CHAPITRE CINQUIÈME
Par ce marché, maître Renaud s'oblige à bâtir solidement l’église, et répond de la solidité, moyennant la somme de douze livres, la livre de vingt sols, la toise courante, c’est-à-dire mise dansson épaisseur, devant toiser le vide comme le plein, compris dans cette somme de douze livres les crépits et les enduits. Le dit maître Renaud s’oblige de parachever ce bâtiment commencé, le plus tôt qu'il sera possible, suivant que les circonstances le requerront.
M. Fillion, de son côté, s’oblige à lui fournir sur les lieux tous les matériaux nécessaires, les manœuvres dont il aura besoin pour ne point perdre de temps ; s’oblige à faire tous ses efforts pour que la bâtisse ne trrîine pas en longueur, ce qui nuirait à la solidité des murs ; enfin M. Fillion promet de faire achever la dite bâtisse dans l'année 1758, à moins d'en être empêché par quelques causes majeures ; de payer l’ouvrier au fur et à mesure que louvrage avancera, et de faire le parfait paiement de tout l'ouvrage, l’année qui suivra son achèvement.
Comme on le voit dans ce marché, M. Fillion espérait achever son église dans l’espace de trois ou quatre ans ; et cependant ce n'est qu'en 1763 que ce qui concernait le reste de la maçonnerie fut achevé, c'est-à-dire huit :ns après qu’on eut commencé à jeter les fondations de l'éghse.
C’est ce que l’on connaît principalement, par un nouvel écrit du nommé Renaud, maçon, entrepreneur de l'église et signé de sa main, en date du 17 mai 1763, dans lequel, vu les circonstances qui ont retardé la bâtisse de l’église il consent que M. Fillion fasse continuer son église par qui bon lui semblera, à condition que lorsque l'ouvrage sera terminé, le toisage de la partie faite par lui étant fat, cette partie lui sera payée selon son marché, déduction faite du prix des crépits et enduits.
Ces circonstances qui retardèrent ainsi la bâtisse de l'église furent, d'abord et principalement sans doute, le peu -de moyens que M. Fillion trouvait dans la paroisse, malgré la bonne volonté des habitants qui, à l'exception de trois ou quatre, montraient le plus grand zèle à le seconder dans ses desseins. Les trois ou quatre même, qui d’abord, avaient paru opposés à la bonne volonté des autres, eurent
bientôt honte de leur conduite, et on les vit avec plaisir se réunir aux autres dans les travaux communs et dans les corvées pour l'avancement de l'ouvrage ; mais il fallait surtout de l'argent, et la fabrique était pauvre, et Les particuliers n'étaient pas riches. Ce fut là la première cause | du retardement de l'ouvrage, mais ce ne fut pas ia seule. (M La guerre qui suivit, les commandements qui su firent | 1 pour «appeler aux armes et à la défense du pays les hahif j tants des campagnes, le siège et la prise de Québec en 1759, | l'invasion du pays par l'ennemi, les craintes, les incer- | | | À |
[1 titudes sur l’état futur des choses jusqu'à da paix, et la cession du pays en 1763, toutes ces choses furent, comme on le conçoit sans peine, des raisons plus que suffisantes pour retarder l'achèvement de la bâtisse. N'oublions pas non plus, comme une des causes qui diminuèrent les moyens que M. Fillion aurait pu trouver dans la paroisse, pour avancer l’onvrage commencé, la famine que causèrent les ravages des sauterelles, l'année même du siège et la suivante. Ces insectes dévastèrent les blés, et les. habitants des campagnes furent réduits, au moins quant au plus grand nombre, à se nourrir d'avoine lessivée. Cependant, malgré tous ces obstacles, l'ouvrage de la bâtisse ne fut interrompu que pendant l'année du siége et la suivante. Dès l’année 1762, M. Fillion fit reprendre le travail. L'année du siége, déjà les longs-pans, le rond-point et la sacristie étaient faits; quant aux murs, il ne restait à faire que le portail et les tours qui, au moment ou il fallut interrompre l'ouvrage, étaient à la hauteur dela grande porte. Dans le moment ou l’on interrompit la bâtisse, le comble était posé sur les murs, mais non couvert; le rond-point seul était couvert en planches et en bardeaux, et supportait déjà le clocher que l’on avait résolu d'y mettre. L'ouvrage de maçonnerie qui restait à faire fut repris en 1762, comme nous venons de le dire. On fit alors les enduits et les crépits de la partie finie des murs de l’église et de la sacristie, En 1763, les tours et le portail furent. achevés. Ce fut un nommé Décarreau, maître-maçon, alors demeurant à la Pointe-aux-Trembles, qui acheva ces ouvrages. Nous remarquons ici que ce fut vers le temps du