CHAPITRE XX Le Despotisme bernois
Affaires religieuses dans le bailliage d'Echallens. — I^s Etats du Pays de Vaud. — Convocation d'une assemblée A Payerne (1570). — LL. EE. accordent leur sanction au coutumier de Moudnn (1577). — Le Plaid général de Lausanne. — Coutumiers particuliers à certaines régions. - Réunion des délégués de la noblesse et des villes dans le courant du XVI— siècle. — Dans les premières années du XVII— siècle. — Berne fait des concessions. — Après 1617. le ton change. — Suppression des Etats du Pays de Vaud (1622). — La guerre de trente ans. — Nouvelles contributions extraordinaires. — Guerre des Paysans. Ceux-ci sont soumis à l'aide des troupes vaudoises (1653). — Espérances des Vaudois, aussitôt déçues. — La première guerre de Vilmergen.
Les quatre-vingts années que Berne mit à assurer sa conquête contre un retour offensif de la Savoie furent aussi employées par elle à s'affermir dans le Pays de Vaud et à y consolider son autorité d'une façon durable.
Le premier moyen fut, nous l'avons dit, la Réforme. Une fois le pays complètement attaché à la nouvelle doctrine, les Vaudois redoutaient par dessus tout de rentrer sous la domination de la Savoie. Les réfugiés, victimes des persécutions exercées contre les réformés en Francç et en Savoie, arrivaient nombreux dans le pays ; plusieurs furent agrégés à la bourgeoisie des villes ; en un demi-siècle, quatre cent trente-huit familles étrangères, en très grande majorité françaises ou savoyardes, furent ainsi admises à Lausanne. Elles s'attachèrent vivement à la nouvelle patrie qui leur accordait protection et liberté de croyance. Les réfugiés dépeignaient à leurs nouveaux concitoyens les souffrances passées et celles qui menaçaient le pays, s'il venait à rentrer sous le joug savoyard. Les prédicateurs, du haut des chaires, parlaient de même. L'attachement à LL. EE. et à la religion protestante en devint si tenace que les Vaudois se déclarèrent prêts h tout sacrifice, plutôt que de renoncer à être Suisses et Bernois.
Un motif moins noble, il faut le dire, poussait nombre de Vaudois à redouter le retour de la domination savoyarde et du catholicisme. Les communes et les particuliers qui avaient bénéficié de la vente des biens du clergé, les paysans qui, par la suppression des couvents, avaient été affranchis d'obligations personnelles, tous ceux, en un mot, qui avaient profité matériellement du changement de régime ne voulaient, à aucun prix, retourner à Tancien état de choses.
Aussi LL. EE. défendirent toujours avec zèle la foi réformée. Elles eurent l'occasion de le faire dans les premières années du XVII"^^ siècle. Le fanatisme religieux agita, à cette époque, le bailliage d'Echallens et y réveilla les luttes confessionnelles : à rinstigation de quelques prédicants, certains particuliers pétitionnèrent pour demander le plus (1619). Il en résulta un échange de notes aigres entre les deux républiques, des menaces et même des préparatifs militaires. La diète de Baden s'occupa du différend et nomma des arbitres. Enfin l'on revint à de meilleurs sentiments; Fribourg et Berne oublièrent leur querelle.
Dans le but de s'attacher leurs nouveaux sujets, alors que la Savoie se montrait redoutable, LL. EE. furent assez libérales envers les Vaudois, et confirmèrent leurs droits, libertés et franchises, en tant que celles-ci ne touchaient pas aux prérogatives du souverain. Elles étaient surtout généreuses au moment où elles demandaient aux Vaudois des subsides extraordinaires.
Ce fut le cas à la suite du traité de Lausanne (1564). Cette convention stipulait une indemnité de 30 000 écus d'or en faveur de la Savoie. LL. EE. en firent porter la charge tout entière aux Vaudois. Les députés du Pays de Vaud, au nombre de quatre par bailliage, furent réunis dans ce but à Payerne, en mai 1570. Quelques-uns auraient voulu protester, mais l'assemblée n'en vota pas moins le subside demandé. Elle réservait, il est vrai, les libertés et franchises du pays et présentait plusieurs vœux. Elle demandait, en particulier, que les seigneurs de Berne traitassent à l'avenir les Vaudois sur le même pied que leurs sujets allemands.
