V. H. et T. 0. S
Jean-François de Wàtteviiae , Ministre allemand, à Vevey.
Chardonne, le U décembre {T2î.
Après avoir fait examiner les rapports des baillis sur la prestation du serment, le Sénat, le 9 février, prenait la résolution suivante :
a Les ministres qui ont prêté le serment d'association dans la Classe de Lausanne, sont laissés au bénéfice de l'éclaircissement donné sur ce sujet par le bailli; bien entendu qu'ils l'observeront religieusement, en se conformant à l'arrêt du 30 novembre 1 722.
9 Le ministre Rosset de Rocbefort sera rétabli dans sa charge sous les mêmes conditions. Mais s'il vient encore à hésiter, il sera incessamment pourvu à son remplacement.
» L'imposition naire Porta , s'il ne suit pas l'exemple de ses frères, sera mis au rang des autres renitents et sera remplacé.
» Quant au ministre Panchaud, le bailli de Romainmôtier le citera, pour lui représenter que l'intention de LL. EE. n'a jamais été de faire prêter le serment aux ministres des Classes, autrement qu'il avait été prêté par l'académie, et qu'il pouvait se régler là-dessus. Selon quoi, s'il voulait le prêter, il y devait être admis, sinon il serait pourvu à sa charge ; sous la réserve, néanmoins, que son caractère de ministre ne lui serait pas ôté.
» Le ministre Bourgeois, pasteur de Rances, est admis à prêter serment sur les explications exprimées dans sa lettre.
» Le bailli de Chillon avisera le ministre de Watte- .ville, que LL. EE. lui donnent trois semaines pour réfléchir sur ce qu'on exige de lui, et qu'après lequel
temps, s'il persiste dans son refus, les fonctions de son ministère lui seront interdites. »
Les ecclésiastiques renitenls, comme on les désignait, voyant que leurs réserves étaient admises, prêtaient enfin le serment d'association. Cependant, Mr de Watteville persistait dans sa détermination, et refusait de se conformer aux ordres de LL. EE., tant qu'elles ne donneraient pas a une déclaration nette et précise des erreurs x> désignées dans le serment, par les mots piétisme, soft cinianisme, arminianisme, aussi bien de toutes les t> doctrines auxquelles ce serment obligeait de s'opposer » de tout son possible. » Sommé de comparaître à Berne devant une commission d'ecclésiastiques, chargée de conférer avec lui sur ses motifs de refus, Mr de Wattevillc, qui partageait les sentiments des piétistes, demeura inébranlable, et fut destitué.
Cependant, les impositionnaires, rayés des rôles du clergé pour refus de serment, voyant que LL. EE. admettaient des réserves, demandaient à être admis au serment, <r sur le même pied et de la même manière que » la vénérable académie. » LL. EE. admettaient leur requête, et, le 1er mars 1723, adressaient la lettre suivante au bailli de Lausanne.
Nous avons vu par votre lettre, et par la supplique qui y était jointe , des ci-devant impositionnaires Abraham de Crousaz , Benjamin Carrard, Barthélémy Barnaud, Louis-Antoine Curchod y comme quoi ils rentrent en eux-mêmes et offrent de signer le Consensus et de prêter le Serment d'Association ; nous priant en même temps de les revêtir du caractère qu'ils avaient ci-devant. Nous avons bien voulu le leur accorder, supposant que leur intention est droite et sincère : cependant, le tout sous
cette expresse réserve , que cela se fera uniquement selon les explications données par nos amés collègues , les seigneurs députés à Lausanne, comme aussi celles que vous, le bailli, avez données , et selon les éclaircissements que nous avons donnés , en date du 16 juin et du 30 novembre dernier. Observant, toute fois, que Ton ne doit admettre aucunes autres explications , ni celles du professeur Polier, ni d'autres. Et cela , d'autant plus que le bruit court, que le recteur de Grousaz a écrit une explication sur le Consensus et sur le Serment d'Association. Nous vous ordonnons de tâcher de recouvrer une copie de cet écrit et de nous l'envoyer. Dieu soit avec vous. Donné le 1" mars 1723.
Mr de Crousaz avait, en effet, publié plusieurs écrits. Dans l'un, il exposait dans quel sens on pouvait signer le Consensus, et dans quel sens on ne le pouvait pas; dans d'autres, il expliquait ce qu'il pouvait y avoir d'obscur ou d'équivoque dans les arrêts de LL. EE. ; il cherchait à édifier le public , « scandalisé de la signa- 3 ture, en apparence pure et simple, des membres de s l'académie; il cherchait enfin à calmer les conscienj> ces, et à enlever les scrupules qu'on pouvait se faire » sur le serment d'association. $ Mais de tous les écrits de Mr de Crousaz, celui qui fit le plus de sensation , fut son Mémoire pour servir d'explication à V arrêt de LL. EE. du 30 janvier il M (Voyez Barnaud, p. 359).
Cependant, comme dans leurs arrêts au sujet de la question du Consensus, LL. EE. ne cessaient de faire mention des éclaircissements donnés par les seigneurs députés et par les seigneurs baillis, l'académie, dans le but de lever tous les doutes sur la nature de ces éclaircissements, faisait enregistrer dans le Livre de la Formule du Consensus, toutes ces explications, ainsi que
tous les arrêts relatifs à cette affaire; le tout, suivi d'un narré, que le doyen Bergier et les professeurs Polier, Ruchat et de Loys, avaient rédigé dans les ternies suivants :
Les éclaircissements donnés par les seigneurs députés sur la signature du Consensus, se réduisent aux articles suivants :
I. LL. EE. ne proposent point la Formule comme une règle de foi, et n'en exigent pas la signature comme une déclaration que l'on est dans les sentiments qu'elle établit.
