HISTOIRE DU CANTON DE VALD
ses habitants ^ Dans son Pays Romand, le grand écrivain a vu beaucoup d'esprit, beaucoup de raison, point de cabales, point d'intrigues. Son lac est le plus beau du monde ; sa maison est un palais dont les quinze fenêtres de façade donnent sur un paysage incomparable, plus splendide que celui de la pointe du sérail ; son théâtre est petit, mais il vaut le Palais-Royal ; ses acteurs et ses actrices sont merveilleux de sens, d'intelligence et de beauté. Voltaire appréciait aussi la bonne chère et celle de Lausanne lui plut fort ; les vins du pays lui parurent excellents. Il voyait moins juste lorsqu'il écrivait : « Nous sommes libres et nous n'abusons point de notre liberté y^. Voltaire avait un heureux optimisme à l'égard de tout ce qui lui tenait de près, hommes et choses.
Lausanne fut pour Voltaire un asile agréable durant quelques hivers. Elle fut pour Gibbon une seconde patrie. Il y vint en 1753, à Tàge de seize ans et y séjourna cinq ans. Il goûta fort le charme de la société lausannoise et la quitta à regret. Vingt ans après, il revint se fixer chez nous, attiré par le pays, les mœurs des habitants et la perspective de vivre dans la société de son ami intime Deyverdun. Gibbon passa à Lausanne les dix dernières années de sa vie. Il y termina son Histoire de la décadence et de la chute de V empire romain. Il aimait les Lausannois, les recevait volontiers à sa table et donnait des fêtes très courues. Lausanne était fière de cet hôte de marque, et Gibbon se sentait heureux d'y vivre. 11 s'en éloigna en 1793 avec l'espoir d'y revenir, mais il mourut quelques mois après.
Dans sa jeunesse. Gibbon avait esquissé un roman avec la fille d'un pasteur vaudois, mademoiselle Curchod, présidente de la société du Printemps. Cette passion n'eut pas de suite. La fille du pasteur de Crassier épousa plus tard le banquier genevois Necker, ministre des finances de Louis XVI.
Beaucoup d'étrangers étaient également attirés à Lausanne
* tt Je me suis arrangé une maison à Lausanne, qu'on appellerait palais en Italie ; quinze croisées de front en cintre donnent sur le lac, à droite, à gauche et par devant. Cent jardins sont au-dessus de mon jardin; le grand miroir du lac les baigne. Je vois toute la Savoie au-delà de cette petite mer, et, par de là la Savoie, les Alpes qui s'élèvent en amphitliéâtres, et sur lesquelles les rayons du soleil forment mille accidents de lumière. » — a Je ne peux me lasser de vingt lieues de ce beau lac, de cent jardins,, des campagnes de la Savoie, et des Alpes qui les couronnent dans le lointain. »
par la réputation universelle du docteur Tissot. Lausanne vit aussi le grand Haller, le poète de nos Alpes. En sa qualité de patricien bernois, il avait obtenu la place lucrative de directeur des salines du bailliage d'Aigle : de 1758 à 1764, il résida dans le Pays de Vaud et fît plusieurs séjours à Lausanne.
Autour de ces hôtes célèbres, la société lausannoise déployait son charme et «ses attraits. Elle n'était point exempte de petits travers, de défauts, voire de légers ridicules. Mais en somme, Lausanne fut, dans la seconde moitié du XVIII™^ siècle, un foyer intellectuel qui jeta un vif éclat, un séjour aimé et recherché, dont la réputation était fort étendue, et subsiste encore de nos jours.