VIII. L'Assemblée, etc. , considérant, etc. Avertit et
somme tous les pasteurs de retrancher de toutes les prières, dès dimanche prochain 28 janvier, celles adressées pour Leurs Excellences nos Souverains Seigneurs, et de remplacer cette phrase par celle-ci : Nous te prions en particulier pour notre chère patrie , et pour ceux qui la régissent, la dc/(ndent et la protègent*
Mais soudain, une nouvelle atterrante suspend les travaux de l'Assemblée et le départ de la dépulation vaudoise pour Paris. Une lettre du général Debons annonce une catastrophe, dont la conséquence fatale, mais inévitable, est l'entrée des troupes françaises dans le Pays de Vaud, et l'invasion de la Suisse :
A l'Assemblée Représentative.
Citoyens ,
Une affreuse nouvelle se répand. L'aide-de-camp français a été accueilli par une fusillade à son passage à Thierrens ; un de ses hussards a été atteint et est resté sur le carreau. Voilà , «■tiers citoyens , un début qui annonce le caractère de nos ennemis. Vous pouvez croire à la fermentation que cela cause ici. On sonne le tocsin , on bat la générale ; tout le monde est sur pied. J'attends mes gens pour me porter en avant.
Adieu Frères et Amis.
Moudon, 25 janvier 1851 , à onze heures du soir.
Debons.
En effet, tandis que l'Assemblée Provisoire prenait les mesures les plus urgentes, et que nos volontaires des anciens bailliages de la Côte, de Morgcs, de Lausanne, d'Oron et de Vevey, au nombre de cinq à six mille hommes, se rendaient à marches forcées surPayerne, l 'aide-de-camp français, Autier, était arrivé à Lausanne, porteur de la sommation de Ménard au général de Weiss. Cet aide-de-camp, accompagné de deux membres de l'Assemblée, les citoyens Perdonnet et Detrey, et escorté de deux hussards français et de deux dragons vaudois, avait, dans la soirée du 25, pris la route de Moudon, comme la plus sûre, pour se rendre au quartier-général bernois à Yverdon.
Arrivés près de Thierrens à 10 heures du soir, les parlementaires sont arrêtés par le qui-vive d'une patrouille de ce village. Les hussards répondent : De quel parti êtes-vous ? Nous défendons notre village, répond le grenadier Genier de Thierrens , qui s'était porté en avant pour reconnaître. Comme l'escorte et la voiture du par-
lementaire s'étaient arrêtés , une voix , sortie de la voiture, s'écrie: Hussards, avancez ! Ceux- ci se portent en avant; le grenadier croise la baïonnette; un hussard lui fend le nez et la joue d'un coup de sabre: quoique blessé , le grenadier riposte par un coup de fusil qui étend le hussard raide mort*. La patrouille fait feu, blesse mortellement l'autre hussard français, et fracasse le poignet d'un des dragons vaudois , Chenevard de Coreelles, dont le cheval est tué. La patrouille se replie sur Thierrcns. Ainsi accueillis, l'aide-de-camp français et les deux représentants vaudois remettent leurs dépêches pour le général de Weiss au dragon Briod, et rebroussent sur Moudon. Le brave Briod n'hésite point, il prend des chemins de traverse, et arrive avant le jour à Yverdon , où il remet ses dépêches à de Weiss.
a J'eus l'un des premiers la nouvelle de ce fatal événement, dit Mr Monod dans ses Mémoires. L'Assemblée Provisoire fut aussitôt convoquée. On se peindra diflicilement le trouble qu'y occasionna ce funeste accident; chacun raisonnait selon sa passion sur ses causes; on ne mettait pas en doute qu'il fût possible de suspendre
* Ce brave grenadier , Georges-Samuel Genier , alors à peine âgé de vingt ans , vit encore ; il habite la maison qu'il construisit à la Croix, lieu où , à son corps défendant, il tua le hussard français. « Après avoir reçu le coup de sabre du hussard , dit- » il , je tirai ma mitaine avec les dents , et je lui lâchai mon » coup sans l'enjouer , et il dit en tombant : Où diable sommes- » nous venus. » A l'âge de 72 ans , Genier , connu sous le nom de Samin de la Crai, est président du Conseil communal de Thierrens , et dévoué aux principes démocratiques.
Le poste était commandé par le commis d'exercice Jean- Siméon Genier , ancien sous -officier dans un régiment suisse au service de Hollande.
i7i ASSEMBLÉE PROVISOIRE.
encore l'entrée des Français. Dans cette idée, on divaguait sur le parti à prendre, Jorsqu'enfin s'ouvrit une opinion qui fut unanimément adoptée. On écrivit au quartier -général bernois; on le pressait d'offrir sans délai au général français la satisfaction qu'il pouvait être en droit de demander pour la mort de ses gens; au nom du pays menacé de tous les fléaux de la guerre, on conjurait le général bernois de donner cette satisfaction. On écrivit en même temps au général français pour lui témoigner la peine qu'avait éprouvée l'Assemblée à la nouvelle qu'elle venait d'apprendre*, on lui annonçait qu'elle allait prendre toutes les mesures en son pouvoir pour éclaircir les faits, faire arrêter et -punir les coupable ; on lui offrait toutes les satisfactions qu'elle pouvait lui donner; on lui faisait part de sa démarche auprès du quartier-général bernois, dont elle se promettait un succès assuré, en conséquence, qu'elle espérait que toute mesure tendant à faire marcher l'armée en avant, devenait inutile , sinon prématurée. Ces deux lettres furent envoyées dans la nuit même par courriers , et l'Assemblée s'établit en permanence. L'adjudant français revenant de Moudon arrive à Lausanne. L'Assemblée lui envoie une députation chargée de lui réitérer tout ce qu'on avait écrit, et de l'engager, dans le rapport qu'il ferait à son général, à entrer dans nos vues. Il répondit qu'il avait expédié de Moudon un courrier à son général, que son rapport avait été expédié au premier moment d'agitation , et il ne cacha pas à la députation qu'il élait plus que probable qu'avant son retour l'avantgarde française serait en mouvement pour entrer. Notre
députatioti n'insista pas moins sur l'objet de sa mission , et fit ce qui dépendit d'elle pour engager cet officier à taire revenir son chef des fâcheuses impressions qu'il pouvait lui avoir données, ainsi que de la détermination qui pouvait en être résultée *. »
L'émotion fut grande, à Moudon, lorsqu'on y apprit l'événement de Thierrens. On croyait que l'armée bernoise avançait et que les hostilités allaient s'engager. Le général Debons détache aussitôt un fort détachement pour éclairer la route, et sommer le commandant de Thierrens et ses hommes de se rendre , et de poser les armes. Le détachement des patriotes parvenait sans obstacle à Thierrens, dont les habitants exprimèrent leurs regrets de ce qui s'était passé, alléguant que, dans la nuit du 24 au 25, des partisans , venant de Moudon, étant venus insulter le village , parce qu'il avait refusé de signer les pétitions, ils avaient annoncé qu'ils reviendraient en force dans la nuit du 26; que, vu cette menace, on avait formé une garde, et fait des patrouilles pour s'opposer à cette attaque, et que la patrouille envoyée sur la route de Moudon n'avait fait feu que lorsque des cavaliers avaient répondu par des coups de sabre, au qui-vive. Le commis Genier, et les seize hommes delà patrouille de Thierrens, étaient tellement convaincus qu'ils n'avaient agi que dans le cas d'une légitime défense, qu'ils se rendirent immédiatement à la sommation du général Debons, et transportèrent euxnièmcs sur des chars, à Moudon, les corps des deux
* Henri Monod. Mémoires } I, 122
hussards français. Néanmoins, l'exaspération des patriotes était si violente, que ce ne fut qu'avec peine que les gens de ïhierrens purent être sauvés d'un massacre, lorsqu'ils arrivèrent à Muudon. Voici la lettre qu'écrivit alors à l'Assemblée Provisoire le Comité de surveillance de Moudon :
Tit. Voici la nuit la plus orageuse que peut-être nous passerons jamais à Moudon. Les détenus , pour l'assassinat commis sur l'adjudant-général français, sont à la Tour , au nombre de seize. Il n'est pas douteux que la journée du 10 janvier est en partie la cause de cet horrible assassinat. Le commandant Gcnier , qui ce jour-là a reçu de l'argent pour faire boire les gens de Thierrens, parait le principal auteur, en second , du crime prémentionné.
