CHAPITRE X. 36 i
par la Gommimaiité, et que celle-ci y avait apposé son sceau. Mm cela oe pouvait pas s'appliquer aux deux articles additioDuels/qui eoncemaieut les Bannerets et le graud-saolier. A teneur de ee» articles » ces foncttontiatres ne devaient plus dorénavant être choisis paria Gommunanté parmi les bourgeois eommunsi mais par le Grand Conseil et dans son sein.
Qu'on se rappelle l'importance des fonctions exercées par les Bannerets et le grand-sautier, et l'on comprendra la gravité des thangemens apportés par quelques membres seulement de la Communauté à une Constitution votée par 940 hommes, et qui ne pou* yait être modifiée que par le même nombre de votans.
Ce fut le 28 Novembre 1553 que fut promulguée cette nouvelle charte éversive des libertés publiques, avec ordre d'en expédier une copie à chacun des quatre nouveaux Bannerets. Elle fait mention des Secrets, comme d'un corps constitué ; ce qui lui donnait une existence légale. Elle étend même ses prérogatives ; car, elle confirme aux Secrets le pouvoir de convoquer immédiatement les Deux-Cent, tandis qu'auparavant ils ne convoquaient que les Soixante. C'était en faire une Chambre Indépendante, ayant le droit de se compléter elle-même et de rester en permanence.
C'est ainsi que la Chambre secrète sortit des Soixante, tout comme ceux-ci étaient venus jadis s'interposer entre le Grand et le Petit Conseil, comme pouvoir intermédiaire.
L'assemblée de la St. Jean, appelée l'année suivante à prêter serment à cette nouvelle Constitution, fut loin de présenter toutes les conditions que réclamait la loi. Convoquée par des Bannerets qui n'étaient pas de son choix, elle était en outre privée de tous les membres de l'opposition; car on les avait emprisonnés. Des mesures sévères furent encore prises le 3 et le 4 Janvier suivant. Le Petit Conseil se trouva alors à l'apogée de sa puissance. Il était en même temps Conseil d'Etat , Tribunal d'appel et Conseil com«-
362 SBWIIDB PAITIE.
munaL Les affûres de toot gemte s'j traitaient iam les mêmes séances, par les mêoies membres et sous la présîd^ice do même efaef» Il paraît même que les membres de ce corps joaissaient d'«ne certaine autorité individaelle, tandis ^ue les Soiianteet le» Deux-Cent n'avaient qu'une valeur cottectivê> L'ordonnance èd 1446 dit en effet : qui non voudrait estre obéissmt au commaadément de Monseigneur l'Âdvoyé ou à'un^ de deuxj de trois ou plusieurs de Messieurs du Conseil etc. ^.
Ainsi le Patriciat» non content de faire, aboutir à lui tous 1^ intérêts généraux, ce qui constitue la centralisation politique» s'était emparé aussi de la centralisation administrative, en concentrant en ses mains tous les intérêts locaux. Il ne laissa aux communes nulle liberté d'action, nul principe de vie, oubliant, avec cet aveuglement naturel aux intérêts égoïstes, ou plutôt ne voulant pas voir que, constituée vigoureusement, la Commune se gouverne mieux seule, et qu'en faisant ses affaires, elle fait aussi celles de TEtat ?. Aussi qu'étaient à Tépoque dont nous parlofli» les communes rurales du Canton ? Plongées dans un état à peine croyable d'ignorance, frappées d'une langueur mortelle, rite voyaient refluer vers le cœur tout ce qu'elles avaient de chaleur et de sang. A Fribourg même, les biens communaux étaient depuis longtemps administrés à bien plaire , à Tinsu , poor sinsi dke, de la bourgeoisie et au pro£^ des familles régnantes* C'est ainsi que, dans le courant d'une seule année (1643), cinq concessions de bois, dans diverses forêts communales, furent accordées au même particulier, Jost Montenacb. On sait aussi tout ce qu'obtint le fameux Lamberger. Quelquefois même les concessions étaient héréditaires dans la même famille, telle en 1659^, celle de 30 poses de bois dans le Burgerwald au Banneret Pierre Gottrao^.
* Coll. de 4-*67. Fol. 3.-2 Louis Branc. — à Man. Sentence du la Mai. - 4 Voici an échantillon d'une semblable {attente : Non» rAdroyer et Conseil de U ville de Fribourg sçavoir faisons que pour accommoder le domicile que noble et sage Seigneur tlAidwifr d'Afifrjr, nostre trés-eiier Adyoyer ha et tient ^ suit par soy-
GIUPITBB X. S9â
Mais la (oote-poiâsaitee do Patrieiat n'^dataît paë moins en matière religieuse, et pea d'Etets eatbdiqaes Oëèreot , à cet égard, s'ayancer aussi loin que celui de Fribeurg. €e qui lui donnait tant d'audace , c'était d'abord l'absence et l'éioignement de l'Evé^ que, mais surtout la conviction d'avoir, à lui seul, sauvé Tancien cuite h une époque où , comme nous l'avons yu , le clergé semblait au contraire tout faire pour le perdre par sa crasse ignorance 1 et sa profonde immoralité, tout en ne se prêtant que forcément h des réformes utiles. Peut-être notre Grouvernement connaissait-il aussi l'opinion d'Optat ^, de St. Ghrysostôme 3 /de St. Bernard ^ et autres SS. PP., sur la pondération des deux pouvoirs. D'ailleurs, il pouvait revendiquer pour son compte tes franchises de l'Eglise gallicane, formellement reconnues en 1438, au synode de Bourges, par tout le clergé de la province , dont relevait alors l'évêché de Lausanne et dont il dépendait par le lien fflétropoliain ^. Ce for fut d'ailleurs reconnu par la nonciature, le
môme ou anltrea en son nom.au village de Domdidy en nostre chastellaynie de ^ntaguy, comme sommes oerUins à Tavancement du proffit et commodités de ceulx les bons mérites desquels semblent le requérir de nous. Pour ce res^ard nous «YODS octroyé et permis comme par les présentes permettons et octroyons à npstre dit ÀYoyer pour lui et ses héritiers légitimes tenant et qui poor le temps à Tenir tiendront ladite maison que de leur authorité propre et sans interposition de la li» cence et autborités de nos cbastelains de Monta^ny ils puissent couper et retirer bois nécessaire pour leur chauffage et de leurs granges et locataires qui feront habitation en ladyte maison, sans toutefois aucune superfluité et sans en faire aucun traficq, semblablemeot sans endommager nos bois de haute fustaye , lesquels reservons à nous pour en disposer à nostre plaisir. Et aûn que le dit Seigneur Advoyer et les siens prédits puissent paisiblement jouir de ce privilège, nous )uy avons imparty les présentes scellées de nostre scel secret^ le 10 de novembre Tan prés à la NaUvité de N. S. J.-C. 1580. A. C. Missiv.
