CHAPITRE III
L'âge du bronze et l'âge du fer.
Epoque de transition. — L'âge du bronze (2000-1000 avant Jésus-Christ). — Description d'une station. — Les iiabitants. — Le costume. — La parure. — Agriculture, industrie et commerce. — Croyances religieuses. — L*âge du fer. — Période de Hallstatt (1000-400 avant Jésus-Christ). — Période de la Téne (400-50 avant Jésus-Christ).
A rage de la pierre succède Vâge du bronze, La transition de Tun à l'autre se fait d'une manière toute naturelle, par une lente évolution. L'homme de cet âge est le descendant de l'homme néolithique. La civilisation s'est modifiée ; peu à peu la connaissance des métaux s'est introduite parmi les populations de notre pays. Dans les plus récentes stations de la pierre, on rencontre déjà le cuivre sous forme de perles, puis de haches et de couteaux. La station des Roseaux, près Morges, appartient à l'âge néolithique par ses haches de pierre, ses poteries et sa faune ; ses haches de bronze marquent la transition d'un âge à l'autre (Fig. 20). C'est vers l'an deux mille environ que le bronze apparut dans notre pays. Les objets de bronze, lourds et encore bruts au commencement, acquièrent peu à peu un fini et une perfection remarquables. Le bel âge du bronze commence au XV"'« siècle avant notre ère et dure jusque vers l'an mille. De l'an mille à l'an sept cent, le fer s'introduit peu à peu et finit par supplanter tout à fait son rival.
Nos lacs sont particulièrement riches en restes de Tàge du bronze. Le lac Léman compte dix-neuf stations, celui de Neuchàtel vingt-quatre, et le lac de Morat quatre (Fig. 21).
Fig. 20. — Hachette en bronze de la période de transition.
Transportons-nous, par la pensée, au douzième siècle avant Jésus-Christ, en plein âge du bronze, sur les bords du Léman, par une claire journée d'été. Comme aujourd'hui, le miroir du lac reflète les montagnes, mais les rives ont un aspect différent. La forêt et le pâturage y prédominent. Par ci par là, des taches jaunes indiquent les champs cultivés. Dans Teau, se dressent, sur leurs pilotis, les stations lacustres. Au fond d'une gracieuse
FfG. 2t. — Habitations lacustres.
baie, celle de Morges fait face à celle de Thonon ; de là jusqu'à Genève, sur les deux bords du lac, chacune des anses dont la côte est découpée abrite la sienne. La tête du lac est encore sombre et déserte : la nature s'y est faite sauvage et la rive inhospitalière. Mais partout ailleurs régnent l'animation, la vie. L'homme, plus hardi, a planté sa demeure plus loin du rivage. Les pilotis qui la supportent sont plus solides et mieux travaillés. La station est plus grande aussi et plus spacieuse. Une double rangée de pieux la protège contre les assauts de la vague. La hutte elle-même est plus confortable et mieux construite.
Nous sommes en août. Le moissonneur, armé de sa faucille de bronze (Fig.22), fait la récolte du blé. Tout auprès, un champ de lin vient de livrer ses produits. Dans le pâturage voisin paît le bétail ; les brebis y prédominent ; ailleurs ce sont des chèvres, des bœufs ; çà et là rôdent les porcs. Un gros chien de bei'ger sert d'auxiliaire aux enfants chargés de la garde du troupeau. Ces gens connaissent aussi le cheval, mais il est encore rare. On ne chasse plus beaucoup, et, si l'on poursuit encore la bête
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sauvage, c'est essentiellement pour sa fourrure. Par contre, au bord de l'eau, les pêcheurs laissent pendre leurs hameçons (Fig. 23). Cest une besogne facile, abandonnée aux vieillards et aux tout jeunes gens.
A Tun des pilotis est attachée la pirogue qui sert à la pêche et aux transports. Elle est creusée dans un bloc de chêne, allongée et peu profonde, fl^^ ^''- 22. - Fauciiie Il faut une main habile pour la conduire, et la moindre imprudence peut la faire chavirer.