Nous avons eu mille peines d'arrêter une fusillade contre ces gens-là. La Tour est gardée par un détachement et un canon chargé à mitraille. Nous sommes même entre deux feux; savoir : le parti indigné et militaire , qui voudrait , tout de suite et sans autre forme de procès, faire justice des coupables , et le parti plus modéré et plus juste , qui vent examiner vi interroger les coupables pour savoir quelle est l'autorité secrète et mystérieuse d'où est parti cet horrible complot. On a trouvé, dans la poche du commandant Gcnier, une flasque à poudre avec un pistolet chargé jusqu'au'bout, outre d'autres objets qu'on n'a pas encore vérifié.
Ce qui parait confirmer que les gens de Thierrens n'ont été que des machines d'une autorité expirante , c'est la tranquillité , au moins apparente , avec laquelle ils se sont rendus à Moudon à ce sujet.
Après les lignes précédentes , on nous apprend que Genier n'est pas le principal coupable ; ce doit être le juge Bersin , qui, dit-on , a pris la fuite. Il nous parait qu'il serait intéressant que ces prisonniers fussent transportés à Lausanne , sous une escorte des plus sûres, pour y être interrogés par l'Assemblée , qui découvrirait peut-être une conjuration des plus perfides.
Au nom du Comité de surveillance de Moudon , L* Bi rnajjd, secrétaire.
Tandis que ces événements se passaient à Moudon , le château de Lucens était investi par les patriotes. Le capitaine Henri de Mestral de S1 Saphorin, commandant de ce château, voyant qu'il était abandonné par do Wciss, qui ne lui donnait aucun ordre, capitule, se retire en bon ordre dans la nuit du 26 au 27 sur Yverdon, après avoir, pendant vingt-quatre heures, tenu le poste qu'on lui avait confié. Arrivé près d'Yverdoo , le capitaine de Mestral, informé que le général de Weiss avait disparu, et que les hommes des deux bataillons rassemblés à Yverdon s'étaient dispersés , licencie ses carabiniers.
En effet, de Weiss, après avoir reçu la sommation de Ménard, par le dragon vaudois Briod que l'aide-de-camp lui avait envoyé, et informé de l'événement de Thierrens, perd son assurance, et quitte aussitôt Yverdon , après avoir adressé la lettre suivante à l'Assemblée Provisoire :
Le Général Weiss, comme particulier, non comme général, note amicale.
Que la Commission centrale de Lausanne soit intimement persuadée que le Salut public a été mon principal but dans tous mes procédés de Commandant en chef. Je ne puis entrer en ' détails , mais elle saura un jour que sans une note assez énergique qui lui a beaucoup déplu , il est plus que probable que la guerre civile éclatait le lendemain. — A l'égard des troupes dont on (Ménard) parle, il n'en est point en activité positive qu'une trentaine de dragons , pour ma garde personnelle , que je congédie ce matin, partant pour Berne , et une compagnie de chasseurs que j'ai autorisée, cette nuit, à évacuer le château de Lucens. — J'invite, par humanité, par patriotisme , par prudence , la Commission centrale à apprécier la position , à ne
ASSEMRLÊE PROVISOIRE.
point se laisser entraîner par la fièvre publique et à anticiper sur une multitude de possibilités futures.
Je pars pour Berne , où je vous servirai de tout mon pouvoir, et avec la plus entière impartialité et désintéressement.
Salut! et vœu de fidélité publique.
Yverdon , 26 janvier 1798. Weiss.
De son côté , le Comité de Surveillance d 'Yverdon écrivait une lellrc rassurante que le chef d'état- major de l'armée bernoise croyait devoir signer.
Le Comité d'Yverdon à l'Assemblée Représentative , 26 janvier.
Union et Concorde.
Monsieur de Watteville , adjudant général du général de Weiss , très-fàché et infiniment peiné de ce qui s'est passé à Thierrens la nuit dernière , nous assure que M. de Weiss ayant eu connaissance de ce malheur, a incessamment envoyé un courrier portant une réponse à l'adjudant général français, lia aussi écrit au général Méaard , et vous devez avoir reçu une lettre de sa part. — Comme ce n'est point par ses ordres que les gens de Thierrens s'étaient armés et faisaient la garde , la satisfaction désirée ne sera certainement pas refusée.
Le général de Weiss, après nous avoir donné la déclaration positive que son désir le plus ardent était de prévenir la guerre dans le Pays , est parti ce matin entre huit et neuf heures , dans le but de faire rétrograder les troupes allemandes qui étaient entrées au Pays de Vaud. Il ira dès là à Berne , pour annoncer à l'Etat ses intentions pacifiques et l'engager à prendre son système de douceur. — Nous espérons qu'au moyen de ces mesures , cette affaire de Thierrens n'aura pas de suites fâcheuses.
Notre député à votre Assemblée , à qui nous avons envoyé un exprès cette nuit , vous aura fait connaître les mesures que nous avons prises , en attendant que sur sa réponse nous fassions ultérieurement le nécessaire pour le bien de notre commune Patrie.
Salut et fraternité.
L* de Watteville , colonel , Flaction .
en l'absence du général. pour le Comité de sûreté.
P. S. Dans ce moment, M. de Watteville vient de nous faire voir le pouvoir, accordé à M. le général de Weiss, de faire avancer ou rétrograder les troupes , de sorte qu'il est certain que ce général prendra ce dernier parti.
De Weiss parti, les hommes des bataillons réunis à Yverdon , se dispersèrent sans attendre leur li ccncicment. Quant aux officiers de l'état-major bernois, ils disparurent également. Messieurs Rusillon et Pillichody se retirèrent dans le comté de Neuchàtel , et le major de Rovéréa adressa la lettre suivante à l'Assemblée Provisoire :
Messieurs. Au moment où je me proposais de rentrer à Rolle, mon domicile actuel , je suis avisé , et cela peut-être sans fondement , que , vu le dévouement dont j'ai ouvertement fait preuve envers mon ancien souverain , je ne pouvais , malgré l'invitation que vous avez adressée à tous les citoyens de rentrer dans leurs foyers , je ne pouvais rejoindre les miens sans dangers. Je viens , Messieurs , vous déclarer qu'autant j'ai été fermement attaché à mon souverain tant qu'il a existé , et sans jamais avoir tergiversé , de même aussi je serai loyal et fidèle au nouvel ordre qui s'établit; et cela par une suite de mon invariable amour à ma Patrie. En conséquence , je vous prie , Messieurs , de vouloir bien me déclarer si je puis continuer à habiter mon domicile en toute sûreté, ainsi que je le pense.
