CHAPITRE XXXII Prélude de la Révolution
La Révolution française. — Propagande dans le Pays de Vaud. — Premiers symptômes d'agitation. — L'affaire Martin. — Fêtes du 14 juillet 1791 à Ouchy et à Rolle. — Répression sévère. — Guerre de la France contre la 1" coalition. — Relations diplomatiques avec la Suisse. — Griefs réciproques. — Projet d'invasion de la Suisse. — Traité de Campo-Formio. — Hostilité de Bonaparte contre Berne. — Son passage à Lausanne. — Efforts des patriotes à Paris. F.-C. de la Harpe. — Pétition demandant l'intervention du Directoire. — Arrêté du 8 nivôse.
Les Vaudois étaient impuissants à se soustraire par euxmêmes à la domination bernoise. II fallut l'exemple, l'impulsion, l'appui de la France. La Révolution vaudoise est fille de la Révolution française ^
* Il n'est pas possible de donner ici une bibliographie complète de Thistoire de la Révolution vaudoise et nous devons nous borner aux indications suivantes:
Documents officiels : Abschiede. Actensammlung aus der Zeit der Helœtik, Papiers de Barthélémy.
Archives de l'Etat de Berne, de l'Etat de Vaud, des villes vaudoises : documents inédits recueillis par l'auteur. — Correspondances secrètes et pièces diverses, manuscrit, Bibl. cant.
Proclamations et brochures d'occasion : précieuse collection Pidou, à la Bibliothèque cantonale. Collections de brochures contemporaines, ibid.
Mémoires et écrits des contemporains : de Weiss, J.-J. Cart, de Seigneux, F.-C. de la Harpe, Mallet-Dupan, Louis Bridel, Rovéréa, Erlach de Spiez, A. de Mûlinen, Monod, Journal de Pichard, Miéville, L. Meister, Schweitzer, Monneron, Ch.-L. de Haller, MOUer de Friedberg, Ja!n.
Historiens : Verdeil, Tillier, Monnard, Olivier, Zschokke, Miéville, Jomini, Raoul- Rochette, J.-J. Hottinger, Dandliker. Strickler, Dierauer.
Journaux de Fépoque : Bulletin officiel, devenu Journal helvétique, Bulletin vau-
Les événements dont Paris et la France furent le théâtre en 1789 étonnaient le monde. C'étaient, tout d'abord, la réunion des Etats généraux, la prise de la Bastille, la nuit du 4 août. Puis la Révolution précipita sa marche. La royauté fut abolie (1792), la République proclamée, le roi condamné et exécuté (1793). La nouvelle de ces faits causait en Europe une stupéfaction profonde et provoquait, chez les gouvernants et chez les gouvernés, des sentiments divers.
Les révolutionnaires ne songeaient pas seulement à transformer la France. Un besoin de propagande les animait, et ils voulaient étendre aux peuples voisins les bienfaits de la liberté. Les sociétés secrètes et les clubs travaillaient dans ce but. Il se fonda en particulier, à Paris, un club des patriotes suisses. Ce club était composé surtout de proscrits genevois et fribourgeois, et d'un certain nombre de Vaudois. Son but était de révolutionner la Suisse. Il inondait le Pays de Vaud de libelles, de pamphlets, d'écrits révolutionnaires. La police bernoise surveillait la poste, ouvrait les lettres, supprimait les envois douteux* Cela n'empêchait pas les pamphlets de se répandre et d'exciter le peuple à la conquête de la liberté. Le Courrier de Provence, le Mercure national, VAmi du peuple attaquaient avec violence le régime bernois. La Gazette du Jura, le Sifflet de Saint-Claude pénétraient dans le Pays de Vaud. Une Adresse aux habitants du canton de Berne et une Lettre aux villes, bourgs et villages de la Suisse invitaient les sujets à se soulever. Frédéric-César de la Harpe écrivait ses Lettres de Philanthropus dans lesquelles il
dois, puis Gazette de Lausanne. — Ami de la Liberté, Régénérateur. Feuille Helvétique. — Nouvelliste vaudois et étranger.
Périodiques : voir Brandstetter dont l'œuvre sera prochainement complétée et étendue Jusqu'en 1900. Revue historique vaudoise, très nombreux articles. Dans cette revue, une analyse de la presse du centenaire de 1796. Les journaux politiques suisses ont publié aussi, en 1897 et 1896, des articles plus ou moins complets que nous ne pouvons que rappeler.
