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» ment de son peuple. Je lui rends d'infinies actions i) de grâce de ce que ne l'ayant pas assez glorifié pendant j> ma vie, il veut que je le glorifie dans ma mort, a
Mr de Saussure serre la main du martyr, et prononce une exhortation, dans laquelle il rappelle ces vertus chrétiennes de Davcl , ces vertus militaires , et ces sentiments les plus nobles, qui l'avaient engagé à donner la liberté à ses compatriotes, en les affranchissant du joug de la dépendance. Puis, prenant pour texte ces paroles de Salomon : Comme il y a telle voie qui paraît droite à l'homme, mais dont les issues sont des voies à la mort , a cette voie , dit l'orateur, Ta conduit à terminer sa vie j> par une fin violentée et prématurée; elle l'a exposé à » une mort dont les suites seraient infiniment plus re- » doutabies, si plusieurs raisons ne nous faisaient conj) cevoir une espérance de pardon, de grâce et de misé- » ricorde en faveur de celui qui a formé ces plans et d tramé des projets contre son prince. » Mr de Saussure fait suivre son exhortation d'une prière que Davel écoute à genou. — « Vos prières , dit - il en se relevant , sont d exaucées , puisque Dieu m'assure du sentiment de sa h grâce, et m'inspire toute la confiance en sa bonté dont » j'ai besoin. »
Davel fait ses adieux aux ecclésiastiques qui fondent en larmes. Il ôtc lui-même son habit, avec autant de sang-froid que s'il eût dù se mettre au lit... Il parle au bourreau en le regardant d'un œil assuré... Il s'assied sur le siège, aide à écarter sa chemise... Il s'appuie fermement contre le dossier, pendant qu'on lui couvre les yeux, et, dans un clin-d'œil, le bourreau de Moudon lui
sépare la tête des épaules... Après la mort, le noble visage du martyr conserve son expression naturelle de paix et de calme.
Tandis que Davel se préparait à cueillir la palme du martyre, le Haut-Commandant de Watteville quittait le Pays deVaud. Le lendemain d'un splendide repas, offert à l'Hôtel de-Ville par la seigneurie de Lausanne, le Haut- Commandant se mettait en marche pour la capitale, suivi jusqu'aux limites du bailliage, parla noblesse, le Conseil et la cour bailli vale. Complimenté par les Conseils de Moudon, la noblesse et les dépulations des communes, qui l'attendaient aux contins du bailliage de Moudon, le Haut- Commandant traverse cette ville et dinc au château de Lucens, où il est reçu par le bailli avec les honneurs militaires , et va coucher à Payerne où l'accueillent les acclamations du peuple. Le lendemain, le cortège continue sa marche; le bourgmaitre et le Conseil de Payerne le suivent jusques dans Avenches, où de nouvelles réjouissances et un banquet attendaient le représentant de LL. ££ *. <r Lorsque Mr de Watteville, h son retour à Berne, faisait son rapport au Deux-Cent, il vantait la conduite de toutes les villes du Pays-de-Vaud, au-dessus desquelles brillait toutefois la fidélité de Lausanne **. » Ravies de ce dévouement, LL. ££. admettaient en leur présence la députation des Quatrc-Paroisses, interprète de l'horreur qu'inspirait aux habitants
* Procédure du major Davel. Journal du Haut-Commandant. ** Monnard, livre XIII, chap.XII. Raths-Manual.
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de Lavaux l'entreprise de leur major, et leur donnaient un dîner, auquel assistaient plusieurs sénateurs des plus considérables; on les défrayait de toute dépense , pendant leur séjour à Berne ; on protégeait les gens de Lavaux, en butte à des reproches et à des insultes incessantes , dont les accablaient les paysans des communes voisines et la populace de Lausanne; on les protégeait par une défense menaçante que LL. EE. faisaient lire dans toutes les chaires *.
