CHAPITRE VIIL
La Savoie rèvesdique en vain le Pays de Vaud. — Méfiance entre Fribourg et Berne. — Service français. — Citoyens incorruptibles. — Renouvellement de l'alliance française. — Pierre Cléry. — Jean Heid. — Congrès de Fribourg. — Orande mortalité. — Genève menacée^ — Concile de Trente. -- Ses décrets admis avec réserve. — Réforme du cierge. — Neucbâtel. •— Prêt à la France. — La SI. Barthélémy. ^ Instruction publique. — Chambre des Scolarques. — ^ Le Prévdt Schneuwly. — Collège cantonal. — Jésuites. — Le Nonce Bonhomius. — P. Canisius. — Nouvelle tentative de la Savoie pour reconquérir le Pays de Vaud. — Adoption du nouveau calendrier. — Alliance d'or. — Enrdlemens. — Le Prévôt Werro. — L*Evôque de Lausanne. — M. de Morfontaine.
Un différend qui commençait à prendre un caractère de gravité, entre la villa de Bienne et les paysans de TErguel, et plus «Picore les dispositions de TËmpereiir à Tégard du jeune Duc de Sâfoie ^ détournèrent Tattention vers ce côté et donnèrent même lieu à une noii¥elle levée. €e$ troupes n'ayant cependant point trouvé d'ennemis à combattre , furent mises à la disposition de la France. EUes fureat pas&ées en revue par Hans Reiff et Nicolas Gottrow , puis conduites en Piémont par les icapitaines Garmiswyl et Cléry. Celui-ci, originaire de Gruyères, s'était déjà distingué l'année précédente en Picardie , à la l)ataiUe de Benti , à la tète d'un régiment fribourgeois , et fut créé chevalier à cette occasion. FrilMmrg ne laissa pas do se plaindre au Vorort de ce qu'on employait en Piémont nos soldats à l'assaut des. villes , ce qui était contraire à l'usage et aux traités.
Les rapports qui s'étaient établis entre les deux villes et la Savoie offraient des nuances si délicates , qu'il fallait peu de chose pour donner de l'ombrage tantôt â l'une» tantôt à l'autre des parties intéressées. Berne; qui en 1 556^ avait refusé de transigar avec la Savoie» au sujet du val d'Aoste, convoité par le Valais, sans la participation de
t48 SBCONDB PARTIE.
Friboorg, fat justemeftl ofientée quand elle vit qae les ouver- * (ures, faites TaDoée soivante à ce sujet, étaient accaeilHes favora-
Mement chez nous i.
La victoire de St. Quentin avait enflé Torgueil et les espérances d'Emmanuel Philibert, Duc de Savoie, qui Ta vait remportée. H î conçut le double dessein de s'emparer de la Bresse et de récupé-
} rer le Pays de Vaud. II crut, quant a ce dernier point, que Téclat
^ de son nom donnerait à ses prétentions assez de poids pour n'être
\ pas obligé de sortir de la voie des négociations^ Il s'entendit avec
le Comte de Pollweiler, Général de l'Empereur, et celui-ci vint assiéger Bourg, avec une armée de 10,000 hommes. Berne et Fribourg mirent leurs milices sur pied et jetèrent de fortes garnisons dans Yverdon et dans Gex.
Ces manifestations et lliérolqoe défense des Suisses, que cotnmandait La Guièbe , suffirent pour déjouer les plans dès agrcsi^eurs. Le Duc entama alors les négociations relatives au Pays * Vaud. Il débuta par proposer à la Diète une alliance dèféi^ (1559). En attendant cette décision, les députés savoysiens ouvrirent, avec fierûe e! Fribourg, une conférence à Payerne, laquelle , pour des motifs particuliers , fut ensuite transférée à Neochâtel. Nous y députâmes Cléry; Nix, Fruyo, le Trésorier Gotlrow et le Chancelier Godrnel. Les deux conférences demeurèrent sans résultat , bien que les Cantons eussent offert leur médiation. On« troisième entrevue à Bâle, à laquelle assistèrent les ambassadeurs de France et d'Espagne, ne fut pas plus heureuse. Quant à l*!»!liance proposée par le Duc, elle fut acceptée piar Lucerne, Ury» Schwyz, Unterwalden , Zog et Solettre, malgré les représentations de Berne. Alors, autant pour prévenir une surprise quep<>"^ ' appuyer ses négociatenrs, Berne fit de grands armemens qui ^J^"" nèrent de Fombrage à Fribourg. De faux bruits , répandus paf
4 Tillier.
CHAPItBfi VUl* 249
quelques broaillons^, aagmentèreat motaeUesieiil la défiaoce» Nods armâmes de notre côté, et il ne fatlot rien moins q«e.de» em^ plicatioDs précises et officielles poar nous rassfnrer 3. Pias lard te bruit courut à Berne que les Fribourgeois voniaient incendier cette ville, surprendre Nidau et marcher au secours des cmq Gantons contre Glaris. Une députation fribourgeoise se rendit incontinent à Berne pour se plaindre de ces bruits injurieux. Sur quoi les Bernois, satisfaits de pôutoir rétablir l'harmonie, nous envoyèrent à ce sujet deux membres du Petit et deux membres du Grand Conseil (1561). Les deux yiilés tinrent, au commencement de la même année , une journée à Fribourg , dû le Valais fot également représenté, et une autre en septembre à Payeme, oà furent aplanies toutes les difficultés encore ventilantes au sujet du Pays de Vaud ^:
Le Duc de Savoie tenta une nouvelle réclamation, lorsque la çaix eut été conelue entre la France et fEspagne. Mais les deiix vîHes s'opiniàtrèrent à né pas vouloir se dessaisir de leurs conquêtes et force fut au Duc d'y renoncer; ce qu'il né fit ^u'en 1564, à la conféreoee de Lausanne , ^ui lui rendit les districts de Ghabiais , Gex et Genevds ^, à condition toutefois qjse les provinces restituées fiassent maintenues dans la religion évangélique ^. Trois ans plus tard il revint à la charge et envoya à Fribourg le baron Odinet de Montfort et le Seigneur du Crêt , chargés de revendiquer le comté d|B Romon|. On fit une réponse dilatoire, et cette dernière réclamation n'eut pas plus de suite qme les précédentes.
