CHAPITRE CINQUIÈME
Quoi qu'il en soit, M. Fillion eut à gémir dans les dernières années de sa vie, sur les ivrogneries et les scandales qu'occasionnait dans sa paroisse la multitude d'étrangers qu'attiraient à Jacques-Cartier les travaux que M. Allsopp, père, fit faire en ce lieu, peu de temps après avoir acquis les seigneuries et les fiefs d'Auteuil et de Jacques-Cartier, ce qui avait eu lieu le ? septembre 1773. Avant cette date, ces seigneuries et fiefs appartenaient à M. Charles-Auguste Rhéaume, successeur testamentaire de M, Charles-Ruette d'Auteuil. M. Allsopp ayant donc, en 1773, acquis ces fiefs, fit commencer des travaux immenses à Jacques-Cartier, Il y eut des temps où près de 200 hommes se trouvèrent réunis à ce chantier. Ces étrangers payés exactement tous les samedis, et qui, pour la plupart ne regardaient le dimanche que comme un jour de plaisir pour eux, et dans lequel seulementil leur était permis d'employer leur argent à leur fantaisie, le passaient en conséquence dans des parties de débauche, dans les bals et les ivrogneries. D'ailleurs il ne manquait pas de se trouver dans la paroisse des gens très disposés à les imiter, à les seconder, et à prendre part à tous ces désordres, soit en se joignant à eux, soit en leur fournissant leurs maisons pour y célébrer leurs orgies.
M. Fillion, dans ses intructions, se plaignait souvent et amèrement de tous ces désordres; mais bien loin de l'écouter, un dimanche où ilavait invectivé plus fortement que jamais contre les désordres et les scandales quiavaient lieu dans la paroisse, et contre ceux qui en étaient les auteurs ordinaires, ceux qui les commettaient vinrent, après les vèpres, armés de bouteilles, à demi-ivres, chantant, criant, hurlant, danser dans la côte vis-à-vis de l'église, — comme pour insulter au curé et à toute la paroisse.
Le dimanche suivant, M. Fillion prit pour texte de son sermon, ces paroles du 32e chapitre de l’Ecclésiastique : Ubi non est auditus, non effundas sermonem, etc. Après avoir de nouveau invectivé contre les désordres qui allaient toujours
croissant dans la paroisse, il annonça que, conformément aux paroles du Saint-Esprit qu’il leur avait expliquées
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dans son texte, il garderait désormais le silence, en leurfaisant en mème temps connaître quelles en seraient les suites, et pour les auteurs de ces désordres et pour la paroisse en général.
Un moulin à farine construit à frais immenses à Jacques- Cartier, consumé à deux reprises différentes par le feu, avec ses dépendances, sembla être en partie l'accomplissement des malheurs qu'avait plusieurs fois annoncés M. Fillion, comme devant être la punition de tant de désordres.
Au reste, depuis ce temps-là, M. Fillion annonça plus que rarement la parole sainte à son peuple. D'ailleurs ses forces étaient épuisées, sa santé extrêmement affaiblie, il était enfin assailli des infirmités de la vieillesse.
Dès le printemps de 1795, M. Filiion se trouva dans un: état de faiblesse et de langueur qui ne lui permit presque plus de pouvoir desservir la paroisse. Il n’y eut que quelques dimanches, dans le cours de lété, où il lui fut possible de dire une messe basse, et encore avec beaucoup de peine.
Sa paroisse souffrait, et sans doute, il souffrait encore plus lui-même, de la voir privée, par ses infirmités, du secours de son ministère. Get état dura plusieurs mois, les infirmités de M. Fillion s’aggravant toujours de plus en. plus.
Enfin la mort de ce respectable curé, arrivée le deux octobre 1795, mit fin à ses souffrances et à celles de sa paroisse, M. Fillion fut inhumé par M. Poulain de Courval, curé de la Pointe-aux-Trerbles, dans sa nouvelle église, sous le maitre-autel, du côté de l'évangile, le 5 octobre decette année 1795. 1l fut le premier prètre mort et enterré dans la paroisse du Cap-Santé. Il était âgé de 60 ans et un. mois, ayant 46 ans de prêtrise, dont 43 avaient été employés. à la desserte de la paroisse du Cap-Santé. Il avait été reçu prètre en 1749, et était venu au Cap-Santé en qualité de curé, en 1752.
Nous n’entreprendrons point de faire l'éloge de ce vénérable pasteur. Ce qu’il à fait pour la paroisse, les longues années pendant lesquelles il y a travaillé avec tout le zèle possible ; ses forces, sa santé, qu'il a épuisées dans lexercice d’un long et pénible ministère ; l’église qu'il a trouvé