La tête de Davel tombée , LL. EE. récompensaient généreusement les acteurs du drame sanglant; elles remboursaient à Lausanne les frais supportés par cette ville; elles faisaient frapper une riche médaille qu'elles distribuaient aux vingt-cinq seigneurs du Conseil , aux membres de la cour baillivale, et aux personnages les plus dévoués. Cette médaille représente la ville de Lausanne, assise au pied du chêne bernois; Lausanne attire un rameau de l'arbre souverain et s'en couronne le front. Si Berne récompensait le dévouement de ses sujets, elle s'irritait contre quiconque ne lançait point l'anathème sur l'entreprise de Davel. Elle faisait scruter l'exhortation au peuple , prononcée par le pasteur de Saussure sur l'échafaud de Vidy; elle faisait également examiner un sermon prononcé par le doyen Bcrgier dans la cathédrale de Lausanne , le lendemain de la mort du major : sermon où l'éloquent prédicateur offrait Davel comme un modèle de vertus. Ces ecclésiastiques, auxquels LL. EE. ne pouvaient pardonner leur récente opposi-
* Monnard, livre XIII, chap. XII. — Teutsch Missivcn- Buch.
tion dans les affaires du Consensus, recevaient un blâme officiel, et, peu de temps après, sous le plus léger des prétextes, le vénérable de Saussure, l'ornement de la chaire de Lausanne, était destitué : Ce qui fil bien voir, dit naïvement un contemporain , qu'il est dangereux et imprudent de déplaire à son pr ince de quelle manière que ce puisse être *.
La Suisse entière, Àppenzell excepté, adressait des félicitations à Berne, et les puissances étrangères chargeaient leurs envoyés de témoigner à LL. EE. leur satisfaction. Quant a la cour de France, elle saisissait cette circonstance pour ramener les Conseils de Berne à d'autres sentiments à son égard. Yoici ce que Mr Monnard, le savant continuateur de Muller, a trouvé à ce sujet dans les archives des Affaires Etrangères de Paris ** :
<r Le 3 avril, d'Avaray écrit au roi ; Pour ne pas lais- » scr échapper ce qu'il peut y avoir de favorable dans » cette conjoncture (l'affaire de Davel) , pour le service » de Yotre Majesté, j'ai cru, en répondant a la lettre de » l'Homme du foin*** , lui devoir marquer que quoique » celte affaire ait été entreprise avec peu de précaution, » et conduite avec peu de jugement , elle ne laisse pas » de donner matière à beaucoup de réflexions, que lui ,
* César de Saussure. Mémoires inédits. « Le discours de MT » de Saussure fut le sujet de bien des raisonnements etdescri- » tiques....»
** Monnard , livre XIII , chap. XII.
*** Pseudonyme d'un Bernois , agent secret de la diplomatie française.
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d qui est zélé pour le bien de sa patrie , et en même » temps pour les intérêts de Votre Majesté, qui ne sont v que la même chose, ne doit pas manquer de saisir cette » occasion pour représenter à quel péril leur Etat s'est » trouvé exposé, eu égard aux jalousies qu'il ne cesse en » toutes occasions de donner à ses voisins, et rappelant j> en même temps tous les sujets de plainte, que depuis d plusieurs années il a donnés à la France, avec laquelle y> il semble qu'il veuille présentement se mesurer d'égal s à égal, le faire souvenir des obligations qu'il a à vôtre » couronne, et combien il lui importe de s'unir intimé- » ment avec elle pour en avoir la protection. » Le 1 4 avril , le roi répondait à son ambassadeur : <l Je suis très-aise que cette conspiration n'ait point » eu d'autres suites , et vous devez le témoigner de ma x> part au canton de Berne, afin qu'il se persuade de plus j> en ^plus de l'intérêt que je prends à ses avantages. j> J'approuve les insinuations que vous avez faites à cette » occasion, pour faire comprendre aux personnes qui d ont le plus de crédit dans le Conseil de Berne, que x> les mesures que l'on prendra pour prévenir de pa- » reilles entreprises, ne seront solides qu'autant qu'il » se portera à mériter la protection que je veux lui con- » tinucr, à l'exemple des rois mes prédécesseurs, et vous » ne pouvez mieux remplir mes intentions qu'en faisant » de votre part tout ce qui peut contribuer à lui inspirer, d et aux autres Cantons protestants, le désir de renou- » vêler les anciennes aljiances avec ma couronne*. »
* Berne ne renouvela cette alliance que dans l'année 1770. Le marquis de Bonnac, en 4731, avait échoué dans les tentatives qu'il fit à cet égard.