1 Massillon,, Discours synodaux, UI. — ^ Evéque de Milève en AfVique, mort en a84, sous Vespasien. Il composa 7 livres contre les Donatistes. St. Augustin, St. Jérôme , St.Fulgence le citent avec éloge. Dans le 3"^*^ livre il dit, contrairement à ce qu'on a osé avancer de nos jours : Non enim Respubiica est in Ecclesiat sed Ecclesia in Republica. — ^ Régi corpora commissasunt, Sacerdoti anim». — ^ Nec enim tihi iUe Petrus darepotuit,quae non babuit. Quod babuit, hoc dédit, sollicitudinem scilicet supra ecclesias, non dominationem, Lib. 2 cap. 6. — ^ On en trouve la preuve dans le ooncile d'Ëpaône (515) ; dans la chronique de Harius; dans le décret du premier Jkoi de la Petite-Bourgogne, Rodolphe l^^, daté du 27 janvier 875, et portant que FËvéique de Lausanne devait être nommé par le clergé et les bourgeois du dit Ueu , confirmé ensuite par le Roi et institué par TArchevéque de Besançoa« -— On U trouve encore dans les institutions des Evéques de Lausanne jus-
364 SBQDWS PARTIB.
14 dicMibre 1657. Ansai le GoOTerMmeiit de FribeargBenittQtint-il toojoors aa bénifieede ees fraaciuseit par on exercice non interromps, soaa le triple rapport ilégisla^» judiciaire et tdmintf^ tratif.
Sons le rapport législatifs en statoant souverainement sur la sanctification detfétes et dimanèfaes, la fréquentation do serricediriD) f administration des hôpitaux et antres fonds pies, Finstruction publique» la tenue du catéchisme « les questions matrimoniales, etc.^.
Sous le vaffovt judiciaire ^ en repoussant, en foit^e questions matrimoniales et autres, toute intervention, cit9tion 3, juridiction ecclésiastique^, ne reconnaissant pas ménse an juge spiriteella faculté d'exécuter les sentences ou de statuer les amendes ou dédommagemens ; en faisant lui-même arrêter et , ao besoin , pnnir les prêtres déiinquans , et en faisant paraître à sa barre des ecclésiastiques, pour rendre compte de leur conduite ^, etc.
qu'à la dispense papale de 1689. (A. €. Affaires eccl. N^ 260). — Uoe reeonsitfsance de ce for se U'oure encore dans la plainte portée, en 174â ^ 1743, fvk femme Déobenant, d*Ursi , contre un refus de TÈTêque de Lausanne de laisKrift* Umer deux sentences du métropolitain siégeant à Besançon.
^ Il est assez curieux de Toir le Conseil se transformer, pins d'une f^s, encfV ecclésiastique pour délibérer, par exemple, si lé boiureau pouvait être monidei SS. Sacremens (1567) ; si un blasphème était un crime moins grave dans la bouche d'nu apostat (1604); si tel on tel pouvait être dispensé de faire maigre; quel châtiment il fallait infliger à un homme qui avait pris des taupes le jour de ta Penfecdte, ete. -^ ^ En 1625 les communiers de Groley citèrent deux des leurs par devant VBi6que, an sujet de certains cens qu'ils refusaient de payer à la chapelle de Vett droit. Sur Tappel des accusés $ Messeigneurs annulèrent la décision épiscopale, étoquant la cause par devant eux, parce qu'elle n'appartenait pas au for ecclésis»* fiqne. Les communiers furent en outre mis en prison pour avoir niéconna 1^ droits de l'Eut. Wyl sie sich so grob i^erfcelt dass siè M. G. ff. uberseken ma îfor dent Bischof erschienen , da aer Handel nit sol decidirt vverden. Sol dos XTrkund annulirt werden , mit einer aulenUschen protestation diser nullUat bœser consequenz fdrzukommen , dann die «bistmchbn oar zu tibv wollbnd GETvrKH und sollend die Communiers von Groley bis morgens inthan werden» 13 oct. — S En 1637 le Nonce Ranutius publia une circulaire dans laquelle il se permeUsU entre autres de prohiber Texportalion des céréales et dès comestibles hors delà Suisse, sons prétexte de la grande cherté, et sous une amende de 200 louis , appli' cables aux fonds pies. Le Gouvernement ne voulut pas permettre la publication de cette circulaire , et, sur le dos du paquet qui contenait plusieurs imprimés semblables , il est écrit : « Messeigneurs n'ont pas vouln permettre d'afficher aux lie«& I) pnblics cette circulaire apostolique, qui semble avoir en vue le bien de la patrie, » mais qui est attentatoire â la souveraineté temporelle. » "^ ^En 1640 le Orând-Ti-
CBAPITRB X. d65
S0QS le rapport administratifs en exerçant à Fégard de TEglise tous les dreks 4it0 r^ium placitwn ^ jus adwcatiiB ^ jus su^ premm inspectionis > jus ca^enâi^ jus reformandi , etc.
caird Schueler, accasé par le Banneret Appecthel d*aToir insulté co magistraty dans Texerciee de ses fonctions , fut cité à paraître en Conseil. Il ne s'agissait pas alord de se retrancher derrière les immunités ecclésiastiqaes et de. déclarer qiM le prêtre ne reconnaissait d*autre supérieur que son Evéque. Le Grand-Vicaire dut se aister, bon gré mal gré. Voici comment il se défendit : « Le soleil préside an joar, x> la lune à la nuit : il ne (éni pas confondre leurs fonctions. Si le soleil voulait réj» gir la nuit et la lune 1q jour , il en résulterait ténèbres et confusion. Quand » par » hasard, il y a opposition entre ces deux astres , que s'ensuit-il? Une éclipse. U en » est de même des deux autorités qui gouvernent le monde , et il faut bien distm- » gner les deux pouToirs. Je ne me crois pas obligé d'obéir A Tii^onction de corn- » paraître devant le Conseil , car }*ai mon juge spécial. Si je l'ai fait , c'est par cons> descendance pour Messeigneurs. Je suis surpris qu'on ait recueilli des témoigoages » contre moi. Je sais bien que , d'après les constitutions municipales > je dois obéir » aux magistrats, ce que rÊvangUe recommande aussi. Néanmoins ceux-ci ne doi- » vent pas me transmettre leurs ordres idimédiats et surtout à la manière de M. Ap* » pentbel , en pleine place pubHque , en un temps où j'étais occupé d'antres choses* 1» Si l'on m'avait député un fonctionnaire moins arrogant et mieux appris , J'eusse ï> été également plus poli. A question incongrue , réponse de même nature. Je con- » viens avoir été un peu indiscret (unbescheiden). J'en demande pardon et j'espère » que l'harmonie entre les deux autorités n'en souffrira pas. »
Messeigneurs trouvant que la comparaison établie par M. le Vicaire était déplacée, et qu'en protestant contre ce qui avait été fait, il avait aggravé sa fiiute, on lut ordonna de comparaître une seconde fois, le lendemain. Alors Messeigneurs lui déclarent, qu'en qualité de souverains, ils entendent que, dans les affaires politiques et civiles , les ecclésiastiques leur témoignent , tant en ville qu'A la campagne, le respect et l'obéisaanee convenables, comme en France et autres lieux. (Myne gmedigen Herren und Obèrent ah ein soui^eramiseher Stand ^ wœHend in ihrer Stadt und Land eben so wohl uon den Geistlichen in poliUschen und civiU* schen Statuten in gébukretiden respect^ Anseken , gehorsam erhalten und res^ . pectirtwerden^ als in Frankrych und anderen Stœnden) ; que pour ce qui concerne les immunités ecclésiastiques, ils n'ignorent pas, en qualité d'autorité catholique , ce qu'ils doivent au dergé , et qu'ils n'empiéteraient Jamais sur ses droits.
