de fidélité, tc^ute faculté de tester ou de léguer lui fixt interdite ,^ sas domaines furent adjugés à ses créanders, à la tôte desquels figO" raient Fribourg et B^rne. Ils furent tous colloques d'après l'ordre de d^te et d'hypothèque.
Voici un précis de cette sentence mémorable :
CHAMTSB VII. 286
t^ t^a pallier siqMlriewe da eomtë, qtiiv depuis UrTiona^ûd der Boçké)^ s'élèye }a»]ii^au Siebeùthal^ sav^r : les Caves, Rossi** niéres, (M\^ Rougemoni «t Saanen, pays depuis loif|g^eitips Ué avec.BBme par on traité de comlioiurgeojisîe ,< apparlteodra en toute propriété à l'Etal de Berne , d toutes ses dépendances, localités, fa d'églises et de couvens y situés , haut tion et toute domination quelconque, leur à proportion ; de manière que dessus de la Tinna , soit dans la haute ne doivent plus, comme d'usage, d bannière de Montsalvens.
2"" Par contre, toute la, partie inférieure du dit comté, depuis la Tinna en bas, saveir : le cbàte^t la ville. el: toute. U baaniére de Gruyères, le ebâfeau et toute labanoiiëreideJiloQtsalvettSi lé Tinir^de--Trém0, resteront m ta«^e propriéliè à l'Ëtat^deF^bourg a,?ee leufii anufixes et dèpendamses , «omme.eU^s %^ spéeî£é«â dans l'article précédent, ^t spéckilemest iè i^hâtew de &ruyt3i!es avec la Qhapelle, l'écarie, la niaison, le jardin, les troit gi:eoiers et la tour nommée, Si^la-barba. Le çhàtea^ de Montsalvens, la Tour-de-Trême , avec la grande «et la petite artillerie et le mobi-^ lier , lui seront également cédés pour 4500 écus.
3^ Toutes ces propriétés seront taxées par des commissaires nommés ad hoc , et ce qui manquera à la somme résilUaut de la taxe pour parfaire le prix d'achat, sera réparti proportionnellement entre les parties co-partageantes.
4^ Bien ne sera innové dans les usages et le commercé des deux parties du comté, qui forment à présent une souveraineté distincte. Les cens , dîmes et autres redevances arriérées appartiendront toutes aux nouveaux propriétaires, bien qu'échutes avant le partage.
236 sfiCœiDS riATiB.
5^ Les âemx. pMlies qo^^^partageaiites se garaotiMeiit motoellement lears nouvelles propriétés coQlre toale préteatioo étrangère et toute entreprise hostile, qui les nœnaeerait.
Ainsi fait et passé à Fribonrg, le mercredi 6 novembre 1555
La Comtesse s'était trouvée présente à l'ouverture de la séance Elle était accompagnée de Mad. d'Aumont, sa sœur, et de M. d( ' Villarsel. Elle eut même la force de protester pour la mieux-value, pour ses cautionnemens , son contrat de mariage et les avance! pécuniaires qu*eUe avait faites. Mais, quand le secrétaire se leyi pour proclamer la sentence, alors le courage abandonna eetu noble dame. Elle sortit de la salle, fondant en larmes. Cette scène émut tous les assistans, mais ne ralentit pas le cours de cette cnteUe proeédure-
Quanl au Comte , il avait quitté Fribourg avaql la séance, ^ testant en^ vain pour son honneur et sa chwalerie^ brillanies reliques du moyen*'4ge , qu'on pouvait dé|à reléguer dans le domaine des prestiges romanesques, ei^ni T^at était depuis loflf t^npa terni par ime politique égoSstf.
Ainsi s^àccomplif, au pied des Alpes, un acte de violetce<(&^ deux siècles plus tard, lés souverains de l'Est devaient imiter aa pied des monts Crapatbes, sur les bords du Bog et de ia Vistole. Le partage de la Gruyères devait préluder en miniature à eéni de la Pologne. Mais celui-là revêtit au moius l'apparence des formes légales , ne coûta la vie à personne ^ et ne fit que suivre la voie ignoble des banqueroutes vulgaires, tandis que le patrû moine des Plast et des Jagellons fut lacéré sans prétexte , avei effusion de torrens de sang, sous l'invocation sacrilège de 1 Sainte-Trinité et aux cris poignans de vingt niiUtona de viétioies
MM. Reiff et List furent chargés de se concerter avec les antre créanciers moins intéressés, et les Bannerets avec Berné, touchai
^ Je me trompe : il y eut deux exécutions au Gessenay qui refusait de prét( serment (1555).
GHAPtTRB VII. 237
le partage. Car de part et d'autre oA était décidé à acheter ie
comté, »ai» sealement lorsque la masse des créaDciers ea aarait
pris possession, parce qu'on voulait l'avoir libre et franc. La
com^li8sion Favait taxé 110,000 écus. On en offrit 70,000 aux
créanciers qui les refusèrent La. somme foi (ensuite portée à
80,500 écus.
