CHAPITRE VUI
s^DseBt il n'avait pas pris la même précaottoA à l'égard deBerae, oà il arma escorté de prêtres et préeédé par un messager de Lu-* G^rae. La Kreotzgasse se trouvait justement obstruée par la foide qui écoutait la seolenee rendue contre nn voleur, au moment où le Nonce survint. N'ayant pu passer , force lui fut de descendre à rbôtel de la Couronne. A peine y fut-il installé , qu'un huissier lui intima les arrêts, et bientôt après, une députation du Conseil vint lui adresser de v^ reproebes sur sa témérité. On le relâcha pourtant, sous ciondition qu'il ne s'oublierait plus à ce point. Mais il fot poursuivi par les huées de la foule. Quelques-uns^ lui jetèrent niéme des pelotes de neige ^. Cet événement «:cita au plus haut degré f indignation des Cantons catholiques , qui ne s'apmsérent que par l'entremise des cinq Cantons médiateurs , apr^ plusieurs conférences trés-animées^
Le Nonce s'arrêta à Fribourg une huitaine de jours. Comme il avait témoigné de la répugnance à se loger à Tauberge, Messeigneurs chargèrent le Conseiller Heibling de l'installer dans la maison d'Hauterive , près des Merciers , où on lui fournit tout le nécessaire pour son entretien et celui de sa suite ^.
Le 12 décembre il reçut une audience solennelle en Gonsçil. U était accompagné du père Canisiu3, jésuite» qui était arrivé avec lui et qui lui servait d'interprète pour la langue allemande, Il annonça les indulgences dont il était porteur, et, après des ouvertures extrêmement gracieuses , il assura n'avoir trouvé nulle part les affaires religieuses en si bon état que dans le Canton de Fribourg, dont il vanta la haute, piété. Il annonça également, de la part de Sa Sainteté , l'établissement du Collège helvétique à Milan , où chaque Canton pourrait envoyer deux élèv^ , pour y étudier la
A Dans une de ses lettres à Schneuwly » U plaisante sur cette réception. Le mai, dit-U> na pas été si grand que vous pourriez le croire. Je n'ai pas compris les épUkètes injurieuses dont on nC accablait ^ et les pelotes de neige W3 mont pas atteint, — 2 Ces frais s'éleTèrentà 360 liv., non compris le Tin. On loi fit cadeau de dix pains d*épice8, qui coûtèrent 77 liy. 13 sous, f (?).
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370 SECOUDB PAETU.
théologie. Il pria Ittesseigiieiirs de mettre sérîeosemeiit ia mm à rœuyre pour res4irp«i&io& da copcubinage, soit par la priâ<M)i, foit, seloa le -cas, par des amendea, dontlamoUié^ écbçrr^it aa fisc et l'aatre sciait destinée à des étabi^emeps pies. Qqant aux coUatures et autres béoéfîces eediésiastifiies, les l^ûies^e devaient avoir qae le droit de les présenter , sauf toatefois les droits de Vau^ torité civile qu'il confirmay loin d'y déroger. Ënfio» il pria Mçsseignenrs de bien yottloir nommer une eoiçQiissîpn avec laque}!^ il pût traiter des aiaires qui étaient l'objet de sa visite ^ açswaiU qii£ celle-ci ne tendait qu'à réfermer les^ abus. Le Conseil adhéra à.sa ctoande , et la commission^ demandée fut composée de Jean U^i Kroumenstoll et Gottrow.
Le 16 décembre le Nonce annonça au Conseil, que , pour dore sa visite , il avait fait convoquer un grand synode diocésain , d«fit Messeigneurs n'auraient pas à craindre les empiêtemens. Le Geovernement y députa MM. Renaud, KroumenstoU, Meyer et le Ghaocelier.
Dans ta conférence qui eut lieu le 19, il fut convenu , eqtre titres , que la personne des prêtres était inviolable , que les bétitiques ne pourraient habiter Fribourg, qu'on n'enverrait aocnn enfant à leurs écoles , que les causes matrimoniales n'a ppartieodraient qu'au for ecclésiastique, qu'il fallait assister au service divin à genoux, hormis pendant l'évangile; que les marchés ne pourraient seteniir les dimanches ef fêtes qu'après Toffice, lese^ mon et les vêpres, et que le pain ne se vendrait ces jours4à q^ dans l'intérieur des boutiques.
Tout ce qui concernait l'établissement d'un Collège de Jésuites devait s'exécuter secreto. Le couvent de Marsens fut signalé, dans cette même conférence, comme une source de maux ^^ et son incorporation au nouveau collège fut décidée ^.