Je vois bien, que je suis victime de cette affaire , mais n'importe, il en reviendra quelque avantage à ma patrie ! Ces paroles de Davel parurent, mais pour un instant, devenir prophétiques. En effet, Davel était encore dans les fers, que le Deux-Cent de Berne, «jugeant que » son manifeste renfermait quelques griefs dignes d'atd tention, chargeait le Conseil secret de l'examiner pour » aviser à leur redressement et de présenter un préavis d quand cette affaire serait terminée. » L'avoyer d'Erlach écrivait le 22 avril à un diplomate : «On ne lais- » sera pas de travailler aux remèdes de plusieurs abus » de nos bailliages, cités dans le manifeste du rebelle; » l'Etat ignorait la plus grande partie de ces vexations. » Le 20 mai, le même avoyer écrivait à Mr de Cambiagucs , secrétaire de l'ambassade de France : « L'on mettra la s> main à l'œuvre dans quelque temps, pour remédiera » la conduite des baillis. L'on a écrit lundi dernier à » celui de Nyon de se modérer à tous égards , s'il ne
» veut s'attirer la disgrâce du Souverain Il se passe
» bien des choses dans les bailliages, que LL. EE. igno- » rent *. »
En effet, Berne qui avait refusé aux sollicitations de Genève, de Neuchàlcl, de Baie et de Schaffousc, et de toutes les puissances protestantes, d'abandonner ses exigences relativement à Ja question du Consensus, Berne, après la tentative de Davel , abandonnait cette question, et, déjà le 13 avril 1723, elle écrivait à l'académie de Lausanne : « Jugeant à propos, pour le bien public,
* Monnard, livre XIII, chap. XII. — Archives des affaires étrangères de Paris.
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x> de défendre très-expressément, et sous peine de notre d disgrâce, de ne plus absolument parler, ni écrire, ni » faire imprimer sur cette matière , nous vous ordon- » nons de ne rien faire de semblable vous-mêmes , mais » aussi qu'on mette ordre à ce qu'on laisse cette affaire » dite du Consensus en repos. »
Deux mois après l'entreprise de Davel, le 17 juin , LL. EE. annonçaient à la cour d'Angleterre, « que la » signature du Formulaire de Consentement serait » abolie. »
Ainsi, comme l'observe le célèbre historien Gibbon , a ce ne fut point la honte, ni les larmes du peuple, qui j> mirent fin à ces persécutions qui plaçaient de véné- » râbles ministres dans l'alternative, ou du parjure, ou » de la misère : ce qui les fit cesser fut le courage de » Davel . enthousiaste il est vrai, mais enthousiaste pour » le bien public *. »
* Gibbon. Miscellaneous worcks , vol. V7,65.
Sources principales : Archives de l'Etat de Vaud. Desmajoren Jean-Daniel Abraham Davel von Cullr in Wuadtland, Rebellions Geschàfft, im Marz und April 1723. Cette procédure , en un volume in-folio de mille et dix pages manuscrites, renferme les lettres écrites de la main de Davel à l'occasion de son entreprise, sa prière, son discours au Conseil de Lausanne, ses interrogatoires , enfin, toutes les pièces originales et officielles relatives à cette affaire. — Archives du Conseil de Lausanne. — Barnauù\ Mémoires pour servir à l'histoire des troubles arrivés en Suisse à l'occasion du Consensus. — Bibliothèque de Mr l'avocat Pellis. Collection de manuscrits. — César ae Saussure , Mémoires inédits , six volumes in-4°. — C. Monnard , Histoire de la Confédération Suisse. Livre Xill, chap. XII.