£n attendant, le service français allait son jtrain. Les Suisses n'en étaient pas moins traités en France comme tous les autres étrangers et peut-être plus durement encore. La diète fit entendre
^Surtoat par l'ambassadeur d^Emnfianuel Philibert, qui l-éunissait les pouvoirs de TEmpereur et du Roi d*£spagne.à ceux qu'il leuait de son madttre. — 3 J'ig^nore à queUe occasiou les deux villes convinrent la même année de ne jamais nommer pour sur<arbi(res, dans leurs différends, ni Secrétaire de ville, ni Grand-Santier, ni Secrétaire d*Eiat. A. C. — STillier n'en parle pas, — -* Le Chancelier Cyro s'était fortement prononcé contre cette restitution. VuUiemin, — ^ Vti|liemin.
250 9^0|îM PÂBTIE.
à%$ pbîiites inotUeft » au sujet da péage de^ laîa^ et de la.tr^teforaine exigée à jDiijoD. Et que de fois iLfallat iateryenir pour rédajaer la selde diie -à nosi officiers. Quant aux soldais, on les ménageait et i^hoyait la veille, d'une bataille, ensuite on les laissait manquer de tout. Ceux qui ne périssaient pas. de misère, se voyaient forcés de subvenir à leur subsistance par le. brigandagei qui les conduisait à Téchafaud. Quand ces Suisses abâtardis revenaient dans leur patrie, c'était pour y^ corrompre les mœurs, être à cbarge aux communes et vagabonder, sans état, le reste de leur vie. Les lettres du Gouvernement fourmillent de plaintes sur le sort ré^rvé aux malheureux mercenaires, a Ayant bea, » est»il dit, dans l'une, advertissement des capitaines et soldats des D deux régimens de notre nation à présent au service de Sa Majesté » très-cbrétienne en France , de la longueur (somme) des paie* » mens qui leur sont dus , à forme de leurs capitulations , et da x^ peu d'ordre qui en survient entre l^s dits soldats, dont partie es^ » contrainte de quitter les armes et de se retirer , partie meurt » et périt de faim *• »
Et ailleurs : «c La disette a fait mourir phis de bons solAaU el » regrettables que non pa6 rennemi , comme f apparence en est » grande 3. Nous voyons les mêmes désordres et difficultés ao^- » menter d'un jour à autre ^. >
On voit que le Gouvernement ne pouvait pas ignorer les suites affreuses du service étranger. Il ne s'y prétait pas moins ; il prodiguait le sang de ses ressoirtissans et sa propre dignité poar Tor qui devait enrichir quelques familles.
Tandis qu'un Etat libre et souverain se mettait ainsi ignominieusement à la solde d'un monarque étranger, des citoyens généreux fêsaient une rare et bonorable exception, se conservant purs au sein de l'avilissement général. Leurs noms méritent dTètre
^ A. G. Missival de 1586. Lettre du 29 juiu à M. de fleuij. — 3 ibid. Lel^re AO Roi. — 8 Lettre du 6 octobre ;1588 à Taiphassadeur.
CBAMTBE VllI, 95 1
cités. C'étaient les àenx firères Jacques et Nicolas Goltrow » Jost SapÎD, Ulric Stouder, Tapothicaire Hans Fayo et, plus tard, André Erbard ^ , qui était estré au Grand Conseil pour le Bourg en 1596. Ils refusèrent constamment leur quote-part de la pension de France. Mais ces beaux exemples étaient perdus pour des hommes que les monarchies retenaient à leur service par d'invincibles séductions.
Tout en flétrissant ces transactions ignobles et désastreuses, dont on ne rougit pas de faire encore parade aujourd'hui , Thistorien serait heureux de pouvoir buriner, au profit de la gloire nationale, les actes de courage qui distinguèrent quelques officiers fribourgeois. Mais le but qu'ils se proposaient en amortit com* plétement Féclat. Pierre Cléry, Jean von L.aaten-Heid, Louis d'Affry étaient alors les Fribourgeois les plus dévoués au service étranger. Ce dernier se distingua à la bataille de Dreux (1562), ot^ dit Vulliemin, les Suisses eussent conquis une gloire égale à celle de leurs pères , s'ils eussent combattu comme eux pour la patrie et les alliances. Heid, alors Avoyer, conduisit en France les 4000 Suisses que le Roi avait demandés contre les Huguenots (1567). II s'y trouvait une compagnie entière de Fribourgeois, commandée par Nicolas Praroman qui avait pour lieutenant Humbert Tschachtiy ^. Une partie de ces troupes se conduisit si mal, à son passage par Berne , que le Grand Conseil de cet Etat dût se rassembler extraordinairement pour prendre des mesures de répression 3. Il est juste de remarquer que notre détachement, fort de 400 hommes , avait déjà pris les devans en avril , sous les ordres de P. Cléry et de son gendre, pour occuper Lyon. Jean Wild en détacha 50 hommes qui allèrent renforcer la garnison de Gre-
* U ékiit marcbaiid àe drap. Avant d'entrer dans la Soeiéié de Jésus en 1607 , il fonda , en faveur des pauvres étudians, des bourses pour la valeur de 4000 liv. — ^ Cette compagnie se trouva à la fameuse retraite de Me«ttz. Deux autres Praroman s^étaient par contre joints aux auxiliaires que Berne , le Valais et Neucbâtel euvoyaient aux huguenots français. MuHer, — > Tillier.
25ft SBCONA& PAATIB.
nMe. Jean Rotoé soccèda à homs d'Âffiry , dus le ooDHaandeiiwil deLyoD.