A Affaires eccl. » N** 103* — ^ Voici con^DMat le Grand Conseil s'exprime à ee sujet, dans sa leUre à Grégoire XIII : « Quod vero ad institutionem Collegiidelectis ex S. J, recloribus et professoribus inftruendis attinei , persuasum habçat
CHÀriTRB TIU. 271
Le Pape conseolit à celte incorporstmi i; mais Tabbé de €or-^ aanlx, da même ordre i s'y opposa formelkment. «t II n'est rai* » soDoable, dit-il dans sa lettre à Messeigneors , prendre le bien 9 d'aoltruy et destiné à nng usaige pour le xronyertir en aostre, i> mesme de nouvel inventé, à la suasion de quelque particulier, i> auquel serait plus décent et proufitable à son salut donner de » son bien que de vouloir attirer Tautre et donner cause de ruyne » aux édifices de la dicte abbaie , au divin service y accoustumé, ^ votre à la dicte religion et de distraire ceulx qui seront advertis n de ce, de leur bonne volonté de faire telles fundations aliénais blés à la volunté d'auitrui et sans cause. Messeigneurs , je vous p soppUe prendre bon esgard à ce que dessus et laisser les choses f> en tel estât qu'elles ont esté du passé à l'honneur de Dieu et de » nostre ordre qu'est plus ancien et autant louable que des Jéx> saisies 9 etc. &
Ce ne fut pourtant point cette protestation qui fit hésiter pendant quelque temps le Gouvernement, mais bien la perspective des frais immeo^s que le nouvel établissement allait entraîner. On se rappelait ce qu'avait coûté celui de Lucerne , qui, bien que desservi par six pères et autant de frères , était cependant loin de présenter tous les avantages d'un collège. C'est dans ce sens qu'on écrivit au P. Hoffœus, provincial des JésuKes. Mais le Nonce revint à la charge. Il était fortement appuyé par le Prévôt Schneuwly et le chanoine Werro. La sécularisation de Mar&ens fut pronon«cée ^, et le P. Ganisins 3, assisté du P. Andrew, prit possession de
tua Sanctitas nos ad unionem monasterii de Marsens ordinis Prœmonstraten" tium in agro nostro* loca tamen obscuro et ad j'eligionis obseruantiam parum commodo siti pro errectlone ejusdem Coîlegii facile consentisse, »
*■ Affaires ecoléslastiqnes. N"* 106. Le Nonce aradt d'abord pensé qae le oonvem des Aagnstins pourrait serrir à un Collège desservi par les Jésuites. Il n*aimait pas les Âugu^tins, et, à propos du scandale donné lors de la tenue de leur chapitre proyincial, il avait écrit à Schneuwjjr que c'était des êtres dont on devrait se défaire. Lettre du 24 Mai 1581. — ^ Le Nonce alla encore à Bulle pour y adminntrer le sacrement de coniinRation , ^is , ayant atteint le bot de son voyage, quitta Fribonrg. •** > Né i Nimègue en 15âl , le P^ Ganisins flt ses étndes à Cologne. Son véritable nom était ^i/m^, qn*il latinisa, selon
272 SBGOMDB PAITIB.
ee monastère le 1^ dëoendire 1580. liiis Tadmission formelle ^es Jèsoîtes n'eut lieu qae le 1 1 joSlet de Taniiée soivante. Jeaa
rasage de l'époqoe. Il donna, de bonne heure , des preores de grande capacité. Àossi ftit-il suocessiTement diargé de pltniewra missions importantes. l'égHse et la Tille de Cologne le députèrent yers l'Eyéqne de Liège , pois Ter» Charles- Quint, à l'occasion des troubles suscités en Allemagne par FArcheTéque Hermann. Plus tord il fut enrayé au concile de Trente par le Cardinal d'Aagsbourf . Là il eut l'honneur de haranguer le Pape, et prit, au retour, le bonnet de docteur à Bologne. L'unirérsité d'Ingobtadt é|ant en pleine décadence, Canisius fut chargé de la rétablir et en fut nonuné recteur.
Le souyerain Pontife , qui avait eu l'occasion d'apprécier ses talens , le chargea d'une négociation pour Vienne. Il s'en ac<|aftta si bien, que le Eoi Ferdinand le nomma son prédicateur ; et telle était l'opinion qu'on avait de son mérite , qu'on Icd offrit, à trois reprises, le siège épiscopal de cette capitale. Mais il se contenta d'en être l'administrateur temporaire , jusqu'à ce que St. Ignace l'eut nommé premier proyincial des Jésuites en Allemagne.
