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CHAPITRE VIII

Le royaume de Bourgogne.

Les Francs Mérovingiens. — Charlemagne. — Louis le Débonnaire. — Partages entre ses fils.— Instabilité des combinaisons politiques. — Fondation du second royaume de Bourgogne. — Rodolphe I". — Rodolphe II. — La reine Berthe. — Conrad. — Rodolphe m. — Réunion de la Bourgogne h l'empire.

La domination franque n'implique pas, comme Toccupalion burgonde, un changement considérable dans les éléments de la population. Les Burgondes conservent aussi leurs coutumes et leur remarquable législation, dont l'influence est restée prépondérante au XI"»c siècle et se fait encore sentir, dans nos contrées, jusqu'à la fin du moyen âge. Seulement, à la tête de l'Etat se trouve, non plus un roi burgonde, mais un roi franc. Les obligations qu'avaient les habitants du pays envers celui-là se reportent sur celui-ci. La Burgondie devient une des trois grandes subdivisions de l'empire franc. Le gouverneur franc* reçut le titre de patrice, donné autrefois aux rois nationaux. Audessous de lui les ducs exerçaient l'autorité civile et militaire dans les diverses parties du royaume. La Transjurane, pagus iiltrajuranus, eut aussi les siens ^.

La coutume franque voulait qu'à la mort du roi ses fils partageassent son héritage. De là un morcellement plus ou moins complet de la monarchie; par la mort des collatéraux, le royaume se trouvait de nouveau réuni dans les mêmes mains. Au milieu de ces mouvements de division, puis de concentration, notre pays se trouve rattaché tantôt à l'une, tantôt à l'autre des unités politiques nouvelles. Il fait d'abord partie intégrante de la

* Nommé ailleurs maire du palais, majordome.

• Les maires du palais : Warnachaire (sous Clotaire II), Flaochat (641), Ebroin, majordome à la fois de Neustrie et de Burgondie (670). Patrices : Celsus, Amatus (570). Mummolus (574), Alethus (613). Ducs : Herpo (613), Chramnelène (635), Willibad (641).

monarchie de Clotaire I^'' (558-561) ; attaché ensuite au sort de Gontran, son fils, à la suite du nouveau partage de 561, mêlé aux troubles qui divisent la maison franque à la fin du VI™^' et au commencement du VII"'« siècle, réuni de nouveau sous Clotaire II (613-628), puis sous Dagobert (628- 638), il

n a guère d'histoire propre, ses destinées se confondent avec celles de la monarchie franque.

C'est à peine si l'histoire locale enregistre par-ci parlà un fait isolé. En 553, le mont Tauretunuin, en Valais, s'écroule, détruit un grand nombre d'habitations et fait re-

Fibule en forme d'oixeau. Verre à cloche.

FiG. 82. — Antiquités franques.

fluer les eaux du lac jusqu'à Genève. En 574, le Valais est envahi

par les Lombards. Ils sont repoussés à Bex. Entre 585 et 594,

révéque Marins ou saint Maire transporte le siège épiscopal

d'Avenches à Lausanne. En 610, nouvelle

invasion alamanique: le pays d'Avenches

est dévasté ; les comtes Abbelin et Her-

pin sont battus à Wangen. En 613, Bru- j.^^^ d'éoeque

Croix Lausanna

nehaut est arrêtée à Orbe et livrée à Clo- MimitarTu. aHZ^E. taire. En 613, Herpo, duc de Transjurane, Fio.83.—Triens mérovingien

,, , , , » w du VI ou VII" siècle.

est tue par les grands révoltes.

La puissance mérovingienne décline à partir de Dagobert, pendant que s'élève à son côté l'autorité naissante des maires du palais. Après la victoire de Testry (687), Pépin d'Héristal, maire d'Auslrasie, domine tout l'empire franc. Vient ensuite Charles- Martel, qui bat les Sarrasins à Poitiers, enfin Pépin le Bref, qui prend en 751, le titre de roi. L'empire avait changé de maître, une nouvelle dynastie, puissante et vigoureuse, a remplacé les Mérovingiens dégénérés (Guerriers francs, fig. 84, 85).

Le règne de Charlemagne, fils de Pépin (768-814), n^est pas fécond en épisodes marquants pour l'histoire spéciale du Pays de Vaud. Les conquêtes de Charlemagne ne nous intéressent que d'une façon très indirecte. Nous examinerons plus loin, en tant

qu'elles nous concernent, ses lois et l'organisation de son empire. Quant à l'œuvre civilisatrice deCharlemagne,elIe se fit sentir également dans nos contrées. Nous aurons l'occasion d'y revenir.

