V. gère est nombreuse
Les autorités restent les mêmes : Grand Conseil, Conseil d'Etat, Me Tribunal cantonal, préfets, tribunaux de district, juges et justices
tC de paix, conseils communaux ou généraux et municipalités.
La constitution est plus complète que ses devancières eu matière d'instruction publique. Elle prévoit aussi la revision des lois sur la matière. En outre, elle impose à l'Etat l'obligation de pourvoir à l'enseignement professionnel.
Mais l'innovation principale a trait aux contributions publiques. L'impôt proportionnel est remplacé par l'impôt progressif. La fortune mobilière imposable est divisée en sept catégories
* Par 29 005 électeurs sur 48 277 volants.
payant dans la proportion d'un à quatre. Il est tenu compte des charges de famille du contribuable. Le produit du travail bénéficie d'un taux inférieur à celui du capital de la catégorie correspondante. La défalcation des dettes hypothécaires est inscrite dans la constitution.
L'écrivain pourrait ici poser la plume. Les événements qui suivent appartiennent à la chronique et au journal plus qu'à l'histoire. Les apprécier, les exposer, même d'une façon objective, sine ira et studio, devient impossible. Nous devons nous borner à une simple et brève mention.
Comme il est naturel, l'activité de l'autorité législative fut très intense dans les années qui suivirent 1885. Il s'agissait
de mettre les lois en harmonie avec la constitution. On vit éclore les lois sur l'organisation judiciaire, sur les receveurs, sur la gendarmerie, sur la police sanitaire, sur l'impôt progressif % sur les routes, sur l'instruction à tous les degrés.
Dans le domaine philanthropique, la loi sur l'enfance malheureuse et abandonnée restera une des œuvres les plus remarquables de ces dernières années (1888). La loi permettant la création des tribunaux de prud'hommes a eu pour résultat l'introduction de cette institution dans les grandes communes du pays (1888).
' Entrée en vigueur en 1887.
FiG. 242. — Louis Ruchonnet.
A la suite d'une. convention entre TEtat et la commune de ' Lausanne, concernant Tutilisation du legs fait à cette ville par
l un généreux donateur, Gabriel de Rumine, l'Académie a été
^ transformée en Université. L'ouverture officielle des cours dans
l le nouvel établissement d'instruction supérieure eut lieu le
123 octobre 1890. Au mois de mai de l'année suivante, on célébra les fêtes inaugurales. Etudiants et professeurs y accoururent de tous les points de l'Europe. La réussite fut complète, et porta au loin le renom de la jeune aima mater vaudoise. Pour loger une I partie des services universitaires, la commune de Lausanne a
^\ fait édifier le superbe bâtiment, dit de Rumine, qui domine
fc aujourd'hui la Riponne.
^ En même temps, on songeait au héros vaudois de 1723 ; un
I comité patriotique recueillit les souscriptions nécessaires pour
I élever un monument à Davel. Les fonds rassemblés, une statue
^ fut érigée sur la place du château en l'honneur de l'apôtre
i martyr de la liberté vaudoise. Une pierre commémorative
marque à Vidy l'emplacement où Davel subit le dernier supplice. J Les luttes politiques avaient été très vives avant et après la
[ re vision. Les adversaires parurent d'abord irréconciliables, et le
l parti radical gouverna au moyen d'un Conseil d'Etat homogène
I et d'une majorité compacte. Lors de la fusion des deux compa-
[ gnies Suisse occidentale et Jura bernois, approuvée par le gou-
^ vernement, les polémiques prirent un ton d'àpreté peu com-
l mune (1889). Mais les angles s'adoucirent. Lors de la création de
^ l'Université, une notable fraction du parti libéral avait soutenu
^ le gouvernement. Enfin, le 6 mai 1892, dans une séance mémo-
rable du Grand Conseil, la réconciliation fut scellée. On convint que, aussitôt la chose possible, une place serait faite à la minorité libérale dans le Conseil d'Etat et dans la députation à Berne. L'année suivante, en effet, au renouvellement général des autorités, un député libéral fut appelé à faire partie du Conseil d'Etat. Dans une élection partielle en février, puis dans les élections générales d'octobre, le parti radical fit les concessions promises. Trois membres de Topposition furent élus députés au Conseil national, un par le quarante-septième et deux par le quarante-cinquième arrondissement.
Lorsque enfin, en 1898, le peuple vaudois, dans un bel élan
patriotique, célébra le centième anniversaire de la Révolution vaudoise du 24 janvier, les luttes politiques furent oubliées, et, dans la trêve générale des partis, le centenaire fut fêté avec enthousiasme.