Les collèges de Prague, Trères, Majence, Dillingen, Maaich et Augsboargf furent en grande partie son ouvrage. Il suivit le Roi des Romains à la diète de Ratisbonne , et telle était la considération dont il jouissait, qu'à billingen le Cardinal d'Augsbourg voulut abeolument lui laver les pied».
La Providence l'ayant conduit en Pologne, il assista à la diète de Piotrkof, et sot inspirer aux Magnats du royaume le désir de posséder chez eux un établisseoRit de son ordre.
Il ne reçut pas moins d'honneur» en Autriche de FEmpereur et de l'Archiâie. Ce fut là que le Pape lui adressa un bref des plus llitteurs. C'est encore de là 91'if fut appelé au Concile de Trente.
Nommé plus tard Nonce apostolique en Allemagne, il s'associa à l'Kvéqii^ Yerceil, qui remplissait les mêmes fonctions auprès de l'Empereur Rodolphe, tt quand ce prélat eut été chargé de visiter les Cantons catholiques , il engageai P. Canisius à l'accompagner. Nous l'avons vu arriver à Fribonrg, où il pasaak* 17 dernières années de sa vie , et d'où il ne sortit plus que pour faire denx ov trois petits voyages , dans l'intérêt de l'ordre.
Il prêchait régulièrement tous les dimanches et toutes les fêtes à St. Nicolas. Les autres jours il faisait le catéchisme aux enfans. En été il parcourait les districts , J semant la parole de Dieu. En hiver il composait des ouvrages de religion ^. Ses petit catéchisme , qu'il composa déjà à Vienne , fht longtemps le seul en usage dans notre Canton , et c'est encore aujourd'hui un des meilleurs '.
Le P. Canisius mourut le 21 décembre 1597^ à l'âge de 77 ans >. Jamais vie se fîit plus utilement etplus laborieusement remplie. Elle fut constamment marquée ao coin de l'abnégation la plus chrétienne. Orateur éloquent, écrivain distingué, négociateur infatigable, leP. Canisius joignaitau zèle de l'apôtre, l'habileté du diplomate, l'hnmilité d'unsaint et Férudition d'un savant. Ces titres suffisent à sa juste renommée,etila rendu assez de services à l'humanité et à la religion , pour que le monde l'honore comme un grand homme et l'Egée comme un saint. U était inutile pour cela de
^ On a de luii^ plusieurs volumes de Notes sur l'Evangile , dédiés au clergé de Fribourg. 2"* La vie de St. Maurice et Comp. 3^ Celles de St* Bëatt Nicolas, Fridolin, 4^ Un opusctde intitulé : Notae evangelicae de diebus festis , et dédié à Messeigneurs , et autres livres de piété, -^ ^ Le Gouvernement du Hanovre en a tout récemment interdit V usage introduit par V Epique de Hildesheim , à cause des doctrines uUràmontaines y contenues, -^ ^On montre encore au Collège lu chambre qu'il occupa^
CHAPITRB VllI. 273
de Ljuiteii<4l0id leur vendit le chàteaq qo'il avait acheté des er éan-^ ciers du Comte de Ginyàres, et $ur lequel ce Seigneur avait hype<« théqué sa bourgeoisie. Il était situé au Beltzé , et ce fut remplacement que l'on choisit pour le nouveau Collège , qu'on avait d'abord voulu établir aux Hôpitaux-derrière , dans la maison des Tisserands de drap. En attendant que cette construction s'ache-" vât » les classes s'ouvrirent dans le voisinage de l'auberge de l'Autruche. On voit encore le chiffre de la Société au-dessus de quelques portes. Le Gouvernement donna , pour la première fois en 1580, un subside de 10 livres pour la distribution des prix. L'ou-^ verture solennelle c'eut lieu, au Collège même, que le 17 octobre 1582. Après un examen préalable , les élèves s'y rendirent
recourir à des fictions, comme l'ont fait ses biographes <, moins jaloux de rendre hommage à la pore yérité, que d'étonner leurs lecteurs par des récits merveilleux , d(Hit rien ne garantit rauibenticité et %ni d4)nnent à une histoire sainte et grave tout le caractère d'une légende K
Telle était la vénération du peuple pour le P. Ganifeius, que« au rapport du ^.Borigny, lorsque son cadavre fut exposé, il lui arracha les ongles elles che* veux pour les conserver comme des reliques, et qu'il fallut prendre des mesures pour prévenir dés dégâts uUérieofs.