L'évaluation des valeurs saisies ne s'opéra pas sans difficulté.
Les Bernois taxèrent les hjens^fonds 31^00^ florins de plus que
les Fribourgeois. Il s'éleva aussi une contestation, au sujet des
usaiges de Rougemont et des corvées de Lessoc. De même les
chAteaux et bfttimens au--dessous de la Tinna, évaloés par les
Bernoijs 10,000 écns, n'en valaient que 3000 selon Fri^owg. On
convint de réduire la première somme à la moi^ Enfin , comme
la réunion de toutes les taxes > tant celles des commissaires qu'au^
très i, ne formait qu'une somme totale de 53,103 écus, SijSp'*
nw, 5 gros et 3 deniers, et que ponr parfiHre les- 80,500 écus
in prix d'achat, il restait encore à payer 27,306 éeos, 15 gros
et 9 deniers, on fut longtemps à négocier pour déterminer la
quote-part de chacun des deux Etats au complément de cette
somme. Les Bernois n'en voulaient payer que le tiers ^ les Fri*
bourgeois que la moitié. L'Obmann Georges Reding se rendit inor
ttlement à Berne pour solliciter nne concession éqoUabte. Forcé
enfin de prononcer un j^oment à la Singine* après de longues
discussions, il décida que Friboorg ne paierait que 17^670 écus^
10 sous et 6 djaniers, G'étmt 000 écus de n^oins que ce que Berne
voulait nous imposer. La liquidation faâtç , chaque Eti^ relova 1^
sujets de l'autre du serment de fidélité» pr^é aux deux c^ t^fiiwh
mon. Les deux villes payèrent 500 écus pour les frpis de la dis-
cassion et 11,485 écus pour les cens et frais des créanciers. Ge^
pendant la commission fédérale reconnut que Fribourg avait payé
798 écus de trop pour Gorbières. Get excédant fut défalqué de la
^ On avait choisi six taxeun aa-delà de la Tiooa et six en-deçi. Les terres furent mises k Tenchére publique, sous réserve d*en payer le lod â chaque chansement de mains et sous un cens annuel.
238 SBCaHINB VAKSIU.
fool^part qai loi revenait pour le^eoii^é. La oléine commission f ésenra exprestément fuùégtiib des firattcbises et cooliaiies^ des rajets griiyérieiis*
La nomlireuse parenté du Comte s'était donné mille peines pour arrêter cette discnssion. La Comtesse en particnHer avait promis de payer à la St.-Gall (mi-octobre), la somme de 15,006 ècus, produit de la vente de ses domaines privés en Bourgogne. Mais ces offices , afinsi que les démarches de M^ ie ^VWâirsel , échonéreot devant le projet bien arrêté des deui villes de s'emparer de la Gftuyères.
La subhastation d'Oron et de Palésieux offrit des difficultés telles, qu'il Whit y renoncer* Plusieurs créanciers étaient colloques snr ces domaines, entré autres le Canton dUnterwalden et la demoiselle de BfofniHon. Quoique nous eussions prié ceux dTInterwàlden de ne point se défaire de leurs créances , ils les cessionuèrent à M. le trésorier Sieiger, de Berne, pour 7000 écus, dont 3600 payables comptant. Les Bemdis mirent ce déifier en pos^esâv d'Oron et, pour que Fribourg ne s'en aperçût pas , ils priren/feaf cfbémin par Moudon. Là^dessus H. Steiger fut cité àparaltréç» devant le Conseil de fribourg : ce qu'il fit au jour fixé. Mais celte affaire trafna en longueur et, en 1556 , M. Steiger nous remboursa le capital et les intérêts affectés sur Oron. Plos tard nous vetidîfflw également nos titres. Mais notis achetâmes de Sf . de YtUar^el les seigneuries d'Âttale^s , Vuisternens et Mugnàt , pour la somâ^ de 4600^écas, item la portion à loi appartenante de la seigneurie de Pont, pour 3600 florins. On abolit l'usage qui existait dans ces paroisses , de rècttef les prières en latin *.
Cependant, dépouillée et silencieuse, la résidence des anciens Comtes ne présentait déjà plus qu'un lugubre monument. Ce fat le vendredi avant la St. Martin, 9 novembre 1555, que Tinfortuné Michel en sortit à 10 heures du soir pour n'y plus rentrer et ac-
* Ce môme usage s* est mainteùu dans plusieurs paroisses romandes jusqu'en i19S.