Dès lors, les deux partis libéral et radical n'ont jamais été profondément divisés sur des questions politiques. Du reste, nous sommes arrivés peu à peu au maximum des libertés
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FiG. 243. — La « Grange » de Cuarnens (S. M. H.).
auxquelles un peuple puisse prétendre. Les plus difficiles pourraient demander une extension de la souveraineté populaire, rélection par le peuple des autorités executives cantonales et communales, des membres des tribunaux, des juges de paix. En théorie, ces principes séduisent. La pratique a démontré que la démocratie n'y gagnait pas grand'chose.
A part cela, la question de la représentation proportionnelle des minorités s'agite de temps à autre. Elle n'est pas inscrite dans noire constitution, et les opinions à cet égard sont partagées. L'ensemble du peuple vaudois ne parait pas encore
acquis à ce principe. Un essai volontaire et extra-légal a été tenté à Lausanne, aux élections de 1897. Chacun en a apprécié les résultats à sa manière. Le fait est que, quatre ans plus tard, en 1901, personne n*a demandé sérieusement de renouveler l'expérience. Au demeurant, la proportionnelle n'est pas une affaire de parti; elle compte des amis et des adversaires à droite, à gauche et au centre. Dans ces conditions, on ne voit guère quel grand principe politique l'un des groupes pourrait proposer alors que l'autre devrait le combattre.
Ce n'est pas à dire que les radicaux et les libéraux puissent et doivent fusionner et se confondre. Si la différence n'est plus aussi marquée dans les grandes lignes, dans le catéchisme politique et dans les professions de foi, elle est réelle cependant. C'est affaire de tendances, de tempérament, de manière d'agir, de procédés administratifs. C'est aussi une affaire de personnes, de sympathies, de traditions. L'utilité d'une opposition est aujourd'hui admise par les partis au pouvoir euxmêmes. Le contrôle qu'elle exerce sur la marche des affaires est une garantie de bonne administration et une sécurité pour tous. On discute, mais du choc des opinions jaillit la lumière. L'expérience prouve, en outre, qu'en l'absence d'une minorité, la majorité se divise et se désagrège.
11 y aura quand même matière à discussion. La génération actuelle n'a plus, il est vrai, à revendiquer les grandes libertés politiques ; d'autre part, les progrès de la centralisation fédérale diminuent les compétences des cantons et les déchargent d'attributions appartenant autrefois à l'initiative locale. Mais l'étatisme va progressant et, avec lui, le nombre des services dont on charge les pouvoirs publics.
On trouvera toujours beaucoup à faire dans le domaine administratif et économique. Restera ensuite la question des réformes sociales. Le canton de Vaud, essentiellement agricole, a été longtemps à l'abri du socialisme. Avec le développement de l'industrie et la formation de grandes agglomérations urbaines, les choses ont changé. Le parti socialiste a désormais une existence autonome ; il a trouvé, à Lausanne d'abord, un chef et un organisateur. Il y est devenu puissant : en 1897, il mettait en ligne
plus d'électeurs que chacun des autres partis. 11 a, dès lors, perdu du terrain au chef-lieu. Par contre, il a pris pied dans d'autres villes, à Vevey, à Payerne, à Yverdon. La fraction socialiste forme ainsi un second groupe d'opposition, dont les attaques contre la majorité gouvernementale sont parfois très vives. L'existence de trois partis a singulièrement compliqué notre vie politique et donné lieu à des combinaisons variées, suivant les besoins du moment et les sympathies personnelles. Vevey a essayé de l'alliance radicale-socialiste. Yverdon, Payerne ont vu la coalition libérale-socialiste. Lausanne, après avoir goûté divers systèmes, en est arrivée à une entente radicale-libérale.
Ce n'est point ici le lieu de voir dans quelle mesure la foule des mécontents, des impatients, des frondeurs a contribué aux premiers succès électoraux du groupe ouvrier ; de distinguer, dans ce mouvement le vrai socialisme d'avec l'ambition des individus ; d'examiner si les théories du collectivisme international conviennent à notre pays et pourront s'y adapter ; de contester à une école politique le droit de s'attribuer le monopole exclusif des réformes sociales et de la sympathie pour la classe ouvrière. L'avenir prononcera : cet avenir appartient non point à un parti, à une catégorie de citoyens, à une classe de la société, mais à tous les hommes de bonne volonté, soucieux du bien de la patrie.