Travaux spéciaux : Strickler, die Heluetische Révolution. — Maillefer, le Pays de Vaud de 1789-1792. — Hilty, Vorlesungen ûber die Helvetik. — A. Jahn, Bonaparte, Talleyrand et Stapfer. — E. Dunant, Histoire des relations diplomatiques de la France avec la Suisse, Î798-Î803. — Le même, la politique du Directoire et la chute de l'ancien régime en Suisse.
Biographies de F.-C. de la Harpe, par Ch. de la Harpe, de Gingins, Monnard, et celle anonyme intitulée « Le gouverneur d'un prince » ; de Pidou, par L. VuUiemin ; du doyen Bridel, par le même ; de Jomini, par F. Lecomte ; — d'Amédée de la Harpe, par Ed. Secretan. Biographies vaudoises, recueil artificiel à la Bibl. cantonale. Autobiographies de F.-C. de la Harpe, M. Glayre, général d'Erlach, Bay : manuscrit Blbl. cantonale.
prédisait la Révolution helvétique et la chute de Tancien régime en Suisse.
Les Vaudois, ainsi sollicités, commencèrent à s'agiter. En plusieurs endroits des réclamations furent adressées à LL. EE. La ville de Morges protesta contre les contributions exigées d'elle autrefois pour l'établissement des routes. Les officiers vaudois des régiments capitules réclamèrent contre le privilège des officiers bernois. Le Bas- Valais s'étant révolté, on apprit que les insurgés comptaient de nombreux partisans dans le gouvernement d'Aigle. Les campagnes, plus soumises en général que les villes , s'insurgeaient , elles aussi, contre les droits féodaux et en réclamaient la suppression. Berne dut envoyer une commission extraordinaire dans le but de calmer le pays. On fit lire, du haut des chaires, une exhortation
paternelle, mettant le peuple en garde contre les idées nouvelles (septembre 1790).
Une mesure arbitraire augmenta l'agitation. Le pasteur Martin, de Mézières, avait soutenu, dans une conversation particulière, que les pommes de terre étaient un légume et non une graine, et, par conséquent, ne devaient pas être soumises à la la dîme. Il fut arrêté comme conspirateur et traîné dans les prisons de Berne. Son innocence une fois reconnue, il fut relâché (1791). Mais cette arrestation avait causé un vif mécontentement dans le pays. Les paroissiens de Martin lui firent, à son retour, une réception chaleureuse, qui était en même temps un blâme pour le gouvernement. Les villes d'Yverdon, de Nyon, de Morges, protestèrent contre cette arrestation illégale. Les
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pasteurs, d*ordinaîre fidèles soutiens du gouvernement, firent aussi entendre des plaintes.
LL. EE. étaient peu habituées à des actes de cette nature ; les Vaudois avaient toujours été jusqu'alors aveuglément soumis à leurs ordres. Il fallait les ramener dans le droit chemin. Une occasion se présenta pour Berne de faire sentir aux sujets sa toute puissance, de les humilier et d'étouffer chez eux toute velléité de révolte.
Les patriotes, — c'est ainsi qu'on nommait les partisans des idées nouvelles, — avaient organisé, les 14 et 15 juillet 1791, en divers endroits, en particulier à Ouchy et à Rolle, des fêtes civiques. Ils y prononcèrent des toasts et des discours qui célébraient la Révolution française et le triomphe de la liberté. Dans d'autres réunions, quelques-uns avaient laissé échapper des paroles compromettantes. On avait cherché à organiser une société révolutionnaire. Quelques citoyens avaient distribué des rubans tricolores, emblèmes de la Révolution, et des boutons symboliques portant la devise : « Vivre libre ou mourir ».