Il fut enterré sous le chœur de St. Nicolas. Mais, quand l'église du Collège Ait achevée, les Jésuites réclamèrent le corps et firent intervenir le Crouvemement et le Nonce. Les Avoyers Montenach et Dies^ach , MM. Reiff, Lamberger, le trésorier fiumann et le fioargmaltre d'Àffry vinrent , au nom de l'État , appuyer la réclamation du Collège. Le Prévôt Kammerling convoqua à cet effet le chapitre, trois jours de suite. La majorité des capitulaires s'obstina à refuser cette extradition , malgré la réserve qu'on y mettait qu'en cas de oanonisaUon, le chapitre resterait en possession du chef et d'une vraie côte. Les Jésuites tranchèrent la question. Avec le consentement de l'Autorité et du Prévôt, ils descendirent dans le caveau le lundi de Pâques 1625 y placèrent les ossemens tlans un coffre fermé à double clé et le transportèrent au Collège, sans cérémonie. La convention, passée à cette occasion entre Messeigneors et les RR. PP., portait que l'une des deux clés de la tombe resterait en dépôt à la Chancellerie , et l'autre , dans le cofiîre du Banneret des Places 8.
t Vie du F. CanisiuSt par le P. Dorigny. — Kie du JReV. Père P. Canisius de la Comp, de Jésus. Paris 1707, — P. Canisius S, J. historiée descriptuà stylo P. Baderi, Viennœ» ^ Leben des ehrwûrdigen Paters P. Canisii der 5. X, Theologeru Dillingen 1621. C'est sans doute de cet ouvrag manuâl de 1626. VEtat certifia alors V authenticité d biographie y en ce qui concerne Fribourg, -— Lèben um 1826, etc. — * Deux miracles opérés par le P.Canisi mensiollt Vautre sur Barbe Beif, ont été consignés dû — s Verkomnuss der Translation des P. Pétri Canisii Societœt den 24/tfa Mœrzen 1625. (Signé) Claudius S
:oP:ïsœ *fri*T^vaf^^v^^i*^^^ '-s:«es-,-r.
en procession; a& long discours fat prononcé et an banquet of-* fert à Messeignears. Il fut décidé qné le nonrel établissement ne causerait aucun préjudice à Faneienne école > et que celle-ci serait maintenue pour que les enfans y apprissent à lire , enseignement dont les Jésuites ne se chargeraient pas. La surveillance du Collège fut confiée à une commission , dont le trésorier Gottrow et Guillaume Kroumenstoll firent partie. La bâtisse traîna en Iqqgueur et fut même plusieurs fois interrompue , tant faute de matériaux , qu'à cause des travaux de fortifications i. Les Jésuites firent transporter à Fribourg, par eau, la toiture de Marsens. Ils durent intenter un procès aux censitaire^ de Tancien couvent, qui refusaient de s'acquitter. La première comédie fut jouée en 1586, et la distribution des prix , qui eut lieu à la St. Michel , se fit en pièces d'argent. Grâce à la donation d'une demoiselle Missello, la construction put s'achever en 1596. Les RR. PP: demandèrent qu'on y fit une clôture du côté de la rue de Morat, pour ne poist donner prise à la calomnie.
L'établissement du Collège donna lieu à beaucoup de corrections dans le voisinage. On combla le fossé de Jaquematt , o& ^ Maya l'avenue du Collège, on construisit le chemin dit escalii^ borgne. De nouvelles donations vinrent en aide à Teindre. Le Roi de France, intéressé à ce que la jeunesse fribourgeoise n'allât f<^ puiser en Allemagne des idées anti*françaises , fit au nouveao Collège un don de 3000 livres. RT* Moulet lui Vendit son jardin. Marguerite Julliard lui légua son domaine du Guintzet, etc.
La suite de cette histoire fera voir si le Gouvernement retira du Collège tous les avantages qu'il en attendait. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'en appelant les Jésuites dans le Canton, il rendit plus difficiles ses relations avec nos voisins réformés et donna, sans s'en douter, un auxiliaire redoutable au pouvoir spirituel,
1 Le PrçYÔt Sclmeuwly s'y intéressait arec tant d'insistance , qa'on trouve souyent dans les comptes de trésorier les subsides pour la bâtisse, indiqués ainsi : encore pour le Collège^ pour avoir la paix at>ec M. le Vicaire-général.