CHAPITRE CINQUIË
siège que le village de Saint-Charles commença à s'établir,
Pendant le temps où M. Fillion ne put travailler à l'église, à raison des troubles qu'occasionnait la guerre, il ne cessa pas de s'occuper des moyens qui pouvaient lui aider à assurer la réussite de son entreprise, Avant et pendant ce temps-là, il sollicitait, soit par lui-même, soit par ceux qui s'intéressaient à la bonne œuvre qu'il avait commencée, des secours d'argent qui lui devenaient toujours nécessaires, à mesure que l'ouvrage avançait, Ainsi on voit que dans l’espace de 1756 à 1763, il reçut en dons et présents trois mille cinq cent seize livres.
Au moment de la guerre, dont les principaux événements furent le siège de Québec en 1759, et la cession de tout le pays aux Anglais en 1563,les Français avaient construit un fort sur les hauteurs de Jacques-Cartier, à l'endroit où est ‘ancienne maison de François Piché (h. Ce fort, de l'étendue de douze ou quinze arpents en superficie, était défendu du côté opposé au fleuve, par un fossé profond dontles vestiges existent cucore. Les terres que l'on avait retirées servaient de boulevard au fort même. Il était de plus défendu par une forte clôture en pieux posés en terre, de manière qu'ils présentaient la forme de chevaux de frise solidement terrassés. Du côté du fleuve et de La rivière Jacques-Cartier, il était défendu par la hauteur et l'escarpement du terrain (2).
La construction de ce fort et des établissements qui en dépendaient, coûta des sommes considérables, comme on le voit par une lettre du sieur Bigot, du 12 octobre, au
(1) Cette maison est aujourd'hui, la propriété de Madame G. Allsopp. (L'abbé D, G.)
(2) L'emplacement de l'ancien fort Jacques-Cartier, de forme triangulaire, est aujourd'hui coupé par le éhemin royal, à l'extrémité nord-est. Le fossé qui le défendait du côté opposé au fleuve, profond d’une douzaine de pieds, forme une espèce d'étang. On distingue encore parfaitement les buttes que l'on avait élevées avec la terre du fossé. Le fossé et les buttes sont les seuls vestiges qui restent de l’ancien camp, car le pan de mur que l'on voyait à la pointe est, il n’y a pas encore très longtemps, est tombé au bas de la falaise, sans laisser de traces. (L'abbé D. G.)
ministre de France (1). On trouve dans le mémoire envoyé à ce miuistre, au nombre des articles de dépenses pour ce fort, vingt milliers de planches; l'achat d'une énorme quantité d'outils qu’on avait ramassés, soit à Montréal, soit aux Trois-Rivières pour l'usage de l'armée qui en manquait absolument. On trouve aussi, dans un article des recettes de la fabrique du Cap-Santé, pour l'année 1760, 3 250 livres payées en papier par le trésorier à Jacques-Cartier, pour du bois pris à l’église en construction dans le temps.
Ce fut à ce fort de Jacques-Cartier que l'armée française, par délibération du conseil de guerre, se retira après la funeste bataille du mais de septembre 1759, livrée sous les murs de Québec p‘r M.de Montcalm à l'armée anglaise, forte de cinq au six mille hommes (2). M. de Montcalm n'avait à sa disposition au moment de cette bataille, que 4 000 hommes environ à opposer à l’armée anglaise, le reste de l’ärmée française était encore dans des cantonnements, de l'autre côté de la rivière Saint-Charles, d'où il ne put revenir qu'après la bataille que les Anglais avaient gagnée. . On sait que ce fut dans ce combat que M. de Montcalm reçut une blessure dont il mourut quelques heures après. La mort de ce héros ne fut pas le seul malheur qui accompagna ou suivit la défaite de l'armée; la perte de Québec que rendit aux Anglais, par capitulation, le T8 septembre, le sieur de Ramsay, devint aussi une suite nécessaire.
Pendant la nuit qui suivit la défaite de l'armée française, M. de Vaudreuil la conduisit à Jacques-Cartier. M. le chevaliér de Lévis, qui ne s'était point trouvé au conseil de guerre où l'on avait pris la détermination de la replier jusqu'à Jacques-Cartier, étant arrivé le lendemain à cette place, désapprottva absolument le parti que l'on avait pris de s'éloigner de Québec; et dans un nouveau conseil, il fut décidé que l'on marcherait immédiatement au secours de la place que l’on venait d'abandonner. Ce fut en y recon-
(1) Rien que de naturel en ceci, du moment que ‘rot était l'âme du fort en construction. (L'abhe D. (.)
(2) Combien ignorent ce. fait historique, que pas un manuel d'Histoire du Canada ne mentionne ! (L'abhé D. G.)