‹ Histoire du canton de VaudChapitre 3 sur 21 · SI · texte numérisé non relu

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quête, oon-seulcmeut sur la manière dont l'académie procédait, relativement aux affaires du Consensus, a mais aussi sur l'abandon de l'usage du catéchisme d'IIeidclberg par l'académie, sur la part que devaient avoir prise plusieurs professeurs à des écrits peu respectueux envers les seigneurs de Berne, enfin, sur d'autres objets de ce genre. Les explications données par le corps académique, ajoute fiarnaud , ne furent point agréées par les députés, qui, après dix-sept jours, quittèrent Lausanne le 30 mai 1718.»

Cependant les années se passaient, et on croyait, dans le Pays de Vaud, que la question du Consensus était abandonnée, lorsqu'au commencement de l'année 1722, on apprenait que le Deux-Cent, saisi de cette affaire, avait adopté de nouvelles mesures contre l'académie et le clergé du Pays de Vaud. En effet, après des retards causés par la mort du banneret de Lerbcr, le rapport de la commission envoyée en 1718 à Lausanne, avait été présenté au Sénat, en janvier 1722. Ce rapport accusait l'académie « de sentiments erronnés et d'hérésie; o des professeurs étaient signalés comme « esprits dangereux qui répandaient en toutes occasions des sentiments contraires aux livres symboliques. » Les débats furent animés dans le Deux-Cent. Quelques membres demandaient une enquête sur la conduite , et sur les écrits, ci sur les opinions des professeurs de Lausanne, signalés dans le rapport de la commission. D'autres plus modérés proposaient de laisser ces plaintes contre ces professeurs et l'académie, et d'abandonner une question cause de scandales et de dérision dans l'Eglise. Enlin, l opî-

nion de l'avoycr régnant, Mr d'Erlaeh, prévalait dans la séance du 15 avril 1722, elle Deux-Cent, à la majorité de soixante et douze voix contre soixante-deux, prenait la décision suivante :

« Pour établir autant d'uniformité que possible entre *> l'académie de Berne et celle de Lausanne :

» I. Tous les ministres du Pays Romand, ainsi que j» ceux du Pays Allemand , seront obligés de signer le » Consensus, selon l'explication admise, et de prêter de » nouveau le serment d'Association, comme il se prête » dans la capitale;

» II. Une commission composée de deux membres du ï> Sénat sera envoyée à Lausanne , avec ordre de con- » gédier sur-le-champ tous ceux qui refuseraient de si- » gner et de prêter serment ».

« La nouvelle de cette décision ne fut pas plutôt annoncée au Pays de Yaud, dit Barnaud dans son ouvrage, que la plupart des ministres se disposèrent à quitter leurs emplois , plutôt que de signer la formule et de prêter le serment sans aucune explication, ni limitation. Quelques-uns écrivirent même dans les pays étrangers pour y chercher quelque établissement. Cependant il y eut diverses conférences entre ces ministres pour voir ce qu'il y aurait à faire dans cette conjecture délicate; il y en eut une entr autre à Lausanne , où se trouvèrent dix-huit ou vingt ministres de diverses Classes , dans laquelle, après bien des discours, on convint de dresser une supplique à LL. EE., après qu'elle aurait été signée de tout autant de ministres que l'on pourrait en trouver, dans les mêmes idées. » Cette supplique, écrite par M*

de Saussure, pasteur de Lausanne, était conçue en ces termes :

Illustres , Hauts , Puissans , et Souverains Seigneurs ,

C'est dans les sentimens du plus profond respect , que les Pasteurs et Professeurs soussignez , Vos trés-obéissans Serviteurs et fidèles Sujets , ont l'honneur de faire leurs très-humbles représentations à VV. EE. , sur l'Arrêt , qu'Elles viennent de rendre , et qui les oblige a signer purement et simplement la Formule du Consensus , et à prêter le Serment d'Association.

Ils se flattent qu'Elles ne refuseront pas à des Ministres Publics de la Religion, dans une occasion si intéressante, cette attention favorable , qu'Elles accordent à tant de Personnes , pour des cas d'une moindre conséquence.

Engagez, par leur devoir, à rendre à Dieu ce qui lui appartient, et à VV. EE. les marques de la soumission qui leur est due , ils n'auront rien tant à cœur que d'exécuter leurs ordres , dès qu'ils ne leur paroîtront pas en opposition avec les Devoirs que la Conscience leur prescrit. C'est dans cet esprit qu'ils sont disposez de prêter ou confirmer le Serment d'Association et de signer la Formule du Consensus; supposans que cette Signature et ce Serment ne les engagent ,

1. Ni à persécuter ceux qui sont dans quelques sentimens contraires , comme les termes du Serment semblent l'insinuer ;

2. Ni à croire tous les Articles contenus dans le Consensus , non plus qu'à les enseigner tous sans aucune exception ;

Mais que cette Signature et ce Serment , ne doivent être regardez que comme un lien et un engagement à s'opposer aux Schismes , aux Doctrines nouvelles , à réprimer les Perturbateurs , à ne dogmatiser jamais contre les Décisions des Livres Symboliques , et à entretenir l'unité de l'Esprit par le lien de la Paix.

Ils auroient crû pouvoir se dispenser de cette explication , s'ils s'étoient bornez uniquement au titre du Livre , qui n'indique qu'un Formulaire d'Union , à la Préface qui assure qu'on reconnoit pour Frères ceux là-même qui pensent d'une manière différente des Auteurs du Consensus , aux Ecrits des Théologiens de la Capitale , à la seconde Conclusion de la Dispute de Uerne. Mais la Conclusion du Consensus leur a paru faire une

espèce de contraste , et peut jcllcr dans la Conscience des doutes et des scrupules qu'il est très-nécessaire de lever.

Des Souverains, qui n'ont rien tant à cœur que la Religion , verront sans doute avec plaisir, que des Ministres qui exercent leurs Emplois sous leur Domination , s'expliquent avec cette intégrité et celte candeur, qui convient au caractère dont ils sont Jionorez ; Qu'ils se piquent d'une très-grande exactitude , lorsqu'il sagît de leurs engagemens; Qu'ils n'en contractent jamais que de clairs ; Que leurs promesses soient sans équivoque ; et qu'ils observent les premiers ce qu'ils prescrivent et qu'ils enseignent aux autres , lorque l'importance du Serment fait le sujet de leurs Discours.

II leur importe infiniment, pour le succès de leur Prédication , que les Troupeaux , qui sont confiez à leurs soins, soient convaincus de leur droiture. Comment pourroient-ils se concilier celte confiance si nécessaire pour le succès de leur travaux , s'ils signent quelques Articles que l'on sait n'être pas conformes h leurs sentimens? Cette démarche ne eontribucroit-elle pas à affaiblir la force de leurs Exhortations , à mettre un obstacle presque invincible au succès de leur Ministère , à les envisager comme des Prévaricateurs , qui sacrifient les droits de leur Conscience à un petit Intérêt, et qui ne se déterminent plus par les Régies du juste , mais uniquement par celles de l'utile?

VV. EE. qui ont donné si souvent des marques éclatantes d'uirc Clémence cl d'une Bonté qui ont fait l'admiration de leurs Peuples , qui ont porté mille fois les soussignez à se féliciter de la douceur du Gouvernement, verront-elles sans émotion , que des Pasteurs , qui ont vieilli dans leurs Emplois , qui ont servi les uns vingt , les autres trente ou quarante années , qui ont toujours reçu des marques réelles de leur approbation , ayant le morlcl chagrin de se voir obligez de Jour déplaire , et peutêtre d'interrompre le cours des Instructions qu'ils adressoient à des Personnes qui les recevaient avec plaisir et avec joie ; et cela uniquement parce qu'ils veulent conserver une Conscience sans reproche devant Dieu et devant les Hommes, pour pouvoir dire avec S. Paul , C'est ici notre gloire , savoir le témoignage de notre Conscience, que nous avons conversé en toute simplicité et sincérité de Dieu , au milieu de vous?

D'ailleurs , les très-humbles Supplians n'ont jamais causé au-

cunc apparence de Schisme. Les Eglises , confiées à leurs sains . n'ont jamais porté à VV. EE. des plaintes de leurs sentiment erronez. Ils n'ont jamais été déférez comme suspects d'Hétérodoxie. Les Chaires qu'ils occupent n'ont retenti par tout que de la Doctrine contenue dans la Confession Helvktiqi e. Il est vrai qu'ils sont assez réservez pour suspendre leur jugement , pour ne pas hasarder leurs conjectures sur des matières délicates . peu importantes, qui leur paroissent impénétrables, qui présentent, de part et d'autre , des dilïicultés accablantes, sur lesquelles ils avouent, sans détour, qu'ils n'ont pas assez de lumières pour pouvoir se déterminer.

Les humbles Exposans finissent en suppliant VV. EE., avec une sincérité qui égale le respect profond qui leur est dû , d'être persuadées , que s'il ne s'agissoit que de leur Repos, de leur Liberté , et de leur Vie, ils en feroient un Sacrifice volontaire , pour témoigner leur zèle et leur obéissance. A cet égard, ils seroient mortifiez de le céder à qui que ce soit. Mais ils osent aussi déclarer, avec ce respect et cette soumission qui est due à VV. EE. , et cependant avec cette fermeté qu'inspire le témoignage d'une Conscience droite , qu'ils sont prêts à tout souffrir , plutôt que de donner la moindre atteinte à ce qu'ils doivent à Dieu, à la Vérité, à la Religion, à leurs Consciences, et au Salut éternel de leurs Ames.