Ces etirôlemens ponr la France se succédaient sans interraption ^. Noas ne reviendrons que forcément et avec dégoût sur ce triste sujet. Il suffit 9 pour le moment, de dire que les Suisses prirent part à toutes les guerres de religion, qui ensanglantèrent la France. C'est à cette école que se formèrent les héros de Gappel et de ViUmergue. Cléry fut blessé mortellement à la bataille de Moncontoar, où son régiment fit« dit-on » des merveilles ^. Jean Heid amena eo
< Nous B^appelleroDs pas noble , mab ignominieuse , cette bannière , Azur et argent, qui flottait au-dessus de la compagnie des Cent^Suisses. Sa devise ménie, Ea estfîducia ^entis , est un non-sens et n*est ni logique ni grammaticale. Nous plaignons les Suisses qui voient encore dans ce drapeau servile un beau symbole iV inaltérable fidélilé. Nous n*y voyons qu*un signe de vasselage et de corruption et il nous fait l'effet de ce bâton au pommeau doré , attribut des Suisses de porte.. Encore la comparaison est^lle toute à Tayantage d,u portier qui, dq moins, ne vole, ne brûle, ni ne tue. — < Le basard a fait tomber entre mes mains les deux lettre» suivantes :
I. Dem edlen , vesten , Ludwigen von Forel , meinem lieben Tochtenoann za Fryburg. Mon Ûls encore qo*il n*y a que trois iours que vous ai escrit pv le Selgneur Humbert Xscbacbtly^ si naj ie pas voulu faillir vous faire ce mot de lettre pour vous advertir que le présent porteur nous doit venir retrouver en cvBi^gii^ bientost par lequel n'onblieres surtout les pUisirs que desirez me faire, m*escme et m*àdvertir si avez reçeu mes lettres avec ce que i*ai baillé au dit Seignc^tn Xscbacbtly pour vous livrer car ie ne serai à mon aise iusque à ce que Ten aie des nouvelles certaines de vous. J*ai commandé a ce porteur que faisant son retour ptf Fribourg , il s'adresse à vous et qu'il aile en nostre maison vous priant la mellievre ehère que pourrez , aussi prierez Iklonseigneur l'Âdvoier et Messieurs qu'il lu douent un passeport escrit en langue française d'autant qu'il en aura bien besoin{ pour son retour pour les dangers qui sont par les cbemins. Si mes filles pouvaieiA m^ envoler par lui un pair, de chemises ce me serait jin grand plaisir, auxquelles ie TOUS prie faire mes cordiales recomandations sans oublier mes petits PetermauU ^ Madlenelî et le surplus de nos gens du ménage et bon parens et amis en général et particulier. Mon fils vostre frère vous en dit autant à très-tous, priant Dieu qu'il TOUS aie en sa digne garde. Escrit en ce camp prés de L'oches le 3 aoast 1569. Mon fili ie vous prie faire une aumône aux pauvres malades de Bourguillon a sçavoir à un chaquun d'ioeux un teston de roy , aiant receu ce que le Seigneur fiumbert TscliachUy vous doit livrer n'oubliez pas de payer à Stefan Wisenbach de Berne le principal de sept cent& florins monoye de Fribourg et ce que la censé pour le tems encouru pourra monter et retirer la lettre. Yostre affectionné beau-père,
Pbtbrman de Cleet, Chevalier.
II. Au méoie. Mon bien-aimé fils J. Ludwig le peu de loisir que iaj apresent me garde de vous esorire au long les particularités d'une bataille que fut dones lundi •dernier entre les deux armées en laquelle avons par la grâce du bon Diea obtenu la plus belle victoire que Ait veu de cent ans, sans ce que iay perdu en mon régiment passé dix hommes, mais il en a bien l'environ de cinquante blessés, mon dit
CUAPITM VIU. S6S
France un nouvean renfort de 26 érapeanx. Us furénl empldyéa au siège de la Rochelle et antres expéditions qui précédèrent la paa de 1570.
Ces capitulations militaires avaient été stipulées au congrès qui se tint à Fribourg en 1564, pour le renotivellement de l'alliance française. Charles IX y avait envoyé le Maréchal Vieilleiille et TEvéque de Limoges pour négocier cette alliance , de concert avec Uf. if Orbois qui séjournait à Soleure. L'ambassade francise fit soD entrée à Fribourg , le 1 1 août , suivie de 1 50 chevaux. Un détachement de 300 hommes fut envoyé à sa rencontre jusqu'à une demi-lieue de la ville. Après une décharge , ils prirent les ambas-
regiment estant en layantgarde qui a fait la première charge et commencement de la bataille ayec d*ai]tre8 regimens tant françois que italiens ensemble la ca paierie tant fraoçoise que d'allemans , avons mis entièrement en pièces le principal bataillon des enemis qui estait de deux puissans regimens de landsknecbt et 3 ou 4 regimeos harquebausiers françois desquels très tous n'est échapë plus haut que SOfaommes que Ton a sauvé prisonniers. Hé ont perdu toute leur artillerie , toutes leurs enseignes et tous leurs bagages. Je ne saurais tous escrire au long le toutage mais le tous prie tous enquérir par le capitaine présent porteur du toutage et sin- ^liérement de ce qu'attoucbe Tostre frère et moy aussi fiites vous montrer paf Monsieur le Secrétaire les deux lettres que ie^ escrites à mes supérieurs qui sont bien amplement narratiTes du toutage , tous le ferez aussi entendre à mes filles afin qu* elles rendent grâces à Dieu en douant des aumônes d'autant que Dieu par sa digne grâce nous a sauvé d'un si grand péril même d'entre une infinité de canonades et harquebusades.
Je TOUS diraj en secret que nostre régiment a le principal honeur de la bataille gagnée loue soit Dieu tout paissant. Recommandez-moi a tous nos amiis sans oublier mes filles et petits enfans Peterman et Madelon. Le fils de M. LadToier Heidt arriTa devers moy au camp jeudi passé et le jour de la bataille il s'est porté si vertueusement si jeune qu'il est qu'il a fait grand honeur à son peré et a ses parens vous lentendrez aussi du capitaine porteur de cestes , recommandez moy a la bone gracé dudit Seigneur Advoier, atout estant pressé d'autres affaires ie feraj fin de lettre et après mes cordiales recomandations à votre bone grâce et celles de mon fils Franz votre frère ie prieraj Dieu qu'il vous donne mon bien aimé fils une bone santé longue vie. Escrit en ce Camp près de Partenai en Poitou ce 5 octobre 1569.
Votre entièrement bien aimé beau-père , PEtERMAN de Clery, Chevalier.
