‹ Histoire du Cap-Santé [microforme]Chapitre 23 sur 163 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

lendemain matin il rencontra le général anglais suivi de 4 000 hommes, de vingt-deux pièces de canon et d’un gros train d'artillerie, qui venait l'attaquer. Quoique l’armée française fût horriblement fatiguée, néanmoins, après avoir essuyé le premier feu de l'armée ennemie, elle fondit sur elle avec tant d’impétuosité, qu'elle lui enleva son artillerie, lui tua dix-huit cents hommes, et força le reste de l'armée anglaise à se retirer avec précipitation dans la ville, où elle se renferma(1).

Il fallut alors, avec une armée qui manquait presque de tout, se décider à faire le siège de Québec. Ce siège, au reste, on fut obligé de le lever le 27 mai, jour où une escadre anglaise parut devant Québec. Le chevalier de Lévis replia de nouveau son armée à Jacques-Cartier, où il ne fit cependant pas un long séjour, par l'impossibilité où l’on était de trouver de quoi alimenter cette armée dans un lieu déjà ruiné par le séjour précédent qu'elle y avait fait. Il ne laissa dans le fort Jacques-Cartier qu'une faible garnison de cinquante hommes, sous le commandement du marquis de la Bergati, et il conduisit le reste de l’armée à Montréal (2).

Cependant l’arrivée de la flotte anglaise avec des secours et de nouvelles forces ; deux nouvelles armées, l’une venue par le lac Champlain, l’autre par le lac Ontario, et auxquelles vinrent se réunir à Montréal les troupes débarquées à Québec, toutes ces forces, qui prenaient la colonie de tous côtés, eurent bientôt anéanti tout ce qui restait de ressources et d'espérances aux généraux français. Le pays se trouva en peu de temps sous la pleine et paisible possession des Anglais. |

Il est à remarquer que le fort Jacques-Cartier fut la dernière place du pays qui se-rendit aux Anglais, et encore ne futil rendu que lorsqu'il fut attaqué par une force à

(1) Ce fait prouve une fois de plus, que les plus grands événements dans l'histoire d'un pays, dépendent quelquefois des causes les plus insignifiantes. (L'abbé D. G.)

(2) Le vrai nom de cet officier était ‘‘ d'Albergotti, ” d'après M. l'abbé Casgrain. (L'abbé D. G.) :

laquelle ceux. qui le défendaient n'avaient aucun espoir de

pouvoir résister, Ce fut dans l’année 1760, que les Anglais débarqués à l'endroit où est la terre d'Anselme Thibaudeau, au nombre de six.ou sept cents hommes, vinrent attaqner M. le Marquis de la Bergati, à qui la: défense de ce fort avait été confiée.(l:. Somimé de se rendre, cet officier. répondit qu'il allait:immédiatement envoyer sa réponse. Elle ne se fit.pus attendre. Aussitôt que les: Anglais parurent, ils furent salués par une décharge de l'artillerie du.fort, composée. de ciny canons et de toute la mousqueterie: de la garnison, renforcée par les habitants des: environs, qui s'étaient joints aux cinquante soldats: qui la composaient.

Cette petite garnison s'était mème avancée au delà. du fort, pour en, venir plus tôt anx mains avec l’ennemi. Bientôt accablé par le feu supérieur des Anglais, il lui fallut se retirer dans.le fort.

Comme on ne pensait qu'à se battre, même en retraitant, on oubha, ou.on fut dans l'impossibilité d'emmener un canon: tout chargé, qu’on avait placé en ,avant.du fort, sur le chemin que tenaient les Anglais. Un canadien, habitant du Grand Bois de lAil, du nom de Joseph Lamotte, quiétait venu. ainsi que plusieurs autres pour prendre partau.combat, s'apercevant.que ce canomavait.été oublié, retourna à.la course sur ses pas, et malgré le feu des Anglais qui arrivaient à ce canon, il-l'encloua et vint rejoindre ses compagiwons d'armes sans recevoir aucune blessure. Surpris lui mème de son bonheur, ‘ vous voyez, mes amis, dit-ilaux. premiers qu'il rejoiguit, et qui le croyaient criblé de balles, que ma dernière heure n’était pas encore venue. ”

Les Anglais voyant qu'il n'y avait que la force ouverte qui pouvait les mettre en possession du. fort, continuèrent à s’en approcher en faisant pleu voir sur ceux. qui le défendaient uue grèle de mitraille et de balles qui devenait toujours de plus en plus abondante et plus dangereuse, à mesure qu'elle approchait.

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(1) La terre d'Anselme Thibaudeau est aujourd’hui la propriété de Samuel Germain, et porte le no 165 sur le cadastre du Cap-Santé. (L'abbs D.G.)

