CHAPITRE XXX
Les lettres et les sciences.
L'Académie de Lausanne. — L'école des pasteurs du « Désert*. — Le clergé et les ministres. — Enseignement secondaire. — Enseignement primaire. — Les philosophes et les théologiens. J.-P. de Crousaz et A. -G. Cha vannes. — Les collaborateurs des encyclopédistes. Leurs adversaires. — L'histoire : A. Ruchat, Loy» de Bochat, Bridel. — Les romanciers : Madame de Montolieu, Madame de Charriére, Samuel Constant — Le Journalisme : la feuille (tauis^ revues nombreuses mais éphémères. — Les mathématiques et la physique. — La science économique. — Muret. — Sciences militaires.
La patrie vaudoise a tenu un rang honorable dans le développement de la pensée au XVIII"»« siècle. Elle a produit des littérateurs et des savants. Un tableau complet du mouvement intellectuel à cette époque dépasserait le cadre de cet ouvrage. Nous nous bornerons à une simple esquisse.
1 Ouvrages cités dans le précédent chapitre. — Histoires littéraires de Virgile Rossel et de Philippe Godet. — Verdeil, ÎÎL — Œuvres de J.-P. de Grousaz, A. -G. Gliavannes, etc. — Notices biographiques dans la Galerie suisse, de E. Secretan, dans il. de Montet. — L. Isely, Histoire des mathématiques dans la Suisse framçaise. — Gindroz, Histoire de l'Instruction publique dans le Pays de Vaud.
L'Académie de Lausanne était un peu terne depuis les querelles du consensus *. On l'avait réduite au rôle d'une simple école de pasteurs. Vers la fin du régime bernois cependant, une amélioration se produisit. On créa une chaire de physique et une autre de géographie ou, comme on disait, de statistique (1788). En 1794, l'enseignement des mathématiques fut séparé de celui de la philosophie. L'Académie comptait, 'à partir de ce
moment, dix chaires.
A côté de l'Académie, l'Ecole des pasteurs du désert avait été fondée en 1729 par Antoine Court.
Elle était destinée à fournir des ministres aux églises réformées de France, toujours persécutées par les rois très chrétiens. Une vingtaine de jeunes gens, pensionnés par leurs coreligionnaires, y recevaient les leçons de professeurs spéciaux. Ce séminaire fournit ainsi aux assemblées dites du désert plusieurs centaines de prédicateurs ; elle sauva le protestantisme de France *.
L'enseignement secondaire était représenté par le collège latin, composé de quatre classes, qui préparait plus directement aux études académiques, et par le collège français, inauguré à titre d'essai en 1788. Les villes du pays avaient leurs collèges particuliers qui correspondaient au collège latin. Ainsi Yverdon, Payerne, Morges, Rolle, Vevey. On sortait du collège à quatorze ans. L'(( écolier » passait ensuite deux ans
1 Voir plus haut, p. 282. — //. Vuilleumier, op. cit. p. 23.
" Plusieurs Lausannois y enseignèrent : Salchli, Besson, G. Polier de Bottens, Durand, Secrelan, Bugnion, Levade et d'autres. En 1812, le séminaire prit fin.
FiG. 194. — Jean-Baptiste Plantin.
dans la classe d'éloquence, trois dans celle de philosophie et arrivait enfin à la théologie, dont Tétude durait quatre ans.
Les études étaient ainsi longues et coûteuses. Mais la perspective de la cure aux volets multicolores soutenait le zèle des jeunes candidats ^ et Ton était longtemps a impositionnaire» avant d'être définitivement installé. La prébende n'était pas magnifique', mais elle suffisait à entretenir le ministre et sa famille. Dans sa paroisse, le pasteur était l'objet d'une grande considération. Sa culture intellectuelle imposait au paysan. De plus, il était l'émanation de l'autorité, le représentant de la religion d'Etat.
Le pasteur était le ministre de l'Evangile, mais aussi un peu celui de LL. EE. Il bénéficiait du respect que l'on avait pour la religion et de la crainte que l'on éprouvait pour les redoutés seigneurs de Berne.
L'instruction primaire était négligée, comme partout. Elle n'aurait pas été plus mauvaise chez nous qu'ailleurs, au dire de certains contemporains •. Mises en regard de celles de ritalie et de la France, nos campagnes pouvaient encore passer pour favorisées. Mais ce n'était là qu'un supériorité relative.
L'école était la succursale de l'E^glise. On apprenait à lire, mais surtout pour arriver à comprendre les ouvrages religieux.