Berne, avant de faire droit à ces requêtes, demanda à voir les lettres de franchises des communes romandes. Les jurisconsultes
vaudois élaborèrent un projet de statuts, qui fut présenté à LL. EE. au nom de huit villes, savoir Moudon, Yverdon, Morges, Nyon, Cossonay, Les Clées, Sainte-Croix et Grandcour. Ces statuts avaient pour base la charte accordée à Moudon en 1359. LL. EE., par décret du 12 mai 1577, promulguèrent les Statuts des libertés, franchises et coutiimes perpétuelles du Pays de Vaudf qui, sous le nom de coutumier de Moudon, firent loi dans les communes intéressées. Malheureusement, Tesprit particulariste de certaines régions empêcha la complète unification du droit. Lausanne et les anciennes terres de l'Evéché gardèrent leui- Plaid général. Orbe, Echallens, Grandson conservèrent leurs anciennes coutumes.
Payerne, qui occupait une place à part dans le Pays de Vaud, fit de même.
Dans les quatre Mandements, on continua à suivre la •coutume du Cha- n. .^o
FiG. 159. — Cuirassier vaudois (1699).
biais. Rougemont
et Rossinières adoptèrent le coutumier de Moudon, tandis que
Chàteau-d'Œx suivait exclusivement le code bernois.
Néanmoins les Vaudois, pratiquant la même foi, soumis aux mêmes maitres, exposés aux mêmes dangers, ayant un certain nombre d'intérêts communs, se rapprochaient les uns des autres. Les délégués de la noblesse et d'un certain nombre de villes se réunissaient, comme au temps de la Savoie, pour délibérer sur les affaires qui intéressaient une grande partie du pays. Ces assemblées siégèrent plusieurs fois dans le courant du XVI»"^
siècle. Convient-il d'appeler encore ces assises a les Etats de Vaud » comme à l'époque savoyarde? On ne saurait donner vraiment ce nom à rassemblée de Payerne, convoquée par LL. EE. en 1570. Mais dans la suite, plusieurs réunions furent tenues. Si elles ne portèrent pas toujours officiellement le nom d'EtatSf elles en jouèrent cependant le rôle. Une réunion de cette nature eut lieu à Lausanne, en 1590, pour voter un subside de guerre. Une autre assemblée fut convoquée à Lausanne également, en 1591. En 1592, nouvelle session : on fit parvenir à
FiG. 160. — Château de Champvent.
LL. EE. des plaintes au sujet des monnaies. On décida aussi que désormais on se réunirait une fois Tan « pour éviter que désordre ne se fasse au pays et pour conférer des choses tendant... au bien et au profit de la patrie ». La même année, une assemblée décida de faire certaines représentations à Berne au sujet des baillis qui outrepassaient leurs compétences. LL. EE. écoutèrent les doléances des délégués vaudois, et les Etats de Vaud reçurent ainsi une sorte de sanction officielle. Nouvelles sessions en 1594, puis en 1595 (février), au sujet d'une contribution de guerre. Une députalion est envoyée à Berne pour présenter des réclamations. Le 12 décembre 1595, les Etats décident de payer la contribution demandée, et en font la répartition. Ils s'assemblèrent encore plusieurs fois dans les dernières années du XVI"'«^ siècle.
Au commencement du XVII'«<^ siècle, une chose paraît préoccuper avant tout les Etats : la question du sel. LL. EE. voulaient imposer à leurs sujets vaudois un sel de mauvaise qualité et d'un prix élevé. De vives réclamations furent adressées à Berne, qui finit par céder (1603). En 1605, rassemblée réunie à Morges présenta plusieurs griefs. En 1608 et 1609, des plaintes très vives se font entendre au sujet *des exactions commises par les baillis. En 1612, celui de Morges ayant refusé de prêter à ses subordonnés le serment habituel, les quatre bonnes villes^ présentèrent des remontrances. Berne leur accorda le
FiG. 161. — Château d'Oron.
droit de s'assembler pour discuter certaines affaires et particulièrement pour la revision des statuts de 1577. En 1613, on s'adresse derechef à Berne pour signaler certains abus et demander des réformes; on accusait les baillis de concussions, d'abus d'autorité. Le gouvernement nomma alors un conseil de réforme et punit quelques coupables. Un bailli concussionnaire eut la tête tranchée ; d'autres accusés furent condamnés à l'amende ou à l'exil.