Berne prit aussitôt des mesures énergiques. Le Pays de Vaud fut occupé par les milices de langue allemande et traité en pays conquis. Les principaux patriotes prirent la fuite pour échapper à la prison ou à la mort. Un tribunal extraordinaire, qualifié du nom de Haute Commission, vint siéger à Rolle, et fit procéder à de nombreuses arrestations. Puis on imposa au pays une humiliante cérémonie. Les députés des villes comparurent devant les délégués de LL. EE. Ils se rassemblèrent au Champ-de-l'Air, à Lausanne. De là, ils durent se rendre au château, tète nue, entre une double rangée de soldats, pendant que les décharges de l'artillerie annonçaient le triomphe de Berne. Au château, ils furent vertement admonestés par le président de la Haute Ck)mmission (30 septembre 1791). Cette manifestation vexatoire laissa au cœur des députés un sentiment de haine et d'amertume qui subsista longtemps.
Les participants aux fêtes d'Ouchy et de Rolle, ainsi que d'autres patriotes, furent jugés par le Grand conseil de Berne. Amédée de La Harpe, le principal acteur de la fête de Rolle, fut condamné à mort ; il avait réussi à gagner la France ; il y prit du
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service et y fit une brillante carrière militaire. Muller de la Mothe et le lieutenant baillival Rosset, les plus compromis après lui, furent condamnés à vingt-cinq ans de réclusion dans la forteresse d'Aarbourg. D*autres révolutionnaires subirent les travaux forcés, Texil, ou la prison ^ Des récompenses furent décernées à ceux qui avaient fait preuve d'attachement au gouvernement bernois.
Ces mesures répandirent la terreur et rétablirent Tordre. Pendant les cinq années qui suivirent, le Pays de Vaud supporta le régime bernois sans se plaindre. Le secours nous vint de la France.
Partout en Europe les partisans de l'ancien régime voyaient avec déplaisir le triomphe des idées nouvelles. Si la Révolution remportait, les souverains de l'Europe se sentaient menacés. Par contre, le succès de la Révolution française n'était pas assuré tant
que celle-ci se trouvait en présence de l'Europe réactionnaire. Un conflit devait donc éclater. La France déclara la guerre, à l'Autriche d'abord (20 avril 1792), puis à la Prusse. Ces
* Samson Reymondin, de Pully, vingt-cinq ans de travaux forcés; isaac-Auguste Joseph, du ce. de Lausanne et grand voyer, quatre ans de détention; Antoine Miéville, docteur, cinq ans ; Demartines, de Saint-Georges, cinq ans de forteresse ; Payard, de Bez, et Blanc, de Chailly (Vevey^, travaux forcés au schallwerk ; Cand, maître d'école à Moudon, et Glianson, régent à Mathod, dix ans de travaux forcés Jacques- Antoine Lardy, exilé ; de même, de Crousaz, officier vaudois au service de la Hollande, les deux van Berchem, père et fils. Le pasteur Testuz, diacre à Nyon, fut censuré par le bailli en présence de la classe et destitué ; le pasteur Chfltelanat fut également destitué. Les moins compromis furent condamnés à la censure simple et à prêter de nouveau le serment. Ainsi Jean-Marc Gex et Marc Byrde, commis négociants à Lausanne. Ainsi François Verdeil, docteur en médecine, bourgeois de Lausanne et membre des Deux Cents de cette ville. Jean-Abraham Meyn, natif de Spambroeck, sei-
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deux pays formèrent contre elle la première coalition, à laquelle vinrent se joindre l'Angleterre, la Hollande, TEspagne, la Sardaigne, TEmpire. Les Français, vaincus d'abord, remportèrent ensuite de brillants succès. Ils pénétrèrent sur le territoire de leurs voisins et les révolutionnèrent.
Pendant les cinq années que dura la guerre (1792-1797), la Suisse faillit, plus d'une fois, être entraînée dans la mêlée. Les adversaires de la Révolution engageaient les Confédérés à entrer dans le camp des coalisés. Les nombreux émigrés en Suisse et les ambassadeurs des puissances faisaient, dans ce but, des démarches pressantes auprès des Cantons. En même temps, la France semblait prendre plaisir à blesser les Suisses dans leur amour-propre ou dans leurs intérêts. D'anciens rebelles suisses du régiment de Châteauvieux, condamnés aux galères par leurs souverains, furent amnistiés par l'Assemblée nationale, puis fêtés comme des héros et des martyrs. Le régiment bernois d'Ernst, en garnison à Aix, fut attaqué par la populace de Marseille, désarmé et renvoyé dans ses foyers (1792). Peu après arrivait l'horrible nouvelle de la journée du dix août. La garde suisse, fidèle à son devoir, avait été massacrée aux Tuileries par la populace de Paris. Puis vinrent les journées de septembre, où plusieurs Suisses furent égorgés (1792). L'indignation fut grande. Elle augmenta lorsque la France menaça directement Genève et révêché de Bàle, et lorsque les agents de la Révolution cherchèrent à soulever les pays voisins et alliés.