* « On ne doit pas se plaindre de la disette des ministres, écrit Durand (1796). Il y a actuellement plus de 130 impositionnaires qui ne sont pas places. j> Statistique, IV, 23^.
' Les meilleures cures du Pays allemand rapportaient jusqu'à 150 louis. Celles du Pays de Vaud variaient entre 70 et 150 louis, somme maximale.
3 D'après le Conservateur suisse, deux ecclésiastiques anglais et suédois qui visitèrent la Suisse, en 1789, trouvèrent son instruction publique meilleure qu'en aucun autre pays !
FiG. 195. — Abraham Ruchat.
L'élude et la récitation du catéchisme étaient l'occupation principale des écoliers. L'écriture et l'arithmétique ne venaient qu'en second lieu. La fréquentation était défectueuse; les parents préféraient faire travailler leurs enfants ou les envoyer mendier. L'usage du patois entravait l'étude du français. Au XVIII™^ siècle le patois était encore la langue usuelle des paysans ; le français était la langue noble; on n'y recourait pas volontiers, et l'on taxait d'orgueilleux ceux qui parlaient français à leurs enfants ^
Aussi les mœurs étaient encore rudes. L'ignorance et la grossièreté de certaines régions contrastaient avec l'élégance des villes. Le brigandage fut une des plaies du Pays de Vaud au XVII'ne et au commencement du XVIII»ne siècle; il n'avait pas complètement disparu à la veille de la Révolution. La sorcellerie sévit dans nos campagnes au XVII»"** siècle et le XVIII"»'* siècle s'en ressentit encore.
Le personnel enseignant était recruté un peu au hasard. Les instituteurs se préparaient comme ils pouvaient, seuls ou sous la direction du régent de leur village. Souvent ils ne se préparaient pas du tout. Le cordonnier, le tailleur de l'endroit, un invalide revenu du service militaire instruisait la jeunesse. Les bâtiments d'école manquant le plus souvent, la classe se faisait chez le régent, dans son échoppe ou dans son taudis. Quelquefois les parents fournissaient la salle à tour de rôle. En hiver, chacun des enfants apportait une bûche de bois pour chauffer le poêle. Les traitements étaient dérisoires * ; une partie était payée en nature et pas toujours régulièrement.
* Conserualeur suisse, IV, 378.
* Quelques exemples eu feront foi. Aux portes de la ville, la paroisse des Croisettes, située en partie sur le territoire de Lausanne et en partie sur celui d'Epalinges, avait cinq régents. Epalinges en entretenait deux, Lausanne trois. Epalinges donnait cent livres à chacun de ses régents. Lausanne, très généreuse, donnait deux cents francs à chacun des siens, a Ils n'ont ni domicile fixe, ni salle pour donner leurs leçons. Ils sont ambulants : ils vont faire Técole dans différents hameaux chaque jour; c'est chez quelque paysan qui veut bien prêter sa chambre. 11 n'y a ni cloche, ni horloge, et par conséquent les heures d'entrée et de sortie varient de la façon la plus fantaisiste. » (Discours du professeur François). — Les rapports des pasteurs sont très explicites ; un peu partout, ils se plaignent de la mauvaise éducation donnée aux enfants et de l'insuffisance des régents due aux salaires minimes. Sur ce dernier point quelques chirTres prouveront que les pasteurs n'exagéraient point. Les régents de la paroisse de Château-d'Oex avaient un traitement de dix florins ; à Vuarrens, de quatrevingts h cent francs ; à Eysin prés de Nyon, de vingt écus blancs; à St-Cergues, de vingtquatre ccus; à Chevroux.dc dix écus, plus trois sacs et demi de messel, deux et demi
A Lausanne, les études théologiques et philosophiques devaient être en honneur. Aussi bien l'esprit vaudois, plus solide que pétillant, paraît avoir aimé de tout temps les spéculations métaphysiques.
Les deux grands philosophes vaudois du XVIII'ne siècle furent Jean-Pierre de Crousaz (1663-1750) et Alexandre - César Chavannes (1731-1808). Le premier s'occupa de logique et d'esthétique, combattit vivement la philosophie de Leibnitz, de Wolf et de Bayle ; il publia également un traité sur l'éducation des enfants.