Mon fils le Capitaine porteur de ceste m'a promis d'aller Toir mon ménage en ma maison ie tous prie bien fort que tant en cela qu'ailleurs vous le receviez le plus honorablement que pourrez lui tenant compagnie en l'hotelerie et luj présenterez le vin de nostre maison et vous enquérir de Idj familièrement du Mi de cette grande bataille et iespere qu'entendrez de luj des choses dont serez reiouy. Ce me sera Tun des plus grands plaisirs que me pourrez f^ire et me^erirez si tfTe^ receu les lettres et some de deniers que ie tous aj envoies tant par le Seigneur HubIbert Tschachtly que aussi le Capitaine Cochelbourg.
2&4 SHCONIHI PARTIB.
sadenrs an miltea de leur iMElaiNoa et les condottireat en vilteaù îts furent reças, aabroît de 36 pièces deeanmi K II j eut an grand repas de 123 eouveris à 2 batz par télé , non compris le vin. ht traité fot conda le 7 déeemhte 1564, sur les bases de Talliance de | 1516. La diète en corpsse rendit ensuiteàréglise de St. Nicolas, oA ' Ton chanta un office en musique, au bruit du canon et delà mousque* terie. Nicolas Praroman et le Chancelier furent députés vers le Roi à Mont-de-Musan en Gascogne, avec les délégués de chaque Gaft* ton , pour être prèsens à la signature du traité. Berne et Zurich n'y avaient point pris part.
D'AU et nos chroniqueurs s'étendent avec complaisance sur les détails de cette fête , dont Téclat ne peut néanmoins dégaiser, aux yeux du philosophe , la plaie profonde qui rongeait la république, et plus funeste que Tépidémie meurtrière qui sévissait alors ^.
Les préparatifs formidables que le Roi d'Espagne fesait ealamhardie pour subjuguer les Pays-bas , alarmèrent les rélormés de la Suisse et surtout les Bernois , parce que le Duc de Savoie semblait y mettre beaucoup d'intérêt. Genève s'en inquiéta également et non sans motifs. Car, dans le Conseil des Princes, aux projets de conquêtes succédaient tes projets d'oppression : point de Irè^^ pour les peuples. Louis de MuUnen et Nicolas de Grafeuried se rendirent à Fribourg et dans le Valais pour provoquer des mesures de précaution. Mais nous nous contentâmes d'envoyer à Berne une députation chargée de formuler quelques vagues assurances qoi prouvaient le contraire de ce qu'on voulait faire croire.^En effet, Berne ne se faisait pas illusion sur les dispositions de Fribourg qui ne voyait pas de mauvais œil l'armement espagnol. Notre
i n y avait, eutre auU^, deux serpeoteaax de 16 pieds de loagoeur. Chronique. — 3 Les hommes, dit Vulliemin, tombaient comme les feuilles en automne. On eut dit que la terre n'était plus la mère, mais le tombeau des populations. Les montagnes les plus hautes ne furent pas plus épargnées que les plaines. Telle famille florissante fut, sur les bords, du Léman , moissonnée en 24 heures. Le nombre des morts fut de 40 mille dans le Canton de Berne. Trois mille personnes succombèrent en un an dans la ville de Fribourg.
CHAPITRB Vllf. â5fi
Canton se voyait alors dans la (âeh«Qse alternative à» cmùfn^ mettre soit ses conqaétcls , soit ses intérêts religieux , selon qa'M favoriserait le parH de Berne on eelui de la Savoie; Au mois de mari (1567) nne nouvelle conférence, à ce !lnjet, ent lien à Pribnurg* Nous ne consentîmes à coopérer à la défense de Genève qn'ao prix de certaines concessions auxquelles Berne ne pouvait pas consentir ^. Genève préfera se jeter dans les bras de la France et en fut heureusement quitte pour la peur.
Les querelles religieuses ne 6nissaimt pas, et» plus d'une fois, le zèle indiscret des ministres du cfîlte faillit amener une rupture violente entre les deux villes. Là, c'est le prédicant de Goumoëns, qai enterre un enfant sous^ Tautel, quoique non baptisé; là c'est ceint du Oouggisberg, qui prêche contre les mariages mixtes. Berne dépose le curé d'Asseos; quatre années après Fribourg destine le prédicant de Morat. £n mars 1564 Michel Remonet, mi- Dîi/re dTvonan, fut arrêté à Font et conduit dans les prisons (TEstavayer. Pendant que Berne négociait son élargissement, il parvint à se sanver ^. Messeigneurs firent aussi saisir, deux années plus tard, Jean Konéfaer, ministre de Scbwarzenbourg t qui avait prêché trop vivement contre l'Eglise romaine. Mais, à Tin^ stance des Bernois» il fut élargi , après trois semaines de captivité. Nous verrons ee fotal antagonisme se reproduire encore fréquemment et développer ainsi le germe de cette antipathie profonde qui éloigne aujourd'hui l'un de l'autre deux cantons faits pour s'entr aider.
Le concile de Trente touchait à sa fin. Pressés par TEvéque de Côme, les Cantons catholiques s'étaient enfin décidés (1561) à s'y faire représenter par Tardent et aventureux Lussy, Chancelier d'Unterwalden , qui avait commandé lès Suisses à la malheureuse
1 TilUer. '^ ^Eh sautant de la iùw «laos le lac, dit Rucbat, qai sans doute ne coDuaissait pas la localité.
256 SBCONDjB PARTIB.
journée de PaHaoo ^. Il lui avait été (yreserit de B*jmfloyet à la réforme de FËgli^e, maiê de f^otefter eentre^ taule atteinte qù serait portée aux dn^ts ten^rek K Lee Archives des Cantons eont remplies de ces protcptatiofig.^ jcootre. tout a^tre ^ens donné à leur adhésion. Fribonrg» en particulier^ a coiistanuiient suivi le même système, comme on le verra plus bas» ne reconnaissant l'autorité du concile qu'en ce qui concernait le dogme et les jo: cramentaliaK Quant à la réforme du clergé , elle lui, tenait tant à cœur qu'à peine le concile fut clos, un projet fut dressé par mattre Etienne Rémiing , chanoine et prédicateur à St Nicolas, et présenté au Gouvernement par Benott Tbuller , commandeur de St Jean et chanoine à St. Nicolas , Claude Duviilars , chanoine , et Hymerus Herpol , chanoine et chantre ^.