De son côté, la France alléguait de nombreux griefs contre les Cantons. Elle leur reprochait leur sympathie pour ses ennemis, leur hostilité pour la Révolution, le peu d'empressement que mettait la Suisse à reconnaître l'ambassadeur Barthélémy. Elle se plaignait qu'on fît accueil aux nombreux émigrés
gneur de Vennes, capitaine de dragons, bourgeois et membre du Deux Cents de Lausanne, subit trois mois d'arrêts domestiques. La même peine fut infligée à Louis Wiil» natif d'Heidelberg. bourgeois de Rolle, pour avoir participé aux fêtes et permis que le drapeau de la liberté fût arboré sur son char, de Lausanne à Rolle. Louis Roguin de la Harpe fut puni de six mois d*arréts. Â un an fut condamné Louis Fabre, de Lausanne, qui s'était d'abord enfui, mais qui au bout de deux ans se constitua prisonnier. Charles-Samuei-Jean Dapples, banquier, citoyen de Lausanne et membre du Soixante, subit deux ans de la même peine pour avoir prêté sa maison du Jourdil et travaillé aux préparatifs de la fête. 11 en fut de même pour M. de la Fléchére, de Nyon. Durand, libraire, subit quatre ans d'arrêts.
qui intriguaient contre la République. Elle se demandait s'il valait la peine de ménager ce petit pays, alors qu'elle était en guerre avec une bonne partie de l'Europe. L'invasion de la Suisse fut même résolue au commencement de l'année 1793. Le plan de campagne était déjà fait. Les troupes françaises devaient pénétrer par Bàle, Genève et le Jura. La ville de Berne serait prise d'assaut ; on comptait y trouver un trésor, des greniers, des caves, un arsenal considérable. Le pays devait être révolutionné .
Cependant l'orage fut conjuré. L'ambassadeur de France en Suisse, Barthélémy, employa toutes les ressources d'une diplomatie prudente et habile dans le but d'éviter une rupture entre les deux nations. A Berne, le parti de la paix, à sa tête le trésorier Frisching, opposait au parti de la guerre une vive résistance. Enfin surtout, la Suisse, en pleine décadence politique et militaire, se sentait trop faible pour entreprendre une guerre qui l'eût plongée dans la ruine. Envers et contre tout, la Suisse resta neutre pendant la durée des hostilités.
Lorsque la guerre entre la France et les puissances voisines eut pris fin, quand les armées étrangères se furent éloignées de nos frontières, la Suisse respira. A la Diète de Frauenfeld, en juillet 1797, un député pouvait encore comparer la Confédération « à une citadelle bâtie sur un roc solide, à la Cité de David qui, sur la montagne de Sion, brave toutes les tempêtes ». Et beaucoup de Suisses crurent, en effet, le danger écarté. Après les troubles, les anxiétés par lesquelles on avait passé, le soulagement fut grand. On se réveillait d'un mauvais rêve. L'ancien régime semblait sauvé.
Rien n'était moins vrai, cependant. Jamais la situation de la Suisse n'avait été plus précaire. Le traité de paix signé à Campo- Formio, le 17 octobre 1797, ne statuait rien sur sa destinée. Il consacrait le triomphe de la France, et plus que jamais cette République devait craindre l'existence, à sa frontière, d'Etats soumis à l'ancien régime. Le Directoire ne tarda pas à se montrer hostile à la Suisse.
Le général Bonaparte, dont l'influence était considérable, n'avait caché en aucune occasion sa haine pour les cantons
oligarchiques. A propos de la Valteline, il avait dit nettement qu'un peuple ne peut être sujet d'un autre peuple. Cette formule fit renaître Tespoir au cœur des sujets qui, depuis tant d'années, subissaient le joug des villes aristocratiques et des cantons démocratiques.