Il était rétrograde en philosophie ; il se montra novateur en matière d'esthétique et d'éducation. Le second fut, au XVIII'»^ siècle, le précurseur des anthropologistes modernes, « le vrai créateur de leur science ». Il s'est également occupé d'éducation et ses idées
dépassent de beaucoup son époque par leur hardiesse et leur bon sens. De Crousaz et Chavannes s'attaquent à la routine, aux méthodes surannées, et veulent ramener l'éducation à un système rationnel. Théodore Crinsoz (1690-1766) fut un théologien à l'esprit fantaisiste. Il expliqua l'Apocalypse en appliquant à l'histoire moderne les prédictions de Saint-Jean. Georges Palier de Boitens et J.-A. Rosset^ furent des jH'ofesseurs de mérite. Les
d'avoine, du bois et un jardin. Le traitement moyen était de quatre-vingts francs, plus quelques avantages. Parmi les mieux traités, il faut citer le maître d'école de Grandcour (paroisse de Ressudens), qui recevait par an douze sacs de messel, huit chars de bois, cent florins et Jouissait d'un jardin avec chènevis, d'un verger, d'un logement et du droit de glandage. A Bretonniéres. le régent avait cent soixante-quinze florins, dont une partie était donnée par le seigneur du lieu. A ce prix-là, on pouvait avoir un excellent pédagogue.
KiG. 196. — Le doyen Muret.
ouvrages de ces théologiens n'ont rien d'élégant. Ils visaient au fond plus qu'à la forme, et le style dit réfugié régnait chez nous. On cite néanmoins des pasteurs éloquents, ainsi A.-N. Polier, Elie Bertrand, Bugnion ; les deux derniers ont laissé des volumes de sermons.
Le Pays de Vaud participa aussi, bien que d'assez loin et dans une mesure modeste, au mouvement provoqué par l'Encyclopédie. La tempête irréligieuse déchaînée par les philosophes vint battre en brèche le calvinisme vaudois, sans l'entamer profondément. Voltaire et les encyclopédistes trouvèrent des collaborateurs dans le Pays de Vaud. De ce nombre furent le pasteur Antoine-Noé Polier de Botteiis et le professeur François - Louis Allamandy philosophe distingué et dialecticien subtil, — « un des plus beaux génies que je connaisse », écrivait Gibbon. Philosophes d'un côté, orthodoxes de l'autre : Allamand était placé entre les deux camps; il était l'ami de Voltaire et il écrivit VAnti-Bernier, réfutant les doctrines d'Holbach. Georges Polier, Jean Salchli, Rosset appartenaient franchement à l'orthodoxie ; ils prirent parti contre Voltaire et les encyclopédistes.
On peut reprocher en général à tous ces philosophes vaudois d'avoir plus de solidité que d'élégance. Le souci du fond est tout chez eux, la forme n'est rien ; leur style est souvent lourd, emphatique, indigeste.
Les recherches érudites et l'étude de l'histoire paraissent aussi convenir à l'esprit vaudois. Au XV!!"»»? siècle, J.-JS. Plantin écrivit un abrégé de l'histoire de la Suisse. Nos deux grands historiens, au XVIII-n^ siècle, sont Abraham Rachat (1678-1750) et Charles-Guillaume Loys de Bochat (1695-1754). Ruchat, chercheur consciencieux, fouilla beaucoup d'archives et recueillit un nombre énorme de documents. Son œuvre principale, V Histoire de la Réformation de la Suisse, est un écrit remarquable, que l'on consulte encore aujourd'hui. Par malheur, le travail de Ruchat porta ombrage à la susceptibilité de LL. EE. Il ne put en publier la seconde partiel Loys de Bochat, professeur également, sut trouver au milieu d'occupations multiples le temps d'accumuler des matériaux précieux. Ses Mémoires critiques racontent l'histoire
* Elle ne vit le jour qu'en 1836.
LES INSTITUTIONS ET LES MŒL'HS
de la Suisse, des origines au premier royaume de Bourgogne. Loys de Bochal est un iiistorien sagace et fécond en aperçus originaux.
On peut ranger parmi les historiens le doyen /ir/c/e/ (1757-1845), dont les Etrennes helvétienneSy devenues plus tard le Conservateur suisse, avaient pour but de révéler aux Suisses leur propre patrie, ses beautés naturelles, ses traditions et ses mœurs. Le succès des Etrennes helvéliennes alla croissant.