Ils espèrent que VV. EE. , touchées de la sincérité de leur exposition , de l'affligeante situation où ils se trouvent, ne jugeront pas indignes de leur Protection et de leur Bienveillance des Personnes qui n'ont rien tant à cœur que la Prospérité , et raflermissement de votre florissant Etat, qui se disposent à prêter le Serment d'Association, autant qu'il ne leur impose rien contre la Charité Chrétienne , et à signer le Consensus , autant qu'il peut être considéré comme Formulaire dTnion , et non comme Formulaire de Foi , et qui sont avec tout le zèle , la soumission et l'obéissance que l'on peut attendre de bons et de fidèles Sujets , etc.

Celte requête, celle des Modères, comme le public Ja désigna bientôt, était signée par la plupart des membres de la Classe de Lausanne, et par tous les ministres des

Colloques d'Orbe etd'Echallens ; déjà plus de cinquante signatures étaient réunies, lorsque survenait un ordre souverain , enjoignant aux baillis d'empêcher ces signaturcs « qui sentaient la cabale,-» et de retirer toutes les copies de cette requête que Ton pourrait découvrir. Cependant, <r les Rigides, continue l'historien du Consensus , pour opposer une contre-batterie à la requête des modérés, en dressaient une autre toute contraire, et écrivaient à leurs amis des Classes pour la faire signer. Cette anti-requête ne put réunir qu'une demi-douzaine de signatures. »

Illustres , Hauts , Puissans et Souverains Seigneurs.

Les Ministres Orthodoxes du Pays de Vaud (c'est-à-dire , qui suivent la Doctrine de l'Evangile telle qu'elle a été établie par la bienheureuse Reformation et qu'elle est contenue dans la Confession Helvétique , le Catéchisme de Heidelberg , et le Formulaire appelle le Consensus) , Vos très-humbles Sujets et fidèles Serviteurs, supplient VV. EE. de leur permettre de se féliciter dans cette rencontre , et de leur témoigner, avec des eccurs pleins de joye et de reconnaissance , leurs très-humbles remerciments et actions de grâces , de ce que la signature absolue du Consensus fut heureusement confirmée dans votre Illustre et Souverain Conseil des Deux-Cens, le 45 Avril. Nous en bénissons Dieu du meilleur de notre cœur. Nous reconnoissons que c'est-là son Ouvrage. Nous remarquons dans les circonstances son doigt et sa main. Oui , Souverains Seigneurs , c'est Dieu qui a présidé dans votre Illustre Assemblée. C'est ce grand Dieu , qui tient le cœur des Princes et des Rois en sa main, et qui les fléchit comme il veut, qui a dirigé la chose, et qui vous a conduit, dans cette rencontre si importante à la Religion et à l'Etat. Ces Gens qui nous troublent par leurs nouveautés , pour tâcher d'enlever cette puissante Barrière , qui les gêne dans leurs vastes desseins , affectent de publier qu'il ne s'agit que de choses de très-petite importance , et qui sont indifférentes pour le Salut. Mais qui pourrait croire que ce fût

là leur pensée , au moins par rapport à leurs Projets? L'ai olition du Consensus est pour eux une affaire capitale, et de la dernière conséquence. C'est ce qui paroit par les grands mouvements qu'ils se donnent depuis quelques années pour le décrier, comme une espèce d'Inquisition qui gène les Consciences, pour en éluder la Signature , ou du moins pour le signer d'une manière qui lui ôte toute sa force. Cela paroit encore par la témérité qu'on a eu d'implorer le secours d'un Prince Etranger, pour penser par-là gêner VV EE. et les obliger à abolir cette Signature*. Cela paroit enfin par le trouble où on les a vus , par leurs lamentations dans leurs Sermons , et par les remùemens qu'ils ont fait dès le moment qu'ils ont appris qu'il falloit signer sans réserve. Si le Consensus ne les gêne que dans des choses indilîérentes , que ne le tolèrent- ils? Que ne s'y accommodent-ils? plutôt que de causer tant de troubles , eux qui l'ont signé, qui Pont juré, et qui ne prêchent que la Tolérance?

Mais si l'abolition du Consensus leur paroit capitale à leurs desseins, il est sûr, Souverains Seigneurs, que la signature simple et sans réserve , est de la dernière importance pour conserver la pureté de la Religion , défendre la Reformation , et pour éloigner l'erreur et le trouble qui ne commence malheureusement que trop. Doit-on regarder comme des choses indifférentes, qu'enseigner qu'Adam, en péchant, n'a point perdu ses lumières et sa Liberté , que ses Descendans n'ont point de part à son péché? Que les Enfans , quand ils naissent , sont dans l'état où étoit Adam , où Dieu le créa parfaitement libre de choisir le bien ou le mal ? Que s'ils sont corrompus

* Ces MM. les Auteurs de cette Anti-Requête ne sont pas les seuls qui ont voulu rendre l'Académie de Lausanne odieuse à LL. EE. à l'occasion de Lettres écrites par les Puissances Protestantes. Le Clergé de Berne n'a pas manqué de dire par tout , avec un grand air de confiance , que toutes ces Lettres Etrangères avoient été mandiées, que les Princes, mal-informcz, les avoient accordées à l'importunilé de quelques Particuliers , et que l'Académie de L. en étoit d'autant plus punissable, qu'elle manquoit ainsi à la soumission due à son Souverain. Mr. de CrousaZj Recteur de l'Académie , apprenant que l'on affectait de publier et de soutenir de pareilles calomnies , ne man-

rpas d'écrire à quelques Seigneurs de l'Etat pour s'en plain- , au nom de l'Académie , et Ta justifier. (Barnaud.)

dans la suite , cela vient de l'exemple et de l'imitation? Que l'Homme peut croire et obéir à Dieu , en faisant un bon usage de sa Raison , sans que l'Esprit de Dieu ait besoin d'agir pour le convertir? Est-ce une chose indifférente de parler froidement de la Divinité de Jésus -Christ Notre Seigneur , et d'aflbiblîr, tant qu'on peut, les Passages dont on se sert pour la prouver? Est-ce encore une chose indifférente d'établir l'indifférence des Religions , c'estrà-dire , d'enseigner qu'on peut être sauvé dans toutes les Religions , pourvû qu'on use bien de sa Raison , parmi les Payens et les Sauvages même , sans connoitre ni Dieu ni Christ , contre ce que dit le Sauveur, C'est ici la Vie Etemelle qu'ils te connoissent etc.? N'est-ce pas-là anéantir la nécessité d'un Médiateur, et d'une satisfaction pour le Péché? C'est renverser l'Ouvrage de la Rédemption par Christ. Est-il indifférent de ne prêcher qu'une Morale , dont les motifs ne sont tirés que de la bienséance , de l'honnêteté , et de la Raison Humaine , comme celle de Platon et de Socrate? Au lieu que la Morale Chrétienne doit prendre ses motifs uniquement des grands bénéfices que Dieu nous donne en son Fils , comme l'ont dit S. Paul et S. Pierre. Est-ce une chose indifférente d'oser, sans le consentement de l'Etat Ecclésiastique , et sans l'autorité du Souverain , introduire une bigarrure de Culte , retrancher , d'autorité privée , des Prières pleines d'onction , pour y en substituer, qui peuvent convenir à toutes les Sectes d'entre les Chrétiens? Est-il encore indifférent de mépriser le Catéchisme d'Heidelberg , et de le démentir et dire qu'il ne vaut rien ce Livre qui est un excellent Abrégé de la pure Doctrine , et qui est si estimé de tous les autres Réformez? Que ne fait pas le Roi de Prusse pour le conserver dans les Eglises duPalatinat, où le Prince veut l'abolir? Enfin , est-il peu important de conserver la pureté de la Réformation, l'uniformité du Culte, empêcher le Trouble et la Division dans l'Eglise , éviter de scandaliser les autres Reformez et les bonnes Ames , et donner occasion à nos Ennemis de nous décrier , comme des Gens qui ne savent ce qu'ils croyent , et de nous haïr davantage ; éloigner les Luthériens de la Réunion , en admettant des sentimens qu'ils abhorrent, sur la Justification et sur les Sacremens? Est-ce enfin peu de chose de conserver la Paix et l'Union qui font le bonheur d'un Etat? Ce qui est arrivé autrefois en Hollande fait voir, qu'on a sujet de craindre toutes ces choses; et par- là il

paroit qu'il est de la dernière importance de faire signer le Consensus , de jurer le Serment d'Association , et de conserver le Catéchisme de Heidclberg , et même de prendre de justes mesures , pour que les Eglises ne soient pas fournies de Ministres suspects.

Voilà , Illustres et Souverains Seigneurs , ce que notre de» voir, l'honneur de la Vérité , et notre attachement à la pure Doctrine, nous obligent de représenter très -humblement à VV. EE. Après l'Arrêt qui confirme le Consensus , qui nous comble de joye , il n'y a rien que nous n'osions espérer de votre zèle , de votre pieté , et de votre attachement à la Vérité. Nous oserons , sous votre puissante Protection , prêcher la pure Doctrine , sans être moquez , méprisez, et inquiétez dans nos Emplois , que nous tâcherons de remplir avec zèle pour la gloire de Dieu , et pour le Salut de nos Troupeaux , à qui nous tâcherons toujours d'inspirer une solide pieté, l'obéissance et une fidélité inviolable envers VV. EE.