Votre réponse servira de règle à ma conduite.
Agréez, en attendant, mes vœux pour le bonheur de la nouvelle République et ma respectueuse considération.
Yverdon , 26 janvier 1798. Ferdinand de Rovéréa.
Deux jours après cette missive, Mr de Rovéréa écrivait à l'Assemblée une seconde lettre, encore plus positive que la première, quant à son adhésion a la révolution vaudoise *.
* Assemblée Provisoire , Registre N° 1 . — M. de Rovéréa ne donne point dans ses Mémoires le texte de ces deux lettres,
Citoyens Représentants. — Le courrier que j'eus l'honneur de vous expédier , avant-hier , ne m'ayant pas apporté de réponse à la lettre dont je l'avais chargé , et m'ayant seulement dit l'avoir remise à Lausanne au citoyen Monod , de Morges , je vous prie de vouloir bien adresser à ma femme ce que vous aurez la bonté de m'écrire. En confirmant le contenu de ma première, j'offre, pour preuve de mon désir d'être compté parmi les citoyens vaudois, de servir la nouvelle République comme militaire , si je puis lui être utile. Tout comme j'aurais versé jusqu'à la dernière goutte de mon sang pour l'ancien gouvernement , de même aussi il est prêt à couler pour le nouveau régime qu'adopte ma Patrie.
Salut , fraternité et entier dévouement.
Ferd. de Rovéréa.
Aussitôt l'Assemblée unanime répond à Mr de Rovéréa :
Citoyen. — La multitude des affaires a fait oublier votre première lettre. L'Assemblée accepte votre dévouement à la Patrie Vaudoise. L'homme loyal et brave ne promet point en vain.
Retournez dans vos foyers. Lorsque la Patrie aura besoin de vos services, l'Assemblée compte sur votre Patriotisme. Salut fraternel.
Lausanne , 28 janvier. Chancellerie du Pays de Vaid.
Cependant le quartier-général français , déjà le 26 au matin , apprenait le fatal événement (le Thicrrens. Ménard n'hésite pas un instant, et, malgré les instances des citoyens Ausset et Frossard de Saugy , délégués de l'Assemblée Provisoire, il donne l'ordre au chef de brigade Rampon de s'embarquer à Evian, pour Ouchy et Vevey, avec sa brigade. Il annonce par courrier, à l'Assemblée Provisoire , que les troupes françaises vont entrer dans le Pays de Vaud, et lui écrit de préparer de l'argent et des vivres. Il annonce à sa division qu'elle
va franchir la frontière , et aux Vaudois que Tannée française vient attendre au milieu d'eux les ordres du Directoire , pour punir l'attentat commis sur deux citoyens français.
Philippe-Romain Ménabd, général de brigade , commandant l'armée française , à l'Assemblée Provisoire du Pays de Vand :
Citoyens. — Pour faciliter la conservation du bon ordre et de la discipline du soldat , j'ai écrit au Ministre de la guerre pour avoir des fonds à ma disposition , afin de payer la solde de mes soldats , qui sont en arrière de dix décades. Il me faut environ sept cent mille francs. Je vous engage , citoyens , à me prêter cette somme , dont la restitution est garantie par la loyauté française , pour pourvoir aux besoins de ma division.
De plus , ma division doit trouver , le 28 courant , à Nyon , 8500 rations de pain , de 28 onces chacune , autant de viande , de 8 onces chacune , et autant de rations de vin , d'une bouteille chacune , avec 500 rations de foin , de 20 livres , et de deux-tiers de boisseau d'avoine. Il y aura , en outre , 9000 rations d'eau-de-vie , de 16 rations par bouteille. — L'Assemblée de Vaud tiendra prêts des chevaux pour le transport de l'artillerie, de Lausanne à Moudon, avec les munitions qui peuvent être à sa disposition. Il me faut huit pièces , de quatre à huit , et quatre obusiers. — L'Assemblée fera publier dans tous les pays ami» ma proclamation aux soldats. — Les fournitures ci-dessus devront être également préparées dans les autres endroits où les troupes bivouaqueront. — Les mêmes instructions seront suivies par l'Assemblée Provisoire à l'égard de la colonne du général Hampon , à Villeneuve et à Vevey. Il a 2600 hommes , avec 60 chevaux.
Quartier-général de Fernex, 8 pluviôse an VI.
Mena ad.
Aux Soldats.
Braves militaires ! La liberté , dont vous êtes les apôtres et les soldats , vous appelle dans le Pays de Vaud. Vous allez encore porter et rétablir les droits sacrés de l'homme , chez un peuple qui vient de briser ses fers et qui vous appelle à soutenir ses droits. Votre valeur , soutenues de toutes les autres m. 21
vertus militaires , a conquis l'Italie. à la liberté ; la même conduite vous assure ici le même succès.
Soldats ! vous vous pénétrerez du sentiment de dignité qui convient à votre mission. La République Française veut que le Peuple Vaudois , qui a secoué le joug de ses oppresseurs , soit libre. Le Directoire Exécutif de la Grande Nation m'a ordonné de le défendre et de le protéger. Vous entrez donc chez un Peuple d'amis et de frères. Vous respecterez leurs personnes «et leurs propriétés , leurs mœurs , leur religion , leurs usages vous seront sacrés.
Des liens de fraternité sont d'ailleurs formés déjà entre vous et les Vaudois. Vous savez que le citoyen Autier , mon aide-decamp , envoyé par moi au général de Weiss , commandant les troupes bernoises , pour lui porter des paroles de paix , a été lâchement assassiné par ses satellites. Son escorte de hussards français a été tuée , et le hasard seul a sauvé cet envoyé de la Grande Nation. Eh bien ! soldats , les Vaudois ont déjà vengé le sang français ; le village où s'est commis cet attentat affreux a été attaqué , emporté par eux et le feu le consume.
Ils demandent à marcher dans vos rangs , à vos côtés , pour aider à venger la Nation française.
S'il était donc parmi vous un Français indigne de ce nom , qui osât ternir , par un attentat quelconque , la gloire immortelle que vous avez acquise par tant de sacrifices , il sera puni sur-le-champ de la manière la plus éclatante.
Je sévirai, avec toute la rigueur des lois, contre tout officier qui , par indifférence ou insouciance , autoriserait le plus léger abus et ne réprimerait point de suite le moindre effet d'indiscipline. Mbnakd.
Au Peuple Vaudois!
L'armée française ne s'était approchée de vos frontières que pour empêcher, par le seul effet de sa présence , les ennemis de la liberté , de comprimer le noble élan qui vous élevait vers elle. Telle était la volonté suprême du Directoire Exécutif , et les vainqueurs de l'Italie se tenaient paisiblement debout devant vos despotes.
