‹ Histoire du Canton de Fribourg, Volume 2Chapitre 47 sur 63 · CHAPITRE VIIK · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIK

dont il surveillait les immunîlés avec tant de jalousie. C'est en effet depuis Tadmission des Jésuites que le clergé fribourgeois, tc^ut en réformant ses mœurs, adopta ces idées ultramontatnes, qui s'imposent aujourd'hui au pays avec tant d'autorité.

Cette tendance n'échappa point au Gouvernement. Car un demisiècle s'était à peine écoulé depuis la fondation du Collège , que des plaintes s'élevèrent contre la méthode d'enseignement. Le Petit Conseil eut à s'en occuper ^ et les Scolarques furent chargés de s'entendre avec les RR. PP. pour remédier aux abus.

Quelques personnes ne dissimulèrent guères le dépit que leur causait l'admission des Jésuites* L'un d'eux, nommé prédicateur aux Cordeliers, y. subit un jour des avanies. M. Kroumenstoll, avoué de ce couvent, se plaignit, au nom du prédicateur, qu'il n'avait pas pu obtenir un surplis pour prêcher , ce qui l'avait exposé à la risée des auditeurs s.

Malgré les décrets du concile, les décisions du grand synode diocésain , les efforts du Nonce Bonbomius , le zèle des Schneuwly, Werro et autres dignes ecclésiastiques, l'ordre ne pouvait pas encore renaître dans les couvens., ni la régularité dans tes morars cléricales. De toutes parts arrivaient des plaintes en Conseil. La malveillance en profitait pour aggraver le scandale par de faux rapports. Le couvent de la Fille-Dieu, à Romont, crut devoir protester contre ces calomnies , et voici la lettre que les religieuses écrivirent à l'Avoyer :

A magnifique et très-puyssant Seigneur Monseigneur l'Advoyer d'Affry soyent humblement présentées 3 :

i Wie dieRR. PP. die Jagend mit vielen scniptilosis , witlâafigen, andiensUic|iea digressionibos und neben dootriois afhaUend , die Jugend dadurch au bessem Sachen biodernd and lang nfhalteDd , sollen die HH. Schniherren mit den Patribus reéen and sollicber missbruchen eine Gorrectioti furnehinen. A. C. Man. de 1633. Séance du 19 octobre. — a a. C. -- « La cacbet représente une Sainte- Vierge, sous une nicbe gothique, tenant sur »0D bras droit Tenfant Jésus, de Tautre main un sceptre. A. G,

276 SBCONDB PABTU.

« Magoifique Seigneur Honsiear TÂdvoyer ,

» Suyvaot la relation qae nous serait esté faicte par nostre » très-honoré Seigneur Monseigneur le baillif , occasion de cer- » taine missive qn'hauriez receue, ou bien information de quelqae B quidam , comme le dict Seigneur nous l'avait déclayré. Noos » Tos trës-humbles et obeyssantes oratrices oyes telles raysons ï> n'avons sceu de moings que recourir à vostre excellence e( pai> temité laquelle en l'honneur de Dieu supplions vouloir oayr les x> raysons que prétendons advancer. Par quelles remonstrerons p que sinistrement avons esté accusées. Et au cas ne ferons ce » apparoir nous soubmettons du tout au chastiment qu'il tods » plairast. Parquoy , magniCque Seigneur, en charité chrétieDoe D supplions vouloir ouyr nos dictes raysons , avant que d'adhibir y> et adjouter foy à la relation ou rapport de ceulx que pent-es^f'' y> ne nous veuUent guères de bien. Et même vouloir sospendre i> l'accusation que pourriez bavoir receue« jusques à ce ajei^^ » certiorê de dite sinistre information. Ce faisant nous S?^^ » de plus ea mieux prier Dieu le Créateur pour Faugmentei&eQt » et bonne prospérité de vostre magnificence , à laquelle 0^^ » très-humblement esbre recomandées. De la FilIie*Diea souk D Romont ce V ionr de may 1585. Par

Vos très-humbles oratrices, l'Abesse, Prieùse, etc.»

Les griefs articulés contre d'autres corporations, paraissent avoir été mieux fondés. Hesseigneurs écrivaient au général de Tordre des Chartreux, que quelques prieurs de la Part*Dieu, «non cofih tens des annuels revenus , ont laissé faire réemptîon des cap- » tal», vendu et laissé couper et détruire les bois, venir i néant B l'église et autres édifices par faute de couverture « défraadé \^ » pauvres des aumônes fondées et accoutumées, qui envoient bors n du pays belles sommes de d^ers et euxr-mémes soi retira « » non contens de leur bourse ordinaire remplissent et farcissen » les bottes d'écus pour les cacher, tellement que les éeo^^^

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» sont VQS tomber par gens de bien i, et nëamnoins par leurs )> comptes prétendus soi trouvent (a plupart* avoir délivré davan^ » tage que reçu comme s'ils avaient porté grande quantité de de- ^ niers avec eux, le tout redoùdant à l'entière perdition et ruine » du dit monastère» s'il n'y est pourvu. »