En 1570 le Duc de Longueville renouvela le traité de eoinbourgeoisie avec les villes de Lnceme, Fribourg et Soleure,en qualité de Comte de Neuchfttel. Un long et grave proc^ s'élefa entre ses deux gendres, après sa mort, au sujet du comté deT^ langin, dont ils réclamaient Ynm et l'autre rhëritage. Les viles de Berne , Lucerne , Fribourg et Soleure s'entremirent inutikiaei^^ pour amener une transaction. Cette affaire ne fut terminée ^^^ bout de neuf années.
Nous croyons devoir aborder ici, avec quelques détails ^1^ grande question de la dette française, qui occupa notre Gofivernement pendant plusieurs siècles. Pour la traiter dans son ensemble^
A Bien que Fribourg^ ne ressenUt pas moins de joie à raTénemeot de Garaffa au trône pontifical que les antres Gantons catholiques , notre Gonvernement ne prH point part à la députation qu'ils enyoyérent à Rome , ni à rexpéditron d'Italie , où leurs troupes se firent battre par les lansquenets. — 3 Helvetia YII. 204'. — ^ ViUliemin. — ^ Gette opinion se résume tout entière dans la déclak-ation suivante do Petit Gonseil , relative à une lettre de rEvéqne JOuding : .
Es erhelUt fùrbass aus dem eingegebenen hiscliœffllchen Briefundman hâtes jederzeit dafurgehalleh dass das ConcUium Tridentinum niemalen vonhiesi^^ Orl und Sland, massen unsere Regimefltsvorfafirer eine formai Proteslatzformirt und abgelegt haben , seye angenommen worden^ nisi quoad dogmata et Sacramentalia. A. G. Man. de 1742. Séance du 22 février. Présidence da Baron d*Alt. s La réforme du clergé de Lucerne ne fut décrétée que 13 ans plus tard par le Gouvernement de ce Canton.
CHAFITRB TlII. 257
M pdlM itttarempre la série des phases qu'elle a parcoorues et ne poiii^ 4tre loités d^y reveair à ptasteurs reprises, on nous pertteltiâ d'mMidper tm peo ^sar tes dates , sanf à reprendre ensuite le fil des éTénemens, à répoqne oè nons les anrons qohtës.
L'histoire de cette dette remonte au commencement de Tannée 1529. Fribourg cautionna alors la couronne de France, envers quelques particuliers de Bâie, pour une somme de 30»000 liv. Le 8 février 1571 on prêta encore au ÎRoi Charles IX 20,000 écus d'or. En mai 1580, de Sancy , ambassadeur de France, emprunta de plusieurs particdliérs, la somme de 80,000 écus d'or, sous le cautionnement de la ville de Fribourg. Le Roi 'Henri III , par acte du 21 juillet 1580, lui en passa reconnaissance, avec promesse de faire servir un intérêt annuel de 400 écus au 1'"'' mars de chaque année. La lettre suivante , exposant avec clarté Tétat de la question à l'époque oà elle fui écrite , en même temps qu'elle
Atinne une idée du style de ce temps , on nous saura gré de la
rc^oduire ici textuellement.
«A très-haut, très-puissant et invincible Prince et Seigneur
» Henri , par la grâce de Dieu Roy de France très-chrestien ,
» nostre très-honoré Seigneur allié et confédéré.
» Nous vous assurons , Roy invincible , très-honoré Seigneur » allié et confédéré , et ne doublons nullement que V. M. trës- » chrestienne, ne soit très-bien certaine que depuis les premiers » traités de paix et alliances d'entre la plus noble couronne de » France et les ligues de Suisse , V. M. très- chrestienne et pré- » décesseurs d'icelle n'ayent par divers effets cogneu la rondeur, abonne opinion, dévotion et promptitude de nostre Canton au » bien et service de la couronne soit aux exploits des guerres qui » sont survenues en vostre royaume , soit en autres occurences de I » deçà. Ce que de même avons fait parçoir (sic) à V. R. M. lors- » que le Sieur de Sancy, ambassadeur pour V. M. en Fan passé ^
^ Ce mot est un pléonasme ou une erreury puisque In letûre s'écrivait en 1586.
^i?^^;^'S2^^ï^r^-ii?^^:\^^ - -^^K^^^ ^T^. j,->w..A.i^. ^i^.,^^mm
258 SBCOlfBB PARTIB.
)» 1 580» fit empruDt, au nom de V. H., de la somme de 80 mitte éccKf 1
» soL vers plusieurs villes» maisons^died» et personnes psrticu- 1^
» liëres tant en Allemagne qae Suisse où cest que ayant plus grand I
D esgard au désir quavons de servir ¥> M. que non pas à un an- 1 1
i> cien statut de uostre ville » nous nous sommes constitués , oUi- j^ 1» gés et rendus débiteurs principaux , qu'estait sous l'assurance
» que (comme porte l'obligation de V. dite M.) seraient payés
» 20 mille éços d'an en ap en déduction du capital avec les \^
ï> 20 mille écus dont par cy-devant avions fait prêt. Quelle pro- » messe fut du depuis bien clairement et expressésient rafrakhie D par M. de Mandelot et MM. ses condéléguës lors du renouvel- » lement de l'alliance si que nous espérions que dans un an lors lù prochain il s'en cnsoy vrait satisfaction des sommes eschues doBt }> toutefois n'avons veu aucun oflre » ains à l'instanee requise de )» M. de Fleury ambassadeur de V. M* avons prolongé nostre jos^ » instance de deux ans» qui sen vont expirer à ce mois d'aotf^ x> prochain. Or comme la pesanteur de la chose nous a conb^^ D de touiours nous douloir de ce que n'avpns esté dégagés de )» ceste obligation à forme des promesses si claires et si soo^^ D réitérées» ainsy sommes-nous pressés à recourir à V. M. laqaell^^ D non moings affectueusement que humblement prions et reqo^ )» rons de vouloir prendre à cœur et considérer que si aucoA f> delay plus long entrevient à l'accomplissement du contenu de » l'obligation sommes en danger de nous ressentir d'une sèdiiioû » en nostre ville pour le desdaing que nostre peuple ha de se voir » si longtemps engagé là. Ce qui plaise & V. M. avoir égard et ) donner si bon ordre que sans ultérieur delay nous soyîons ev » traits de la peine où nous en sommes. Ce, que sans nul doute f> occasionera et tout notre peuple de nous rendre plus prompts ao » service de V. M. T. C. en toutes autres occasions qui se pté- » senteront comme nous en avons faict preuve sar la résolatio' » de consentir à la levée dernièrement demandée par ledit Sieoî » de Fleury qui en pourra faire écrit plus particulier à V. dite M
jC9APi?^f|( yui. S$59
» iaq^eUa k Toul-palisaQl par ses ^aeefi divines yeuiUe conser- » ver CD bonne santé, et lont heur et pros|^ité« De Fribourg le » 18 de janvier 1586.