Veuille ce Grand Dieu , à qui nous servons , conserver Vos Illustres Personnes , dans une vie longue et heureuse , et faire fleurir Vos Etats. Puissiez-vous les transmettre à Vos Dcscendans , avec la Paix et la pure Religion , jusqu'à la Postérité la plus reculée , jusques à la fin des Siècles , afin que vos Sujets, heureux sous votre Domination , et sous votre haute Protection , puissent , eux et leur Postérité , passer leurs jours en paix , et travailler sans trouble à leur Salut , pour arriver au Souverain Bonheur. Ce sont là , Illustres et Souverains Seigneurs , les vœux ardens et très -sincères que font Vos trèshumbles Serviteurs , et très-soûmis et fidèles Sujets ,

Les Ministres Orthodoxes du Pays de Vaud.

Cependant, LL. EE. prenaient des mesures pour mettre à exécution l'arrêté du 12 avril, et le Deux-Cent, à la majorité des voix , nommait députés le banneret Tillier et le conseiller Tillier, en leur conférant les pouvoirs énumérés dans cet arrêté. Arrivés le 10 mai à Lausanne, ces députés étaient complimentés par les sei-

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gneurs du Conseil de cette ville. La harangue prononcée dans cette circonstance, par le boursier Milot, qui, bientôt après , joua un rôle important dans l'affaire de Davcl, a une importance historique; car cette harangue nous apprend que, dans Lausanne, il y avait déjà des personnes qui , affectant obéissance et fidélité, souliaitaienl avec passion d'être indépendants, que d'autres, ne désiraient que des révolutions et des changements :

Illustres et Puissans Seigneurs.

Tous les peuples connaissent en général qu'ils doivent la fidélité et l'obéissance à leur prince et à leur souverain ; mais cette connaissance ne fait pas un véritable et bon sujet, il faut y ajouter l'amour et l'affection qui doivent être la base et le principe qui les anime et les fasse agir. En effet , combien n'y a-t-il pas de personnes qui affectent une fidélité et une obéissance (parce qu'ils sont retenus par la crainte) qui souhaiteraient avec passion d'être indépendants ou de devenir leurs propres maîtres. Ces sortes de sujets mériteraient d'être retranchés comme pernicieux à un état , et capables d'infecter la société. Il y en a d'autres qui se trouvant accablés par une dure domination, par des charges et des impôts, par une autorité despotique, ne désirent que des révolutions et des changements, espérant par là que leur condition pourrait devenir beaucoup plus avantageuse et supportable ; les uns et les autres sont coupables , les premiers, au suprême degré , parce qu'il n'y a que leur malice et une dépravation de cœur qui les déterminent ; les derniers le sont moins, à la vérité, parce qu'il y a quelque apparence de raison, qui les porte à oublier ce qu'ils doivent à Dieu et à leur Souverain : A Dieu, parce que c'est de sa part et par son autorité, que les princes régissent et gouvernent les peuples, parce que c'est lui qui les établit et qu'il veut qu'on leur obéisse : Aux Souverains , parce qu'il semble qu'ils doivent leur rendre raison de ses actions , au lieu qu'ils ne relèvent que de Dieu , de qui ils tiennent le sceptre, par conséquent, ne doivent rendre compte qu'à lui seul. — Illustres et Puissants Seigneurs, je n'ai pas besoin d'apporter des preuves tirées de l'Ecriture-Saintc ,

pour justifier la vérité que je viens d'établir, parce que chacun en est convaincu, mais j'ai formé le dessein de prouver que par la grâce de Dieu, les sujets de Leurs Excellences nos Souverains Seigneurs, ne sont ni de l'un ni de l'autre, des caractères que j'ai préposés, qu'ils sont des sujets fidèles, que cette fidélité est fondée sur l'amour qu'ils portent à leur Souverain , qu'ils connaissent leurs devoirs et qu'ils s'en acquittent avec zèle, non pas par crainte , mais par une véritable affection. Il n'y a rien qui attire plus l'amour des peuples et des sujets qu'un gouvernement juste , doux , paisible , et l'affection que les princes et les Souverains ont pour leurs sujets ; sur ces principes certains, y a-t-il un peuple plus heureux dans le monde que nous? Leurs Excellences nos Souverains Seigneurs , ne sont-ils pas tout autant de bons pères qui chérissent leurs peuples comme leurs véritables enfants ? Leur gouvernement nVt-il pas pour fondement la justice et la piété? L'oppression n'est -elle pas bannie de leurs états? On n'y entend parler ni d'Exacteurs, ni d'impôts, en sorte que chacun jouit et possède son bien en tranquillité et avec douceur. Les Illustres membres qui gouvernent ne sont-ils pas comme tout autant d'astres qui brillent par leurs éclatantes lumières, et qui étant tous réunis, composent un soleil , qui par ses heureuses et douces influences , fait du bien à tous ceux qu'il éclaire , et qui sont sous sa domination , qui se répand largement et abondamment en bénéficenecs, qui est toujours beau , et qui n'a aucun changement ni variation? Entreprendrai-je d'étaler les bontés et les vertus de notre Souverain ? Je pourrais commencer, mais je ne finirais jamais , il me suffit donc de dire qu'il les possède toutes au suprême degré, et que pour cet effet, il est chéri de Dieu qui le bénit et qui le protège , en lui conservant la paix et en présidant d'une manière efficace dans tous ses conseils ; après les vérités que je viens de dire , que pouvait faire de plus Juste notre Magistrat, que de nous ordonner de venir auprès de vous , Illustres et Puissants Seigneurs, pour vous prier d'agréer et de recevoir les hommages que nous rendons à notre Souverain? Hommages qui partent de cœurs pénétrés d'amour et de reconnaissance , remplis d'une fidélité à toute épreuve et toujours prêts à verser jusqu'à la dernière goutte de sang pour soutenir la gloire, l'honneur et l'autorité de ce bon, sage, et pieux Souverain. Pour vous, Illustres et Puissants Seigneurs, qui représentez si digne-

ment Leurs Excellences , qui en êtes les modèles parfaits par vos lumières transcendantes, par votre sagesse, par votre justice et par votre douceur pour les peuples, en telle sorte qu'avec raison , vous êtes regardés comme les colonnes de l'Etat, permettez que nous vous assurions de nos profonds respects , de notre parfait dévouement et de notre entière soumission. Il ne faut que le sujet qui vous conduit ici pour preuve authentique de ce que je viens de dire, car à qui d'autre confier un ouvrage aussi important? Quant à nous, convaincus que Leurs Excellences ne font rien qui n'ait pour but la gloire de Dieu, nous demeurons dans un très respectueux silence. Permettez, cependant , Illustres Seigneurs, que nous vous témoignons que nous serions très -sensibles, s'il arrivait quelque changement dans cette Eglise , nous rendons justice à la vérité, et nous parlons selon les mouvements sincères de nos cœurs, en disant que nos pasteurs et ceux qui composent le Corps Ecclésiastique, nous sont en édification, ils nous édifient par leurs prédications, par leur vie et leur conduite, ils aiment leur troupeau, et les brebis chérissent leurs bergers , mais nous sommes persuadés que toutes les craintes que l'on a, ne sont que des terreurs paniques qui doivent cesser, puisque c'est vous, Illustres et Puissants Seigneurs , qui êtes chargés de cette importante affaire , qui la conduisez avec tant de sagesse, tant de douceur, tant de bonté, que tout se terminera à la gloire de Dieu , au contentement de Leurs Excellences et à la satisfaction de l'Eglise. Veuille le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs , répandre ses plus précieuses bénédictions sur notre Souverain , sur ses Etats et sur ses peuples , en sorte que sa domination , toujours tranquille , ne finisse qu'avec les siècles, qu'il répande ses plus tendres bénédictions, sur tous les Illustres membres qui le composent, et

sur vous, Illustres et Puissants Seigneurs, en particulier.

Après les seigneurs des Conseils de Lausanne , l'académie venait présenter ses hommages aux députés de LL. EE., et en l'absence du recteur de Crousaz, le professeur Roy prononçait le discours suivant, qui dut déplaire aux partisans du Consensus.

Illustres et Puissants Seigneurs.

Ce que nous lisons de la piété du roi Josaphat est très-beau et très-édifîant , entre les marques que l'auteur sacré en rapporte, il touche celle-ci comme étant très-considérable , c'est qu'il envoya aux villes dé" sa domination des princes de la cour avec des sacrificateurs et des lévites (dont sans doute ces villes manquaient), pour enseigner le peuple , pour pourvoir à son instruction , et pour mettre tout en bon ordre dans l'Eglise , et ils portèrent avec eux pour ce sujet , le livre de la loi.

Rien ne pouvait être plus digne d'un roi sage et pieux, rien n'était plus utile, au moins dans un temps tel qu'était celui-là, un temps de crasse ignorance , de superstition grossière , et même d'idolâtrie.