Le Vicaire demanda encore une fois pardon en promettant de se mieux conduire à l'avenir comme sujet, citoyenetenfiuat du paytr. (Men. du 5, là et 16 janvier 1040). Il fut agracié. Mais, trois années après, s'étanC permis une récidive , il n'en fut paa quitte à si bon marché. Il avait publié , sans demander le place! préalable , une bulle d'excommunication contre le Duc de Lorraine , avec lequel notre Gouvernement était alors en bons termes. La publication Iht arrêtée sur-le-champ, et des c^ntreman dats furent expédiés dans les bailliages. Le Grand-Vicahre lîit en ontre cité à comparaître en Grand Conseil pour se Justifier. Ce qui eut Men le 2octobre 1643. Il exposa qu'ayant été mandé à Hauterive parle Nonce , celui-ci lui avait ftit signer l'engagement de publier la dite buUe et menaoé deTexcommunication quiconque s'y opi* poserait ; qu'il n'en avi^ pas «visé Messeigneurs , craignant qu'ils n^ missent ob* atacle ; qu'il ne pouvait pas servir deux maîtres à la ibis ; qu'il n'avait agi ainsi que pour éviter un plus grand mal et décliner une grave responsabilité.
Là-dessus le Conseil , après une mare déUbéralion , décida qn'ime plainte formelle serait adressée a« Nonce^ sttr cette manière d'agir ; que le Grand-Vioaire se-
366 SB€ONM PARTIB.
En éffistt nous av^ns tq h GeuyerneHieiit de Fribênr^, à riustar d'autres Gantons et Etats catholiques, n'accepta le eondte de Trente ,qne pour ee qui concerne la Foi et les Sacremens. II empêcha même la publication de ses décrets et repoussa formellement la bulle in Cœna Domiiii » qui reproduit toutes les prétentions ultramontaines.
D'ailleurs» Fribourg avait juré, chaque fois que les alliances fédérales étaient renouvelées , d'observer le contenu des docamens sur lesquels elles reposaient , entre autres, du Pfaffenbrief qai contient des dispositions si sévères touchant les immunités ecclésiastiques. Il y était dit : que tout prêtre, qui en appellerait à un tribunal étranger , devait être civilement excommunié i. En manquant à ces engagemens jurés si souvent et avec tant de soleDoité^ notre Gouvernement eût forfait aux devoirs fédéraux , ainsi qu'à la religion du serment.
Ce qui précède suffit pour prouver avec quelle habileté et per* sévérance Tolygarchie avait su accaparer le monopole de toosles
ndt suspendu de ses fonctiocis capitulaires (tst er in^esteUt dés Gapitelwegreo) ; qu'on aviserait liUcenie de«e qui s'était passé , et que la publication de la bulle avait été expédiée, sans Tautonsation de Messeigneurs ; que des courriers seraient envoyés pour l'arrêter dans tous les lieux où elle ne serait pas encore parvenue.
Le Chevalier Montenach, le Colonel Kônig, les^ B^giuerets Lary et KSmmeriiD? furent députés vers le chapitre peur lui exprimer le mécontentement de Messeignenrs» Tous les exemplaires de la publication, encore disponibles, furent saisis et remis àU Chancellerie. L'imprimeur lui-même (Darbelley) iiit mis aux arrêts pour 24 heures, et défense lui fut faite de ne rien imprimera rarenir, sans permission supérieure. Lacerne, plus docile, parce qu*elle était sous l'influence immédiate du Nonce, permit la publication verbale du haut de la chaire. Le Nonce , courroucé , menaça Messeigneiirs de l'excommunication, et l'affaife en resta là.
Ce Grand- Vicaire Scfaueler jouait réellement de malheur. À peine une anoée S'était^lle écoulée que, sur la plainte de Measeifneurs ,il f\it entièrement suspendo de ses fonctions par l'Evêque , pour s'être permis des propos inconvenans.
Il fut défendu k son successeur , Jean Dumont , de se servir de la qualification d*iîlustris dans les acte» publics. On défendit «ussi au Conseil ecclésiastique de petcevoir des amendes pour affaires civiles. (A. C. Man. du 18 février 1641).
1 Welcher Pfoff aber darwider thut, der sol die Stadt oder das Land , da derselb Pfaff wohnhafftist, verhilten und versorgen mit ail ihrer Gemeind , dass demselben Pfaffen niemand essen oder trinken gebe , hause noch hofe, gen ihm und Kauff nocb Yerkauff noch dfaein andere Crmeinsame nrit ihm liaben , ohn Gefehrd.
CBAPITRfe X. 367
pouvoirs 9 même de celui auquel te elergè a toQijours tenu avec uoe ÎBÉexible ténacité.
En 1566 le Dimanche secret, mû sans doute par un juste remords, osa protester contre la violation de là charte de liO^, touchant l'élection des Bannerets. Il demanda qulls fussent, comme auparavant , choisis parmi les hommes du commun pour rutitité, dit-il , de la pauvre Communauté. Ce mouvement de compassion est en même temps Téclatant aveu de l'atteinte portée aux privilèges de la hourgeoîsie. Le Petit Conseil , présidé par Lanten- Heyd,céda à ces instances. Mais les nouveaux Bannerets, tirés des Soixante , furent privés du droit de suffrage dans les délibérations du Grand GonseU, et la pauvre Communauté ne tarda pas à reperdre ces places importantes.
Le veto populaire une fois écarté , le seul et le plus puissant boulevard de la démocratie renversé , les empiétemens se succédèrent sans interruption , et les gouvernans se trouvèrent sur une pente glissante où ils ne pouvaient plus s'arrêter.
Le mode de réception , soit pour les bourgeois , soit pour les habitans, lequel n'avait jamais été bien uniforme, subit toutes sortes de variations, au gré de ceux qui, parvenus au pouvoir, redoutaient toute concurrence dangereuse. Pendant longtemps ce fut le Petit Conseil qui fit toutes les réceptions. Les Bannerets eux-mêmes s'étaient permis d'en faire de leur propre autorité. En 1557 le Grand Conseil s'arrogea le droit exclusif de recevoir les étrangers aussi bien que les Suisses i.
