‹ Histoire du Cap-Santé [microforme]Chapitre 67 sur 163 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

la corde, que ce fusil, chargé de plusieurs balles, part et vient le charger dans le jarret. Pour surcroit de malheur, il était seul, incapable de bouger du lieu où il était tombé, frappé du coup, trop éloigné des habitations pour faire entendre ses cris en appelant du secours. D'ailleurs les particuliers, ses voisins ainsi que les habitants du village, étaient à l’église. Ce ne fut que le soir assez tard, qu'un jeune homme envoyé pour savoir ce qu'il était devenu ou ce qui l'avait retenu aussi longtemps en ce lieu, le trouva baignant dans son sang ét n’en pouvant presque plus, par la quantité de sang qu'ilavait perdu.Ce malheureux homme, dans le cours de la journée qu'il passa dans une situation si cruelle et avant qu'on vint à son secours, se voyant ainsi abandonné et privé de toute aide, s’attendant à mourir bientôt parla pertede tout sonsang, avait tâché au moins de reculer autant qu'il lui serait possible le momentde samort.

Pour arrêter le sang, il s'était lié la cuisse aussi fortement qu'il avait pu, au-dessus de la blessure, avec la corde de son sac à plomb. Et pour empècher la plaie de dégorger le sang, et pour y mettre le premier appareil qu'il avait en son pouvoir, il l'avait remplie de la laine que lui fourmit la corde de la corne où était sa poudre, cette corde étant faite de laine. Pendant les heures cruelles qu'il passa ainsi depuis le moment où il avait été blessé jusqu'à celui où il fut retrouvé, il eut le temps de se repentir d'avoir ‘manqué le service divin pour venir à la chasse aux ours. Enfin il fut amené chez lui, et après plusieurs mois des plus grandes souffrances, il a été guéri, ayant néanmoins un nerf coupé dans le jarret et ne pouvant travailler qu'avec peine.

Dans cette mème année, plusieurs personnes du sexe, femmes et filles, furent affectées plus ou moins d’aliénation mentale, ce qui dura plus ou moins iongtemps pour les unes et pour les autres; cependant, avec le temps, elles sont revenues dans leur bon sens. Il n’y en eut qu’une qui, après atoir donné pendant deux ans les scènes les plus tristes et les plus extravagantes, a fini enfin par une mort des plus malheureuses pour sa famille, comme nous le verrons bientôt,

Muais à quelle cause attribuer ce dérangement d'esprit -dont furent attaquées les personnes dont nous venons de parler ? Est.ce à quelque exaltation occasionnée par la circonstance du jubilé? est-ce aux influences de l'air échauffé beaucoup plus que de coutume par la chaleur extrème qu'il fit pendant cette été, et par la sécheresse qui l’accompagna et qui ne laissait aucune humidité propre à tempérer l'air presque embrasé qu'on respirait continuellement, et qui suffoqua plusieurs personnes tant à Québec qu'à Montréal ? C'est ce que nous n'osons point décider.

Cependant nous serions porté à croire que ces deux causes réunies, et surtoutla dernière, ont beaucoup influé, comme causés acc identelles, au dérangement d'esprit de ces personnes. Ce qui pourrait encore donner plus de force à cette manière d'expliquer la chose, c'est que les froids de l'automne parurent apporter et apportèrent en effet un grand changement en mieux dans l'état de ces personnes,

Dans la même année encore, le pont sur la rivière de Portneuf, auprès du grand moulin à farine, sur lequel on ne passait plus depuis longtemps qu'avec un grand danger, à cause de sa vieillesse et de l'état de délaissement dans leq'iel il était, fut refait à neuf et de la manière solide -qu'on peut remarquer actuellement.

Nous rapporterons ici un événement arrivé dans cette paroisse dans le cours de cette année, et qui peut certainement trouver sa place dans ces mémoires. Cet événement fit grand bruit d'abord, et fut la cause de beaucoup de mouvements et de démarches. À son occasion, plusieurs personnes formèrent les plus beaux projets, et conçurent les plus belles espérances de fortune ; néanmoins tout cela se termina comme le grand bruit et les grandes convulsions -de la montagne en travail d'enfantement, Le ridiculus mus -qui en naquit, fut le ridicule que partagèrent bien malgré elles, toutes les différentes personnes qui s'étaient livrées à ces mouvements, à ces démarches et à toutes ces folles espérances, Voici maintenant l’histnire.

Dans le cours de l'été de 1827, un particulier de cette

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