Leurs Excellences nos Souverains Seigneurs , sous la douce domination de qui nous avons le bonheur de vivre , ne cèdent en rien en sagesse , ni en piété , à ce bon roi , leurs sujets en voient tous les jours des preuves. En voici une , à certains égards généraux, semblable à celle qu'en donne ce roi de Judée. Les princes de la cour , c'est-à-dire , les Seigneurs du premier rang, les sacrificateurs et les lévites que nous avons l'honneur de voir maintenant, sont envoyés, non pas pour nous apporter le livre de la loi , nous l'avons, grâce à Dieu, entre les mains, dans l'esprit et dans le cœur, mais comme nous croyons , pour voir si les choses qui concernent la religion et l'instruction publique, sont dans un état convenable, en un mot, pour le bien de l'académie et de l'Eglise.

Très Illustres et Puissants Seigneurs, nous nous flattons que cette académie ne se trouvera pas dans un état aussi mauvais que peuvent l'avoir publié ceux qui ne nous connaissent pas , ou qui n'ont pas à notre égard, des dispositions bien favorables, et qu'ainsi il était à souhaiter que des Seigneurs comme vous , pieux, sages, équitables et doux, vissent les choses de près, et les connussent par eux-mêmes.

Nous n'avons garde de nous croire sans défauts, nous sommes bien éloignés de cette pensée, nous bronchons tous, en plusieurs manières, comme dit S1 Jaques, aussi nous sommes parfaitement disposés à reconnaître nos manquements , dès qu'on les nous fera apercevoir, et nous nous empresserons à les corriger, nous y serons toujours portés par notre désir à nous acquitter

de notre devoir et à faire du fruict : c'est à quoi nos consciences nous rendent témoignage que nous nous appliquons ; et comme ce fruict est le but que se proposent Leurs Excellences nos Souverains Seigneurs , que c'est celui de vos Illustres Grandeurs, nous ne pouvons douter que tout ne réussisse à l'avantage et à l'honneur de l'académie, ce qui nous remplira de joie.

Nous en avons une bien sensible , très Illustres Seigneurs , d'avoir l'honneur de nous présenter tous devant vos Grandeurs, de leur recommander avec soumission nos intérêts et notre honneur, comme à nos Illustres, nos Bénins, nos Puissants Protecteurs , de prendre la liberté de leur dire que nous nous confions toujours à leur bonté , de leur rendre nos devoirs les plus soumis, de les assurer de notre humble et parfaite vénération et du plus profond respect dont nous soyons capables ; et Vous, Messieurs nos très-honorés frères, de vous assurer de nôtre particulière estime et de nôtre considération.

Dès le lendemain de son arrivée, le banneret Tillier, chef de la dèputatioo, mandait au château le doyen Bergier, pour conférer avec lui sur la mission dont il était chargé, et, particulièrement, sur les moyens d'obtenir la signature pure et simple du Consensus, exigée par LL. EE. Le doyen Bergicr lui déclarait qu'étant luimême opposé au formulaire, il ne pouvait, sans trahir sa conscience, le signer, ni comme formulaire de foi, ni comme règle de doctrine, et entrait dans l'examen de quelques-unes des doctrines du formulaire pour convaincre Mr Tillier. Celui-ci paraissait approuver les objections du doyen, mais il cherchait à lui faire comprendre qu'il était nécessaire, pour l'édification publique, qu'il n'y eût pas de bigarrures dans les prédications et l'enseignement , que c'était dans ce but qu'un formulaire avait été adopté. Deux jours se passaient en con-

férences entre les députés et chacun des membres de l'académie en particulier. Aux objections des professeurs et des ministres, les députés répondaient par l'assurance que oc LL. EE. ne regardaient pas le formulaire comme » une règle de foi , mais comme un formulaire de doc- » trine, contre lequel on ne devait enseigner, ni en » public, ni en particulier, d « Après beaucoup d'autres explications, ils représentaient que la soumission de l'académie aux ordres de LL. EE. était le seul moven de rétablir la paix et la tranquillité dans l'Eglise, etque, si l'académie et les ministres s'affermissaient dans le dessein de refuser la signature , après les éclaircissements donnés, les gens raisonnables, aussi bien que le souverain, ne manqueraient pas d'imputer aux refusants tous les désordres qui en seraient infailliblement les suites. » Quant au serment d'association, les députés s'efforcèrent d'atténuer la valeur de ses expressions.

Après plusieurs jours de conférences, les députés voyant le bon effet des éclaircissements qu'ils avaient donnes, fixaient le jour où la notification officielle de l'arrêté souverain serait communiquée à l'académie. La réponse de l'académie à cette notification était importante ; aussi , le conseiller Tillier convenait avec Mr le recteur de Crousaz, que celui-ci répondrait au nom de l'académie, que ce corps, convaincu par les discours des seigneurs députes, que l'intention de LL. EE. n'étant nullement de gêner les consciences, ni d'obliger à croire le contenu de la formule ou à enseigner ce que l'on ne croirait pas, était prêt d'obéir à ces ordres, par devoir, autant que par inclination pour la paix. Cependant le bannerct

Tillier , n'approuvant point cette rédaction , il était entendu, après de nouveaux pourparlers, que l'académie ferait une réponse moins positive dans ses réserves.

Enlin, le jour de la séance officielle arrive. Le recteur, les pasteurs, les professeurs et les régents du collège , formant le corps académique, se rendent au château. Les seigneurs députés notifient qu'ils sont chargés par LL. EE. de faire signer le Consensus et de faire prêter le serment d'association de la manière dont cela se pratique dans la capitale, a que l'académie et les ré- )) gents du collège devaient être instruits des intentions » de LL. EE. et qu'il ne s'agissait plus que d'obéir. » — Le recteur de Crousaz répond : « Nos sentiments et le » fond de nos cœurs sont distinctement connus de Vos » Grandeurs. Nous avons aussi une pleine connaissance » des intentions de notre pieux souverain. Voilà pourquoi, dans cette occasion, comme dans toutes les ©autres, nous lui ohéissons cl par inclination et par » devoir. j> Après cette réponse , convenue entre l'académie et les députés, Mr de Crousaz, faisant allusion aux explications que le professeur Ruchat avait données de la part des députés aux régents des collèges qui refusaient de signer, ajoute les paroles suivantes au milieu des marques d'impatience des députés : « Nous » rendons nos actions de grâces à Vos Grandeurs de ce j) qu'elles viennent de nous réitérer par la bouche de » Mr Ruchat, principal du collège, et de l'assurance » qu'elles nous donnent que notre honneur leur était » cher, et qu'elles auraient soin de l'édification publi-

» que , qui nous est encore plus chère que notre hond ncur. »

On procède ensuite aux signatures. Chacun signe sans mot dire. Mais lorsque vient le tour de Mr Polier, professeur d'hébreu et de catéchèse, ce professeur veut faire ses réserves avant d'apposer sa signature. Alors, interrompu par le hanneret Tillicr, il dépose une protestation sur la table et tetourne à sa place. Les signatures terminées, le hanneret exhorte Mr Polier à ne pas causer de scandale en se séparant de ses collègues. Enfin Mr Polier se lève, renouvelle ses réserves, au milieu des interruptions des députés, et signe , mais en maintenant ses réserves.

On passait à la lecture du serment d'association , lorsque Mr Polier, prenant la parole, déclare <r que son d premier serment étant d'obéir à Dieu et à Jésus-Christ, » le second à son souverain, s'il en fallait un troisième, » il ne le prêterait qu'autant qu'il ne serait point cond traire à la gloire de Dieu, à la charité chrétienne, au » bien de l'Eglise et à celui de l'Etat. » Les députés approuvent ces réserves par leur silence, et chacun solcnnise le serment.

Cependant, députés et professeurs, pasteurs et régents, tous sentaient que le public, vivement préoccupé de ce qui se passait au château, critiquerait impitoyablement le résultat de cette séance. Aussi, le hanneret Tillicr engageait les assistants à donner leur avis sur les moyens « d'empêcher le scandale. » Le doyen Bcrgier observait que quant à lui, ce après avoir reçu en particulier les éclaircissements des seigneurs députés, il

» avait signé en conscience, quoi qu'il fût dans des sen- » timcnts contraires au Consensus ; mais qu'il était né- » cessaire de faire connaître ces éclaircissements au » public qui, n'ignorant pas l'opinion de l'académie sur » le Consensus, ne manquerait pas d'être scandalisé de » la signature pure et simple, si on ne l'informait pas » du sens dans lequel on avait signé. » Le pasteur de Saussure allait plus loin encore : « Je veux, pour édifier » le public, disait-il , je veux déclarer publiquement, o comme nous l'avons fait aux seigneurs députés, que » la signature du Consensus n'engage ni à croire , ni à » enseigner les articles de ce formulaire. »

En effet, ces signatures et le serment produisaient un grand scandale dans le public, chacun blâmait l'académie de sa faiblesse. Le blâme devenait si général dans lous les rangs de la société, que Mr de Saussure, ainsi qu'il l'avait annoncé, déclarait dans un sermon, prononcé le dimanche suivant devant les députés, ce que si l'a- » cadémic s'était rendue à ce que le souverain avait » demandé, c'était parce qu'elle avait compris que son d intention n'était point de géner les consciences , ni de » blesser les principes de la bienheureuse réformation, » en proposant d'autres règles de foi que l'Ecriture- » Sainte, mais seulement de conserver la paix de l'Eglise, jd et de prévenir, s'il était possible, les semences de di- » vision et de schisme. »

Cependant, les ministres impositionnaires , qui, eux aussi, devaient signer le Consensus et prêter le serment, déclaraient que or vu le scandale actuel et le peu de foi #> que le public ajoutait à ce que l'académie publiait sur