Aussi, quand le vainqueur des Autrichiens et le libérateur de ritalie traversa notre pays pour se rendre au Congrès de Rastadt, il fut accueilli par les manifestations enthousiastes de ceux qui aspiraient à la liberté. Les Vaudois lui firent fête» Les populations accouraient en foule sur son passage. Des arcs de triomphe étaient élevés en son honneur. Le 23 novembre 1797, il passait à Lausanne, et des jeunes filles, parées des couleurs de la République française, lui offrirent des fleurs. « Citoyen Général, disait Tadresse, les patriotes de ce pays auront le cœur satisfait, si tu daignes accepter ces fleurs qu'ils te font offrir par nos mains. » Bonaparte répondit : « Oui, je les accepte avec beaucoup de plaisir. » On remit au général un poème composé en son honneur ^
Bonaparte se montra très réservé vis-à-vis de Berne et de Soleure. A Bàle, il fut accueilli avec joie; le bourgmestre lui fit un discours dans lequel il célébrait le libérateur de la Valteline, le pacificateur de Tltalie.
La sympathie de Bonaparte et des hommes d*Etat français encouragea les Suisses qui séjournaient à Paris. Le plus actif d'entre eux était F.-C. de La Harpe. Ennemi déclaré du gouvernement de Berne, il avait quitté son pays pour ne pas en subir le joug. De Saint-Pétersbourg, où il exerçait les fonctions de précepteur des grands-ducs de Russie, il n'avait cessé de combattre l'aristocratie suisse. Après avoir quitté la cour, il s'était retiré à Genthod, près Genève, puis à Paris. De là, il continuait la lutte contre le gouvernement de Berne ; il inondait la Suisse
1 Oui, le vrai bienfaiteur du monde — Est celui qui donne la paix ; — Comblé des biens dont elle abonde, — Ton nom nous est cher à jamais.
O Toi, héros qui nous l'assures - Et fais ouïr ses doux accents, — L'hiver dans sa triste froidure — Te doit tous les dons du printemps.
Poursuis ta brillante carrière, — Vainqueur humain, chéri des Cieux, — Prépare un chemin de lumière, — Où vont s'élancer nos neveux.
L'ombre de César humilie, — Ta gloire abaisse sa fierté ; — César asservit l'Italie, — Et tu lui rends la liberté.
de ses écrits. II cherchait à prouver aux Vaudois qu'ils devaient secouer le joug de LL. EE., ou revendiquer tout au moins leurs anciens droits. Vers la fin de 1797, cette guerre devint acharnée. Les écrits révolutionnaires pénétraient en foule dans le Pays de Vaud. La police bernoise avait beau redoubler de vigilance, les pamphlétaires déjouaient ses rigueurs et les brochures arrivaient quand même à destination. Une proclamation particulièrement violente avait pour titre : Aux Habitants du Pays de Vaud, esclaves des oligarques de Berne, Elle incitait ouvertement les Vaudois à la révolte : a Votre liberté, disait-elle, est dans vos mains ; demandez vos Etats, la restitution de vos privilèges ; il ne sera pas touché un seul cheveu de votre tête ; parlez, mais légalement, par la voie des pétitions, et vos fers seront brisés. Dites : Nous voulons être indépendants et libres, et vous le serez, — nous ne voulons plus de baillis, et vous n'en aurez plus D.
Mais \es Suisses à Paris comprenaient bien que les Vaudois n'auraient jamais assez d'énergie pour secouer seuls le joug de Berne ;<iue, de plus, cette ville encore puissante aurait promptement étouffé une rébellion. C'est pourquoi ils s'adressèrent au gouvernement français. Au nombre de vingt, ils remirent au Directoire une pétition lui demandant de prendre sous sa protection les Suisses et particulièrement les Vaudois et Fribourgeois qui réclameraient leurs anciens droits.
Cette demande fut accueillie favorablement par le Directoire. Il rendit l'arrêté du 8 nivôse, an VI, — 28 décembre 1797. Cet arrêté déclare que les membres des gouvernements de Berne et de Fribourg répondront personnellement de la sûreté individuelle et des propriétés des habitants du Pays de Vaud qui se seraient adressés et pourraient s'adresser encore à la République française pour réclamer, en exécution des anciens Traités, sa médiation, à l'effet d*être maintenus ou réintégrés dans leurs droits. En d'autres termes, le gouvernement français prenait sous sa protection les Vaudois qui se soulèveraient contre le gouvernement de Berne.