Nous franchissons la passerelle qui mène à la station. Les huttes sont, comme autrefois, couvertes en chaume, et les parois sont en clayonnage. L'intérieur en est sombre ; les ouvertures
L donnant Pair et la lumière sont peu nombreuses. Mais par les beaux jours on se tient au grand air. Sur sa porte, une femme est occupée à filer, une autre tisse au métier ; une troisième écrase , entre deux meules de pierre, le grain de la récolte. Cette grossière farine, mélangée avec de l'eau, formera une galette que l'on fera cuire sur le foyer et donnera un Fig. 23. paiu grossicr. Une cîlTrXe. ouvrière enfin coud, avec l'aiguille de bronze, les vêtements de la famille. Autour des huttes, les enfants jouent. Les plus jeunes possèdent des jouets de terre cuite dont l'un représente un quadrupède informe (Fig. 24), l'autre, un rudimentaire oiseau. Tout ce petit monde n'est guère vêtu ; la chaleur est forte et les habits sont une contrainte. La femme au travail ne porte qu'une chemise grossière et une jupe de laine. Mais voici une jeune matrone dans ses plus beaux atours. Pardessus la chemise
riti.24.
Jouet d'argile représentant un porc.
FiG. 26. — Pendeloque en forme de roue.
de lin blanc, qu'elle a confectionnée elle-même, elle a passé la robe de laine aux couleurs voyantes, rouge, jaune ou bleue, serrée autour des hanches par une ceinture. Un corsage, de laine également, et à manches, protège le haut du corps et les bras. Sur la tète est un bonnet de lin ^ Aux pieds, des sandales de bois ou de cuir.
Par dessus les vêtements, reluit la brillante parure de bronze : dans les cheveux, des épingles à boules rondes, élégamment décorées (Fig. 25) ; aux oreilles, des pendeloques
d'ambre, de verre ou de bronze. Une chaîne de bronze ou un collier passe autour du cou. Sur la poitrine pendent des amulettes de formes très diverses. Elles sont destinées à conjurer les mauvais esprits, à écarter les sorts funestes. D'autres ornements sont fixés à l'habit (Fig. 26, 27). Celui-ci est fermé par des boutons de métal, le plus souvent par une fibule ou agrafe. La ceinture qui entoure la taille est garnie d'ornements de bronze ; une boucle, de bronze aussi, la retient fermée. Les poignets sont chargés de bracelets ; les doigts, de bagues (Fig. 28, 29). De même un anneau a été passé à la cheville du pied.
Voici d'ailleurs un homme tout équipé à la fois pour la chasse et pour la guerre. Son habit est également composé de lin et de tissus Fio- 27. - Pendeloque *■ en double croissant.
de laine. Dans les jours froids ou simplement comme parure, il y ajoute une peau d'ours ou de loup. Dans la main gauche il tient sa lance à pointe de bronze (Fig. 30); à son côté pend l'épée massive ; à la ceinture est
* On n'a pas retrouvé de costumes dans les fouilles de l'âge du bronze. La description de ce vêtement a été faite par J. Heierli, qui conclut par analogie avec les costumes de la même époque retrouvés dans le Nord. Urgeschichte der Schweiz, p. 264.
Fig. 25.
Tète d'épingle
en bronze.
luim ip^ jHLj
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passé un poignard. L'arc est jeté autour des épaules; sur le dos pend le carquois rempli de flèches. Une liache suspendue à une courroie de cuir complète Taccoutrement (Fig. 31). Mais cet atti-
FiG. 28. — Bracelet.
Fig. 29. — Anneau.
rail de guerre est une parure d'exception. Le peuple est en général pacifique et les armes sont assez rares dans les maisons.
Les lacustres de notre station forment probablement une tribu ou clan, première forme de la vie sociale. Le chef est Tancétre honoré et respecté. Mais on a déjà des relations d'alliance avec les tribus des stations voisines; de ce groupement naîtra une nouvelle et plus puissante organisation politique.
Mais continuons notre visite. Ces lacustres de rage de bronze sont en tous points supérieurs à leurs ancêtres de Tàge de la pierre. Leur industrie s'est développée. L'industrie domestique est encore la plus fréquente; c'est à la maison qu'on file et qu'on tisse les étoffes, qu'on tresse la paille et l'osier, qu'on assemble les vêtements, que l'on confectionne les vases ordinaires. Mais le travail du métal, la confection des armes, des ustensiles et des bijoux exige à la fois des installations spéciales et des ouvriers expérimentés. Les lacustres, au commencement de cet âge, ont tiré du dehors leurs premiers objets de cuivre et de bronze. Ils en font venir encore les plus belles pièces. Mais les objets ordinaires se fabriquent actuellement sur place. Approchons-nous de la forge et de l'atelier. Le métal est fondu dans des creusets et coulé dans des moules de pierre ou de métal. Voici un moule pour couteau (Fig. 32), un autre pour pointe de lance, un troi-
FiG. 30.