» les explications que les députés avaient données, ils j> ne pouvaient se soumettre à ce qu'on exigeait d'eux , » qu'autant qu'ils eussent un écrit authentique qui fit » connaître le sens dans lequel on devait prendre la si- » gnature. » Par ce refus, ces jeunes ministres accusaient l'académie d'avoir sacrifié ses convictions. Aussi, les professeurs firent-ils tous leurs efforts pour les engager à céder. Mais ce fut en vain, a Le public, répondait » un impositionnaire à Mr Polier, ne veut pas ajouter » foi au témoignage que se rendent les uns aux autres x> les membres de l'académie, et cela, dans la ville de d Lausanne , où les choses se sont passées et où ces » membres ont leurs parents et leurs amis. » Pour rassurer son jeune collègue , Mr Polier écrivait aussitôt la déclaration suivante :

Je soussigné déclare , en parole de vérité et comme étant en la présence de Dieu , que je n'ai mis mon nom dans le Livre dit Formula Consensus, que pour conserver la Paix dans l'Eglise, et l'Union avec mes Frères et Collègues, et que j'ai crû pouvoir le faire en conscience, après les Eclaircissements, qui m'ont été donnez en particulier , ou en présence de Mr le Recteur De Crousaz, par les Seigneurs Députés de LL. EE., sur tous les scrupules que je pouvais avoir concernant cette Signature , tant pour moi que pour les autres ; par lesquels Eclaircissements j'ai compris clairement que l'intention de LL. EE. n'est point de gêner les Consciences , ni de faire recevoir cette Formule, comme une Règle de Foi, ni comme un Formulaire de Doctrine , qu'il faille enseigner absolument, en tout ou en partie ; mais seulement comme un Formulaire d'Union, qui engage ceux qui le signent à adhérer à la Communion Extérieure de l'Eglise, dans laquelle les Articles de cette Formule sont reçus par le plus grand nombre, et à ne point en troubler l'Ordre et l'Union , en publiant ou répandant des Doctrines directement contraires aux Décisions de cette Formule ; pour autant de tems

LE CONSENSI S.

seulement qu'elle restera autorisée par la dite Eglise, ou parle Souverain. Je déclare encore , de même que ci- dessus , comme je l'ai fait, et de bouche et par écril, en présence des Seigneurs Députés de LE. EE., que je n'ai prêté le Serment d'Association, qu'autant qu'il ne m'engage à rien de contraire à la Gloire de Dieu, à la Charité Chrétienne, à l'honneur du Souverain, au bien de l'Etat et à l'édification de l'Eglise , et que lesdits Seigneurs ont approuvé ces exceptions, en disant qu'elles sesupposoient d'elles-mêmes. C'est ce que j'ai crû devoir faire et déclarer pourj'aquit de ma Conscience, pour l'Edification Publique, et pour la satisfaction de ceux qui y prennent intérêt. En foi de quoi , je me suis signé , à Lausanne ce 49 mai 4722.

G. Polier, Professeur d'Hébreu et de Catéchèse.

Les membres de l'aeadémie donnaient leur adhésion à cet écrit. Cependant, un seul excepté, les vingt-trois imposilionnaires domiciliés alors à Lausanne, déclaraient qu'ils ne signeraient et ne prêteraient serment qu'autant que les députés donneraient eux-mêmes des explications satisfaisantes sur le sens de certains passages du Consensus et du serment. Voyant cette résistance, les députés mandaient les impositionnaires au château, où le bailli leur faisait l'allocution suivante :

oc Je suis chargé de la part de Messcigneurs les dé- » putés, de vous exhortera obéir a l'arrèl de LL. EE. » Us ont été informés qu'il y a parmi vous quelques d personnes qui font difliculté de signer le Consensus et x> de prêter le serment d'association. Vous avez entendu » ce que Messieurs de l'académie vous dirent hier, pour » vous expliquer l'intention de LL. EE. J'espère que les 7) réflexions que vous aurez faites là-dessus, auront levé p tous vos scrupules, et que vous ne vous écarterez pas

» des traces de vos mailres. Les raisons qui leur auront » paru assez solides pour les engager à se conformer à » l'arrêt du souverain, ces mêmes raisons ne doivent pas » avoir moins de force pour vous y déterminer. Vous » savez que Dieu veut qu'on obéisse au souverain ; en » qualité de ministres vous exhortez les autres à le faire. » Il faut donc aussi que vous soyez les premiers à donner » l'exemple de votre soumission aux ordres de LL. EE. » Consultez-vous donc, Messieurs, et consultez, aussi, » ceux qui ont plus d'âge, plus de lumières et plus de » prudence que vous. »

a Magnilique et Très-Honoré Seigneur, » répond un jeune impositionnaire, Mr de Crousaz, fils du recteur, «je suis plein de respect pour LL. EE. et personne n'est J) mieux disposé que moi à leur témoigner ma parfaite » obéissance. Mais dans ce cas important, je suis obligé » de déclarer que ma conscience ne me permet pas de n faire ce qu'on exige de moi, a moins que je n'aye un acte j> authentique qui fasse foi des explications qu'on nous » a données de vive voix. Je suis prêt à sacrifier tout ce » que j'ai de plus cher au monde, plutôt que d'agir conj) tre mes lumières. »

Un autre de ces jeunes ministres, prenant ensuite la parole, déclare en sanglottant, qu'il est disposé à obéir à LL. EE. mais qu'il supplie qu'on donne des explications publiques. « Si nous n'en recevons, comme les » seigneurs députés nous l'ont fait espérer, nous serons » journellement exposés aux accusations des faux frères » qu'il y a dans les Classes, et notre condition sera miséd rable. j>

<t Je prie votre seigneurie, dit un autre impositionb naire, d'être persuadé que si j'ai témoigné de la ré- » pugnance à signer le Consensus, ce n'est point par un » principe de désobéissance aux ordres de LL. EE. C'est » après mûr examen que j'ai conclu que ce serait faire » un jeu de la chose du monde la plus sérieuse , que de » signer un formulaire que je ne crois pas, et de prêter t> un serment qui me fait une peine extrême. Que jugera » la postérité de pareilles signatures? Elle croira, ou » que nous avons été dans des sentiments que nous avons » ensuite désavoué, ou que, par une dissimulation cri- D minelle, nous avons fait semblant d'être dans ces sen* » timents. » Un quatrième prend la parole, lorsque le bailli Willading l'interrompt en s'écriant : « Je ne saurais » vous écouter tous les uns après les autres. Vous êtes » plus de vingt-cinq dans cette chambre. Allez faire vos » réflexions dans l'allée, en attendant que les seigneurs j> députés vous fassent appeler. »

En vain les professeurs pressent-ils les jeunes ministres à céder. Ils refusent unanimément. Alors, le bailli revêtu de son costume de cérémonie et accompagné de deux professeurs , leur adresse une dernière sommation :

a Au nom des seigneurs députés, je vous annonce que » l'arrêt de LL. EE. ordonne que vous signez le Conjd sensus, suivant la pratique de Berne. Le Souverain d n'entend pas que l'on regarde ce livre comme un for- » mulaire qu'il faille enseigner, mais comme un corps » de doctrine, qu'on doit, pour maintenir la paix, éviter » de combattre, ni en public, ni en particulier. Mes-

» sieurs! vous entrerez dans la salle où sont nos sei- » gneurs les députés, mais je vous avertis que personne j> ne dise un seul mot. Car si quelqu'un ouvre la bouche, s on le fera incontinent sortir.... Ainsi, vous signerez, » et cela sans aucune réserve, d

Bientôt après, le secrétaire de la députation vient ordonner à ceux qui veulent obéir, d'entrer dans la grande salle. Aucun d'eux n'entre, et ce n'est qu'à la troisième sommation que dix-sept sur vingt-cinq se résignent : MM. Vauthey, Fevot, Givel, Panchaud, Favre, Lombard, Bosset, Benjamin Dapples, Combe, Clavel, de Montrond, Roy, deVcvay, Jaquier, Herman, Moltaz et Clerc. Us reçoivent l'ordre de signer, ce qu'ils font sans dire un seul mot. Cependant, l'un d'eux, Mr de Montrond, dit en prenant la plume : c Je signe suivant » les éclaircissements donnés par Mr le professeur Pojd lier. » — <r Sortez d'ici, retirez-vous î t> s'écrie le baiineret Tillier. Mais Mr de Montrond signe, il demeure dans la salle , et, ainsi que ses collègues , prête le serment d'association.

Cette cérémonie terminée , Mr de Willading somme MM. de Crousaz, Crinsoz de Bionnens, Bretton, Sylvestre, Curchod, Barnaud, Thomasset et Carrard, d'obéir aux ordres de IX. EE. Mais tous déclarent qu'ils ne si- . gneront qu'autant que la déclaration de Mr Policr serait admise par les députés et enregistrée dans les actes de l'académie. La déclaration de ce professeur étant désavouée par les députés, les impositionnaires persistent dans leur résolution, et reçoivent les arrêts dans la

7<i LE CONSENSUS.

ville. Alors Mr Polier, ainsi que plusieurs de ses collègues, déclare qu'il retire sa signature.