Berne se montra assez arrangeante tant que le péril savoyard la menaçait. Lorsqu'il fut écarté, LL. EE. changèrent de ton. En 1616 déjà, elles avaient promulgué un nouveau coutumier qui portait atteinte aux libertés vaudoises. Après le traité de 1617, les perpétuelles réclamations des Vaudois commencent à impatienter le gouvernement. Lorsque, en 1621, les villes pré-
1 Morges, Nyon, Yverclon, Moudon.
sentèrent des observations au sujet du coutumier nouveau, LL. EE. les reçurent assez mal et leur enjoignirent de « se conduire plus avisément à Tavenir ». Les députés des villes et de la noblesse se réunirent quai\d même, le 13 juin 1621, à Morges; ils décidèrent qu'à l'avenir des assemblées régulières auraient lieu chaque année « pour conférer et résoudre des choses qui pourraient être utiles à LL. EE. et au bien de la patrie b et pour trancher les différends qui viendraient à s'élever entre elles. Effectivement, les Etats se réunirent plusieurs fois en 1621 et en 1622, votèrent des subsides, mais firent aussi des remontrances. Un de ces écrits, fort remarquable, analyse les conditions économiques du pays et recherche les causes de la misère générale qui y règne. LL. EE. trouvèrent inconvenantes les plaintes répétées et l'attitude trop indépendante de leurs sujets. L'esprit du temps avait changé. La république de Berne, comme les autres républiques citadines de la Suisse, tendait à devenir aristocratique. Les doctrines absolutistes prévalaient dans la plupart des Etats de l'Europe, en France notamment. Les gouvernants commençaient à se croire d'essence supérieure, presque divine, et exigeaient une obéissance absolue. Berne rendit alors (27 décembre 1622) une ordonnance blâmant les villes d'avoir organisé des réunions « à leur plaisir » et le plus souvent « sans le sçu et permission des baillis » ; l'édit défendait d'entreprendre à l'avenir aucune assemblée de cette nature sans le consentement des baillis. En fait, ce qui restait des Etats de Vaud fut ainsi supprimé, et toute velléité d'indépendance fut anéantie chez les sujets de LL. EE.
Durant le XVII»"*' et le XYIIIn^e siècle, le joug de Berne va toujours en s'appesantissant, et la soumission du pays fut si complète que, lors de l'insurrection des paysans, LL. EE. purent se servir sans crainte des Vaudois pour faire rentrer dans l'obéissance leurs sujets allemands révoltés.
L'époque de la guerre de trente ans fut, pour la Suisse, une période funeste. Les Confédérés étaient désunis. Sollicités en sens inverse par leurs coreligionnaires, les protestants et les catholiques faillirent entrer dans la mêlée générale. C'eût été la ruine de la Suisse. La faiblesse même des Cantons bien plus
que leur patriotisme paralysa les eflForts de la diplomatie européenne. La guerre de trente ans eut au moins un heureux résultat : elle amena la reconnaissance officielle de l'indépendance helvétique, au traité de Westphalie (1648).
Mais la guerre eut d'autres conséquences, funestes celles-là. Les gouvernemeiîts avaient dû lever des troupes, afin de garder la frontière. Pour couvrir les frais de ces armements, ils imposèrent à leurs peuples de lourds impôts. Berne ne resta pas en arrière. En 1637, elle exigea du pays de Vaud une contribution de deux florins par feu. En 1641, nouvel impôt de un pour mille. Autrefois, on y mettait encore quelques formes. En cas de contributions extraordinaires, les sujets étaient consultés. LL. EE. avaient changé tout cela. Les villes hasardèrent encore une timide résistance, mais elles ne tardèrent pas à se soumettre.