Charlemagne réu- ^ nit sous un même sceptre les peuples de l'Europe orientale et occidentale :

il leur imposa son administration, ses officiers et fonctionnaires, ses lois. A peine est-il descendu dans la tombe (814) que tout change. Les germes de dissolution vont exercer leur influence, amener la complète désagrégation de cette vaste monarchie, et préparer les ruines dont sortiront les nouveaux Etals de l'Europe ^

Les quatre-vingts années qui suivent la mort de Charlemagne présentent le spectacle de l'instabilité la plus complète, de remaniements territoriaux sans nombre, dans lesquels les peuples sont attribués à l'un ou à l'autre des princes intéressés, sans aucun souci de la logique et du bon sens. Louis le Débonnaire a donné l'exemple de l'arbitraire, du manque de fermeté. Les révoltes de ses fils donnent le signal de l'anarchie.

• La bibliographie, pour cette période, se trouve indiquée dans la Reu. Hist. Vaud. 1901. p. 1.

FiG. 84. — Guerrier franc.

Cependant, au milieu de ce chaos, des groupements naturels se manifestent, les nationalités nouvelles se dessinent. Le traité de Verdun (843), puis le traité de Mersen sur la Meuse (870), président à la naissance de deux Etals modernes, la France et TAlIemagne.

Entre ces deux nationalités naissantes vivent une série de peuples que la nature, la race, la langue, Thistoire ne rattachent pas d'une façon impérieuse à Tune plutôt qu'à l'autre, et qui n'ont pas non plus de lien naturel assez fort pour constituer un Etat durable. C'est le royaume de Lotliaire.

Les éléments qui le composent sont réunis au hasard. Ce royaume ne possède ni l'unité géographique, ni Tunité de race ou de langue. Il se dissout tôt après sa naissance ; ses parties sont entraînées à droite ou à gauche, suivant la force d'attraction qui s'exerce sur elles. Le nord, de Bàle à

l'embouchure du Rhin, fait retour à la Germanie. Le sud, au delà des Alpes, forme le royaume d'Italie.

Au point de jonction des trois royaumes francs, la vallée du Rhône jusqu'au Léman, le versant oriental du Jura, le plateau suisse central et méridional, en un mot la contrée que l'on est convenu d'appeler la Transjurane — et dont le canton de Vaud actuel forme la majeure partie — est le jouet des combinaisons les plus multiples. Du traité de Verdun (843) à la diète de Ti ibur (887), soit dans l'espace de quarante-quatre ans, la carte de l'Europe fut remaniée neuf fois : dans chacune de ces modifications, notre pays fut attribué à un prince différent, fit partie

FiG. 85. — Guerrier franc.

d'un nouveau royaume, reçut ses ordres d'une autre capitale, gravita autour d'un autre centre politique. Indiquons brièvement ces combinaisons éphémères.

1. 843, traité de Verdun. Le pays entre TAar et le Léman revient à Lothaire. Cet état de choses dure douze ans.

2. 855, mort de Lothaire, partage entre ses trois fils. Le pays revient à Charles, avec la Provence. Durée : quelques mois.

3. 856, réunion à Orbe des trois fils de Lothaire; Charles est dépouillé de son héritage, la Transjurane est octroyée à

Lothaire IL Durée : trois ans.

4. 859, Lothaire II cède la Transjurane à son frère Louis II, roi d'Italie. Durée : onze ans.

^ , 5. 870, traité de Mersen ; Louis

Croix. Temple. ' '

Hiudouvicus imp. christiana Reiigio. le Germanique et Charles le

FiG. 86. — Denier mauriçois (IX* siècle). ^, ,, .,, . ,

Chauve dépouillent leur neveu, Louis II, d'une partie de son héritage. Mais Louis le Germanique cherche, en vain, à se faire reconnaître en Transjurane. Durée : deux ans.

6. 872, devant cette opposition, le Germanique rétrocède la Transjurane à Louis II, roi d'Italie. Durée : trois ans.

7. 875, mort de Louis II; son oncle, Charles le Chauve, roi de France, obtient la Transjurane. Durée : deux ans.

8. 877, mort de Charles le Chauve. Son neveu, Charles le Gros, héritier de Louis le Germanique, réunit encore une fois dans ses mains l'empire de Chaiiemagne. Durée : onze ans.

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