Mais un attentat inouï vient d'être commis envers l'armée française. Des satellites de l'oligarchie , des scélérats , ont osé violer les droits les plus sacrés; dans le sein même de la paix,
ils n'oot pas su respecter les loix de la guerre ; ils ont attenté à la personne du citoyen Autier , mon envoyé auprès de l'homme qui se disait le général en chef des troupes du Pays de Vaud ; ils ont fait plus , les monstres ont assassiné les deux hussards qui lui servaient d'escorte. Des soldats français ont péri victimes de la plus noire perfidie ; et leurs frères d'armes resteraient spectateurs indifférents de cet horrible forfait? Non î la Grande Nation ne transige jamais avec le crime ; les auteurs ne peuvent donc échapper à notre juste vengeance.... Peuple Vaudois ! vous avez ressenti notre injure. .. Votre pays est entre nous et les coupables. Je viens attendre parmi vous les ordres du Directoire Exécutif, pour les poursuivre et les punir. Vos vœux nous appelaient a protéger vos droits : recevez-nous comme vos libérateurs ; vos propriétés seront sacrées pour nous; des Français ne peuvent pas oublier qu'elles sont sous la sauve -garde de la fraternité et de l'honneur. Soyons mutuellement pleins de confiance dans les sentiments qui nous unissent. Votre haine pour la tyrannie est à nos yeux le garant le plus sûr de votre loyauté... Le gage de la nôtre est dans la liberté de l'Italie. Mbnabd.
L'entrée des troupes françaises plaçait le Pays de Vaud dans une position rassurante, quand à l'invasion des Bernois, imminente depuis si longtemps. Aussi, l'Assemblée ne différa- t-el le plus longtemps d'envoyer à Paris ses députés, dont le départ avait été suspendu dans l'attente de nouveaux événements. Les citoyens Monod et de la Fléchère, et l'aidc-de-camp Autier, partaient donc le $7 janvier pour Paris avec les instructions suivantes :
Les députés du Pays de Vaud exprimeront au Directoire Exécutif de la République Française , les sentiments de reconnaissance du Peuple Vaudois sur la protection qu'il lui a accordée pour le recouvrement de sa liberté, ils le prieront en son nom d'achever et de perfectionner son ouvrage.
Ils chercheront à connaître quel est le plan général du Directoire , relativement au reste de la Suisse.
Ils donneront un état vrai des ressources du Pays de Vaud. Ils feront comprendre la pénurie extrême du numéraire en circulation , dont une partie allait chaque année dans le trésor de Berne et dont l'autre a disparu par la crainte d'une révolution. Ils donneront à entendre que , sans courir les risques d'une famine prochaine , le Pays de Vaud ne peut nourrir un mois ou six semaines l'armée française qui doit y entrer.
Ils proposeront des arrangements au sujet du sel , autant et plus avantageux que ceux qui existaient avec Berne.
Ils demanderont la libre entrée des grains et des comestibles sur les frontières.
Ils éviteront, lorsqu'il parleront des Bernois, ces deux extrêmes : de louer leur administration passée, et d'insulter aux malheurs qui semblent prêts à les accabler.
Ils tâcheront, par leurs propos et leur conduite, de donner, de la Nation qu'ils représentent , l'idée d'une Nation franche , morale et loyale.
Ils offriront au colonel F.-C- de la Harpe les remerciements de l'Assemblée pour ses travaux patriotiques ; ils lui feront part de leurs instructions , et concerteront avec lui les moyens d'asseoir une révolution , à laquelle il a tant contribue , sur les bases de la plus grande félicité possible.
A leur départ , ils prieront le colonel de la Harpe de consentir à recevoir les pouvoirs du Gouvernement futur du Pays de Vaud pour le représenter dans ses rapports diplomatiques avec le Directoire , jusqu'au moment où il pourra venir luimême dans sa patrie jouir de la reconnaissance qu'elle lui doit.
La dépulation était également chargée de remettre la lettre suivante, rédigée par le citoyen Glayre, président de l'Assemblée.
Citoyens Directeurs. Les Représentants du Pays de Vaud n'attendront pas pour vous témoigner leur reconnaissance , dont vous couvrez le berceau de notre Liberté , qu'il ne soit entouré que des soins tranquilles et des plaisirs de la paix. C'est dans ce moment de sollicitude , où se découvre à leurs yeux
cette carrière imposante des travaux de notre régénération , où l'importance de leur mission pèse sur eux de tout son poids , qu'ils trouvent au fond de leurs cœurs le besoin de vous dire combien eux et leurs commettants sont touchés de vos bienfaits.
Us ne vous demandent pas d'achever votre ouvrage. Ce serait vous faire injure. La garantie de sa fin est dans son commencement même. Vous allez placer vos troupes victorieuses entre l'obstacle et nous. Pleins d'une sécurité que votre parole n'a jamais trompée , nous nous livrerons avec calme au travail, et nous organiserons nos droits naturels et notre bonheur.
Donnez -nous vos conseils; quel que soit l'organe qui nous les transmettra , nous les recevrons avec une docilité respectueuse. Mais ils nous seraient doublement agréables dans la bouche du général Ménard , de ce général qui vient à nous précédé d'une réputation qui lui mérite notre confiance. Sanctionnez-la par la vôtre , et notre marche sera ferme et sure.
Un grand attentat a été commis sur la personne du citoyen Auticr, aide-de-camp de votre général. Il portait, au commandant des troupes bernoises , des paroles de paix ; les habitants d'un village égaré ont fait couler le sang français , et mis les jours du brave Antier en danger.
Nous sommes désolés de ce prélude malheureux. Nous avions la vertueuse ambition de dire à nos enfants : Nous vous acquîmes la Liberté , nous vous la remettons pure et innocente comme vous-mêmes. Citoyens Directeurs , nous déposons nos regrets dans votre sein. Un si grand crime doit être expié. Il allait l'être par les mesures vengeresses du Peuple : il le sera par la Loi. Nous en avons l'obligation à l'humanité et à la générosité du citoyen adjudant Autier. Maître de son courroux , il a dominé celui des autres. Citoyens Directeurs , du haut de vos places augustes, vous laisserez tomber sur lui ce regard approbateur qui est le fruit de la vertu.
Recevez , citoyens Directeurs , l'hommage de notre dévouement. Nous sommes vos enfants; accordez-nous à jamais vos soins et vos sentiments paternels.
Salut et respect !
La nouvelle de la prochaine entrée des troupes françaises produisit des sentiments bien divers dans le Pays
de Vaud. Les patriotes ardents, tous les hommes compromis par les derniers événements, saluaient avec enthousiasme cet événement. Les modérés, les gens qui se tenaient en dehors des passions politiques, les rentiers, les propriétaires des villes et des campagnes, qui , la veille encore, redoutaient l'invasion des troupes bernoises, voyaient alors avec effroi les soldats français, venant les mettre à contribution. Les paysans tremblaient pour leurs bestiaux, pour leurs approvisionnements, et, plus encore, pour les contributions extraordinaires, que des alarmistes se plaisaient à leur annoncer. Les aristocrates tremblaient pour l'avenir. Menacés par les clubistes et par des démagogues qui proféraient des cris de mort, ils étaient consternés. Néanmoins, beaucoup de communes qui, jusqu'au 26 janvier, s'étaient abstenues d'envoyer leurs députés à l'Assemblée Provisoire, les envoyaient en foule, le 27 et le 28 janvier. Ainsi , nous voyons dans le Registre des délibérations de l'Assemblée Provisoire , que dans ces deux journées les députés de cent trente-six villages du Pays de Vaud et du Canton de Fri bourg prenaient séance dans l'Assemblée.
Cependant, on se prépare partout à recevoir les Français. L'ordonnateur en chef, Joseph, fait préparer les vivres pour l'armée française sur toutes les étapes entre Coppet, Payernc et Yverdon. L'adjudant-général Marcel prépare le passage de la brigade Rampon , à Vevey et à Villeneuve, et fait construire un pont de bateaux sur le Rhône , près de Villeneuve. Des barques vont chercher les soldats français à Evian et à Thonon.