Les sujets de la Suisse allemande furent moins empressés. Des soulèvements éclatèrent et il fut bientôt impossible de les arrêter. Les impôts nouveaux pesaient durement sur le paysan, dont la condition étart misérable. Une mesure impopulaire entre toutes vint mettre le comble à l'irritation. Les gouvernements de Berne et de Lucerne interdirent sur leur territoire la circulation de la monnaie de billon provenant des autres Etats confédérés, et réduisirent de moitié la valeur de leur propre billon. Par cet arrêté, le paysan, déjà très pauvre, perdait la moitié de son numéraire.
Aussitôt une révolte éclata dans l'Entlebuch (1653). Elle s'étendit à une bonne partie de la campagne lucernoise, puis à l'Emmenthal, à la haute Argovie, à Soleure, à Bàle. Les paysans insurgés songèrent d'abord à opposer une ligue des peuples à la ligue des gouvernants. Ils entrèrent vigoureusement en campagne. Au nombre de plus de vingt mille, les paysans bernois attaquèrent la capitale. La ville fut entourée de tous côtés; elle courut de sérieux dangers; LL. EE. durent faire des concessions (mai 1653). Elles implorèrent alors à la liàte le secours de Zurich et demandèrent des troupes au Pays de Vaud.
Les griefs des Vaudois étaient les mêmes que ceux des Suisses allemands. Eux aussi se plaignaient de la tyrannie des baillis, du prix du sel, du haut intérêt de l'argent, du malaise social et
économique, de la misère. Si les sujets de Berne avaient dans ce moment compris leurs intérêts communs, si les Vaudois avaient montré un peu de fermeté, ils auraient pu obtenir les concessions qu'ils avaient autrefois réclamées. Il n*en fut rien. Les sujets romands se laissèrent leurrer par la diplomatie bernoise. Lausanne essaya, il est vrai, de ressusciter les Etats de Vaud. Elle convoqua une assemblée à laquelle accoururent les députés des villes. Quelques voix courageuses s*y firent entendre. Alors le bailli de Lausanne fit, au nom de LL. EE., les plus belles promesses : les charges fiscales seraient allégées, les villes allaient recouvrer leurs anciens privilèges, Berne reconnaîtrait les droits des Etats de Vaud. Le bourgmestre de Lausanne exhorta ses compatriotes à Tobéissance, il les mit en garde contre les paysans allemands et contre les suites dangereuses de toute opposition. Les Vaudois cédèrent. Les villes et les communes fournirent cinq mille hommes. Le 30 mai, cette troupe entrait à Berne, où elle fut accueillie avec la plus grande joie. Les alliés de Neuchàtel arrivaient égaleiAent, au nombre de quelques centaines.
L'intervention zuricoise et Tappui des troupes vaudoises sauvèrent la république de Berne. Les insurgés furent vaincus à Bublikon par l'armée zuricoise (3 juin 1653), et à Herzogenbuchsee par les troupes du général d'Erlach, composées surtout de Vaudois (8 juin 1653). Le pays fut abandonné à la fureur des a Welsches d qui commirent toutes sortes d'excès. L'insurrection était vaincue. Ses auteurs furent durement traités. Les gouvernants avaient eu peur : ils se montrèrent d'autant plus féroces dans la répression. Les chefs du mouvement, Leuenberger, Schybi et un grand nombre de leurs adhérents furent appréhendés, mis à la torture, et exécutés sans pitié.