A côté de la muse de riiistoire, les Vaudois et les Vaudoises produisirent de nombreux romans. Certains d'entre eux furent daine fécondité prodigieuse. La production littéraire de Madame de Montolieu ne compte pas moins de cent volumes. Mais ici la quantité fait tort à la qualité. Habitués que nous sommes à une action rapide et à une rigoureuse analyse psychologique, nous trouvons cette prose fade et sentimentale. Nos aïeules n'en jugeaient pas de même et les romans de Madame de Montolieu eurent du succès. Ses Châteaux suisses ont survécu. Madame de Charrière a plus d'observation, de finesse, de malice aussi. Elle a saisi les petits défauts de la société lausannoise et neuchàteloise, où elle vivait, et ne s'est pas fait faute de les retracer. Samuet de Constant de Rebecque a quelques-unes des .qualités du romancier; mais les sentiments de ses héros sont longuement exprimés; sa prose est délayée et manque de relief.
Il ne peut être question, sous le régime bernois, de presse et
FiG. 197. — Madame de Montolieu.
de journalisme, au sens moderne du mot. Il paraissait à Berne une gazette française, contenant un résumé des nouvelles politiques. Lausanne avait, depuis 1763, une feuille d'avis, mais ce n^était qu'un simple journal d'annonces.
Les Vaudois s'essayèrent par contre dans le genre revue artistique et littéraire. La production fut féconde, mais le succès financier fut médiocre. Le pays est petit, les frais d'impression sont considérables. On lisait beaucoup, mais on n'achetait guère, et le journaliste n'avait pas la précieuse ressource des annonces. Les périodiques n'eurent chez nous qu'une existence éphémère. Plusieurs Vaudois collaborèrent au Mercure suisse paraissant à Neuchàtel. Aristide ou le citoyen journal didactique disparut en 1767. La société typographique de Lausanne entreprit en 1768 la publication de la Gazette littéraire et universelle. Elle dura deux ans et fut remplacée par les Nouvelles de la République des lettres, qui cessèrent aussi faute d'abonnés. Les Observations périodiques sur la philosophie et les belles-lettres eurent le même sort. Un Italien réfugié à Yverdon, de Félice, y fonda une imprimerie et réussit à y publier une encyclopédie. Elle a, dit-on, du mérite, même après celle de Paris. Sous le titre de Lettre aux désœuvrés, de Félice publia des notes sur Rousseau, sur Voltaire, etc. Son Tableau raisonné de Vhistoire littéraire du XVlIh^^ siècle cessa de paraître en 1783. Décidément le terrain était défavorable. Il se trouva néanmoins d'autres éditeurs. Lanteires fondait, en 1787, son Journal de Lausanne^. Cette publication vécut sept ans, et la collection constitue aujourd'hui un précieux document pour l'histoire des mœurs à cette époque. Lanteires ne fait pas de politique, mais il ne peut se dispenser de relater les événements
* Il paraissait une fois par semaine, en 4 pages in-4o. Voici, à titre d'échantillon, le résume du numéro de décembre 1786. En tête figure le bulletin météorologique. L'article Belles-lettres analyse divers romans contemporains parus chez Hignou et €•«, à Lausanne, etc. La chronique théâtrale est insérée sous le titre Spectacles. On y peut lire : a Le 18 du mois passé, on a donné sur le théâtre de cette ville le Double mariage, opéra nouveau en trois actes : le pocme et la musique de M. Desplasses, directeur du spectacle. Cette pièce a été favorablement accueillie ; on en a demandé l'auteur, qui s'est avancé fort modestement et a répondu à l'empressement du public par un discours très court, mais bien propre à augmenter l'intérêt qu'il inspirait déjà à l'assemblée. Nous n'entrerons pas dans de plus grands détails sur cette pièce ;... nous nous contenterons seulement d'observer que l'auteur doit doublement intéresser, en annonçant du talent dans l'un et l'autre genre. » — Sous la rubrique Economie sont consignées quelques observations sur l'agriculture, comme qui dirait la chronique agricole. — Le Fait diuers s'appelle ici Evénement, a Mardi dernier, un manœuvre creusait un
de France, la réunion des Etats généraux, et la marche de la Révolution. Il le fait en bon conservateur et en fidèle sujet de LL. EE. Ainsi fit également Cassât dans son Tableau de la dernière quinzaine. Tout circonspect qu'il fût, ce journal déplut à LL. EE. et disparut à son tour. Une dernière tentative fut faite en 1793 par la chanoinesse de Polier, qui dirigea pendant quelques années le Journal littéraire de Lausanne.