L'acquisition des nouveaux bailliages ayant donné plus de valeur au droit de cité, on chercha bientôt à limiter le nombre croissant des bourgeois , pour diminuer celui des aspirans aux places lucratives. Les prétextes ne manquèrent pas.
On commença par écarter , non-seulement les étrangers , mais
* Projecklenbach fol. 59 «t 75.
968 SBCONItt PÀMIB.
les candidate domicUi^ daos les noQveUes terres » en hwssanUe denier de réception pour tons les romands ^« par la raison « en app^ence toqte simple , qu'était SiHSse » il fallait, autant que possible t s'assimiler aux Confédérés et commencer par la langue ^, On n'excepta de cet impôt que les sujets distingués et indispensables à la ville , ou ceux qui avaient rendu quelque service éminent l Tout impétrant prêtait serment d'obéissance et de fidélUé (wie eio angeborner Unterthan).
Ce qui était bien plus spécieux , c'était la convenance de ne plus admettre à la bourgeoisie que des gens de bonne réputation, les Suisses de préférence aux étrangers , ceux qui habitaient depuis longtemps le pays de préférence aux nouveaux-venus , ceni qui jouissaient de quelque fortune plutôt que les pauvres A Dam le principe , tout étranger né hors des limites de la GonfédératioD, mais qui y avait habité pendant cinq ans, pouvait être reça babitant , tant en ville qu'à la' campagne , d'abord pour 30 batz^ somme qui fut progressivement élevée jusqu'à 100 liv. ^ Lefenne du séjour préalable dans le pays fut également doublé. Le técipiendaire devait produire son extrait de baptême et un certiM de bonne conduite. Il fut défendu à toute société soit corps de métier de recevoir un étranger non admis antérieurement comme habitant de la ville ou de la campagne (zu ihrem Hîntersàss)* Chaque impétrant dut en outre se procurer une armure complète, au plus tard dans l'espace d'un mois depuis sa réception ^.fierté
^ Un Romand non snisse fat imposé pour 150 liv. ; un Suisse pour 100 lir. Ceai de« bailliages pour 60. En passant sous la domination de Fribourg, par suite d'achat oo de conquête, les communes romandes ne firent que ehauger de mattre. Le Patrieiat s^ substitua ep quelque sorte aux Seigneurs féodaux, qui aTaieut possédé ces terrai et y maintînt les lods^ les dîmes et autres droitures. Aussi, ne les appelait-on qae sujets. Ils n'ayaient pas le droit ^e posséda une soigneuse , à pnoins 4*^re Bobles oo anoblis par Messeigneurs. C'était le droit de cappe, — 2 £q I6OO l'usage du patois fut prohibé jusque dans nos danses nationales, appelées coraules^ En 1638 il fut dé* cldé que toutes les pétitions seraient rédigées en allemand. — 3 Yoy . der Fremden* Ordnung de 1550 dans le livre des projets de 1564 , fol. 73. — 4 Projecktenbncb, fol. 30. — 5 Les deux tiers seulement de cette somme entraient dans la caisse de l'Etat. La litre étant de5 batz , 100 Ht. fesaient 20 écus. ^ ^ Projecktenbuch.
GHAPITRB X. 369
HeÎDriclier, qoî alors était BcNirgmattre , fat le premier inscrit en léte de ceux qui acqmrrat ou renouvelèrent la bourgeoisie secrète » au nombre de i55. Voilà sans doute pourquoi on lui a attribué erronément une grande influence dans les ehangemens qui s'opéraient i.
Âpres avoir ainsi refoulé les étrangers » on songea à contenir la masse des nouveaux-reçus. Ceux-ci furent déclarés inhabiles à occuper les emplois publics» pendant les 50 premières années, privés de la qualification de bourgeois, désignés tout simplement par la dénomination d'habitant ^ en allemand Hintersàss^ et condamnés à rester au métier qu'ils exerçaient avant leur réception. Pour être reçu bourgeois , il fallait de plus que Faïeul fût né en ville ou dans les anciennes terres ^. Mal observée d'abord , cette loi fut renouvelée en 1607, avec défense aux notaires de confondre les habitans avec les bourgeois, dans les actes publics. Cette différence fut déterminée le 14 août 1608, dé manière que les nouveaux-venus ne prendraient le titre de bourgeois qu'après dix ans d'habitation sans reproche 3.
Dès 1555, les nouveaux-reçus forent inscrits dans des cahiers spéciaux. C'est une demi-main de papier, pliée en deux dans toute
^ Une difficulté qu'eut Sehirioher ayec un prêtre , à Tépoiioe pu fl éUrft trésorier, nous fait mieux connaître ce.personnag^e. Il avait refusé d'accorder au chanoine BttUiard , qui était en môme temps coauteur, plus d'une aune de duap , à teneur de l'ancien rôle. Bnlliard inséra alors dans le registre des baptêmes pour 1639 , la note suivante : Baptizami supra scripias proies 445 Jacohus BulUard S . D« Ca» nonicus , quœsiore existente P. Heinrieher* cmjus paréns oriundusfujii ex Biel» etc.; suh quo contra omnem rationem et immemorahïlem consuetudinem et ritum miki et 12. JD. Ant. Kœmmerlingt Coadjutori detracti fuere anmuttim cuiltbet 6 /iV. in Cancellaria , cm et suis pro tali prœjudicioso actu tam nobis prœfatis quam nos* tris successoribus rétribuât Deus, Heinricjier porta plainte au Conseil contre cette apcistflle offensante , et relata à cette occasion que ses ancêtres ayant changé de religion à Sienne , l'un d^eux, resté fidèle à l'ancien culte , s'établit A Lncerne, dans la maison de Gilg Fieckenstéin. L\in de ses descendans y Jean-Pierre Helark^r, vint à Fribourg , muni d'une déclaration portant que tout membre de cette famille pourrait toujours se faire reconnaître bourgeois de Lucerne , en payant un dickL II acheta à Fribourg la maison de Jost Jaccod. A. C. » ^Extrait du Vennerbuch 1561, fol. 25, • — 8 Pendant tout le 16^ siècle, la bourgeoisie demeura encore personnelle. On rece- Tait ées prêtres, des femmes, et les veuves devaient se faire reconnaître après la mort de leurs maris.
- ^rrirrtM . rfg^hyrVr ^ ia sTiiîr r i i>'riirT"c;îm-'firBiWMiW^ t r mi " :
sa longueur. Ces cahiers volanSt qui forment ce qu'on appelle le Iwre de la bourgeoisie commune ^ ODtrécenHnent été telifes. Cependant ces habitans , en attendant leur inscription dans le grand livre', ont toujours porté te nom de bourgeois et ont joui de tous les droits attachés à ce titre.