Pointe de lance.
FiG. 31.
Haches de bronze.
sième dans lequel on coule à la fois sept pointes de flèche que Ton sépare ensuite (Fig. 33) ; avec ce moule-ci on confectionne une hache, avec cet autre une épingle, un bracelet, une faucille. Sur renclume, on forge le métal, puis Touvrier procède au travail de décoration. Car presque tous ces objets font preuve d'un sentiment artistique développé ; les dessins qui les ornent sont du meilleur goût (Fig. 34).
L'artisan essaye aussi de fondre ou de travailler au repoussoir quelque gracieux vase de bronze ; mais c'est un ouvrage difficile, et les beaux vases sont tous des articles d'importation (Fig. 35).
L'art du potier s'est bien développé depuis l'ancien temps. Les objets en terre cuite sont d'un usage courant et cette branche d'industrie ne chôme pas. Voici des fusaïoles, plus pratiques et moins lourdes que celles de pierre (Fig. 36), des ébauches d'animaux, des hochets, des plats, des vases simples et ornés, un vase à égoutter percé comme une écumoire, des vases à pied et des vases à anses, un vase avec un trou pour boire, premier biberon à l'usage du bébé lacustre (Fig. 37, 38).
La majeure partie de la population est agricole ; l'industrie est pratiquée seulement par quelques membres de la tribu, à la fois artistes et artisans.
Fig. 32-33. — Moules (dont rnulhenticité n'est
cependant pas absolument établie). CcUX-Cl échangent IcurS
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produits contre les denrées alimentaires et contre les objets dont ils ont besoin : voilà un rudiment de commerce local. — Les artisans de la grande cité morgienne excellent dans un genre de fabrication : les haches, pointes de lances et de flèches.
FiG. 34. — Couteau de bronze.
Ailleurs, sur les bords du lac de Neuchàtel, par exemple, on fabrique mieux les anneaux et les bracelets. On fait échange de produits : voilà le premier commerce interne. Les nombreux anneaux de bronze que Ton rencontre un peu partout ne sont pas tous des objets de parure. Les uns ont pu servir de monnaie primitive. Enfin la matière d'un grand nombre d'objets ne se trouve pas dans le pays, ainsi la néphrite et les pierres similaires, qui manquent à notre sol ; ainsi les métaux composant le bronze : la Suisse ne les fournit pas, ou les produit en quantité
minime. Il faut les faire venir de loin, par la vallée du Rhône, peut-être aussi par la vallée du Danube. Plusieurs objets, nous l'avons dit, ne se fabriquent pas chez nous; leur forme rappelle les produits de la haute Italie et même de l'Etrurie. Leur origine est donc lointaine. Le verre des perles n'est pas fondu sur place. L'ambre et le lignite, certains silex de dimensions inusitées viennent du nord. Nos lacustres ne vivent donc pas complètement isolés. Ils ont des relations commerciales avec les pays limitrophes et même avec des contrées éloignées. On voyage par eau surtout, mais il faut suivre aussi parfois les sentes pratiquées dans les bois ou à travers les prairies.
Sur terre ferme étaient les toinbeaiix, comme ceux qu'on a trouvés à Tolochenaz, à Roche, à Verchiez, à Veytaux, à Saint-
FiG. 35. — Vase de bronze.
Fiu. 36. — Fusaioles en terre cuite.
Triphon. On en rencontre de divers types et de diverses dimensions. L'incinération, plus fréquente dans la Suisse orientale, parait avoir été rare dans la Suisse occidentale. D'autres restes de rage du bronze indiquent des refuges, des ateliers, des
dépôts et des magasins.
