‹ Histoire du Cap-Santé [microforme]Chapitre 68 sur 163 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

paroisse, du nom de Pierre Pagé, se trouvant à Montréal, fit rencontre d’un inconnu se disant venir des Illinois. Entre autres sujets de nouvelles et de conversations qu'ils se communiquèrent, cetinconnu raconta à Pierre Pagé qu’un nommé Etenne Pagé, qui se trouvait être parent de celui à qui il parlait, était mort depuis peu à Sainte-Geneviève, dans l'état du Misse "1, aux Etats-Unis, sans laisser d'héritiers d'une fortune smmense qu'il avait acquise, Il offre même à Pierre Pagé qui se fait connaître pour parent, et par conséquent pour un des héritiers de ce riche défunt, de lui acheter sa part d'héritage pour la somme de 200 louis, à condition qu'il l’'autorise à retirer cette part de la succession de son parent défunt. ;

Malgré une offre en apparence si avantageuse, Pierre Pagé, par prudence, la refuse, dans l'espérance d'avantages bien plus considérables dans sa part à cette succession, qu'on lui fait entrevoir comme très riche. De retour au Cap-Santé, Pierre Pagé informe quelques autres parents de cet Etienne Pagé, de la nouvelle qu’il a apprise, et qui plus est des offres qui lui ont été faites à lui-même. Bientôt cette nouvelle se répand, elle devient la nouvelle du jour. Des oncles, des neveux, des parents de toutes descriptions, qui, depuis le départ de cet Etienne Pagé du Cap-Santé, à l'âge de quinze ou seize ans, et pendant une absence de quarante ans, n'avaient peut-être jamais pensé à lui, comme lui-mème n'avait jamais pensé à leur donner de ses nouvelles, ne parlent plus que de leur cher oncle, de leur ancien parent, Les têtes s: montent; mais on ne s'en tient pas à ces entretiens, témoignages, marques non équivoques du vif intérèt que l’on prend à la mémoire du cher parent défunt ; il faut recucillir cette riche succession ; on se reproche inème tout retardement qui peut occasionner des pertes dans des biens considérables à la vérité, mas laissés entre des mains qui pourraient être rien moins que fidèles. On lève en conséquence, dans la paroisse du Cap-Santé d'abord et ensuite dans les paroisses voisines, toutes les pièces, tous les actes, tous les extraits de baptèmes, de mariages, de sépuliures propres à constater la parenté des divers héritiers prétendant à cette succession. On cherche des

personnes sûres et intelligentes à qui on puisse ronfier le soin d'aller recueillir cette riche dépouille, que l'on se -partage d'avance entre les diverses fanilles qui reconnaissent pour leur parent ce cher défunt des Illinois. Deux personnes enfin s2 présentent, et des personnes telles qu'on pouvait les désirer ; elles veulent bien se charger de faire le voyage à leurs frais et dépens, à condition qu'elles auront dans la succession qu'elles vont recueillir une part d'un septième, nombre des principaux et premiers héritiers. Ou les charge de tous les papiers, actes et procurations nécessaires, bien légalisés et bien payés surtout: Au milieu de tous ces soins et de toutes ces démarches, la succession du défunt mort aux Hlinois, au lieu de diminuer, augmentait chaque jour, Comme on ne parlait qne de cela et que c'était le sujet de toutes les conversations, on aurait cru n'avoir rien d'intéressant à dire, si on n'avait parlé de cette riche succession le lendemain, dans les mêmes termes qu'on en avait parlé la veille. Ainsi chaque jour c'étaient quelques milliers de louis ajoutés à ceux qui quelques jours duparavant compostient cette riche aubaine. D'ailleurs qu'en coûtaitil d'ajouter ainsi à la fortune du défunt ? il n'y avait là personne pour délromper ni pour démeutir; et comme on s'était déjà en quelque sorte familiarisé avec l’idée d’une fortune immense qu'avait certainement amassée le défunt parent, chacun n'avait-il pas pour se tromper lui-même et s'abnser, l'auri sacra fames, qui ne lui laissait rêver que des amas d'oret d'argent? Iln'est pas surprenant, après cela, que chaque jour on craignait s'être trompé la veille en fixant cette riche succession à telle où telle somme ; car, vu les circonstances où s'était trouvé le défunt dansson séjour aux Illinois, circonstances néanmoins qu'on ignorait parfaitement, mais que l'on formait d'imagination, il n’y avait nul doute que sa succession ne fût de beaucoup plus considérable qu’on ne le disait.

Enfin, il y en avait qui, avec toute la bonne foi possible, pour ue rien dire de plus, étaient persuadés et cherchaient à le persuader aux autres, qu'il y aurait peut-être la charge de plusieurs chevaux d’or et d'argent, quand toute la for-

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