La réception des habitans pour la ville est souvent iascriie dans les manuaux en ces termes : Zu einem Burger angenommen. Aussi les appelait-on bourgeois , non-seulement en conversation, mais dans les actes publics. La dénomioation de bourgeois secret n'a commencé qu'en 1600. Sept ans plus tard il fut décidé que les habitans ne prendraient plus la qualification de bourgeois. En 1 620 ils furent dispensés de se procurer une armure complète K
Toutes ces mesures, combinées adroitement , cachaient des intentions profondes et liberticides. On voit le privilège naître et se consolider, une caste aristocratique se former. Mais ^'è n'est point encore inaccessible au peuple. En remplissant certaines cour ditions plus ou moins onéreuses , les bourgeois communs pouvaient s'élever, et plusieurs membres du Grand Conseil n'étaient point de la bourgeoisie secrète ^. Celle-ci se recrutait encore eu dehors de sa sphère et non par simple traiKmissîo& héréditaire. Bile coûtait plus ou moins, selon la qualité personnelle» l'état et , le lieu d'origine des postulans , tandis que le prix d'habitation testait constamment le même pour tous.
C'est pour ai^èter cette dangereuse concurrence que parut la fameuse ordonnance de 1627 » qui déclarait la bourgeoisie secrèU une propriété exclusive des Deux-cent 3. (Er sye denn derZahl). Ce changement est le plus notable qui se soit opéré depuis la desti-
* Vennerbuch 40 décembre, fol. 00. — * M. Fontaine cite 47 individus qui forent employés dans le Gouvernement, avant leur réception à la boargeoisie secrète , «dtr*autres : P. Fivaz, natif de Payerne; Daniel Montenach, notaire à Dompierre; Jean Odet; Gaspard Week; François Werro , etc. — SMan. du 4 mars. Voyei pièces jusUf. N** XV.
cvAFiTas x; 371
tutiôD des Bann^ete ; et c'est de cette époifue, qo'oD.a coottltne de^ datçr rétablissement du Patrictal. Maison a vu que cette institution n'a pas été instantanée et qu'elle remonte beaucoup plus haut.
Le droit d'éligibilité n'était pas , il est vrai ; formellement assuré' aux bourgeois communs, soit babitans , par la charte; mais il était fondé sur un antique usage , constaté par nombre de règlemens, efître autres par ceux de 1585 et 160$ , émanés tout récemment* D'ailleurs» la finance pour être reçu bourgeois secret n'étant au plus que le ^lo de ce qu'on exigeait pour être reçu bourgeois commun, ne pouvait pas provoquer une si grande difiérence de àtoiiè dans fétat civil des citoyens K Dés ' 16S8 , il fut décrété que là place de •Commissaire général ne pourrait' être accordée qu'à un patricien. Toutes les autres places furent successivement accaparées ainsi par la caste dominante. La noblesse , comme on a vu , se trouva naturellement exclue des charges publiques , moins par une résolution arrêtée que par sa position vis-à-vis de la Communauté. ^
Le Patriciat trouva en même temps i^nesuccursale e$;clésiastrqué dans^le chapitre de St. NM^olaa , qui ne se reerutdit jamais ailleurs que dans les maisons patriciejoi^es*. Aussi ne vouIut-U jamais faire dépemke les collaturesdu c^i^pitre que du.Prév6t ^t des^ chanoines, comme nous ^ verrons plus tard«
Ce monopole de privilège s'accrut avec une rapidité étonnante 6t s^étendit même à des ba^gatèltes. Ainsi , en 1610 , la chasse aux perdrix ne fut permise qu'aux patriciens ^\ et, en 1630 , les pay^ sans perdirent le droit de pêcb^ au filet. Déjà , en 1615 , la Cham^ bre secrète avait proposé de refuser aux nouveaux bourgeois les patentes de pinte et de commerce. :Quant aux patentes de diasse,
< Fontaine. — < Il 4>arâît ^ue le Patriciàl naissant ne ée permit pas cet empiète*^ ment, sans éprouver une émotion de pudeur, car l'ordonnance, commence par des protestations : si bien , jf est-il dit , notre intention ne -soit aucunement de retrancher les anciennes libertés , droitures et franchises , on les diminuer et altérer en façon que ce soit, ains plutôt de les maintenir et augmenter, néanmoiat, etc. Missiv. de 1610. •«' En d* autres termes : pour augmenter vos Inertes, nous les di^ minuons* La logique de Tiniquité ya jusqueslâ.
372 SB€Orot PAETIB.
l6ft paysans en étaient sevrés depuis 1505. Les Conseillers seuls eurent le droit de porter des torches an processions. It parait même que le taux de réception à la boargeoisie secrète fot considérablement haussé; car noble Jeaa Castella paya^ en 1645, 500 Ut. Déjà l'année précédente, Fr. Castella, de Gruyères, avait payé autant pour ce b^ou ^. En 1648 on exclut, de rassemblée bourgeoisiale tous ceux qui ne possédaient pas vme maison en villot ou même ceux qui n'y demeuraient pas ^, tandis qu'il fut défendu aux communes rurales de rien décider sans le concours des communiers résidant à Fribourg. De plus , les sujets des bailliages sa- Toisiens avaient besoin d'une autorisation spéciale pour s'établb dans les 24 paroisses. En 1 547 on aTait déjà frappé d'un impôt ces bailliages , hormis Vuippens. Telle était l'inégalité révoltante avec laquelle étaient traités les enfans d'une même lamille. Mais la porte de la bourgeoisie secrète ne fot close définitivement qu'en 1683.
Ainsi s'accomplit, dans la première cité libre de la Suisse œcfdentàk, on grand aele d'iniqinté soctde , fanéantiftsement doses libertés pubUqtes* La servltode dont elle avait frappé la campagne rt les pays acquis se rMéehit sur elle. Son fondateur, prince absolu et puissant, l'avait assise sur un roe, comme un étemd monument d'égalité civile. D'obscure indusfrieUr, grandis sons ses auspices, osèrent porter sur elle dee maind parricide» et détruire rouvre de Berditold IV. Plus ^J>sofos.qu0 ku, qui avait affrancU des esclavesé ik rédmsifent des hommea libres à la condilioii de sujette et vouèient à la i^eriitnde la vitte qi^il avail coMaeréei la liberté.
C'est ainsi qu'épines avoir sûbî quatre suzerainetés successives et avoir joui d'un éclair d'indépendance entière , la Communauté fribourgeoise tomba plus bas encore que sous les princes do
« Ccft^nsi que rappellent naïveoiettl tme ordonntiiee et le manaâl de 16S6* à roccasioD de la boiir|eoine aei^ète, d*abord accordée, puis retirée k P. Ardien, de Bulle. -^ «Maoual du 18 et 20 jain;
c«A»mB X, 373
moyen-tàg^ , en se pla^it à Tèlat ée vaMile à T^ard é^ §m propres membres.