On écrivit aussi au Conseil d'Orbe a que les déportemens du n diacre Johan Galthier étaient très-mauvais et scandaleux , et » spécialement que le jour de rAscènsion dernier passé , montant D en chaire , par trop boire et ivrognerie avait la mémoire trou- » blée et offusquée , qu'il ne sût entièrement prononcer le SAinft » Pater-Noster. ji

Au prieur de la Val-Sainte :

« Nous sommes informés qu'avez fait un voyage assez esloingé » hors de nos terres , ayant conduit avec vous un cheval chargé, » ne sachant quoi ni en quel lieu vous vous êtes acheminé. Nous » eussions bien pensé d'être en tel respect et réputation auprès Y de vous que voulant entreprendre telle chose , vous nous eussiez » avertis et surtout, pour ôter tout soupçon de quelque retire- » ment ou distraction dommageable, déclaré ce qu'auriez entre- » pris de mener avec vous. »

Nous avons vu l'opinion que le Nonce Bonhomius avait des Angustins. Quant aux Gordeliers, on fut obligé de fermer, en 1687 , le cabaret qu'ils avaient ouvert dans leur couvent ^4

Le Duc de Savoie avait repris une altitude menaçante et concentrait ses troupes à Thonon. La diète dépota vers lui des plénipotentiaires, parmi lesquels se trouvait notre bourgmaitre KroumenstoU. Ce qui n'empêcha pas les cinq Cantons catholiques de

< Ces soustraclions fraudaleuses se sont commises plus d*ane fois dans eette Chartreuse, et mémo de dos jours. Vers le commencement du siécJe qui nous occupe , le Gouvernement fut informé que le prieur de la Part-Dieu était à |a veille d'emporter des valeurs. Pour déjouer ce projet, on appela à Fcibour^ ce jeune prêtre, sous un prétexte. Pendant son absence, on visita les caisses du couvent et on Interrogea les religieux. On força même les serrures, Le prieur , de TOtoui! , excommunia le bailli de Gruyères , ministre de cette enquête, majs Messeigneurs déclarèrent à celui-ci qu'il n'avait point à s'inquiéter et que cette excommunication était de nulle valetir. A. €. — * « A. C,

- ^.i^iT'i^tir -0^1 *» *B1

278 SECONDE PARTIB.

lui envoyer , presque en même temps , quelques enseignes auxiliaires, qui Se postèrent hostilement aux frontières de Genève contre les garnisons bernoises. Cette conduite étrange indigna même Fribourg et donna lieu à des débats très-amers à la diète de Baden* La France et les Cantons médiateurs prévinrent une conflagration. Une deuxième conférence, à ce sujet, eut lieu en 1582, où Fribourg se fit représenter par François Rudella, et ses résultats furent des plus satisfaisans.

La France renouvela son alliance avec la Suisse. Un de nos deux Avoyers accompagna la députation qui fut envoyée, dans ce but, à Paris, à la demande du Roi i. Le traité d'alliance fut jaré solennellement dans l'église de Notre-*Dame , par le Roi et les députés suisses , le 2 décembre 1582« Berne même, malgré son ostentation de puritanisme , y accéda Tannée suivante. L'appât des pensions et des grades, militaires l'emporta sur les considérations religieuses que cette république avait fait valoir en d'autres circonstances ^. Deux nouveaux régimens furent accordés à U France , chacun de dix enseignes. L'un était commandé par Jean de Lanten-Heid ^. Ces auxiliaires prirent une part active à la guerre civile qui venait d'éclater, sous le règne de Henri IIL Cependant les Cantons réformés ne tardèrent pas à rappeler leurs soldats.

Cette même année (1583) Zurich, Fribourg et Schaffhouse consentirent à ce que le pays de Vaikl fût agrégé à la Confédé-

i Gluronigue Lenaboarg. -- ^ M. Tillier fait ici d'impuissans efforts pour justifier son GouTernement. — 3 Ce Friboargeois était fort considéré au dehors. Berne l'ayait une fois chargé de négocier une difficulté avec Lucerne. Il n'en fit pas moins banqueroute, à la suite des dettes contractées au serf ice de cette France ingrate, qui n'acquittait pas la solde des troupes. Il partagea le sort de plusieurs autres partisans, tels qu'Ulric d*£nglisberg , d'Affry, Nie, Werly, Hans Lamberger, etc. A. C. IMl^siy. de 1503. Le premier avait été onze ans au service de France. Il fit discussion et requit l'assistance de Messeigneurs , en 1602, Déjà l'année précédente » à U demande des soldats , on arait prié Tambassadeur de France de ne rien lai solder, sans qu'on eût été préalablement averti. Il paratt , d'après les lettres de l'ambassadeur , qu'il se comportait mal , surtout avec sa femme. A. C. Man. Yoy. les détails que donne sur Heid et Gtéry le savant continuateur de Huiler. Hist. de la Conféd. Suisse , tome 12, page 115 et suiv.

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