‹ Histoire du canton de Vaud dès les originesChapitre 6 sur 68 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Organisation politique et sociale.

Organisation politique. — La Cité de Nyon. — Ses magistrats et sa population. — La Cité des Helvètes et les bourgades. — Description d'A venelles. — Les magistrats : sénat, décurions, duumvirs. — Les citoyens : droit romain et droit latin. — Les patrons d'Avenches. — Le gouverneur de la province et son légat. — L'empereur. — Son culte. — La religion. — Les Gaules dans l'Empire. — Organisation sociale : l'aristocratie, la classe moyenne, les corporations, les petites gens. — Les campagnes. — Grands seigneurs et paysans.

Les peuples heureux, dit un adage, n'ont point d'histoire. L'Helvétie n'est plus mentionnée dans les fastes de l'empire romain, dès l'époque de Vespasien jusqu'au troisième siècle après Jésus-Christ. Pendant la fin du premier siècle, pendant tout le second siècle, notre pays, comme le reste de l'empire, jouit d'une paix profonde et, conséquence naturelle, d'une prospérité relative. Les témoins de cet âge ne manquent pas. A défaut des historiens, les monuments, les inscriptions, les monnaies, les traces d'anciennes routes racontent, non pas

rhistoire de glorieuses batailles ou d'événements tragiques, mais la vie publique et privée, les institutions, les mœurs. Nous pouvons tenter, à Faide de ces documents, d'esquisser un tableau de ce qu'était notre pays durant les premiers siècles après Jésus-Christ.

Voyons d'abord l'organisation politique et sociale.

FiG. 43. — Plan de Nyon, avec restes de la Cité Equestre.

Chaque province de l'empire romain, et par conséquent la Gaule dont nous faisions partie, comprenait un certain nombre de Cités. Le mot n'avait pas alors la même signification qu'aujourd'hui. Une Cité comprenait le territoire habité par une peuplade; il y avait la Cité des Eduens, la Cité des Séquanais, celle des Parisiens, soixante-quatre Cités en tout pour l'ensemble de la Gaule. Deux d'entre elles s'étendaient sur le territoire vaudois actuel, la Cité Equestre et la Cité des Helvètes, plus une fraction de la Cité des Nantuates.

La Cité Equestre était la plus ancienne. Elle avait été fondée par Jules César, entre 46 et 44 avant Jésus-Christ, sur l'emplacement de Noviodunum, Nyon, l'ancien oppidum helvète(Fig. 43). Elle avait été peuplée de vétérans. Les soldats ayant accompli

leur service militaire avaient droit à une retraite. Or il ne manquait pas dans l'immensité de TEmpire de territoires

vacants ou peu peuplés.

On les distribuait aux vétérans qui s*y groupaient en colonies. La colonie Equestre reçut, comme son nom l'indique, des vétérans ayant servi dans la cavalerie alliée. Son territoire s'étendait de TAubonne à Genève, et du Lém^n au Jura. Les vétérans qui l'habitaient étaient citoyens romains, cives romani, c'est-à-dire qu'ils jouissaient de la plénitude de leurs droits civils et politiques. Le

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FiG. U.

Inscription dédiée à Lustrostaius

Doinitinus (Nyon).

pouvoir supérieur de la Cité résidait dans le sénat, élu par l'assemblée générale et composé des principaux citoyens. Les sénateurs portaient le nom

de décurions, et l'ordre des décurions, ordo decurionum, formait l'aristocratie de la Cité. A la tête de l'administration étaient plusieurs collèges de deux hommes chacun, nommés pour cela duumvirs ou duovirs, duoviri. Les plus haut placés étaient les duumvirs chargés de rendre la justice, duoviri jure dicundo ; ils présidaient en même temps le sénat et l'assemblée générale.

Ils représentaient en petit les consuls de Rome. A côté d'eux figuraient les édiles, duoviri œdiles, à qui incombaient le service de la voirie et la police des rues et marchés. Enfin deux questeurs administraient les finances. A Nyon, six inscriptions nous parlent des

FiG. 45. — Fragment d'i ns cri p lion sur un temple de Nyon.

duumvirs, et une septième mentionne un préfet remplaçant le duumvir*. Un édile est aussi mentionné*. D'autres inscriptions indiquent des fonctionnaires de moindre importance : un avocat, causidicus •, de la colonie équestre et un préfet chargé de réprimer le brigandage, prœfectus arcendis latrociniis*. Lustrostaius Domitinus a revêtu toutes les charges dans la Cité (Fig. 44). La ville de Nyon, centre de la colonie et siège des magistrats, possédait son forum, ses temples, ses portiques. Elle était entourée de murailles flanquées de portes. Elle occupait l'emplacement de la ville actuelle qui la recouvre entièrement. La Grande Rue coïncide à peu près avec l'artère principale qui traversait la ville romaine. Les restes de ses monuments (Fig. 45), les inscriptions, les objets d'art et les ustensiles domestiques retrouvés dans cet endroit sont nombreux et figurent au musée de Nyon (Fig. 46). Là vivait

«„« •.<x»,,i<x4.:^.« Ar^n^ê. «^.,„ ^^ ^^„ Fig. 46. — Niche avec tête de

une population dont nous ne pOU-^ femme (Nyon).

vous fixer très exactement le chiffre.

On ne s'écarterait guère de la vérité en l'évaluant à 5000 âmes.

De l'Aubonne à la Limmat s'étendait la Cité des Helvètes dont Aventicum était le centre politique.

Le visiteur qui se transporte de nos jours à Avenches peut se représenter exactement l'étendue de l'ancienne ville et sa configuration topographique. Il faut pour cela se placer sur la terrasse du musée, au pied des grands arbres séculaires qui l'ombragent (Fig. 47). Au dessous s'étendent les jardins, les champs, puis le sol s'élève doucement en amphithéâtre. Par delà les arbres, on découvre la silhouette du Vully et le lac de Morat; plus près, l'œil s'arrête à une petite tourelle, la Tornallaz, puis à une masse de pierre jaunâtre, la porte de l'est ; un peu partout l'on remarque des pans de murs grisâtres : ce sont les restes de l'enceinte fortifiée.

* Mommsen» 83. 84, 118, 119, 120, 122, — 119. — « Ibid., 120. — » Ibid , 117. — * Ibid., 119.

On a derrière soi la ville actuelle, bâtie sur une éminence dominant la plaine. Le château fut remanié dans la seconde moitié du XVI^c siècle ; Téglise, d'une date postérieure, conserve des parties romanes ; leur architectureTne manque pas de cachet ni de pittoresque. Au pied de la colline se trouve la gare : la

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