Si nous voulons passer de la vie matérielle à la vie religieuse, nous sommes moins bien renseignés. Les bizarres vestiges nommés croissants de lune ont peut-être servi au culte. (Fig. 39). L'homme, dans ce cas, aurait adoré les astres et particulièrement l'astre des nuits. Les amulettes indiquent, nous l'avons rappelé, des croyances superstitieuses. Que penser de fragments de crânes portés également comme pendeloques ? Quelles croyances et quelles pratiques peuvent bien indiquer les crânes trépanés que l'on a recueillis en divers endroits? Mystère. Nous nous heurtons ici, comme pour Fàge de la pierre, à des questions non encore résolues. Mais tels que nous les avons représentés d'après les restes qu'ils nous ont transmis, les hommes de l'âge du bronze établis sur le sol vaudois donnent l'impression d'un groupement d'individus parvenus à un certain degré de civilisation et jouissant d'une prospérité relative.
Après rage du bronze vient Vàge du fer. Ce métal apparaît déjà à la fin de l'époque antérieure, sous forme d'incrustations, de lamelles servant d'ornements. Puis nous rencontrons des objets divers, des armes et des outils d'importation étrangère ; enfin, l'indigène apprend à fondre et à travailler le métal et exploite les minerais du pays.
L'homme a transporté son habitation sur terre ; c'est là que
Fig. 37. — Fragment de poterie ornée.
Fig. 38. — Vase à trou.
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l'on a retrouvé sa trace. La plus importante station du premier âge du fer en Europe est celle de Hallstatt en Autriche, qui fut longtemps prospère et qui a laissé des restes nombreux et magnifiques. Le fer est connu, on en fait des épées, des lances, des couteaux. Mais le bronze est encore employé dans la fabrication des parures et des ornements, des épingles et fibules, des vases artistiques. Cette première partie de rage du fer est la période de Hallstatt. Elle dure environ de Tan mille à l'an quatre cent avant Jésus- Christ. Le canton de Vaud possède [)liisieurs tumuli de celle époque. Les objets
, , FiG. 39. — Croissant de lune.
quon y a retrouves,
surtout les objets d'art, ont une ressemblance frappante avec les objets d'art étrusques et grecs. Puis vient la période dite de la Tène, ainsi nommée d'après l'importante station de ce nom, au bord du lac de Neuchàtel. Cette seconde période de Tâge du fer va de l'an quatre cent à l'an cinquante avant Jésus-Christ, c'est-à-dire à l'époque romaine.
Les découvertes provenant de Tàge du fer ont été moins riches dans le canton de Vaud que celles de l'âge de la pierre et de l'âge du bronze ^ Elles sont encore nombreuses cependant. On a retrouvé les restes des établissements de cette époque à Avenches, Assens, Bofflens, Vevey, Nyon, Yverdon, Bourlex près Payerne; et le dernier mot n'a pas été dit. Plusieurs tumuli restent encore à visiter. Un très important cimetière de l'époque de laTène a été exploré dernièrement à Vevey, trente et une sépul-
* Nous ne voulons pas dire qu'il y ait moins de restes de cette époque, mais ils ont été moins étudiés.
tures ont été retrouvées ^ Elles contiennent, outre les squelettes, des épées, des fers de lance, des couteaux, des boucliers, des bagues, anneaux et bracelets, des Fibules et des chaînes.
Les antiquités de cette époque prouvent que la civilisation a marché, Thumanité a fait quelques pas en avant dans la voie du progrès. L'habitation est encore très simple ; construite en bois, recouverte aussi de chaume le plus souvent. Les ustensiles de ménage, en terre, en fer et en bronze, sont assez semblables à ceux de la période précédente. L'habillement féminin se com-
FiG. 40. — Monnaies de l'Age de fer.
pose d'une tunique, avec ceinture, et d'un ample manteau sans manches jeté par dessus. Le tout est retenu par des agi'afes. La parure des cheveux consiste en épingles diverses. Les colliers, les bracelets, les anneaux au pied sont de rigueur aussi. Ces objets sont en bronze, en fer, en jayet, en verre.
Le peuple, dans son ensemble, s'occupait aussi de l'agriculture et de l'élevage du bétail. L'industrie était plus développée, surtout le travail des métaux. L'habitant parait avoir été plus belliqueux qu'autrefois, la guerre et la chasse semblent avoir tenu une place plus importante dans sa vie ; les armes sont beaucoup plus fréquentes en proportion que chez les lacustres. On a retrouvé des épées, des lances, des casques, des restes de boucliers. Mais ce qui montre un développement supérieur, à la fin de l'âge du fer, c'est l'existence d'un commerce étendu et actif ^ Il n'a plus lieu par échanges, mais au moyen de monnaie (Fig. 40). Après les anneaux de l'âge du bronze, des grains d'or ont pu servir d'intermédiaire pour les achats. Ensuite sont venues les monnaies étrangères', puis les monnaies
* Par M. A. Na'f. Voir Heuue historique vaudoise, 1901, pages 14 et suivantes. Voir aussi VIndicateiir d'antiquités, 1901 et 1902. - Surtout avec le sud, avec Marseille.
