‹ Histoire du canton de VaudChapitre 12 sur 21 · C. Monod · texte numérisé non relu

C. Monod

L'Assemblée des députés <c délègue aussitôt à la frond tière deux de ses membres, MM. Frossard de Saugy » et Tesluz, pour avoir des généraux français la certi- » tude officielle de la nouvelle ci-dessus. j> Elle envoie plusieurs de ses membres avec des détachements de fuiii. 20

siliers au bureau des postes, et chez tous les receveurs , pour mettre sous les scellés , les lettres , les paquets , les caisses publiques, les livres de compte et les papiers des agents du gouvernement. Elle fait investir le Château , et dépèche des courriers dans tout le pays pour prendre partout les mêmes mesures. On trouve au bureau des postes un group à l'adresse de Mr de Jenner, commissaire des guerres à Lausanne, contenant vingt mille et quatre cents francs, qui sont déposes sous séquestre à rHôtel-de-Villc de Lausanne.

Cependant, le Comité de Réunion, entouré d'une foule de patriotes , passait la nuit au Cercle des Jeunes négociants, et recevait de Paris un courrier qui lui apportait un grand nombre d'exemplaires d'une brochure intitulée : Instructions pour l'assemblée Représentative de la République Lémanique , signée Frédéric - César Laharpe et Perdonnet. Ces deux citoyens engageaient les villes et les communes du Pavs de Vaud, tant Bernois que Fribourgeois , à proclamer leur indépendance, à se constituer sous la dénomination de République Lémanique, et à nommer une Assemblée Représentative. Laharpe et Perdonnet allaient plus loin encore : ils dictaient à leurs concitoyens quinze décrets, dont plusieurs rappelaient les violences de la révolution française *. Ce nom de République Lémanique , qui , pour la première fois était prononcé , est adopté avec transport par

" Ve Décret. On fera approcher quelques détachements de l'Oberland, et si les habitants de ce pays, fanatisés par les scélérats de Berne , osent servir leurs fureurs , ils pénétreront dans leurs vallées , et brûleront les habitations de ceux qui auront pris les armes pour le soutien de la tyrannie.

la foule qui enlourait le Comité de Réunion pendant eetle nuil du 23 au 24 janvier. Le Comité adopte la cocarde verte et le drapeau vert, pour la nouvelle république, et, le 24 janvier, lorsque le jour parait, on voyait, aux fenêtres du Cercle, flotter ce drapeau, portant ces mots, brodés en blanc: République Lémanique; Liberté, Egalité.

« De toutes parts, dit un des principaux acteurs de cet événement*, les cocardes vertes paraissent, et chacun s'empresse de s'en décorer. Les aristocrates ne sont pas les derniers à revêtir ce signe, qui, s'il n'est pas celui de leur patriotisme , est au moins celui de leur crainte et de leur prudence. — Les arbres de liberté s'élèvent au milieu des places publiques; les cris de Vive la République Lémanique se font entendre. Le mot de citoyen est dans toutes les bouches. On s'aborde familièrement, on se serre la main, on se félicite, on s'embrasse. Le cidevant noble accoste le simple bourgeois; il le prévient, il semble rechercher sa bienveillance. C'est le règne de l'Egalité.... Les mêmes scènes se répètent dans les autres villes du pays. Les baillis seuls ne prennent point part à la joie générale. Ils craignent pour eux les suites de celte journée ; ils songent à leur départ. Mais les bons habitants du Pays de Vaud ne les inquiètent point; il leur suflit d'être libres; ils ne cherchent point à se venger. En effet, la journée se passe sans qu'aucun aristocrate soit le moins du monde insulté... Mais pour rester libres, il ne suffit pas de se réjouir; il faut être sur ses

* Develey , professeur. Mémoire pour servir à VHut. de la Bévol. du Pays de Vaud. 35.

gardes; il faut être fort; il faut en imposer aux tyrans et aux lâches qui les défendent. On se rend donc sur la places d'armes; on se forme en compagnies. Les soldats commencent à faire usage de leurs droits de citoyens; ils se choisissent eux-mêmes leurs officiers, et le spectateur qui a une âme ne peut voir sans attendrissement tous ces hommes rendus à la dignité d'hommes. »

Tandis que le Comité de Réunion et les patriotes de Lausanne précipitaient ainsi les événements , l'Assemblée des députés des villes et des communes acceptait ces événements, et, par sa proclamation du 24 janvier , annonçait qu'elle se constituait en Représenta/ion Na~ tionale du Pays de V aud.

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