Le ?8 janvier, la brigade Rampon débarque à Ouchy et à Vcvey. Une partie de cette troupe entre à Lausanne, tandis qu'une autre filait de Vevey sur Villeneuve. Le lendemain, Rampon se dirige avec la 72me demi-brigade sur Moudon, et lji 30, il occupe Avencbes *.
Le 28, Ménard franehit la frontière avec neuf mille hommes, et le lendemain il entre dans Lausanne. Suivi de son état-major, il est admis au bruit des acclamations les plus vives dans l'Assemblée Provisoire, à laquelle il s'adresse eu ces termes :
<r Citoyens, je suis flatté de la commission dont le » Directoire Exécutif me charge, puisse qu'elle tend à j> protéger votre élan vers une noble liberté. Je ne le jo suis pas moins à la vue de vos sentiments de joie et de d patriotisme. Continuez, citoyens Représentants, à as- » surer le bonheur public par vos travaux. Occupez- » vous en toute sécurité de la tâche importante qui vous » est confiée; reposez-vous sur la valeur de mon armée. » Elle formera une barrière entre vous et les ennemis » de votre liberté, »
Le citoyen Glayre, président de l'Assemblée, répond par un discours dont nous rapportons quelques passages.
« Citoyen général , l'Assemblée Provisoire du peuple
* « Le 27 , à deux heures du matin , » écrit à l'Assemblée le Comité d'Avcnchcs , « les Bernois , au nombre de neuf cents » hommes et vingt pièces d'artillerie , se retirèrent sans tam- » bours ni trompettes. A sept heures , nous avions tous la co- » carde verte. A neuf heures , nos Comités étaient organisés, » et , à midi , nos députés partaient pour l'Assemblée. Lé 28 , » deux mille hommes , sous les ordres du citoyen Debons , » arrivaient, et, le 50, nos braves défenseurs de l'armée d'I- » talie entraient dans notre ville. »
4*8 ASSFMRI.ÉE PnOVISOItlB.
» vaudois voit dans son sein le général de la grande na- » tion, protectrice de nos droits. Elle sent d'autant plus 2 le prix de cette faveur, que le choix qu'elle a fait de * vous élève et affermit nos espérances. Par votre vad leur, vous étiez digne de nous protéger; par votre sav ges.se, vous êtes propre à nous éclairer.... Vous avez jd demandé quelle était cette Représentation Nationale , a au milieu de laquelle vous vous trouvez. C'est la réj> union des députés de la totalité des villes et des vil- 9 lages du Pays de Yaud. Leurs commettants les ont » chargés de leurs pouvoirs pour un travail préparatoire, a dont l'objet sera la formation d'une Assemblée Con- » stiluanlc... Hier encore, nous n'étions pas en nombre jd suffisant pour la composition des bureaux , que la disi» iribulion des travaux exige. Les adhésions des villes j> et des communes par leurs députés absorbent notre » temps; nos corps et notre zèle sont épuisés; lesalar- 3> mes de la nuit nous privent des bienfaits du sommeil. j Enfin, les peuples ne marchent pas comme vos troupes; » une nalion n'est pas une armée... Souvenez-vous, cid toyen général , que si tout est encore imparfait parmi j> nous, vous nous devez de l'indulgence.... Que le Di- » rectoire de la Grande Nation reçoive en votre personne » notre premier hommage; acceptez vous-même celui )) de notre confiance et de notre estime. C'est le cœur d déchiré et les larmes aux yeux que j'achève ma misd sion. Le sang des Français a coulé; les coupables sont j> dans les fers; disposez de leur sort; nous les livrons » à votre justice; mais permettez- nous de les rceomî> inandtr à la générosité française. »
Aussitôt , dit le procès-verbal de l'Assemblée, le président reçoit de Ménard l'accolade fraternelle. Cette accolade est un signal, tous les membres de l'Assemblée se pressent et s'approchent des généraux français; tous les embrassent et les serrent dans leurs bras. On entend les cris de Vive la République Française! Vive Ménard! Un général français s'écrie : Vivent les peuples assez courageux pour conquérir leur liberté, et assez sages pour la conserver. Vive la République Vaudoise ! En sortant de celte séance, les généraux français reçoivent les honneurs militaires, rendus par les citoyens de Lausanne, rangés en armes dans les rues, que l'élat-major, entouré de l'Assemblée, devait traverser.
Tandis que chacun s'empressait par des motifs divers à fêter les soldats français, l'Assemblée Provisoire, préoccupée des embarras de la situation, avisait aux moyens de trouver la somme de sept cent mille francs, demandée par le général français. Les caisses publiques étaient vides, ou à peu près dépourvues; dans celte crise qui durait depuis un mois, les capitaux avaient fui; le crédit n'était plus.. Néanmoins, l'Assemblée r après avoir pourvu aux premières exigences, décidait de contracter un emprunt sous l'hypothèque des biens nationaux appartenant naguère à l'Etal de Berne, et d'inviter chaque commune à y prendre part dans la limite de ses ressources. L'annonce de la levée de cet emprunt, Y Emprunt Ménard, comme on le désigna , produisit le plus fâcheux effet dans les campagnes ; mais nulle part autan t que dans les bailliages de Grandson et d'Yverdon , et dans les montagnes de Ste Croix.
Déjà, le 29 janvier, cent cinquante à deux cents hommes, tous armés et équipés, portant la cocarde bernoise, et divisés en trois colonnes, descendaient de Sle Croix. L'une d'elles était commandée par Jaccard de Paris, une autre par le sergent Paillard, et la troisième par le lieutenant Abraham Jaccard. Elles traversaient les villages de Baulmcs, de Vuitteboeuf , de Peney, la terre de La Mothe, et Bullet, dont les habitants grossissaient leurs rangs, et se dirigeaient sur Yverdon. Cependant, a sur la nouvelle qu'il y avait des canons dans cette » ville, ils se retirèrent, laissant de fortes patrouilles, b insultant les bons citoyens , foulant aux pieds la cod carde verte , coupant les arbres de liberté*. » Les Comités de surveillance d'Yverdon et d'Orbe envoyèrent , dès le 29 au soir, deux députés a Ste Croix, les citoyens de Joffrey et Jaccard, pour engager cette commune à se joindre à la cause de la révolution, et « pour l'avertir » des dangers auxquels elle s'exposait à l'égard des d troupes françaises, si leurs ressortissants commettaient » de nouveaux actes d'hostilités, d « Arrivés à la croisée v du chemin de S1 Crislophe, à trois quarts de lieue » de Boulines, disent ces députés dans leur rapport, d nous avons rencontré une palrouille à cocardes berx noises, qui nous a arrêtés et obligé à les suivre à Bauljd mes. Chemin faisant, nous avons fait notre possible * pour éclairer ces hommes égarés, mais sans succès. 9 Arrivés à Boulmes chez le lieutenant Cachemaille, ce- » lui-ci ne répondit à nos observations que par de mau-
* Registre N° \ de l'Assemblée Provisoire : Rapport du cit. F. Py, de Ste.-Croix, 50 janvier.