x> De V. M. T^ C. très-humbles et affectionnés alliés confédérés » et serviteurs ,
IIAd\>oyer et Conseil de la pille et Canton de Fribourg. »
Cette lettré fut remise à M. de Fleury par notre ressortissant Batzé, qui se renâait à Paris poar ses affaires. Comme il n'y est plos question des 30,000 liv. , il paratt que cette obligation avait déjà été amortie, à moins qu'elle n'ait été englobée dans la der** nière. Quoi qu'il en sott, Henri IV, par acte du 9 janvier 1603, reconnut rengagement de son prédécesseur et promit d'iâdemni» ser là ville de Fribourg pour la valetir en sus des 80,000 écus, à raison de 60 sols l'éeu , et de faire payer annuellement sur te trésor 7000 écus.
Louis XIII reconnut l'obligation et Louis XIV fit payer un i'^tompte de 42,000 Kv. Cette somme devait représenter les 700O ècûs promis par an et applicables, moitié en déduction du capital , moitié à compte des intérêts arriérés. Ce n'était encore que le quatrième paiement , bien que le sixième fût déjà échu. Nous fîmes ici , comme l'observe M. Fontaine , une perte réelle a) de 93â0 liv. , les écus sol. ne nous ayant été livrés que par un équivalant de 30 cr. , tandis que nous étions obligés de les compter aux créanciers de la France , qui , par notre cautionnement, étaient devenus les nôtres, à raison de 34 cr.*; b) de 2380 liv., parce que la moitié de ia somme remise fut déduite du capital, comme si elle avait déjà été payée à Noël et en mai, et que depuis lors il y avait déjà deux intérêts échus que l'ambassade sut escamoter, bien que nous l'eussions payée aux créanciers. Perte totale 11,700 liv., sans compter les frais d'envoi; car force nous
1 On eut beaucoup de peine à obtenir le remboarsement de cette plqs-yala^ qui fil longtemps l'objet d'une correspondance avec l'ambassade , comme on peut yoir dans les missiyaux, sous la rubrique de juslificafion des espèces^ <
260 SBCONUS PARTIB.
était t d'ao côté, 3e remboarser les crêaneiers chez eux, et de l'autre , d'aller chercher Fargent à Solenre. Ajootez-y la provtsioD et les cadeaux pour Fambassade.
Ces pertes se répétaient chaque année et elles allaient toujoars croissant , en raison de la hausse des écus et des arrérages. Les créanciers de Bâle multipliaient les frais à l'occasion de ces derniers, et, plus d'une fois» il fallut faire intervenir l'ambassade de France elle-même pour faire eesier les poursuites. On fut même forcé y pour les tranquilliser momentanément , de faire un noovel emprunt de 6000 écus à l'abbé de St. Biaise^ dans la Forét-neire. L'embarras finit par peser directement sur le peuple. Le 20 mars 1596 ^ on leva une lourde contribution poui' acquitter les intérêts de la dette française. En 1601 on fut obligé de recourir me seconde fois à ce moyen ^, el en 1604 on haussa, dans ce but, le taux de l'ohmgeld d'un cruche ^. Cependant les intérêts de ta dette furent assez régulièrement payés jusqu'à la révolution, b lettre suivante, datée du 20 janvier 1 8 1 5 et adressée ^ Louis ]ffi jette uu/ dernier jour sur cette affaire financière , dont ni le Ski m le dénouement ne ficmt honneur à la prudence et & rhabileft^^ nos gouvernans.
« Sire, » Dépouillés, par les mêmes mains qui renversèrent le trône » des Bourbons, de toutes les ressources que la sage éconoime )» de nos pères nous avait ménagées, nous fûmes assez heareox» » pour sauver des débris de notre ancienne aisance , un titre que y> l'aïeul de V. M., Louis-le-Grand , créa en notre faveur, en ex- )» tinction des prétentions antérieures que nous avions contre les y> Rois de France, ses prédécesseurs.
< A. G. Ralhserk. fol. 131. *— ^ A Toccasion de cet impôt, le manaal de cette année fait celle remarque : ki nimirum sunl fruclus noslne caïUionis. Bècordaft posteritds. Il appelle ce cautionnement matum jEgypliaeunit — ^ Ce fut peat-éti« à cette occasion qu'eut lien Tattentat de Ghâtel. Jean Futi , ancien bailli , MtUtqo^ un serviteur du trésorier Ghoittel , qui passait par Châtel , se rendant en France.
)» Nous osons mettre aous ieg y^^ de V. M. une coj^îe de ce » titre, dont roriginal dépose entre no^ mains f , et nous l'accomT pagnons d'un mémoire qui renferme l'historique de sa création. » Les engagemens qu'il renferme ont été religieusement remplis h par les devanciers de V. M. jusqu'à l'époque malheureuse où la » révolution, en sapant les bases de la prospérité de la France, » en fit disparaître le respect dû aux propriétés et aux traités les » plus sacrés.
» Dans ses décrets immuables, le Ciel rendit à la France des » jours de bonheur en lui ramenant , avec ses maîtres légitimes, » l'exemple de ces vertus que l'Europe révérait , pendant une se- D rie de siècles , dans l'auguste dynastie des Bourbons.