Le lendemain, 21 mai, les huit impositionnaires sont appelés devant les députés et les professeurs Ruchat et de Loys de Bochat. Le banneret Tillier leur représente que ce sont de vains scrupules qui les engagent à désobéir aux ordres de LL. EE. et ajoute : « Cette délicatesse de » conscience est , je le crains , un prétexte pour colorer d votre opiniâtreté. Je crains que vous ne vous soyez » laissés emporter à des discours populaires et séditieux » que j'apprends que Ton tient de tous côtés dans cette d ville.... Mais LL. EE. sauront châtier l'insolence de s> ceux qui ont la témérité de juger des choses qu'ils » n'entendent pas. LL. EE. ont assez de moyens pour » mettre à couvert l'honneur de l'académie et des pas- » teurs, qui n'ont fait qu'obéir aux ordres du Souve- » rain... En refusant de signer, vous serez cause d'un » double mal : vous confirmez le peuple dans la fausse y> pensée où il est, que ceux qui ont signé ont mal fait... » LL. EE. sont les anciens de l'Eglise. Ils sont établis » de Dieu pour maintenir dans l'Eglise l'uniformité de » la doctrine , et pour réprimer ceux qui voudraient y » causer des troubles et des divisions ! Vous touchez au » moment de la grâce, ou de la sévérité de votre souve- » rain. Pensez à ce que vous allez faire avant que votre » arrêt ne soit prononcé. Nous aurions pu le prononcer; j> mais comme LL. EE. aiment les voies de douceur, nous x> avons voulu aussi différer à vous annoncer votre sort, » afin que vous n'accusiez que vous seuls de votre pro- » pre malheur. »

Comme les jeunes ministres restaient silencieux, le conseiller Tillier leur dit * « II n'est que trop mani- » feste que votre refus de vous soumettre aux ordres de bLL.EE. vient des discours factieux et rebelles de per- » sonnes de tout âge, de tout sexe et de toute condition, » qui ont l'impudence de trouver à redire à la conduite » sage et prudente de leur Souverain!... LL. EE. feront » bientôt cesser ces langues envenimées.... Messieurs! x> considérez qu'en obéissant à LL. EE. vous vousren- » drez dignes de la bienveillance et de la protection de » votre Souverain. Vous jouirez des béneliecs pour les- » quels vous avez travaillé si longtemps. Vous ferez la d joie et le bonheur de vos familles. Au lieu qu'en per- » sis tant dans votre désobéissance, vous allez être privés » du fruit de vos veilles et de toutes vos espérances. » Vous créerez votre propre infortune, et vous serez les » auteurs de la misère de ceux qui vous appartiennent. » Evitez de si grands maux pendant qu'il en est encore » temps. »

Le bailli Willading, engagé par le banneret Tillier à exhorter ces jeunes ministres, répond : or J'ai tout épuisé, » je vois avec douleur que ces jeunes gens soient aussi » fixes dans leur résolution; mais je nepuism'empêcher j> de dire que j'ai été touché par leurs réponses, et je » prie Dieu de vouloir les bénir.» — Alors, le banneret interpelle les renitenls, comme il les désignait, leur ordonnant de répondre simplement par oui ou non. a Que » ceux qui ne veulent pas signer et jurer sortent, et j> attendent leur arrêt. » Mr de Crousaz proteste de son d zèle pour LL. EE. « mais déclare que quant à la si-

» g nature et au serment, il ne pouvait y consentir en j> saine conscience. » Mr de Crousaz sort, et six de ses collègues le suivent. Les autres se décident enfin, et se soumettent. Quand aux premiers, MM. de Crousaz , Crinsoz deBionnens, Carrard, Sylvestre, Barnaud, Thomasset et Curchod, ils sont destitués et leurs noms sont rayés des livres académiques.

Cependant, tout le public prenait fait et cause pour les ministres destitués. Les professeurs protestaient qu'ils avaient signé en faisant des réserves; les députés affirmaient le contraire. Enfin, ces derniers, voyant la résistance du clergé, renoncent à faire signer le Consensus, et partent le mai pour Berne, laissant aux baillis Tordre de convoquer les Classes pour leur intimer Tordre de signer et de prêter le serment. Les députés arrivés à Berne rendaient compte de leur mission. On approuvait ce qui s'était passé. Mais le Conseil blâmait la déclaration de Mr Polier, cause de la résistance des impositionnaires, et décidait que ce professeur serait obligé de se rétracter, sous peine d'être destitué. Mais le Deux-Cent, s'étant nanti de cette affaire, révoquait, à la majorité de soixante-deux voix contre trente, la décision concernant Mr Polier.

Pendant que ces choses se passaient à Lausanne, les rois de Prusse et d'Angleterre s'adressaient aux Cantons protestants pour les engager à renoncer à exiger du clergé la signature du Consensus. Le Corps évangélique allemand, rassemblé à Ratisbonne, et composé des députés de quatorze princes souverains des villes impé-

riales, et de plusieurs autres souverainetés protestantes, écrivait, le 22 mai, aux Cantons protestants, pour les engager à rendre le calme aux Eglises réformées, en usant de modération envers les ecclésiastiques qui éprouvaient des scrupules à l'égard de la formule du Consensus. Tous les Cantons, Berne excepté, renoncèrent à ce formulaire.

Le gouvernement bernois n'ajoutait pas, dans le fond, une grande importance aux articles de foi renfermes dans le Consensus; mais, blessé de la résistance du clergé vaudois , et outré de la manifestation de l'opinion publique dans le Pays de Vaud en faveur d'un clergé rebelle*, il voulait prouver à ses sujets des pays romand et allemand que tous devaient obéir à ses ordres souverains, et décidait que tous les ministres du Pays de Vaud auraient à se soumettre , ainsi que l'avait fait l'académie de Lausanne. En conséquence, le Conseil de

* A cette époque , la presse périodique ne pouvait en Suisse critiquer les actes des gouvernements , et prendre le parti des opprimés. Les gazettes étrangères se chargeaient de cette tâche, entr'autres la Gazette d'Amsterdam, qui consacra, en 4722, plus de dix articles sur le Consensus, sous la rubrique de Troubles de Suisse. Mais un autre genre d'écrit remplaçait le silence de la presse Suisse. Voici une de ces pasquinades. « Eh ! bonjour mon cher, dit Pasquin à Marfore , vous ne craignez donc pas de venir à Berne r — Je ne crains , répond Marfore , ni Consensus , ni magistrat politique ou ecclésiastique , j'ai souscrit, cher Pasquin. — Comment, vous aussi ! — Hé parbleu ! pourquoi pas f La formule du Consensus n'est qu'une formule d'union! — De quelle union? — Entre ma pension et moi ! — Mais vous parlez trop librement. — Point du tout, c'est la mode. — Vous êtes donc calviniste ? — Moi , calviniste ! A Dieu ne plaise ! Je suis Lausannois. — Qu'est-ce que cela veut dire ? — C'est que je puis croire et enseigner tout ce que je veux , et me moquer de Dieu et de Leurs Excellences.... » (Manuscrits de

Berne adressait la circulaire suivante à chaque Classe du Pays de Yaud , avec ordre aux baillis d'exécuter les ordres contenus dans cette circulaire.

Aux vénérables et Savant, Nos Chers et féaux, les Doyens, Jurés et Ministres de la Classe de NN.

L'Advoyer et Conseil de la ville de Berne, Notre Salutation prémise, Vénérables et Savons, Chers et Féaux,

Nos Prédécesseurs dans le Gouvernement , d'heureuse mémoire , ayant trouvé , il y a environ 80 ans , bon et'nécessaire , pour la conservation de l'Uniformité et de la Paix dans nos Eglises , de faire signer , à nos Ecclésiastiques des Villes et de la Campagne, le Formulaire du Consensus ; les choses étoient demeurées sur ce pié-là, jusqu'à quelque temps en çà, que l'on a négligé cette pratique en quelques endroits , et commencé , à cette occasion, à disputer et à écrire sur le sens et la validité de ce Formulaire. Et comme il étoit à craindre qu'il n'arrivât delà plus de division et de désordres, engagés par les obligations dans lesquelles nous sommes, en qualité de Souverains, par rapport aux affaires de l'Eglise, à prendre les mesures nécessaires : nous avons ordonné que le Serment d'Association scroit prêté, et ledit Formulaire du Consensus scroit signé derechef par les Membres et les Impositionnaires de notre Académie de Lausanne , comme un Formulaire de Doctrine , contre lequel on ne

DEVRA POINT PRÊCHER , NI ENSEIGNER , SOIT EN PUBLIC , SOIT EN PAR- TICULIER. Et comme ils l'ont exécuté avec l'obéissance duë, et à notre satisfaction (à l'exception de quelques Impositionnaires , que nous avons privés de leur caractère, à cause de leur résistance mal fondée), nous avons jugé nécessaire de faire connoitre aussi notre volonté à toutes les Classes de notre Pays Roman , et à vous, par les présentes ; savoir, que personne d'entre vous n'ait à prêcher, ou à enseigner, soit en public, soit en particulier, contre le Formulaire du Consensus, reçu comme Formulaire de Doctrine; et que ceux-là même, qui, lorsque l'occasion s'en présentera, voudroient enseigner publiquement, soit dans les Prédications, soit dans l'Académie, les Doctrines qui y sont contenues, devront les proposer à leurs Auditeurs, avec toute

la prudence, la précaution , et la Charité Chrétienne , afin que cela procure l'édification , et il on pas des Disputes et des Querelles. Car notre volonté est , que , sous peine de l'indignation souveraine, on s'abstienne de toutes Disputes et de tous Ecrits sur ce sujet : Ce qui n'est propre qu'à causer des scandales, qui donnent de la joye aux Ennemis de la Foi. Notre intention est donc , que ceux d'entre vous , qui pourraient n'avoir pas signé ledit Formulaire , le signent aussi de la manière exprimée cidessus, et que chaque Membre de la Classe prête le Serment d'Association, comme il a été prêté en l'année 1699. C'est pourquoi nous avons ordonné, que toutes les Classes s'assembleront à l'extraordinaire le mercredi 1 de Juillet prochain, et exécuteront ce que dessus , sous la présidence de nos Baillifs de notre Pays Roman ; suivant quoi vous saurez vous conduire, et nous donner avis de la manière dont notre volonté aura été exécutée. Dieu soit avec vous.