» vaises raisons, entr'autres, que les gens de Baulmes » voulaient rester tels qu'ils étaient, vu qu'on leur avait » demandé de l'argent, qu'on leur avait fait une requiy> sition d'hommes , et renchéri le sel de demi-batz par D livre. Le citoyen Louis Mermod de Stc Croix étant » survenu, il nous a accablés d'injures ; nous a menacé » que si nous montions la côte de S** Croix, il nous fej> rait baiser la cocarde bernoise , et qu'à ce défaut, luix> même nous tuerait; il ajoutait que le colonel Bourx> geois étant monté à Sw Croix, il avait été insulté, forcé » de déchirer sa cocarde verte , de baiser la bernoise , et » obligé de redescendre pour ne pas être massacré, et s> que quant à nous il nous en ferait bien davantage, d
Le 1er février, l'Assemblée reçoit de fâcheuses nouvelles d'Yverdon , entr'autres la lettre suivante :
Chers Concitoyens, Frères et Amis! — Au risque de vous fatiguer, nous devons encore vous parler de nos inquiétudes au sujet de l'insurrection de nos montagnards. A chaque instant, nous recevons les nouvelles les plus alarmantes. Le châtelain de Beaulmes , nouvellement nommé, arrive dans ce moment. Son rapport nous apprend qu'ayant assemblé la commune , tous les membres s'y sont présentés armés de sabres et de baïonnettes , décorés de cocardes rouges et noires , et abondants en gestes et menaces. Ils avaient député à S"-Croix , d'où trente hommes , sous le nommé Mermod , se présentèrent à Beaulmes armés de pied en cap. Ils y ahattirent sans opposition l'arbre de liberté, et assemblèrent la commune de Vuittebœuf. Des agitateurs travaillent toutes ces têtes , et la demande intempestive d'argent contribue à cette exaltation. Ne vous faites pas illusion sur les conséquences désastreuses de ces rassemblements. Si vous n'y portez pas un prompt remède , ils deviendront le foyer d'un incendie dont les ravages sont incalculables. Notre ville serait particulièrement exposée , maintenant que le citoyen Debons retient à son quartier- général de Payerne nos
soldats et ceux de Grandson. Dès là , nous sommes forcés de profiter de la bonne volonté des gens de La-Sarra et de les garder encore pour la garnison de notre ville. Comme les citoyens de Cossonay sont remplis de zèle pour le maintien de la Liberté , vous pourriez les employer à notre secours si les circonstances l'exigeaient. — A ce point de notre lettre , on nous apprend que les montagnards et les gens de la Terre de la Mothe se disposent à nous attaquer. Nos femmes sont toutes effrayées : on leur écrit de Neufchàtel qu'une colonne bernoise, avec des canons , traversant cet Etat , va se réunir par les hauteurs aux gens des montagnes. Ces nouvelles , qui sont loin d'être officielles , causent, cependant, une terreur générale , et doivent ajouter aux motifs ci-dessus indiqués pour vous engager à prendre des mesures.
Salut et fraternité. Pour le Comité de surveillance ,
Christin, avocat, président.
Yverdon, 1er février 1798.
L'Assemblée, avant de prendre des mesures militaires
contre les communes insurgées, y déléguait le citoyen
Aubcrjonois, revêtu de pleins pouvoirs, a II partaujour-
i) d'hui comme parlementaire, écrivait l'Assemblée au
» Comité d'Yverdon, un trompette le précède ; il porte
d des paroles de paix. Il promettra indulgence, amnistie.
» Mais si les insurgés résistent à ses ouvertures, le ci-
» toyen Auberjouois disposera de toutes les forces voi-
î> sines pour comprimer ces mouvements, et pour faire
3 respecter la liberté dont ces malbcureux ont détruits
» les symboles. i>
Sa mission terminée, le citoyen Auberjonois donnait dans son rapport à l'Assemblée des détails curieux sur
l'esprit qui animait alors les communes de la montagne
et du voisinage d'Yverdon :
Rapport du citoyen Auberjonois. — La moitié des députés des villages du bailliage d'Yverdon se rencontrant dans cette ville pour conférer sur l'emprunt avec les commis du Conseil , je crus devoir me rendre à leur assemblée et leur expliquer beaucoup de choses , soit de celles relatives à cet objet , soit de celles qui concernent le nouvel ordre de choses en général. Je trouvai la ville d'Yverdon bien disposée à user de tous les ménagements possibles envers les communes , tant pour les quotes d'emprunt que pour les temps d'acquittement, qu'elle n'exigeait que selon leurs convenances et leurs facultés.
Apprenant que les piquets de Ste-Croix ne laisseraient passer sur leurs montagnes aucune cocarde verte , et qu'ils étaient fort animes contre les patriotes , je fis expédier une citation au gouvernement , au lieutenant et aux députés qui étaient venus se rendre à Lausanne , de se rencontrer le lendemain, à 9 heures du matin , au pied de la montagne de Vuittebccuf , pour m'accompagner et empêcher par là qu'il n'y eût aucune opposition ni insulte.
Ayant appris qu'un grand nombre de jeunes gens vaudois passaient avec leurs armes par le comté de Neuchâtel , pour se rendre au camp des Bernois , je passai au Comité de Grandson, et je lui demandai d'établir un piquet de dix hommes, à Provence , et un autre égal à Concise , avec ordre : 1° de ne laisser passer personne sans passe-port, vu ou expédié au Comité de Grandson ; 2* de tenir un journal de tous ceux qui passeraient, de leur costume et de ce qu'ils emporteraient avec eux ; 3° de retenir les armes de ceux qui sortiraient armés.
Ayant appris qu'un grand nombre de villages s'étaient coalisés avec S'*-Croix, je pensai qu'il serait expédient de les ramener, si cela était possible, avant d'aller sur la montagne. En conséquence , je passai à Peney et a Beaulmes; ce dernier village me parut extrêmement échauffé ; je fis assembler la commune ; toutes les têtes étaient en cocardes rouges et noires. Il y eut beaucoup de tumulte ; je pus cependant leur lire la proclamation et leur donner des explications qu'ils n'étaient pas trop en état d'entendre; je passai chez le lieutenant, à qui je pus communiquer tranquillement et les papiers dont j'étais chargé et les choses qui pouvaient tendre à ramener ces genslà, qui avaient témoigné de la manière la plus forte leur volonté de vivre et mourir avec Berne , et de ne s'en point dé-
tacher , à moins que les Bernois ne déclarassent qu'ils ne voulaient point les garder , ce qu'ils étaient bien sûrs qu'ils ne feraient pas , ayant été à Berne même pour en avoir l'assurance. Ils accompagnèrent ces déclarations du cri général Vive Berne, répété plusieurs fois , et finirent par dire qu'ils seraient plutôt Français que Lausannois, car c'est sous ce nom qu'on leur a représenté la République Vaudoise.
Je fis ce que je pus pour leur faire connaître ou comprendre qu'il ne s'agissait pas plus de Lausanne que d'Yverdon et de Beaulmes même , mais leurs esprits échauffés rejetaient toutes raisons.
Je priai le lieutenant de saisir les moments calmes pour rendre à ces gens toutes les choses que je lui avait dites , pour les ramener à l'union.