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Le marquis de la Bergati, qui voyait l'inutilité d’une défense poussée plus loin que son honneur ne le demandait, et l'impossibilité de résister plus longtemps à la force qui l’attaquait, se rendit à composition sur les deux heures de l'après-midi, avec toute la garnison, après quatre ou cinq heures de combat. {[l ne se rendit néanmoins qu'après avoir obtenu les honneurs de la guerre, c'est-à-dire la liberté de sortir du fort avec sa troupe, armes et bagages. Il avait eu la sage précaution, avant de se rendre, de faire sortir les habitants qui lui avaient aidé à défendre le fort, en leur recommandant d'y laisser leurs armes et de se rendre chacun à leur demeure, en se cachant, à la faveur des détours de la côte et des bois qui la couvraient, afin que, par la suite, l'ennemi ne les inquiétât pas, comme ayant pris part à la défense du fort.

Les Anglais ne furent pas peu surpris quand ils virent cette poignée de. soldats qui, avec leur brave c ommandant, leur avaient résisté si longtemps; mais toujours généreux comme toujours braves, ils observèrent fidèlement à léur égard la capitulation qui avait été accordée. Ils ne purent s'empêcher d'admirer le courage de cette poignée de braves, et il leur échappa mème de dire que si celui à qui la défense de Québec avaitété confiée, eût été aussi Couraveux que le brave commandant de ce fort dont ils venaient de s'emparer, la prise de cette ville leur aurait coûté beaucoup plus qu'elle ne leur avait coûté (1).

Nous nous sommes peut-être trop étendu sur les événements de la guerre de 1759; mais on doit remarquer que ce qui s'est passé au fort de Jacques-Cartier, l'établissement. mème de ce fort dans la paroisse, nous ont engagé comme naturellement dans ces détails. D'abord personne n'ignore qu'en lisant le récit de certains événements qui ont avec d'autres des rapports trës intimes, on est souven fâché de rencontrer les uns, sans avoir en mème temps le détail des autres. Au reste, si cette excuse ne suffisait pas, au moins qu'on nous pardonne d'avoir profité d'une occasion

(1) La faute de celui à qui était confiée la défense de Québec, si faute il y a eu, en est une de témérité, plutôt qu’un manque de bravoure (L.'abbé D.G.)

si favorable et si naturelle, pour rapporter des événements qui nous intéressent tous, des événements qu'il serait honteux d'ignorer, puisqu'ils composent une partie‘si intéressante de notre histoire du Canada ; événements néanmoins dont la mémoire s'efface tous les jours, par le défaut ou la rareté des monuments qui en pourraient conserver, le souvenir (1).

-.Avant de passer outre, nous rapporterons ici, Comme appartenant à ce qui s'est passé au fort Jacques-Cartier, l’accident arrivé à un officier français. Dans l'été qui précéda la prise de ce fort, dans le temps que la flotte anglaise, stationnée à Québec, avait intercepté le passage du fleuve. aux vaisseaux français, qui avaient été obligés de remonter plus haut, M. Louis Poulain de Courval, commandant de l’un de ces vaisseaux, se trouvant vis-à-vis le fort Jacques-Cartier, voulut rendre visite à M. le marquis de la Bergati, qui commandait dans ce fort. Comme il débarquait de la chaloupe qui l'avait conduit de son vaisseau au rivage, un soldat français, sur la lisière du bois qui bordait en ce lieu le haut du rivage, trompé par La ressemblance de l'habillement de cet officier avec celui des officiers de la marine anglaise, le prenant lui-mème pour un officier anglais, lui tira un coup de fusil qui lui cassa le genou. On le transporta au fort, et de [à chez un nommé Piché, au lieu où aboutit maintenant le haut de la côte Jacques-Cartier, Il y passa l'hiver, et ce ne fut que le printemps suivant qu'il fut capable de quitter le Cap-Santé.

Enfin nous n'omettrons pas de faire mention que, pendant que M. le marquis de la Bergati commandait à ce fort de Jacques-Cartier, Son épouse Dame Charlotte Aubert donna. naissance à un enfant qui fut baptisé à l'église du Cap-Santé, etqui reçut au baptème le nom d'Ange-Elisabeth, Cetenfant, né dans le mois de juillet 1760, fut inhums dans cette paroiss: le 22 décembre dla même année.

Le dix-neuf du même mois et de la même année où cet enfant de M. de la Bergati était né, on inhuma dans le

(1) Bien loin d'avoir besoin de pardon, le chroniqueur a plutôt droit à la reconnaissauce de tous ceux qui aiment l'histoire de leur pays. (L'abbé D. G.)

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