CHAPITRE HUITIÈME
la nuit se communiqua aux planchers, et de là à toute la maison qui en peu de temps ne fut plus qu'un monceau de cendres.
La même année, au moment où les blés venaient d'être mis en terre, vers la fin de mai, un orage violent accompagné d’une pluie et d'une grêle abondantes et poussées par un vent extrêmement fort, fitcraindre une perte considérable sur les blés, qui furent en plusieurs endroits déterrés, entraînés et amassés en tas dans les endroits bas des champs. Cependant il en resta encore assez dans les lieux même ainsi ravagés pour que la perte ne fût que médiocre.
En 1825, on fit faire les deux tableaux des chapelles. Gelui de sainte Anne fut fait par M. Antoine Plamondon ; celui de saint Joachim par M. Joseph Legaré, l'un et l'autre, jeunes peintres canadiens, et qui ne devaient qu'à leur talent naturel leur habileté dans Part si précieux de la peinture, n'ayant jamais jusqu'alors été instruits des principes de cet art par aucun maître. Chacun de ces tableaux avec son cadre coûta 20 louis.
Peu de temps après avoir fait le tableau de sainte Anne, M. Plamondon sachant combien le tableau du maître-autel déplaisait à M. le curé, fit généreusement les propositions suivantes à ce sujet: ce monsieur offrait de faire, à la place du tableau du maitre-autel dont on à déjà donné une idée dans ces mémoires, et du mérite duquei chacun peut juger en le voyant, une copie fidèle du superbe tableau de Pado-
“ration des nrages, qui est à la chapelle des Messieurs du
Séminaire de Québec, et dans les proportions qu'on voudrait déterminer; à condition qu'on lui abandonnérait le tableau actuel à grands personnages ; qu'on lui donnerait trois louis en dédommagement pour les frais des matières du tableau qu'il ferait; enfin, à condition qu'on lim donnerait la préférence pour faire Les deux autres tableaux qu'on avait résolu de faire peindre pour mettre dans les deux grands trumeanx du chœur, pour chacun desquels tableaux avec leurs cadres, on lui paicrait vingt louis ; les sujets dé ces nouveaux tableaux, ainsi que leurs dimensions, étaient au choix de M. le curé, Ainsi pour trois louis
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et le sacrifice peu pénible sans doute du tableau actuel du
maître-autel, on pouvaitse procurer une copie superbe d’un
des plus magnifiques tableaux qu'il y ait certainement dans le pays. Aucune proposition plus généreuse et plus à l'avantage pour la paroisse ne pouvait être faite. M. le
curé pour sa part en sentait tout le prix, etil n'est personne sans doute qui ne croie qu’elle eût dû être reçue avec empressement et avec reconnaissance. Cependant ces propositions si avantageuses, bien loin d'être agréées par l’assemblée de Messieurs les marguilliers, furent rejetées avec dédain, pour ne pas dire avec indignation. Changés tout à coup et comme par enchantement, en admirateurs passionnés de leur tableau à figures gigantesques ; et surtout charmés de ces couleurs qu'eux seuls y voyaient, et demandant avec une espèce d'inquiétude ironique, si le tableau qu’on leur offrait à la place du leur, serait aussi brillant et aussi haut de couleur, car c'était les seules choses qu'ils paraissaient alors le plus apprécier; en un mot paraissant. désespérer d’avoir jamais dans leur église rien de si parfait en fait de peinture, que leur grand tableau, MM. les marguilliers rejetant les propositions de M. Plamondon, refusèrent obstinément d'abandonner le chef-d'œuvre qui orne leur maître-autel.
Au reste, cette conduite des marguilliers n'était que l'effet des préventions rt de la mauvaise humeur d’un petit nombre d’entre eux. Ceux qui le composaient avaient su faire partager aux autres la bizarrerie et le ridiçule de leurs sentiments. Il ne fut pas difficile à M. le curé, après cette assemblée orageuse, et où l’on avait parlé de la peinture d’une manière si originale, de faire voir aux marguilliers leur tort, et combien grand et de quelle nature était le ridicule dont ils venaient de se couvrir. Ils eurent honte de s'être ainsi laissé entraîner à des préjugés qui leur étaient étrangers. Dans une autre assemblée qui eut lieu quelques temps après, ils remirent cette affaire en question, témoignèrent leur regret de s'être ainsi refusés à un avantage qui ne se représenterait peut-être jamais, et prièrent M. le curé ‘le reno‘ier ses “ommunications avec M. Plamondon, consentaut unanimement aux offres que ce