Le XVIII™e siècle fut pour l'Europe une ère de renaissance scientifique. Le Pays de Vaud eut aussi des savants distingués. A.-C. Chavannes et J.-P. de Crousaz étaient professeurs de philosophie. Mais à leur époque, la philosophie embrassait aussi les sciences mathématiques et les sciences naturelles. J.-P. de Crousaz fut un mathématicien et un physicien de mérite * ; il eut comme disciples et émules F.-F, de Treytorrens, Jean-Nicolas- Sébastien Allamand, Benjamin Panchaud, L, de Treytorrens ; J,-P. Loys de Cheseaux fut un très célèbre physicien, mathématicien et surtout astronome. Vers la fin du siècle, François, Struve, Ëxchaquet, les deux van Berchem, Verdeil, Levade, Venel, l'ingénieur Wild, Reynier déployèrent une louable activité dans le domaine des sciences naturelles. La société des sciences physiques de Lausanne réumssait ces savants et recueillait leurs mémoires.
L'économie politique est née au XVIII«»e siècle, avec Turgot, Quesnay, Smith, Say. Elle eut chez nous un représentant autorisé, qui fut un novateur et un précurseur, le doyen Muret de Vevey. Ce pasteur d'une petite ville vaudoise s'éleva, par la persévérance de son travail et par son génie, à la hauteur des premiers économistes du siècle. Son mémoire sur VEtat de la
fossé dans une campagne voisine de la ville; une partie d'un terrain élevé qui le dominait, ébranlé sans doute par les pluies qui avaient précédé, se détacha tout à coup, tomba sur l'infortuné et l'écrasa de son poids... En déplorant ce malheur, il est doux de penser que la bienfaisance a du moins allégé pour la veuve et les orphelins le poids accablant de la perte d'un époux et d'un père. » — Vient ensuite un petit madrigal à radresse d'une actrice. — Suivent les annonces tliédtrales. a Les comédiens français donneront aujourd'hui les Folies amoureuses, comédie en 3 actes de M. Regnard, suivie de Félix, ou l'enfant trouvé, opéra en 3 actes, musique de M. Monsigny. Lundi prochain, le Droit du Seigneur, opéra en 3 actes de M. Martini, précédé du Médecin malgré lui, comédie en 3 acles de Molière.» — Pour finir, les annonces mortuaires et un avis indiquant qu'on peut s'abonner tous les jours chez M. J. Lantelres. Prix de souscription, L. 4 de Suisse.
^ L. Isely, Histoire des sciences mathématiques dans la Suisse française.
population dans le Pays de Vaud ainsi que ses autres ouvrages dénotent un savant distingué et, en même temps, un patriote et un homme de bien ^
La société économique de Berne fit beaucoup pour encourager l'agriculture et Tétude des questions relatives à l'économie rurale. Les progrès réalisés dans le domaine agricole à la fin du XVIII™*' et au commencement du XIX™« siècle sont dus en grande partie à ses travaux et à ses efforts. Ses Mémoires composent une volumineuse collection qui témoigne de son zèle et de son activité. Elle avait des sections dans les différentes villes du pays, entre autres à Lausanne, à Payerne, à Nyon, à Vevey, à Yverdon. Loys de Cheseaux, le pasteur Bertrand, Seigneiix de Correvon s'y distinguèrent par leurs travaux.
Le Pays de Vaud eut aussi des juristes. Barbeyrac avait préparé la voie. On lit encore avec intérêt les commentaires d'Olivier, de Pillichody, de Boyve, avocat à la cour des appellations romandes. Samuel Porta publia en 1777 ses Principes sur la formalité civile judiciaira du Pays de Vaud. Seigneux de Correvon fît paraître en 1756 son Système abrégé de jurisprudence criminelle.
Plusieurs Vaudois se distinguèrent également dans les sciences militaires *. Henri-Louis Bouquet, de Rolle, fut un brillant soldat au service du Piémont, de la Hollande et de l'Angleterre, un savant et un écrivain. Nicolas Doxat, de Démoret, s'éleva, dans le service de l'Autriche, au rang de feld-maréchallieulenant. Ce fut un célèbre officier du génie ; une cabale le fit périr sur l'échafaud. Charles Warnery, de Morges, passa du Piémont en Autriche, puis en Russie, en Prusse, enfin en Pologne ; il fut un écrivain militaire fécond. Citons encore A/.-G. d'Illens, de Lausanne, et Jean-Samuel Guisan, d'Avenches.
C'est, en somme, dans le domaine intellectuel que notre pays était le moins mal partagé. La pensée, en efi^et, se développe en dépit des formes politiques et sous toute espèce de gouvernement. L'activité littéraire et scientifique des Vaudois du XVin"'^ siècle est très caractéristique ; elle est restée un des traits saillants de notre vie nationale.
' Voir Journal de statistique suisse, années 1888 et 1893. * A. de Montet, Dictionnaire,
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