Le 8, je me rendis à Vuittcbœuf , où je fus à 9 heures ; les députés que j'avais appelés n'y arrivèrent que plus lard avec ceux de Bullet , qu'ils avaient avertis. Je voulais monter la montagne avec eux , et les fis appeler dans ma chambre ; mais ils y entrèrent accompagnes d'une foule de leurs gens qui étaient descendus avec eux , et ma chambre fut bientôt entièrement remplie. Ils me représentèrent la difficulté de rassembler leurs communes, à cause de l'cparpillcment des hameaux , et je crus pouvoir leur parler là , sans aller à S^-Croix même. Ils me parurent moins ardents que ceux de Beaulmes , mais ils conclurent comme eux qu'ils ne voulaient point changer de gouvernement et resteraient attachés à Berne , tant qu'il y aurait une ville de Berne ; qu'ils ne demandaient rien à personne et qu'ils étaient contents comme ils étaient ; que , si on voulait les attaquer et les contraindre , ils se défendraient, et qu'ils s'étaient liés avec un grand nombre de villages pour se soutenir les uns les autres.
Je leur reprochai leurs excursions armées dans la plaine et les violences qui y avaient été commises. Ils nièrent que ce fût les faits de la commune , que ce pouvait être quelques jeunes gens vagabonds , joints à d'autres villages , et enfin je leur fis promettre de donner des ordres précis à leurs piquets de ne laisser descendre aucun de ces attroupements armés , de contenir leur jeunesse , et de laisser librement passer à Sle-Croix tous ceux de la plaine , sans aucune insulte , quelque cocarde
qu'ils eussent à leurs chapeaux; ils m'assurèrent que cela serait exécuté.
Observations. — 1° Il faut qu'il y ait beaucoup d'argent répandu sur ces montagnes, parce qu'il s'en dépense beaucoup au cabaret et que ces montagnards sont pauvres ; 2" Ils ont été aliénés par les demandes qu'on leur a faites de s'intéresser à l'emprunt et d'y fournir ce qu'ils pourraient ; 5" ils ne l'ont pas moins été lorsqu'on leur a demandé de marcher à Payerne au secours des patriotes , auxquelles réquisitions ils n'ont point voulu accéder , n'ayant voulu fournir ni hommes ni argent depuis la révolution.
Il paraît que ce qu'il y a de mieux à faire avec ces villages , c'est de laisser exhaler leur premier feu et dépenser leur argent, d'user de douceur et de modération, el enfin d'exiger des Bernois mêmes, par l'entremise des généraux et négociateurs français, qu'ils déclarent renoncera tout gouvernement et a toute souveraineté sur ces montagnards coalisés , ce qui les mettra dans le cas de se réunir à nous. Tout moyen de force serait dangereux, déplorable, et nuirait pour des temps infinis à l'union cordiale et à l'harmonie des principes et des volontés, seule et unique base sur laquelle on doit fonder le contrat social qui doit lier les différentes parties de la République.
Présenté à l'Assemblée Provisoire des députés du Pays de Vaud , à Lausanne , le 10 février 1798.
Auberjonois , député cTYvcrdon.
Tandis que ces populations résistaient au mouvement révolutionnaire qui entraînait les autres parties du pays, les trois mandements d'Aigle, Ollon cl Box, que l'ctatmajor bernois avait quitté pour se retirer aux Ormonts, envoyaient, le 1er février, leurs députés Groyioz , Deloës et Thomas à l'Assemblée Provisoire. Le mandement des Ormonts, quoique occupé par les Bernois, envoyait à Aigle les châtelains Moltier et Chablais pour Ormont- Dessous, et le châtelain Busset pour Oi mont-Dessus, avec le délibéré de leurs communes qui adhéraient aux
1% A5SKMDI.F.E PROVISOIRE.
principes des trois mandements de la plaine, avec la ré-' serve de n'armer que pour la défense de leurs propres foyers. Quant au Pays-d'Enhaut, protégé par les troupes bernoises, cl pouvant sans péril obéir encore à LL.EE., il n'envoya son adhésion à l'Assemblée Provisoire que plusieurs jours après la prise de Berne.
Quant au Pays de Vaud fribourgeois et la Gruyère de la plaine, ils étaient depuis longtemps animés de l'esprit d'indépendance. Aussi, ils envoyèrent bientôt leurs députes à Lausanne, « Le 29 janvier, dit le procès- » verbal de l'Assemblée Provisoire, se présentent deux » députés de Fribourg, les citoyens Duc et Vonderweit, )) envoyés à l'effet d'instruire l'Assemblée des Repré- » sentants du Pays de Vaud , de leurs premiers pas vers j> la liberté, et d'obtenir la promesse d'un secours, en jd cas que les ennemis de cette liberté voulussent tenter )> d'entraver ses progrès ultérieurs. » — « Vous êtes en régénération, » leur répond le président Glayre. <r Sous ce rapport les vœux de l'Assemblée sont pour m qu'elle s'opère de la manière à assurer votre bonheur. jd Si vous entrez dans la carrière de la révolution , nous v vous offrons les secours de notre expérience, et ceux j> de nos forces , sous la direction de la Grande Nation » qui nous protège. »
Les citoyens De Vcvey cl Chaney se présentent le même jour à l'Assemblée, et font acte d'adhésion au nom de la ville d'Estavaycr et des treize communes du ressort de cette ville. Les députés de Rue, d'Altalens, de Bossonens, de Semsales, de Font, de Chàbles, de Châtillon, ceux des communes de Surpierre, et des vingjL-
sept communes de Romont, font acte d'adhésion à la République Vaudoise, et, le 29 janvier, prennent place au nombre de ses membres. Les communes du ressort de Bulle cl celles de Broc, Vuadens , Vaulruz , Maules, Romanens, la Tour-de-Trème, envoient le citoyen Geynoz les représenter à l'Assemblée Provisoire. Les députés de Bulle et Châtel-S'-Dcnis prennent séance, et annoncent à l'Assemblée que les citoyens de leurs bailliages ont obligé à la retraite huit cents Fribourgcois , qui, le 3 février, venaient les attaquer, que les baillis avaient pris la fuite, et que les Comités de l'indépendance sont constitués.
Cependant comme plusieurs dépulations des bailliages fribourgcois se plaignaient de ce que des prêtres em- • ployaient leur influence sur les campagnes pour les empêcher de se réunir à la République Vaudoise, l'Assemblée publiait la proclamation suivante pour rassurer les populations catholiques :
L'Assemblée Représentative du Pays de Vaud aux citoyens du ci-devant canton de Fribourg et du Bas-Valais :
L'Assemblée , toujours occupée sans cesse du bonheur du Peuple Vaudois , ne peut voir avec indifférence les craintes que des malveillants cherchent à répandre parmi ses frères du cidevant canton de Fribourg et du Bas-Valais , en insinuant malicieusement que leur réunion à ce Peuple met en danger la religion qu'il professe. Non, chers Concitoyens, ces insinuations sont l'ouvrage de vos ennemis et des nôtres ; ils cherchent à vous égarer. Ils font usage de ce moyen comme le plus propre à seconder leurs intentions, connaissant très -bien votre attachement à votre religion. Rassurez-vous, chers Concitoyens, ces malveillants apprécient bien mal nos vœux et nos désirs pour votre bonheur et votre tranquillité. Rappelez- vous que cette Assemb'ée , à tout le Peuple Vaudois , a promis protec-
lion à la Religion , aux Propriétés et aux Lois. Sa promesse est invariable : elle la confirme encore aujourd'hui d'une manière plus solennelle ; votre Religion sera respectée et protégée ; il ne se délibérera rien qui puisse l'enfreindre ; votre exercice , vos instructions se continueront comme du passé; il ne sera rien changé au mode établi pour les conférences entre les ministres de votre culte. Les droits des collatcurs sont réservés et le pouvoir des évèques dont vous dépendez reste intact, comme tout ce qui peut avoir rapport à votre culte.
