CHAPITRE HUITIÈME
tune de eur cher parent défunt serait réalisée en espèces. Toute leur inquiétude était de savoir comment on pourrait trouver assez de lettres de change dans l'endroit où était le cher défunt, afin de rendre le transport de sa fortune plus facile pour ceux qui devaient s'en charger, et moins dangereux à cause des voleurs. Cependant ou pressait le départ des envoyés, on calculait, sans savoir quelle route ils prendraient, le temps qu ‘il leur faudrait pour arriver aux Illinois, prendre connaissance des affaires du défunt, se faire reconnaitre pour les représentants des héritiers, vendre les biens, les terres, les esclaves, toutes les possessions, recueillir l'or et l'argent, et enfin revenir riches, et pour eux et pour eeux qui les avaient envoyés. Qu'on juge combien, lecteurs, quoiqu'on se fût résigné à prendre patience, ce temps devait paraître long ; qu'on juge surtout combien on fut surpris, lorsque, après quelques mois d’une attente qui devenait de jour en jour plus insupportable, on apprit par une lettre d'un des envoyés à son père, au Cap-Santé, qu'il n'y avait rien, rien absolument de vrai dans toutes ces nouvelles répandues au Cap-Santé, au sujet de la préteudue fortune de cet Etienne Pagé, Qu'on juge enfin combien on fut extrèmement détrompé, quand, au retour d'un des deux envoyés, en 1830, on apprit de lui que le cher défunt en question, que l'on avait dit mort seulement depuis peu de temps, l'était dequis près de vingt ans ; que le cher défunt, loin d'être mort riche d'une for tune immense, était mort dans un tel état de pauvreté, qu'il n'avait pas même laissé de quoi payer sa sépulture et. qu'il avait été enterré par charité.
Alors, comme à de vains songes, fruits d'une imagination exaltée et malade, il fallut renoncer à toutes ces espérances de fortune, à tous les projets qu'elles faisaient former. Et bientôt ce cher frère, cet oncle chéri, ce cher parent dont on s'était si fort occupé dansle temps qu’on espérait s'enrichir ‘de sa dépouille, fut aussi parfaitement oublié que s’il n’eût jamais existé. Ce qu'on doit bien remarquer ici, c’est que ces personnes qui s'étaient montrées si empressées à recueillir cette succession imaginaire de leur cher parent, n'en agissaient pas ainsi pour elles-mêmes et
par le désir de s'enrichir, oh! certainenfent non ; mais uniquement pour leurs enfants, à qui elles auraient cru, disaient-elles, faire un très grand tort, dont elles se seraient régardées comme responsables devant Dieu, si elles n'avaient pas fait toutes les démarches nécessaires pour leur procurer ce bien-être que la Providence leur offrait. Ceci, au reste, pouvait peut-être servir et suffire à ces personnes pour s'en imposer à eiles-mêmes sur les vrais motifs qui les faisaient agir ; mais l'illusion au moins n'était que pour elles, Ainsi prit fin l’histoire d’Etienne Pagé et de la riche succession (1).
En 1827 enfin, on commença à couvrir à neuf, en bardeaux, toute l'église ; ce qui ne fut achevé qu’à la fin de l’année suivante. Tout l'ouvrage a été fait aux dépens de la fabrique, c'est-à-dire avec l'argent du coffre-fort, d'après la permission donnée par M. Deschenaud, vicaire général, et en considération de la pauvreté des paroissiens. Il en coûta pour cet ouvrage que l'on fit avec tout le soin possible, environ cent trente louis. |
En 1823, la nouvelle route qui conduit, à l'extrémité nord, du village de Saint-Joseph à celui de l'Enfant-Jésus, fut établie légalement après bien des délais et des difficultés. La route nommée des commissaires, à l'extrémité du Grand Bois de l’Ail, avaitété établie quelques années auparavant.
Cette année 1828 fut remarquable par un état du temps tout contraire à celui de l’année précédente. Il y eut des . pluies presque continuelles pendant l'été. A peine se passa: t-il deux jours de suite, sans qu'on eût de la pluie. Tous les grains souffrirent beaucoup, et, à l'exception des avoines, toutes les autres productions de la terre périrent pour la plus grande partie, et ce qu'il fut possible d'en sauver fut d'une mauvaise qualité, surtout le hlé. Plusieurs particuliers ne recueillirent pas sur leur terre une quantité de blé égale à celle qu'ils avaient mise en terre pour la semence,
(1) Le premier farceur voulu pourra rééditer :3 inême mystification, quand ille voudra, avec les mêmes chances de succès, Un fait encore récent, mais qui ne s'est pas passé au Cap-Santé, nous permet de l'affirmer.
(L'abbé D. G.)