» La justice, qui en est la source, assise de nouveau sur le
» trône des Français , y brille de tout son éclat. Elle nous assure
» que V. M. voudra bien reconnaître le contrat solennel que son
»aifeal, Louis XIV, a scellé de sa parole royale et donner ses
» ordres pour qu'il soit satisfait, pour le passé , aux engagcmçns
D dont l'observation , interrompue pendant la période des malheurs
» de la France , sera sans doute envisagée par V. M. comme une
» dette sacrée envers des anciens alliés qui n'ont cessé de pro-
D fesser , envers son auguste maison , les sentimens du plus invio-
» lable attachement ^. »
A cette lettre était annexé le mémoire suivant :
« En l'année 16S9 Louis XIV traita, par rentremise de son
» ambassadeur en Suisse , M. Âmelot , avec ses anciens confédérés
» les Avoyers et Conseil de la ville et Canton de Fribourg, des
9 prétentions que ce Canton avait contre les Rois de France, ses
y> devanciers. S. M. fit offrir en paiement de robligation créée en
» faveur du Canton de Fribourg par le Roi Henri III, le 21 juillet
x> 1580, et du contrat passé par M. Miron, ambassadeur, le
» 14 juin 1621 , outre une somme de 38,000 liv., payée comp-
^ Ce titre, d*ano belle écriture , sur parchemin , se trouve dans le caycau de la trésorerie d*Stat , enfermé dans une botte de fer-blaas. «- ^ A. G.
SBCÔNIHB PARtifi.
» tant, la somme capitale de I8O98IS} liv. 19 8éiâ4den., ao- » quittable dans 10 ans, avec rintërét ankinel au denier vingt.
f> Cette offre fût acceptée et il fut stipulé que si ce capital ne » pouvait pas être remboursé dans le terme convenu , rintérêt B portant 9040 liv. 12 sous 11 den. continuerait à en être acn quitté sur le même pied par le trésorier des lignes grises ou son x> commis en la ville de Soleure, à l'époque où les pensions aci> contumées seraient payées au dit Canton. Il y fut encore ajouté )» la clause, que, pour le cas où cet intérêt n'aurait pas été ac- » quitté à l'époque désignée , S. M. consentait à ce que te Canton D de Fribourg en retienne le montant sur le prix convenu du sel & que le roi lui fait fournir de ses salines de Franche-Comté.
» Un acte solennel fut dressé de cet accord , pour l'assurance x> et Fexécution duquel S. M. oblige tous les biens de sa couronne » et spécialement le tirage du sel de Franche-Comté. Il fut dés- » lors ratifié à Marly, le 11 août 1689, signé par le Roi, coo- » tresigné par son ministre des finances Colbert et muni Ae^ y> sceau royal.
» Les quittances, inscrites successivement au bas de Vacte, ^ » testent l'acquittement des intérêts. Le dernier» pour 1785 J^^ 2> acquitté en 1790. Dès ce moment, la révolution qui avait éclaté » en France, mit un terme à ces paiemens.
» Les usurpateurs du pouvoir souverain firent an appel aoi » créanciers de l'Etat , pour inscrire leurs prétentions. Un titr(^ » aussi respectable ne des^ait pa^ figurer dans un tel /^Vrc- » Les Avoyer et Conseil de la ville et Canton de Fribourg a^' liraient cru manquer aux^ards dus à la majesté du » trône^ et^ plutôt que d'ai^ilir ainsi le S(?ing royalj ilsp^' ^férèrent courir la chance de tout perdre.
» La Suisse subit le même sort 8 ans après. Les destructears » de la royauté envahirent ce pays ami et allié de la France et ) » organisèrent un pillage méthodique.
CHA9ITES YllI.
» Lefr arsenaax , les argens et les créances de dbaque Canton » dennreiit la preie de ces déprédateurs de la terre.
» L'acte , cependant, dont il est question , échappa à la rapacité o révolutionnaire. Il est encore en ce moment au pouvoir de ses » propriétaires légitimes, et l'engagement qu'il renferme , sous la 1^ foi et la parole royale du plus grand monarque qui ait gouverné » la France , sera sans doute respecté par son digne successe^r. »
Malgré ces pompeuses adulations de la royauté , malgré l'anathème lancé par des républicains abâtardis contre une révolution qui avait sauvé la France d'un despotisme séculaire , cette réclamation d'office n'eut aucun résultat ; le petit-fils du grand Roi ne fut ni plus vertueux, ni moins spoliateur que la république, et, quoiqu'après le tiercement de toutes les rentes sur l'Etal, la commission de liquidation eut admis la créance fribourgeoise à la proposition de consolidation, ce titre n'encourut pas moins la déchéance générale qui frappa les créances non liquidées à l'époque où la commission liquidatrice cessa de fonctionner.
Voilà ce que valurent au Gouvernement patricien son respect pour la majesté du trône et son mépris pour les institutions républicaines de la France. Pour ue point ai>ilir le seing royale on préféra courir la chance de tout perdre, et l'on perdit tout. Cette abnégation ridicule, serait une niaiserie sans nom , si les expressions qui la formulent nç reliraient, dans la catégorie de ces banalités louangeuses , à l'usage de quiconque veut se rendre un pouvoir propice.
Telle est l'histoire succinte de la fameuse dette. Quant aux pensions que nous payait la France , elles étaient de deux sortes : les pensions patentes, qui étaient dues à l'Etat (celles-ci restaient toujours en arrière) et les pensions secrètes , qm étaient un pur don.
Fribourg recevait en outre, comme les autres Cantons., de la maison d'Autriche, 100 écus d'or, conformément à l'union héré-
264 smcoifDC pAariB.
ditdiiie; 37 ^J% ëcas d'or pour rallianca de Boorgogte; de la Savoie , 223 écQS {listolets (à 121 soos la pièce), plus 40 éciKS d'or, à titre de bourses pour les écoliers ^.
Toute la somme des peosioos qui entraient à la trésorerie ^ au commencement du 17* siècle, s'éleyait à 14,414 ècus4>0DS. Outre cela 11,245 écus étaient distribués aux membres du GoaTeraement, comme argent de présence (sit^geld).
Après cette digression financière , nous reprenons la saite des autres affaires.