Les effets de ce nouveau régime fprent esseiitidileniMt désastreux. An lieu d'appliquer au déveleppement du progrèf publie cette grande et fiurmidable massa de pouvoirs qull avait eoneenlfés en ses mains , le Patriciat ne les fit tourner qu'à son profit. Touiimissant dans Tordre politique , il ne tarda pas à le devenir dans Tordre social par la propriété du sol » p«r la jouissanee des eapi«taox t par le crédit, par Téducalion et les lumières.
De cette antique Handfeste qui , depuis près de quatre siècles, avait régi la République , avec plus ou moins de bonheur, il ne restait plus, dès 1648, que des vestiges informes, un simulacre dérisoire. Car rassemblée de la St. lean, subjuguée par la classe dominante et dépouillée de toute initiative , recevait Timpulsion au lieu de la donner. Elle ne comptait plus dans le mécanisme constitutionnel que comme superfétation ou comme embarras. La Communauté tout entière, quoique considérablement agrandie par de nombreuses acquisitions, s'était complèt^nent absorbée daos la fraction qui avait su s'emparer du pouvoir. A dater de cç moment, on la vit se scinder en deux sociétés tellement distinctes , qu'on eût dit une race de eonquérans au milieu d'un peuple vaincu. Là les richesses , les honneurs , les emplois lucrat^ t les capacités ; ici le travail sans organisatiott ^ l'intelligence sans jcnlture, la vie sans liberté, la valeur numérique sims force; dans Fune et Fautre, des habitudes , des m<»urs, des instincts #t même une langue difierente; Mtre elks un fOuffire béant, ^i s'^rgis^sait chaque jour.
Un pouvoir ombrageux repoussait, avec une sombre vigilance, dans la petite bourgeoisie^ toutes les bardîessei3 de l'eisprit; des facultés {Mrécieuses reataient sane Cfmploi^ mîlle iqptitudes étaient déplacées; des hommes d'éJite, obligés de s'i8xpatri<er et d'aller pwter à Tétranger des tàlens mécondos^, ou de s'enfouir daps le
3!Z4 SBCOHM'^AttllB.
taafaeaii 'des ateliers. SciencM » arts , «laBofactares gtsaieBt dans un honteiix abandon. Point d'encouragement, point de réooUfrpense poor les lettres, ni pour le commerce, ni pour Tifediislrie, uipomr ragncuUnre» Une administratkin dtfçein^ise , arbitraire, sans contrôle, et tarissant les yeinesdu pays; finstruction pi^i<|Qe presque nullev des écoles rnrsdes, qui ne méritaient pas^^e oom. Point de,pos4es>, point de routes^, point d'hôpital > cantonal, ni autre instUutton de bienfaisance ou d'utilité publique^, pas même des pompes à feu ^. En on mot^ point d'éducation nationale, ce saint et suprême devoir de tout Crouveroecnent. Toute la petite bourgeoisie qui, au foqd., était la grande,, la véritable Communauté, victime d'un odieux système d^exciusion et ^'étouffement, ne forma plus, avec le peuple des campagnes, qu'une société déchue, où s'éteignirent succes^ivemçnt, sans écbos, quelques voix fortes , qui ossayérent en vain de l'éveiller.
' Alors d'étranges préjugés , enfantés par la barbarie féodaie et fécondés par l'aristocratie, se gravèrent en traits toujours p/as profonds dans l'esprit des masses et y laissèrent des em^^rânles que deux siècles et deux révolutions n'ont pu encore effacer.
i Le pécU de ^erre fit seul créer, en ISSO , le» messagers de poste. Une Yoitore de ce genre , proprement dite , ne passa par Friboarg qu'en 1648. C'était la poste de St.-Gall. Hnit an^ aupararant on ayiH permis an maître de poste de Sien, Gaspard Scherer, de^porter à la connaissanee de, note?» publie lest arcaogeniens pottaox qu'il avait créés. Une vieille femme d'abord , puis on Jnif , ayec one carriole à 4»9x icoues, entrelkirent longtemps nos communications avec Berne. Plosleim personnes s'en souyiennent encore. •— ^ Les chemins étaient coupés par pn giani nombre de barrières , tant pour clore les finages ensemencés que pour emp'écber Jes troupeaux d'une lOonmiuoe de pa^pi^r sur les tonsM^de l'autre, r- < L'bdpitallKH»geois, la collégiale , son clocher , l'arsenal , les archives , les remparts , les ponts, les fontaines, en un mot, tout, ce que Fribourg avait de remarquable, le Patriclaf l'a trouvé tout fait par la Communauté encore libre. Il ne peut revendiquer que les Capndns , trois couvens de femmes et la maison de force. — La chambre des Scolarques appartient à l'époque de transition. Elle fut d'ailleurs bientM absorbée par le Collège et finit par ne plus fonctionner que comme une simple adÉiinistratioD finantâére. Quant au Collège, où la distoefioA éH jéeox h^argeoitie^ s'x^bserviit avec scrupule, jusques dans la distribution des places et des prix, 90us croyons qu'une école de métiers et d'agriculture eût infiniment mieux répondu aux besoins du pays. — ^ Ce lurent les Bernois -qui açhis fir^n^ cadeau de kpoeiiliére peispf à feu , lors de l'incendie de 1736.
CHANTU X* 375
Soumis à Fdsemdant da la fortooe par ses besoia^i à ealni àm, pouvoir par sa déchéance^ le petH bour^^oîs se prosterna devant ses deux idoles et .leurs prêtres. La riafaesse, les titres, la gloire militaire furent recçuamandés à son ciijUe. Le travail manuel fut regardé comme avilissant i, 1,'indigenoe eonnne un opprobre plus grand encore. On perdit fout respect pour la. sainteté de l'infortune. La culture des champs et du l^tail» la .plus importante dans Dofre Canton , ne reçut point la considération qu'une saine politique eût dû lui donner. 1^ paysan rest^ le çilain du moyenâge, et il n'était si mince petit citadin qui ne se crût supérieur à lui. Le: p&tre chargé de surveiller nos troupeaux , la richesse du pays , ne fut plus qu'un ignoble garde-vaches. Le marchand de fromages « ^ui fesait valoir une des premières denrées indigènes, se hâtait^ une fois enrichi , d'acheter un diplôme de patricien» La superstition , la crédulité , le fanatisme prirent une nouvelle cousistapce; les malfaiteurs, les possédés, les sorcières se multiplièrent; le bourreau se lassa des exécutions, la torture fonctionna sans relâche, les bûchers qu'avaient allumés les siècles précédons, plus intenses que jamais, colorèrent tout le IT"" siècle de leurs sanglans. reflets et dévorèrent un millier de victimes de tout âge et de tout sexe.