' Monnaies massaliotes.
LES ANCIENNES CIVILISATIONS
indigènes. A Avenches, les fouilles ont même fait apparaître un coin destiné à la frappe de la monnaie. Cest un bloc de fer de quatre à cinq centimètres de diamètre dans lequel est fixé le coin proprement dit. L*effigie représente une tête parée d'une couronne (Fig. 41). Des monnaies antérieures à Tépoque romaine ont été trouvées aussi à Moudon, à Vevey, à Lausanne, à Nyon, et, non loin de chez nous, à Genève. Enfin le langage écrit n'était pas inconnu aux dernières populations de Tàge du fer. César raconte que les Helvètes emportaient avec eux des tabelles
Fig. 41. — Coin d'Avenches.
OÙ figurait, en caractères grecs, le dénombrement des hommes qui prirent part à Texpédition de Tan 58. La connaissance de récriture marque un nouveau degré de civilisation. Nous allons connaître les peuples de ce pays, non plus seulement par les antiques vestiges qu'ils nous ont laissés, mais aussi par les témoignages des contemporains.
En ce qui concerne la race de ces peuples, nous pouvons résumer comme suit l'état de nos connaissances. Le canton de Vaud actuel fut habité, depuis l'apparition de l'homme jusqu'au premier siècle avant Jésus-Christ, durant les époques de la pierre taillée (jusqu'à l'an 4000), de la pierre polie (4000-2000), du bronze (2000-1000) et du fer (période de Hallstatt 1000-400, période de la Tène 400-50), par des populations d'origines et de races diverses. Mais ces races peuvent se ramener à deux types principaux, le type à crâne arrondi et le type à crâne allongé. En laissant de côté l'homme des cavernes, les pygmées et les races intermédiaires, on peut dire que les deux types se sont superposés l'un à l'autre dans notre pays.
Le type à crâne arrondi — brachycéphale — ' apparaît avec
l'âge de la pierre polie, se trouve relégué au second plan vers le milieu de cette période, est de nouveau dominant au milieu de rage du bronze et jusqu'à la fin de la période de Hallstatt. Les représentants de ce type à la fin de Tàge du bronze et jusqu'au !¥•"« siècle avant Jésus-Christ appartiennent à la race ligure ou celto-ligure. Ils sont de petite taille ; ils ont les cheveux foncés, les yeux bruns, la face arrondie, le corps trapu.
Le type à crâne allongé — dolichocéphale — prédomine dès le milieu de l'âge de la pierre polie jusqu'au milieu de l'âge du bronze. Il réapparaît avec les envahisseurs venus du Nord au IVme siècle et avec les Helvètes du I^»" siècle avant Jésus-Christ. Ces derniers ont la taille élevée, les yeux clairs et les cheveux blonds, la face allongée, le nez droit.
On est convenu d'appeler préhistorique la période que nous avons décrite jusqu'ici. Bon nombre d'auteurs la laissent volontiers dans l'ombre, ou la traitent en quelques lignes. Ils pensent que l'histoire véritable commence avec les premiers témoignages écrits des annalistes. Ce qui précède est, à leur avis, du domaine de l'archéologie. Mais nous estimons, et d'autres avec nous, que l'étude des antiquités ne peut plus être séparée de l'histoire elle-même : elle fait corps avec elle. Les objets en disent souvent bien plus que les auteurs de chroniques. Leur témoignage, toujours exact, est bien plus concluant. C'est pourquoi les temps préhistoriques méritent d'être mieux étudiés et mieux connus. Si l'on ne peut parler d'une civilisation vaudoise ni même suisse à cette époque, les tableaux qu'elle nous présente se sont néanmoins déroulés sur notre sol; les peuples que nous avons étudiés y ont vécu et s'y sont développés ; un peu de leur sang coule encore dans nos veines, et les témoignages qui nous viennent d'eux font partie intégrante de notre patrimoine national.