Une députation vaudoise avait précédé à Berne l'armée de secours fournie par les sujets romands ; elle y fut accueillie avec les marques de la plus extrême bienveillance. On la combla de promesses. Mais aussitôt le danger passé, LL. EE. firent la sourde oreille. Les députés des villes, autorisés par « grâce » spéciale à se réunir à Moudon, sous la présidence du bailli (18 août 1653), présentèrent, il est vrai, une adresse à leurs sou-
verains. Mais le ton en est profondément humble, soumis, piteux. On ne réclame plus, on implore, on supplie. Les a très humbles et féaux sujets » rendent « grâces très humbles » à LL. EE. des ce faveurs et bienfaits qu'il a plu à leur bonté de faire espérer ». Elles viennent « humblement prier LL. EE. de les vouloir remettre dans leurs anciens droits, us, coutumes, franchises, privilèges, libertés et concessions. » Elles ajoutent quelques vœux relatifs à la vente du sel, au serment des baillis, à la nomination des juges, à la modification du coutumier de 1616. Berne éluda ces demandes. Une décision du 3 septembre 1653 autorisait, il est vrai, les villes à s'assembler, mais seulement avec la permission de LL. EE. ou des baillis, et pour traiter des questions de police locale ou d'intérêt municipal. C'était une fin de non recevoir : les assemblées générales ou Etats avaient vécu. Seules les quatre bonnes villes purent se réunir tous les trois ans, sous l'œil vigilant du bailli, et pour discuter d'aflaires insignifiantes, sans portée générale.
Trois ans s'écoulèrent et le Pays de Vaud eut, une fois de plus, l'occasion de témoigner son profond attachement, sa complète soumission, et de répandre sans compter son sang pour ses maîtres. Ce fut dans la guerre civile de 1656.
La tension qui existait entre les catholiques et les protestants suisses n'avait fait que croître ; elle s'accentua pendant la guerre de Trente Ans, et davantage encore après la paix de Westphalie, lorsque les Cantons, tranquilles du côté de l'extérieur, purent tourner les uns contre les autres la haine qui les animait. Un incident suffit à provoquer la guerre. Quelques familles d^rth, dans le canton de Schw^tz, pratiquaient en secret le culte protestant. Leur secret fut découvert. Une partie des réformés réussit à s'enfuir. Schwytz, malgré les réclamations de Zurich, confisqua les biens des fugitifs; quatre de leurs parents que l'on avait pu saisir furent appliqués à la torture et exécutés. Deux femmes furent livrées à l'inquisition de Milan. Zurich fit entendre des plaintes ; la diète ne put mettre les parties d'accord et l'on courut aux armes. Schwytz était soutenu par Lucerne et les cantons catholiques de la Suisse centrale. Berne appuyait Zurich. Fribourg, Soleure, Baie et Schafîliouse restaient neutres.
Zurich et Benie mirent, cette fois-ci, de fortes armées en ligne. Le gros des Zuricois vint assiéger Rapperschwyl ; mais la petite cité, bien défendue, fit une longue et vigoureuse résistance. Berne entra aussi en campagne, mais, peu confiante dans ses anciens sujets, elle s'adressa surtout aux Vaudois et aux Argoviens ; les premiers fournirent 8000 hommes, les seconds, 4000 ; les catholiques n'avaient que 6000 hommes à leur opposer.
L'armée bernoise pénétra dans les bailliages libres en janvier 1656. Orgueilleuse de sa supériorité numérique, elle se laissait gagner par l'indiscipline. Les officiers, au lieu de rester à la tête de leurs troupes, vivaient à Lenzbourg, où ils se plongeaient dans l'orgie. On comptait sur l'intervention des cantons neutres pour faire cesser les hostilités. Les catholiques, commandés par le Lucernois Pfyffer, profitèrent de la situation ; ils attaquèrent les Bernois à l'improviste, non loin de Vilmergen, et les mirent en complète déroute (23 janvier 1656). Les Vaudois furent particulièrement éprouvés. Les bannières de Lausanne, de Morges, d'Yverdon, de Vevey firent une belle mais inutile résistance. Le drapeau de Cully fut vaillamment défendu par les hommes de Lavaux ; il tomba néanmoins au pouvoir des Lucernois. Dans cette bataille, les protestants perdirent quinze cents hommes, un grand nombre de drapeaux et plusieurs canons.
Les vaincus songeaient à la revanche. Mais les cantons médiateurs ainsi que l'Angleterre, la France, la Savoie, l'empereur intervinrent. La paix fut signée à Baden, le 7 mars 1656. Elle n'était point encore définitive. Les questions en litige durent être ^umises à des arbitres qui ne purent s'entendre. Les choses en restèrent là ; le feu de la discorde et de la guerre civile n'était qu'assoupi : il couvait sous la cendre.