Donné ce 16 Juin 1722.

Les cinq Classes s'assemblaient donc le 1er juillet. Cependant, comme les baillis n'avaient point reçu d'ordres particuliers sur le mode de procéder quant à la signature et au serment , chaque Classe procédait d'une manière différente.

Classe de Lausanne. Le bailli n'exigeait pas de nouvelle signature des ministres qui avaient autrefois signé le Consensus, même avec des restrictions, et avant la prestation du serment, il laissait inscrire sur le livre de Classe la déclaration suivante qu'il faisait à la Classe :

<r LL. EE. ennemies des persécutions , ordonnent de j> s'opposer chacun suivant son caractère , avec un zèle » chrétien, à tous ceux qui voudront troubler la paix r la d tranquillité et l'Union de nos Eglises , et à toutes les » sectes contraires à la Confession Helvétique, et à celles d qui se trouvent énoncées dans le serment d'asso-

» ciatioD. j> Plusieurs ministres demandaient que cette déclaration , du bailli fût donnée au nom de LL. EE., mais Mp Willading s'y opposait; néanmoins le serment était solennisé. Cependant un des pasteurs de Lausanne, Mr Rosset de Rochefort , se repentant de s'être ainsi engagé, écrivait le même jour au bailli que <t ne pouvant » demeurer sous la force d'un serment opposé aux sent timents de sa conscience , quoique expliqué par sa » seigneurie, mais sans autorisation de LL. EE., il lui d remettait son emploi, et le priait d'envoyer à LL. EE. » sa démission avec les raisons qui l'y obligeaient. »

Classe deMorges. Deux pasteurs ajoutaient des réserves à leurs signatures. Le 1er signait ainsi : «Hollard , » pasteur, à Aubonne, signe la Formule du Consensus, j> comme une Formule d'Union et de Paix, et comme » une Formule de doctrine, contre laquelle il n'ensei- » gnera rien de propos délibéré, jd Le second, Mr Dufresne, pasteur de Bursinel, modifiait cette réserve en mettant, il ne prêcher a point. Quant au serment, comme le bailli ne voulait ni donner, ni recevoir aucune explication, neuf membres de la Classe refusaient le serment et adressaient la requête suivante à LL. EE. :

Illustres et Souverains Seigneurs.

Nous n'aurions pas une juste idée des rares qualités de W. EE. si nous n'étions persuadés de son amour pour l'union et la paix de l'Eglise , et de la bonté avec laquelle elles donnent un libre accès auprès de leurs Augustes personnes à tous ceux que de bonnes et légitimes raisons engagent à s'en approcher. Dans cette pensée, nous osons nous adresser directement à W. EE. pour les informer de ce qui s'est passé dans notre assemblée

de Classe du Ier juillet, sans craindre que vous condamniez notre liberté.

Après la lecture de l'arrêt que LL. EE. ont eu la bonté de rendre en explication de la manière dont on doit signer le Consensus, tous les ministres de l'assemblée se disposèrent d'acquiescer à leurs ordres , puisque la conscience ne s'y opposait pas. Il n'en fut pas de même lorsqu'il s'agit de prêter le Serment d'Association ; il se fit plusieurs remarques , que la seule délicatesse de conscience dictait à ceux qui les firent. Ces raisonnements tendaient à faire voir que leur conscience trouvait de l'incompatibilité entre' le Serment d'Association et la signature du Consensus, tel que LL. EE. l'ont modifié dans leur arrêt. Et qu'ils ne croyaient pas que LL. EE.qui, par cet arrêt, laissaient la liberté de foi et de croyance sur les matières contenues dans le Consensus , voulussent la leur ôter dans le serment , qu'ainsi ils étaient prêts de prêter le dit serment , relativement aux explications que l'arrêt donne pour le Consensus.

Mais les seigneurs baillis ne trouvèrent pas à propos de le recevoir de cette manière : ils le demandèrent purement et simplement.

Environ les deux tiers des membres de la Classe prièrent humblement les seigneurs baillis de vouloir expliquer leurs intentions à l'égard de cette apparente contradiction, comme aussi sur la manière de s'opposer aux erreurs. Cependant, les seigneurs baillis continuent à demander un serment pur et simple, il y en eut neuf qui refusèrent de le prêter de cette manière.

Voilà ce que VV. EE. pourront voir par les lettres de la Classe et par les très-humbles représentations des neuf ministres.

Depuis, nous avons appris que le seigneur bailli de Lausanne avait approuvé cette explication que nous demandons , mais l'avait donnée sans en être requis, qu'il l'avait donnée écrite de sa main, et qu'elle avait été inscrite dans le registre de la Classe. La voici mot à mot :

«H n'y a personne dans cette vénérable assemblée qui doive » croire que LL. EE. ont un esprit de persécution; mais » elles ordonnent de s'opposer, chacun suivant son caractère, » avec un zèle véritablement chrétien et charitable, à tous ceux . » qui voudront la paix, la tranquillité et l'union de nos Eglises,

» et à toutes autres sectes contraires à la Confession Helvétique, » et à celles qui sont désignées dans le Serment d'Association. »

Nous osons nous flatter que VV. EE. entendant que tous les pasteurs de leur Pays de Vaud jurent de la même manière , et dans le même sens que la Vénérable Classe de Lausanne a juré. Alors nous sommes prêts à le jurer , et nous jurons actuellement sur les éclaircissements qu'a donné le seigneur bailli de Lausanne.

Pardonnez donc la hardiesse que nous avons de nous adresser à VV. EE. pour protester de notre soumission.

Hollard , pasteur d'Aubonne ; Roumier, de Nyon ; Grandchamp, de Burtigny ; Du Fresne, de Bursinel ; Grivel, de Bière ; Colladon, d'Etoy; Pampigny, d'Aubonne ; Rafinesque, de Lussy; Malherbes, de Vullierens.

Classe de Moudon et Payerne. Les baillis accordaient toutes les réserves à la signature et au serment.

Classe d'Yverdon et Romainmôtier . Tous signaient et prèl aient le serment, excepté MM. Bourgeois, Gillard et Panchaud , qui refusaient le serment, vu le refus d'explications suffisantes. Ces ministres adressaient la requête suivante à LL. EE. :

Les soussignés prient LL. EE. de croire que s'ils n'ont pu se résoudre à faire le Serment d'Association , après avoir signé le Consensus , ce n'est point par un principe de désobéissance , mais par des scrupules de conscience , fondés sur l'ignorance du vrai sens du serment, et de la vraie signification de ses termes, qui paraissent vagues, et qui, pris dans un sens, renferment quelque chose de contraire à la signature ordonnée , laquelle nous avons faite, parce que si, par là, on entendait que Ton fût obligé de dénoncer ceux a qui il arriverait de témoigner dans des conversations particulières des sentiments contraires aux idées du Consensus , ils déclarent qu'ils ne pourraient le faire. Mais si par là> on entend et on exige que nous nous opposions à tous schismatiques mentionnés dans la formule du serment, qui y en dogmatisant, voudraient troubler l'union de

V Eglise et la paix fraternelle, les soussignés le feront, suns répugnance ni réserve.

C'est l'humble représentation que prennent la liberté de vous faire avec respect, etc. Bourgeois, pasteur de Rances, G illard, pasteur dTverdon, Panchaud, second pasteur de La Sarra.

Romainmôtier, 1er juillet 1722.

Classe d'Orbe et de Grandson. La Classe de ces deux bailliages, sujets de Berne et de Fribourg, n'étant pas présidée par les baillis, les ministres faisaient eux-mêmes toutes les réserves qu'ils jugèrent à propos, soit à la signature, soit au serment.

La mission du sénateur Tillier, dans le Pays de Vaud, n'avait donc point réussi, et les résultats obtenus par les baillis, à l'égard des Classes, étaient loin de répondre aux exigences de LL. EE. La plupart des membres de l'académie et des Classes avaient fait des réserves , soit pour la signature, soit pour le serment. L'autorité de LL. EE. était donc compromise. Aussi, la question ne fut plus regardée comme religieuse, mais comme politique, et tous les partis religieux dans les Conseils de Berne, se réunirent pour étouffer dans le Pays de Vaud cet esprit d'indépendance et de désobéissance dont le clergé donnait l'exemple. Le Sénat résolut donc de donner de nouvelles explications, quant au serment d'association , et d'exiger alors que ce serment serait prêté de nouveau, par tous les ecclésiastiques du Pays de Vaud, sous peine de destitution. Les baillis, en novembre 1722, recevaient la missive suivante :

Très Cher et FéalBailli. Lorsqu'en Tannée 1699, nous fûmes obligés , par rapport aux conjonctures, de faire dresser le Serment d'Association, nous nous étions clairement expliqués que notre volonté était que chacun, selon la nature et l'exigence de son emploi ou profession, et selon le devoir de sa charge, eût à s'y conformer. Et, comme l'été passé, nous trouvâmes à propos de faire prêter de nouveau le dit serment à tous les ministres , professeurs , diacres et régents de notre Pays de Vaud , nous entendions ainsi que chacun , comme du passé , devait s'y conformer suivant le devoir de sa charge et suivant l'exigence de sa profession et de son emploi. C'est ce que vous direz de notre part à tous les ministres de votre bailliage , et en cas qu'il y en eût qui voulussent encore refuser de prêter le dit serment , nous vous ordonnons de l'interdire et de nous en donner avis dans l'espace de quinze jours.