Alors, du sein de cette société si outrageusement avilie, du fond de nos vallées surgirent ces organisations hideuses qui, sous (e nom de crétins , «affligèrent si longtemps tant la capitale que la campagne, témoins vengeurs de l'abandon physique et moral où une administration marâtre laissait tes prolétaires. La cité libre les vît circuler dans ses murs; à côté deux, des chevaliers, des junkers, des barons, des chambellans, des comtes, des marquis,
* C'est nu point qoe le fougaeux aateor du Tocsin friboarseois , voulant et croyant avlHr les Secrei*, fai| remonter leur origine à des inâustiiels. Et les Secrets de faire brûler , par la main du bourreau, le pamphlet qvA osait révéler de pareilles horreur $ ! Singulier moyen de .ternir raristocratie ^ que de faire rayomier sur son berceau l'éclat de Vintellègeiice et la dignité du travail I Cette contradiction monstrueuse atteste la puissance du préjMgé que nousMsignalon».
S76 SSeOllM tAHTIB,
Toire âes prisced comboargeois; dés maîtres, âa front hautain et superbe; des sujets» au maintien respectueux et soumis; des officiers an service étranger se pavanant sous 4a livrée de leur servitude; une jeunesse dorée, parodiant les roués de ia régence, et bravant ^ avec audace et souvent avec impunité , les lots et la morale publique; des dames ayant seules» par sentence sonveraine » le privilège de porter le cotillon aristocratique ^ , copiant les grands airs des cours , sans racheter ce ridicule ni par la culture de l'esprit » ni par raffkbiltté du ton , ni par la grâce des manièréis; enfin des hommes» sans mérite personnel, acceptant la qualification de Grands /^paree qu'ils avaient des titres, de TargenC ou une décoration quelconque ^.
Alors , on vit une république lilliputiènoe emprunter des noms et des formes au plus grand empire du monde. Gomme Tancienne Rome, Fribourg eut ses consuls, ses préteurs, son sénat, ses chevaliers, ses questeurs, ses édiles, se^ pères conscrits, et, finalement » des patriciens et plébéieus. Vinrent ensuite les autres titres honorifiques , qu'on rechercha avec une ardeur fébrile et qui furent prodigués jusqu'à satiété 3.
Puis,rusurpation s'enveIoppantdesombresdumystère»1'accèsdes
*■ Gar za lange GottiUon sind yerbothen ; sind aber den Franen der Regimentibiirger der Ehrbarkeit nocb lange Gottilionea zugelassen ; der Hinterslissen Franea aber Gottflion sollen dermassen beschafien seyn , dass man ihre Scbnh ganz seben Aftdge. Man. Séance da Grand Conseil dn 15 mars 1668. ^^Zschokke dépdnl ainsi la sitnation : une fois installés dans les Conseils , Messeigneurs avaient plus en vne leor bîen-^tre et eelni de lenrs fiimilles qne la prospérité de TEtat. Ils s*efforçaient de procurer de raTancement à lears fils et cousins, à les doter de ^acas lucratives. A eux seuls les grades de capitaines et de colonels. Ainsi enrichis , ils acquéraient nne grande inanencecbec enx^ la vanité et r<^rg«eil les povssaient à solliciter des lettres de noblesse, des décorations royales, et, quand ils les avaient obtenues , ils se croyaient quelque chose , ou , du moins , plus que les antres Suisses. — 8 L*Etat appelait officieUement : \à ru^U ^ prudent , strénuf pi$ux% â* lustre, sage Monsieur d*Afifry. — Quand un notaire s'inscrivait dans les manaaox, pour que sa signature pût servir de contrôle à ses actes , il déclarait qu'il était patenté par la grâce de nos magnifique^ et Irès-redoutés Seigneurs , Princes de Fribourg. L'enflare des titres devait cacher le vide de la chose. Mais le trait suivant, cité par Heizog, est d'one bdtise si amére, qu'il passe toute expressfioB* IB'riboarg , n'a heureusement rien de pareil à offrir. Un Linser , de Berne , devenu patrieien, latinisa son nom et le changea en Lmtakts. Ses descendans crurent poovoir habilement profiter de cette circonstance poor faire croire qu'ils descendaiaat da Lentulus romain, et, pour rendre la chose plus vraisemblable, ils prirent , à leur tour les prénoms de Scipion et de César! Risum
CBAPItM X. 377
ardiives ne latplos permis qu'aux m e B ih re ê du Petit Coofldilt aox Bannerels et aa Grand-sautier ( 1 66 1 )»
Alors, ne répandant ptns qo'à sa pensée, dans le silence uni- ▼ersel, et se mouvant à volonté dans un milieu où il avait détruit toute résistance t le Patriciat n'eut bientôt plus de garantie contre les écarts qui devaient le perdre. Voyaut: qu'il ne pouvait s'affer'^ mir sur le ilôt pepuMre, qui ondulait sons loi , il cbercba un point d'appui dans le Ciel et jeta son ancro dans les nuagitô. Puis, lacé-r raut et livrant au veut les chartes primitives , il osa prœlam^^ avec une cynique jactance , qu'il ne tenait son pomfoir que de Dieu seul ^. C'ost à ce degré de triste folie que le conduisit l'ag* gravation de l'arbitraire!
Ce tableau est bien soudure : la suite de cette lustoiret oà l'on verra le Patriciat à l'œuvre , fera yoir si nous avons exagéré les teintes. En expliquant l'origine de cette institutiotty nous te* nions en même temps à démontrer comment la société fribour* geoise conçut dans son sein le germe d'une lutte immortelle et dévorante , qui se continue encore depuis deux siédes et dcmt 81 , 98» 1814 et 1831 forment les plus mémorables péripéties.;
Mais notre tâche resterait machevée et un juste soupçon de partialité pèserait sur elle , si , montrant aussi le revers de la médaille tenons ne faisions pas valoir les raisons qui peuvent faire excuser le Patriciat.
Les exigences de l'époque eurent peut-être autant de part à sa création que les combinaisons ambitieuses d'un parti. 11 est du moins sûr qu'il trouva ses premières causes dans l'influence exer<* cée par le Convenant de Stanz , par l'éxraiple des Goovernemens voisins, par les richesses, par le service étranger, par les emplois et par le respect qui s'attache naturellement aux noms illustres. L'égoisine et l'ambition firent le reste. On peut appliquer à nos Secrets les paroles de l'historien de Venise : « C'eût été ext- » ger des illustres citoyens de cette république plus qu'on ne doit
1 Sentence dn 11 septembre 1781.
378 SECONOrPAATlB.
» dltâidre de TespèisB hunaÎM^ que de lear id^md^der d'oal^Uer la 1» gloire et la splendeur de leur maiiso», pour «'^yer au-dessus des » intérêts domestiques , p<nif ne Yoir que la grandeur de l'Ëtat et » faire eimsister cette» grandeur dans TégaUté des citojFeos ^. »
Quand on- cite celle parole du Seci^et GfCrfep : La Chamb^ secrète s'établit.par la rusé deè ur^s et par l'indolence des autres 9 il faut, pour lui donner. plus de justesse, ajouter : et par la force des 'circonstances. A ceux cpii rèpugâent d'adopté celte manière de voir, nous pré^entek^oos Texemple des républiques italiennes où , à peu près i la même époque » le rég^ consttotîônael subit les. mêmes altérations.^^ Prenons Venise..