II. La signature n'oblige point à enseigner les doctrines contenues dans la dite Formule.
III. La dite Formule ne doit être regardée que comme un Formulaire de doctrine qu'on s'engage à ne point attaquer dans les enseignements publics ni particuliers.
IV. Cet engagement ne regarde point les expressions mêmes, mais seulement la substance des dogmes qu'elle contient ; comme l'intégrité du texte sacré dans le premier canon, etc.
Quant au Serment d'Association, les éclaircissements donnés par les seigneurs députés, tant en public qu'en particulier , se réduisent aux suivants :
I. LL. EE. n'étant point persécuteurs, n'exigent de personne de le devenir; beaucoup moins veulent-ils y engager par un serment.
II. Les termes du dit serment qui paraissent trop durs, doivent être entendus suivant cette règle générale ; et , qu'en particulier, le terme de ne supporter aucunement, ne signifie autre chose, si ceji'est ne pas prêter aide et assistance.
III. L'engagement où l'on entre, de s'opposer de tout son possible à toutes doctrines contraires, etc., doit être entendu et observé suivant la nature et l'exigence de l'emploi dont on est revêtu. ^ *
IV. Cette opposition aux doctrines contraires, regarde les sectaires qui dogmatisent , et qui , par là , peuvent causer des schismes et des troubles dans l'Eglise.
Lesquels éclaircissements les dits seigneur* députés ont appuyés de diverses raisons , et entr 'autres ces deux ci : L'une , que LL. EE. étant des princes protestants et réformés, et regar-
dant l'Ecriture-Saintc comme l'unique règle de la foi, ne prétendent point prescrire aucune autre règle de foi. L'autre , que LL. EE. ont toujours tenu à l'égard de leurs sujets, qui étaient dans des idées différentes de la doctrine du Consensus , une conduite conforme à ce principe et aux explications ci-dessus. Lausanne, 16 mars 1733.
Le jour même où cet acte était enregistré dans le livre du Consensus, Mr de Crousaz, fils du recteur, signait et prêtait le serment entre les mains du bailli. MM. Barnaud et Curcbod suivaient cet exemple; mais Mr de Bionnens persévérait dans sa résolution. Quant à MM. Sylvestre, Thomasset et Carrard, ils s'étaient expatriés.
Le banneret Tillier, ayant été informé que l'académie avait fait enregistrer les explications qu'il avait données, alors qu'il était député de LL. EE. à Lausanne, faisait venir à Berne le registre du Consensus, a Cet enregistre- » ment, observe Barnaud , déplut à Mr de Tillier, qui , j> sans doute, ne voulait pas que la postérité proûtàt des d éclaircissements qu'il avait donnés. Il porta cette affaire » en Conseil, qui trouva mauvais que l'académie, de son d chef, à l'insçu du bailli, se fut avisée d'inscrire ces » explications. » Ce registre était retenu à Berne , et on le remplaçait par un autre que l'académie recevait avec la lettre suivante, adressée au bailli de Lausanne :
L'Avoyer et Conseil, etc. Cher et Féal Bailli.
Sur la représentation de MM. les curateurs de l'académie de Lausanne, qu'il se trouve dans le livre académique de Lausanne, de certaines choses qu'on y a inscrites sans permission , le dit livre ayant été envoyé ici, et y ayant été trouvé en le parcourant, diverses explications considérables, concernant la Formula Consentis; d'autant que ces explications y ont été inscrites sans per-
mission et à votre insçu, de vous, qui en êtes le président ; nous avons trouvé que le meilleur était de garder ce livre académique, et au lieu d'icelui d'en envoyer un autre. Savoir, celui qui est ici joint, dans lequel on a inséré la Formula Consensus, comme aussi le Serment d'Association ; item , les éclaircissements que nous avons donnés là-dessus , avec ordre de remettre ce livre à l'académie, et, en même temps, de lui ordonner d'engager les impositionnaires, à l'avenir, à y souscrire tout simplement leurs noms , de leur main propre , et sans y joindre aucune explication. Du reste , vous signifierez à l'académie de n'y plus rien écrire à l'avenir de sa propre autorité , et sans votre consentement, ce que vous saurez faire, en lui faisant aussi savoir que la conduite qu'elle a tenue, en faisant des explications de sa propre autorité, et en les inscrivant dans ce livre , nous a déplu. Dieu soit avec vous.
Cependant, l'opinion continuait à se prononcer ; des écrits contre le Consensus se succédaient; LL. EE. l'académie, enfin, le clergé, étaient en but à des satires et à maintes épigrammes; chacun se prononçait contre l'oppression bernoise, lorsque soudain, appelé, croyaitil , par un décret providentiel, le major Davel apparaît dans Lausanne, et proclame l'indépendance du Pays de Vàud.
Sources principales : Barnaud, Mémoires pour servir à V Histoire des troubles arrivés en Suisse à l'occasion du Consensus. Amsterdam, i726. — Bibliothèque de la ville de Berne, Mss. Hist. Bibl. Bern IX. — Archives de l'Etat de Berne. — Bibliothèque de Mr de Miillincn, Miscellanea Ilelvetica, Mss. •— Bibliothèque deMr le professeur Chappuis, Collection de pièces inédites concernant la question du Consensus.
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