Donné ce 30 novembre 1722.

Cette mesure inattendue produisit un grand mécontentement, non-seulement dans le clergé, mais dans toutes les classes de la société. Les baillis eux-mêmes étaient divisés d'opinions quant à l'opportunité de cette mesure, aussi, ils l'exécutèrent chacun selon leur manière de voir.

Le gouverneur d'Aigle convoquait le Colloque des Quatre-MaAdements, composé de dix ministres, et leur signifiait l'ordre de prêter un nouveau serment. Mais ils refusaient, alléguant qu'ils avaient déjà prêté ce serment, le 1er juin, dans l'assemblée de la Classe, à Lausanne.

Les ministres des bailliages de Nyon , de Morges et d'Aubonne, qui avaient prêté serment le 1er juillet, étaient dispensés. Quant à ceux qui précédemment l'avaient refusé, ils prêtaient le serment après avoir obtenu des baillis de nouvelles explications sur le sens de

quelques phrases trop explicites. Toutefois, les ministres du Colloque d'Aubonne inscrivaient dans le registre du' Colloque, les réserves suivantes : « Ce serment ne nous j> engagera point à persécuter ni à dénoncer les per- » sonnes infectées des hérésies dont il est fait mention » dans ce serment; et nous ne nous conformerons à la » Confession Helvétique, autant qu'elle est elle-même » conforme à l' Ecriture-Sainte. j>

Les baillis d'Yverdon et de Romainmôtier n'appelaient que les pasteurs Bourgeois, Gilliard et Panchaud; mais ceux-ci déclaraient que les explications n'étaient pas assez explicites. Mr Bourgeois refusait. Mais MM. Gilliard et Panchaud prêtaient enu'n le serment. Cependant, Mr Panchaud ayant réfléchi sur cet acte, se rétractait, en écrivant la lettre suivante au bailli de Romainmôtier :

Monseigneur !

Pour satisfaire aux mouvements de ma conscience qui me reproche de m'être engagé à prêter avec trop de précipitation, le Serment d'Association, je me vois obligé aujourd'hui de m'en rétracter et de m'en décharger entièrement auprès de votre

Je suis déterminé à cette rétractation par la considération suivante, c'est qu'il n'a pas plù à Monseigneur de m'admettre au sens et à l'esprit auquel je pouvais prêter le serment, quoique ceux qui étaient refusants comme moi , ne l'ont solennisé que sous le bénéfice des explications et des réserves qu'ils se sont données à eux-mêmes , et auxquels les seigneurs baillis n'ont pas fait de difficultés de consentir.

Or, je ne saurais présumer, sans donner atteinte à l'équité de LL. EE. qu'ils entendent que ma condition soit pire, à cet égard , que celle des autres , pire que celle de Messieurs de l'académie , pire , enfin , que celle des impositionnaircs qui ont reçu des seigneurs députés de LL. EE. tous les éclaircissements et restrictives qu'ils pourraient souhaiter.

Tel est , Monseigneur, le scrupule qui me retient , et qui est le motif de ma rétractation. J'ai l'intention, cependant, de continuer les fonctions de mon ministère , en évitation de scandale , jusqu'à ce que je reçoive la notification de la sentence de LL. EE. Si elles trouvent à propos que je cesse mes fonctions, je n'en serai pas moins fidèle sujet de mon Souverain, et ne ferai pas de vœux moins ardents pour sa constante prospérité , étant, etc.

Panchavd , second ministre.

La Sarra, 7 janvier 1723.

Le bailli de Lausanne convoquait le clergé du bailliage, et n'exigeait le serment que de Mr Porta, absent le 1er juillet, lors de la prestation du serment. Mais le bailli ayant refusé de confirmer l'explication qu'il avait donnée à la Classe de Lausanne , Mr Porta refusait , et quatre autres ministres, MM. Bergier de Pont, pasteur du Mont et Romand, deLoys de Correvon, pasteur de Savigny, de Treytorrens, pasteur des Croisettes, et Polier, pasteur de Donmartin, déclaraient que si les explications données à la Classe, le 1" juillet, n'étaient pas confirmées, ils regardaient leur serment comme annulé.

Quant aux ministres du Colloque du Pays d'Enhaut , ils se distinguaient par leur empressement à obéir. L'un d'eux, le ministre David Faigoz, prêtait le serment, en ajoutant ces mois : « Je promets et je jure de plus, d'ob- » server la formule du Consensus, sans aucune faintise, » ni dissimulation , sans réserve ni équivoque mentale. » Mais avec sincérité, et de me conformer aux résultats » du synode de Dortreclit, contenant l'abolition des d dogmes hétérodoxes des arminiens, et, dans cette » vue, je renonce par un serment solennel et corporel

7) aux erreurs dont les sectateurs des arminiens sont d imbus, et autres sentiments hétérodoxes contraires à D la Confession de Foi, et de la sainte religion que nous » professons dans l'étendue des Etats de LL. EE. de » Berne. x> — Un autre, le pasteur de l'Etivaz, Mr Malherbe, ajoutait : <r Je confirme et réitère le serment » que j'ai prêté à Lausanne, tant de signer le Consensus » de mon sang, et de prêter le serment d'association, d Les baillis de Chillon ou Vevey, de Moudon , de Payerne et d'Avcnchcs, ne convoquaient point leurs Colloques, tous les ministres ayant solennisé le serment. Cependant, l'un de ces ecclésiastiques, Mrde Watteville, pasteur allemand à Vevey, persistait dans sa résistance. Mandé devant le bailli de Chillon, il exigeait, avant tout, « qu'on lui expliquât quels étaient les send timents que l'on promettait de ne point supporter, ni » favoriser, et quelles étaient les doctrines contraires â » la religion auxquelles on devait s'opposer. » Voici la lettre remarquable que Mr de Watteville écrivait à ce sujet au bailli de Chillon, Mr Tschiffely :

Monsieur !

J'aime ma chère patrie, j'honore et respecte LL. EE. nos souverains seigneurs du plus profond de mon cœur , et si ma vie, et le peu de choses que j'ai dans ce monde pouvaient leur être utiles, je sacrifierais, Dieu le sait, l'un et l'autre avec plaisir pour leur service. Mais en donnant à César ce qui est à lui , je réserverai aussi à Dieu ce qui n'appartient qu'à Lui seul, savoir, Monsieur, ma Conscience , que je ne vendrai , Dieu aidant , pour aucun intérêt mondain, quelque dure que puisse être ma nécessité.

Je ne suis donc pas résolu de faire le Serment d'Association. Je sais, à lavérité, quelles explications en a données Monsieur le

bailli de Lausanne ; mais il s'en faut beaucoup que cette explication me satisfasse, puisqu'elle ne dit mot, précisément sur Particlc qui me parait le plus embarrassant, car, comme il n'y a rien de plus vague que les termes de sociniens , arminiens et piétistes, le sens ne s'en déterminant, communément, que suivant le caprice de chacun , ou selon l'humeur et la colère de quelque théologien en crédit , il est dès-lors d'une nécessité absolue, que LL. EE. ayent la bonté de nous apprendre quels gens elles désignent par ces noms, et quelles sont proprement les opinions que l'on doit jurer de vouloir examiner, sans cela, on ne sait à quoi l'on s'engage, le serment n'aboutit à rien, et le nom de Dieu est pris en vain.

Si je ne puis obtenir de LL. EE. la grâce de m'éclairer sur ce sujet, je suis résolu, Monsieur, de leur remettre mon ministère. C'est d'eux que je le tiens , ils sont les maîtres de m'en déposséder. Je ne le quitterai pas avec une si grande répugnance, que j'ai ressentie lorsqu'il m'a fallu le recevoir. Mais j'aurai néanmoins la consolation de l'avoir exercé , autant que mes faiblesses me l'ont permis , en intégrité de conscience devant Dieu , comme je sais que mon Eglise m'en rendra le témoignage.

La volonté de Dieu soit faite ! Je me jette dans les bras de sa Providence, et j'attends de Lui tout ce qu'il lui plaira d'ordonner de mon sort.

Voilà , Monsieur, ma résolution , sur ce que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, le 14 de ce mois, et que je ne changerai point, tant que Dieu ne m'abandonnera pas. J'attends, avec un respect profond et une entière soumission, ce qu'il plaira à LL. EE. mes souverains seigneurs, de me faire savoir. Je vous prie, Monsieur, de vouloir me continuer l'honneur de votre bienveillance, et d'être persuadé que j'ai l'honneur d'être avec beaucoup de respect,

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