€BAFITRB*Vli., 2^
cofÈipagné d'an seul domestictiie. Une aimée jiisie s'itaift éeooié^ depuis fa senleoce du partage. Cet.n'e^ pLu» à Fhktoire , c'est à la poésie qu'il appartient de dire quel'péaible retour Miohet dut faiffit sur lui-même , quelles grayes pensées duvent ragiter dans ce niMH ment solennel, où il allait franchir non-seulement le seuil de l'aik* tique Boanoii: , mais la frontière de ses domaines. DaQS cette nuit de douleur «, son imagination dut évoquer cette longue et vénérable suite d'aïeux qui s'étaient transmis l'héritage de Guillaume et l'avaient conservé comme un patrimoine sacré, tandis que lui , inepte descendant de ces princes , livrait aujourd'hui à des mains étrangères jusqu'à leurs tombes révérées. Rien ne peut de cette situation dramatique , pas même la circc de partir Michel extorqua encore aux meuniers d
cens de leurs moulins pour 1556. Cette chute p
l'avoir frappé de vertige. Elle donnait à toutes se
Tâctère indécis et souvent contradictoire; car, avant son départ,
//protesta contre la discussion de ses biens , quoiqu'il y eût donné les mains deux ans auparavant par une déclaration formelle. C'est, ainsi qu'il avait tour à tour renié ou invoqué la suzeraineté de la Savoie , selon qu'elle lui paraissait avantageuse ou nuisible. Il avait aussi réservé ses droits de combourgeoisie avec les deux villes, ainsi que les franchises , privilèges, usages et bonnes coutumes de ses sujets.
Protestations inutiles ! A peine un mois s'était écoulé depuis son lèpart , que le premier baUti , M. Krumenstoll , fut installé le 5 dé- ;embre ^. Avant lui Jean de Castella avait administré provisoire** nent le comté par ordre des Cantons. On avait enjoint à Georges le Gruyères de remettre au bailli tous les meubles du GomtQ ^ et e sceau du trésorier. On fit cadeau à ceux de Charmey de la mai-
A II devait envoyer au Crouvernement deax vacherins pour étrennes de nouvel m, celui do Cornières un. Ces redevances augmentèrent depuis et furent mainte- Lues Jusqu'en 1798. — 2 La plus grande partie de ceux-ci avaient déjà été sousraits.
240 SEGOHDB PA«TIfi.
800 que le Comté y poMédait pûor qa*its en fisBent leur h6tel«*4e^ ville. Xa fille illégitiAie du ComteTot plaeée au covreut de la Maigfrauge et épousa, eu 1563, Jean Guibath-le jeune. L'JBtat lui fit une dot de 300 lirres. Sa vieille gouvernante, Françime^ trouva un asile à rb6pttal i.
Il parait que les Gruyëriens égayèrent d'obtenir quelques garanties conditionnelles de leur soumission. Voiei du moins la capitulation qui fut proposée au Gouvernement de Friboui^.
i^ Les procès , soit par devant le bailli , soit par devant le Seigneur, suivront la même marche qu'autrefois. Les appels seront jugés à Gruyères. 2" Ni Messeigneurs ni le bailli ne pourront évoquer à soi un appel en cause quelconque contre les sujets. 3° Ils ne pourront faire arrêter quelqu'un que par suite d'une enquête judiciaire , hormis pour vol ou assassinat. Aucun prisonnier ne pourra être conduit hors de la seigneurie. 4^ Les Bannerets seront nommés à la pluralité des suffrages et jouiront de leurs anciens droits et privilèges. 5^ Les sujets seront maintenus dans leurs^^ ciens usages, droits écrits et i]kon écrits, à teneur de leurs titres. 6^ On Jeur garantira la jouissance comme ci-devant des cens, lois» dîmes, droitures et de Tohmgeld. 7® On ne pourra jamais leflt imposer aucune taille. 8^ Pour le scellage d'un acte d'achat oo ne paiera qu'un gros , d'après l'ancien usage. 9^ Les privilèges des foires et marchés seront maintenus, i 0"* Les Gruyériens seront
1 On eut dit que le remord» de cette acqaiskioii troublait la conscience de nos gouvernans, si Ton en juge par Tinquiétude avec laquelle ils épiaient toutes lesdemarclies et même' i<ms les propo§ de lefur victime. I«e trait suivant en fournit no^ preuve. Le charpentier Jacques Gavel rapporta à Messeigneurs qu*ayant rencontre, prés de Yuadens, le muletier du Comte, celui-ci lui avait dit que son maître ne pardoimeraR Jamais i TAvoyer AmmmiQ, qui Savait indignement trahi; qu'il ^ voulait six fois plus à Fribourg qu*à Berne. Que, du reste, Christophe Favre,^ FHbourg, en savait quelque chose/ Celui-ci, sommé sous serment de dire latr rite , raconta que le Comte reçut un jour une lettre de Berne, avec cette adresse* A i/J-ichel de Gruyères , jadis Comte. Sur quoi il fit observer qu'étant encore bourgeois de Berne et non de Fribourg, lès Bernois n'avaient pas le droit de supprimer son titre, «t Quoique pauvre gentilhomme, 2ijouta4-il, je saurai bien recouvrer mon bien. Il se trouvera quelqu'un d'assez puis$ant pour se charger de cette besogne, » A. C.