Tels sont, chers Concitoyens, les désirs et les volontés de l'Assemblée Provisoire , qui s'empresse de vous les faire connaître ; elles sont propres à dissiper vos alarmes et à accélérer à votre réunion à vos frères du Pays de Vaud , qui vous tendent les bras pour vous recevoir dans leur sein.
Donné le 7 février 1798. Chancellerie du Pays de Vaud.
Les travaux de l'Assemblée étaient excessifs. Elle avait tout à créer; elle avait à pourvoira la subsistance et à la solde d'une armée de douze mille Français et de cinq mille Vaudois. Enfin, elle avait à diriger toutes les branches de l'administration . Dans ce but elle s'était divisée en treize Comités, chacun chargé d'une des branches de l'administration civile ou militaire. Quant a la justice, les Cours -Baillivales et Seigneuriales continuaient à la rendre; mais les appels des jugements de ces tribunaux étaient ajournes. Néanmoins, cet état provisoire ne pouvait durer plus longtemps. Chacun demandait qu'il cesssàt. Aussi, le 5 février, l'Assemblée croyait devoir s'adresser ainsi à ses concitoyens :
L'impatience générale va se calmer enfin. Tous les vœux tendaient à avoir une Constitution sage , ferme , mais libre , assurant le bonheur du peuple et consacrant ses droits. Citoyens! ce moment approche. Vos députés s'occupent chaque jour des Assemblées Primaires et du mode de leur convocation.
A chaque séance , ils ajoutent quelque article au décret qui sera bientôt publié. Fu attendant ce décret, nous vous annonçons : i° Il y aura une Assemblée Constituante Nationale. Elle sera convoquée dans le plus bref délai. Elle aura charge et pouvoir d'arrêter une Constitution, fondée sur les bases de la Liberté et de l'Egalité. 2° Tous les bourgeois de Berne , de Fribourg et du Haut- Valais sont exclus du droit de voter et d'être élus dans les prochaines assemblées primaires , sans préjudice à ce qui sera prononcé à leur égard par l'Assemblée Constituante.
Peuple ! reste donc calme. Tu vois que ton bonheur n'est pas continuellement ajourné. Reste digne de la Liberté , dont tu arbores , aujourd'hui , la riante bannière.
Chancellerie du Pays de Vaud.
Cependant, ce n'était point seulement contre les partisans de LL. EE. de Berne , contre les aristocrates et les ennemis de toutes les innovations, enfin, contre les exigences des troupes françaises que l'Assemblée Provisoire avait à lutter. Malgré les travaux incessants de cette Assemblée, et ses efforts pour faire accepter dans tout le pays Romand les principes de l'indépendance , les patriotes exaltés, les révolutionnaires fougueux, se plaignaient de son modérantisme , ils l'accusaient même de pactiser avec l'aristocratie. Le Comité de Réunion lui-même, lui, qui le premier avait donné l'impulsion, n'était point à l'abri des reproches de ces hommes ardents qui auraient voulu que la révolution renversât tout dans sa marche, la magistrature des villes, comme celle des villages. Nous trouvons ce blâme exprimé dans une brochure écrite en juin 1798*, par un homme émi-
* Mémoire pour servir à VHist. du Pays de Vaud, 42.
SOO ASSEMBLÉE PROVÎROME.
nent, mois patriote fougueux, le professeur de mathématiques Dcvelcv, membre du Comité de Réunion.
a Au milieu des préparatifs de guerre, dit-il , l'Assemblée Représentative et le Comité de Réunion de Lausanne eontinuaient leurs séances. Le pouvoir passait rapidement du second de ces corps au premier. Le Comité n'était bientôt plus qu'une société particulière, mais une société qui avait rendu de grands services à la nation, et qui devait lui en rendre encore; une société qui surveillait et faisait marcher des autorités, dont les unes étaient toujours attachées à l'ancien régime , et dont les autres, quoique amies de la révolution, étaient des enfants nouveaux nés, faibles et vacillants. D'ailleurs, l'Assemblée Représentative était le fruit de l'union monstrueuse des Conseils aristocratiques de nos villes avec la révolution. Cet assemblage, forcé de part et d'autres, avait produit un corps métis, qui n'avait pas l'énergie qui eût été nécessaire dans les circonstances... Le Comité de Réunion, lui-même, était souvent trop faible, trop modéré, trop craintif. Pourquoi donc, après avoir fait son éloge , ne rapporterai-je point ce que je puis savoir à sa charge ! Il faut l'avouer, il n'a pas toujours fait ce qu'il aurait dû faire. N'est-il pas vrai, qu'en révolution, des mesures prudentes, vigoureuses, promp. tes et décisives, peuvent s'allier avec l'amour de l'ordre et des lois , avec le respect des personnes et des propriétés? Eh bien ! le Comité de Réunion a-t-il toujours pris de semblables mesures ? Aurait-il du, par exemple, quand il avait l'autorité en main , et qu'il était sûr de vouloir le bien du peuple? aurait-il dû remettre les rênes
du gouvernement à des hommes peut-être très-capables, très -probes, très-bien intentionnés, mais dont il ne connaissait point suffisamment les principes, et dont le pouvoir n'était pas plus légal que le sien? N'aurait-il pas dû, au contraire, former le noyau de l'Assemblée Représentative, et appeler à lui, pour le moment, les députés des pétitionnaires des autres villes du pays, au lieu des députés des différentes magistratures ? En Ou, et on ne saurait trop le dire, n'aurait-il pas dû empêcher absolument le mélange impur, et la dangereuse amalgamation des autorités nouvelles avec les anciennes , de la Démocratie avec l'Aristocratie , des parties saines du Corps politique avec les parties gangrenées? Si un pouvoir était remplacé, pourquoi donc un autre n aurait-il pu l'être?. . . Le Comité de Réunion n'a rien fait de tout cela! Hé quoi! il a même craint de former à Lausanne une Assemblée Populaire, iJ l'a craint , et n'a donc pas senti qu'à Lausanne il y avait du peuple , mais point de populace, s
Tandis que l'Assemblée luttait ainsi au milieu des partis qui déchiraient la patrie, tandis qu'elle préparait la convocation des assemblées électorales pour la nomination de l'Assemblée Nationale Constituante, un courrier arrive, le 9 février, à Lausanne; il apporte une Constitution Helvétique , rédigée à Paris par un Bâlois , et approuvée par le Directoire français. Nos Représentants apprennent ainsi qu'ils n'ont point à s'occuper à donner une constitution à leur patrie, car le Pays de Vaud, ainsi que tous les états de la Confédération Suisse,
tt>2 ASSEMBLÉE PROVISOIRE.
faisaient désormais partie de la République Helvétique Une et Indivisible, constituée comme la République Française, la Cisalpine, la Ligurie et la Batavie.
Sources principales Registre du Deux-Cent de Lausanne. — Registre des délibérations de l'Assemblée Provisoire du Pays de Vaud. — Recueil de Pièces pour servir de supplément au Registre de l'Assemblée Provisoire du Pays de Vaud , en 4798, Nwâ i et 2. — Registre des Proclamations, Décrets et Arrêtés de l'Assemblée Provisoire du Pays .de Vaud et de la Chambre Administrative du Canton du Léman , du 24 janvier au 3 mai 1798.