‹ Histoire du Cap-Santé [microforme]Chapitre 93 sur 163 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

vables de sommes considérables, de sommes doubles de celles qu'ils croyaient devoir. De là l'impossibilité pour eux de se liquider avec les seigneurs.

On ne les chagrine pas, il est vrai, mais les rentes et les interèts continuent jusqu’au moment où le bien possédé par tel particulier peut à peine répondre pour la somme dont la terre est redevable. Les suites d’un pareil état de choses, qu’on pourrait appeler un calcul vraiment diabolique, s’il était l'effet d’un projet inspiré par la cupidité, ce que nous sommes certainement bien éloigné de penser, l'effet d’un pareil état de choses, néanmoins, sera ue ruiner tous ces particuliers, qui à une époque qui n’est pas bien éloignée, se trouveront trop heureux si on les laisse fermiers sur leurs propres terres et possessions.

Dans tous les contrats de concessions, l'obligation des tenanciers de porter leurs grains au moulin seigneurial est formellemeut exprimée. Dans quelques-uns, il est dit simplement que le preneur sera obligé de porter moudre au moulin seigneurial tous les grains : dans d’autres, les grains de consommation de la famille. Dans quelques-uns enfin, cette obligation est accompagnée de cette clause particulière : ‘ que les grains portés ailleurs seront sujets à confiscation, et mème celui qui en portera sera sujet à une amende arbitraire.” Dans d’autres, il est laissé aux tenanciers la liberté de faire moudre ailleurs qu'au moulin seigneurial, pourvu qu'ils paient au moulin ‘seigneurial le aroit de mouture.

Enfin les seigneurs n’ont jamais manqué d'exprimer cette obligation de faire moudre à leur moulin. On voit même dans un temps où l’ancien et premier moulin à bois n’existait plus, soit par vétusté, soit par quelque autre accident, en 1742, que les contrats de concessions accordés dans cette circonstance, expriment formellement que ceux à qui ces concessions sont faites, seront obligés de faire moudre leurs grains au moulin du srigneur, aussitôt qu'il y en aura un.

Nous remarquons ici, que ie plus ancien contrat de concession accordé en forme par les seigneurs de Portneuf, est celui de la terre d’un nommé Robert Germain, sur

laquelle il travaillait depuis environ trois ans, sur une simple concession verbale, Messire Réné Robineau, chevalier de l’ordre du Roi, seigneur de Bécancour, baron de Portneuf, conseiller du Roi, et grand-voyer dans tout le pays de la Nouvelle-France, donna au dit Robert Germain un titre de concession en forme, en date du 4 novembre 1684. IL y avait sans doute bien des ‘erresen valeur avant cette date, mais c’est le premier conti at en forme que l’on trouve.

Nous donnerons maintenant un exposé des moyens de profits, autres que ceux du revenu de la culture des terres, que les particuliers de cette paroisse s'y procuraient, par leur travail et leur industrie. Le premier est lexploitation des bois. Pendant un très grand nombre d'années, depuis l'établissement de la paroisse, on a retiré des forêts superbes qui couvraent la plus grande partie des terres, une immense quantité de planches et de madriers de pin, qui, par la qualité supérieure du bots, jouissaient d'une préférence bien marquée sur les marchés ; mais depuis longtemps ce commerce a cessé par l'épuisement des forèts. IL est bien vrai qu'il se trouve encore des pinières sur les extrémités des premières seigneuries, et même des pinières superbes dans les seigneuries au delà de la rivière Sainte. Anne ; mais les seigneurs à qui elles appartiennent n’en permettent pas l'exploitation actuelle,

À ce premier commerce de planches et de madriers de piu, qui fut toujours très lucratif, a succédé le commerce de bois de chauffage qui, pour un assez grand nombre de particuliers, a été et est encore actuellement une des principales ressources pour se procurer les nécessités de la vie, que la culture de leur terre ne leur fournissait pas assez complètement.

À ce commerce de bois de chauffage, s’est joint depuis plusieurs années celui d’épinette soit en billots, soit en madriers et en planches. Un grand nombre d'usines à scies ont été construites ; en 1830,on en comptait dans la paroisse près d’une vingtaine, toutes destinées à scier des planches et des madriers d'épinette. Aussi chaque année il en sortait une grande quantité de J& paroisse. Parmi ces

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