Là, à rinstar de nos Bannerets, douze magistrats de la Commune nommaiest , chacun dans leur quartiar^ une quarantaine de citoyens. Cette assemblée, qui disposait de toutes les chairs, ittit par s'arroger jusqu'à la nomination des éleeteurjs qui devaient la renouveler K Bientôt, enr renou^velant la liste du Grand Conseil elle n'y admit que ceux qui y. avaient déjà siégé, oq -août les ancèttes y avaient pris place. Ainsi s'établit un carps privilégié , auquel allait appartenir exclusivement. l'adniiQJstratjoïi: de latëçubliqoe» Une loi de 1300 défei^lit formellement Tfidmission de ceux qu'on appelait ^ pour la première fois, l^ hommes nou\;eaux. Un registre de ceux qui composaient le Conseil fut ouvert : ce fot le Iwre dor. De ce jour fut consommée la sujétion de presque toute la population de Venise, la création d'une noblesse héréditaire , privilégiée , souveraine, et l'^jçganisatipu de l'aristocratie 3. C'est cette révolution qu'on a désignée à Yf^pise par le nom de Serrar del Can^îgUo , qui véçonà à ce ^u'oa appelle chez nous: clôture de la bourgeoisie secrète^ tout comme notre livre de la grande bourgeoisie est la parfaite image du lii^re d'or , nos bourgeois commuiis celle des hommes nousifeauce y M Chambre secrète celle du Conseil des Prégadi. A Venise, comme chei nous,, des familles entières , honorables et anciennes, se troovè-
1 Histoire de Venise par P. Daruf, liy. VI. - ?lbid. — 3ibid.
rént Vejetéeâi liors d'an GoiivenieinéDt qu'elles avaient contribué à fonder ^. Qaant à ('exclusion de la noblesse, elle se retrouve à Florence, à Sienne, à Pise, à Gênes, à Bologne, à Padoue, etc.
Le passage suivant de Sismondi, sur Venise, s'applique trèsbien à là création de nos Deux-Cent :
« Plus la nation acquérait de puissance , plus une pareille as- » semblée (générale) devenait tumultueuse , plus elle demeurait » incomplète par l'absence d'un çrand nombre de citoyens , plus » encore on la jbgeait incapable de surveiller le Gouvernement et » de défendre, contre ses usurpations, la liberté publique. On » crut, selon le système qu'on a depuis nommé représentatif, x> que la iiation pourrait déléguet* ses pèuvôirk à un moindre nom- » bre de citoyens qui veîHei'aient , qui agiraient pour elle; On » crut qu'en leur confiant sa défende» elle leur transnretttâit aussi x> ses intérêts et ses séntimens, et Ton fit vers l'aristocratie nt )) premier pas , un pas peut-être nécessaire *. » '
Cherchons des exemples plus récens , plus rapprochés. Jetoiïs les yeux sur un Canton qui reconnaît à peu prés la même origine que le nôtre, dont la capitale est du même âge que Fribonrg, et qui a été plus souvent notre rival que notre ami. Nous trouverons que les mêmes ehangemens se reproduisent dans la Constitution de Berne, à la même époque que chez ïiouâ, presque sous les mêmes formes, et provoqués sans doute par les mêmes influenceg.
» Alors, dit l'historien patricien de cette république, ne domi- >:> naient plus les idées grandes et généreuses, qui avaient carac- » térisé le régime des Boubenberg. On voit percer partout un sor- » dide égolsme que l'époque primitive eût' encore mieux justifié » que la présente. On abdiqua le noble principe qu^il était utile » d'accueillir des nouveaux-venus capables et distingués pour se » les assimiler, tant on craignait de partager les nouvelles jduis- » sances. » '
*Hisl. de Venise par P. D«rtt, Jiv. VL -r 2Hwl. des républiqMOs italieiine», tome III r clMip^ ^*
380 8B€0miC^A|ITIB.
Berne commença par affecter exclnsÎTeHirat les places de son Petit Conseil aux fib 4e bourgeois. Elle aussi songea à limier les réceptions bourgeoisiales devennes trés-fréqnentes ^. On commença par réserver : a) que le récipiendaire gardermt la profession pour laquelle on le recevait ; b) que sa fortune offrirait une garantie suffisante ; c) que le Grand Conseil aurait seul le droit de faire des réceptions ; d) que le denier de réception serait pxigê avec rigueur.
Plus tard, on établit une différence entre ceux à qui on accorderait la bourgeoisie, sans restriction, et ceux qui seraient sevrés de quelques droits. Qn imposa les mariages avec une étrangfère'
Enfin ia classe industrielle et n^ercantile ne s'en tint pas là- Les deux bourgeoisies furent formellement séparées et ipscrites sur des rôles distincts ^. Les Deux-Cent ne se complétèrent plus avec exactitude, et les patriciens se blasonnèrent des armoiries, à l'instar des nobles. Mais B^me ne fit son serrar del Consiglio qu'an 1651. Comme à Venise, une boîte était fixée à la façade de la Maison-de-ville« Chacun pouvait y jeter un billet d'avé sur tout ce qui se passait en ville. Malgré cela« l'aristocratie bernoise fnl moins absolue que celle de Fribourg; car le Gouvern^menl ne prenait auenne décision importante, sans consulter au préalable les district? 3; comme ^ par exemple, en 153$, pour lacom|uète du Pajns île Vaud ; en 1566, pour l'alliance française; en 158d et 90 , pour le renouvellement de l'alliance avec la Savoie. Et td était ce sentiment de responsabilité en partie constitutionnelle , es partie spontanée , que , lorsqu'aprés la stérile campagne de 1 588, le Gouvernement se fût prêté à des négociations avec la Savoie, contre le vœu des districts, ceux-ci osèrei^t élever la voix et accuser l'Avoyer de Wattewille de trahison.
* PeadaiK répidëoue de 1616 , on ayaU fail 50 réceptions eQ on sent iomr. ^ s En 1696 il y avait à IBerae quatre espèces de bourgeois. — > En 1513 il 8*ëtait engagée âne contracter «ncmi engagement pour sobaides d'hommes* fana le eoQsentement dn penple, Bn 1531 le GouTemement s'engagea» par un acte formel, dont les originaujc existent enewe à Tboune et k Bonrgdorf , à ne contracter i alliance , à ne commencer ancnne guerre, sans Tayea de ses ressortissans.