Ualliance de Genève entrait dans les calculs d'une bonne politique. Berne fit de vains efforts pour la faire accepter aux deox villes de Fribourg et de Soleure. Elles y mirent des conditioos telles que Genève ne pût les agréer.
On sait que, dans l'épouvantable nuit de la St. Barthélemj, l'Amiral Coligny fut massacré dans son hôtel. On ne peol nommer qu'avec horreur les vils assassins qui se prêtèrent à ce meorire. Ce fut, entr'autres, au dire de quelques historiens, un FrilKNirgeois , nommé Martin K5ch , qui le premier frappa le vieiliui de sa haste s. Ce misérable y gagna, dit-on, 10,000 couronnes.
Quand , après la paix de religion en France , le Prince PaUtin Casimir, que les huguenots avaient appelé à leur secours, se disposa à ramener ses troupes en Allemagne , Berne et Fribourg députèrent vers lui pour l'engager à ne pas toucher la Franche- Comté , dont la neutralité avait été reconnue 3.
En 1578 nous renouvelâmes le traité d'alliance avec le Valais, et l'année suivante celui de combourgeoisie avec Besançon. Il parait aussi, par le produit des amendes, qu'il y eut à cette époque, dans les pays acquis, une mutinerie qui fut promptement réprimée. Le Chancelier Gournel et le Commissaire Bouquet se rendirent à Chambéry, où devait se faire la remise des titres et documens concernant ces pays. On envoya à cette occasion 20 vacherins à Chambéry , pour être offerts en cadeau.
<Le Landschriber , Daniel Montenach, fat le premier qui jouit de cette boarse. — ' Mallery t. X. Vulliemio. — 3 Tillier confond ici notre dépoté Heyd arecHayoz.
COAPITMI VIIL 6M
Malfrë les préoerapalioÉs do service étranger , qui absorbaient presque icfaê ses soii», le Gouvernement fiait par sentir que, s'il ne faisait rien pour l'éducation publique , le Canton de Fribourg ne pourrait plus mareber de pair avec les villes protestantes , ni soQS te rapport des sciences , ni sous celui de Findustrie. Zurich^ Bide, Lausanne avaient depuis longtemps chacune une académie; Genève venait d'en créer une et Berne , dans le couvent des Cordeliersy un gymnase oA l'on enseignait les principes de la logique, la philosophie , les mathématiques et l'exégèse. Ce gymnase était dirigé et sOTveiUé par les Scolarques.
A Berne enseignait Bfégander, qu'on avait fait venir de Zurich,
et i Laasanne lUlustre Cœlius Secundus , que le Pape avait banni
Ae ses Etats pour sa croyance. En un mot, nos voisins nous
avaient beaucoup devancés dans la partie la plus essentielle de
fart de gouverner, et la faiblesse , l'ignorance dont nos théob-
giens avaient fait preuve dans les derniers colloques religieux, fai^
sj^nt impérieusement sentir à nos gouvemans le besoin d'une
école nationale plus large et mieux développée.
La lettre suivante prouve la grande pénurie de prêtres Instruits dans notre Canton :
« A révérends et dévots Seigneurs le Gardien et Conventuels » de la vénérable mayson St. François à Chambéry , nos honorés » Seigneurs.
^ Nous n'avons pensé nous fourvoyer de raison si nous vous » déclarions come vous prions de vouloir entendre en meilleure » part come ayant le Révérendissime Père en Dieu Monseigneur » FEvèque de Verceil nonce apostolique fait Visitation des choses ^ et régimes ecclésiastiques en nostre ville, païs et terres, il a »£aict quelque changement en nostre ville d'Estavayer, parce ^ qn'il y a demis le prédicateur qui pour lors y estait pour ce ^ (come entendons) qu'il ne lui semblait estre souffisant pour » fangir de l'office de prédicateur en ce lieu environné de voysins
i66 SSCONOS BJkUJlB.
p de diverse reUgion, combien qu'il foit agréable «ax g^osda D liea. Et pour ce que ûoos ne trourons. qae très-dangereux de » laisser icelle ville dépourvue de Prédicateur. Et que par nos » quartiers nous n'en troussons de souffisant^ nonobstant que i> le Met;. Seigneur Préi^àt en nostre cille ait fait tout effort » (Ten recowrer. Nous oavous sceu nous adresser mieux qa'à vos » rév. dignités t icelles priant et très affectueusement suppliant de » vouloir remédier à ceste nécessité spirituelle et pourvoir à nostre » dite ville d'Estavayer de quelque bon pi^eschour de votre vàié- » rable couvent, qui soit borne grave et propre à prêcher la pa- » rôle de Dieu et enseigner le peuple doçtrina et esernplo n corne est requis en tel lieu^ come dit est, environé de gens de » la nouvelle religion et iceluy envoyer par deçà avec le présent » porteur. Cependant nous douerons ordre qu'il y soit entret^DQ D et traité selon sa dignité de sorte quil nait occasion de^eo .» mescontenter. Et en ceci mériterés grandement de la ynj(if^^ » catbolique et nous obligerez de plus en plus à recognai/re^^' » bien que en cest endroit nous attendons de vous. Done ûoi^ n recommandons à vos boues grâces et prions Oieu quil ^oos » maintiene en sa sauve-garde, Daî. Fryb. ce 1 1 de Janv. l^oi'
VAdvoier et Conseil^
Jusqu'alors l'unique ressource, pour ainsi dire, de notre j^ nesse studieuse, avait éJé l'académie de Besançon; aussi le 6<>'^' vernement la recommandait-il à Grégoire XIIL Mais elle tfétau pas à la portée de toutes les bourses, et les pauvres restaient sevrés d'instruction. Ce fut pour y remédier qu'on créa successivement» Chambre des Scolarque^ et le Collège, deux établissemens d'û^^ grande portée et qui ont survécu à toutes nos révolutions.
Il paraît qu'il existait déjà vers le milieu du 16* siècle une espèce de Conseil d'éducation , composé d'eeclésiastiques et de laïques. Il fut doté en 1565 d'un revenu de cent écus d'or, f^^ avec l'agrément du S. Siège sur les plus riches couvens. A Han-