‹ Histoire du caractère et de l'esprit français depuis les temp les plus reculés jusqu'á la renaissance (volume 2)Chapitre 23 sur 46 · D^ARTHUR · texte numérisé non relu

D^ARTHUR

A côté des points de ressemblance qui nous autoisent à réunir les Bretons et les Franco-Normands [ans la même zone littéraire, nous devons constater îs diflférences essentielles qui distinguent leurs poéies. Celles des Franco-Normands ont un caractère ►articulièrement belliqueux, héroïque et féodal ; l'aaour sentimental y joue un rôle à peine naissant; partout circule le souffle puissant de la grande époque le Charlemagne.

Dans les chants bretons, au contraire, dominent les ouvenirs druidiques et sacerdotaux, les sentiments eligieux mêlés aux enchantements et aux sciences iccuites.

Quant aux combinaisons recherchées d'une prosodie savante, elles sont à peu près inconnues à la poésie bretonne ; si l'on met à part les effets énergiques et un peu brutaux de certaines assonances, oo peut assurer que^ le mérite capital des chants des bardes réside dans les pensées qu'ils expriment bien plus que dans Tharmonie des sons et la perfection du rhy thme (1) . La poésie romane avait une valeur cadencée, musicale, indépendante de l'idée; elle célébrait généralement des sentiments tout individuels : le plaisir et la galanterie, les émotions affectées et délicates, la louange ou lasaiire. Elle ne s'occupait guère de sujets religieux que pour les traiter un peu sans façon. La poésie bretonne, au contraire, aimait à raconter les événements politiques et nationaux, les victoires et les désastres; les incidents de l'existence vulgaire n'avaient de prix à ses yeux que lorsqu'ils se rattachaient à des faits généraux : l'extorsion d'un tribut, une ven* geance, la mort d'un guerrier sur la terre étrangère devenaient l'occasion de récits que réchauffait le souffle de l'enthousiasme religieux et patriotique.

(1) Voir les Chants populaires de la Bretagne^ par de La Ville m arqué.

11 est inutile de nous appesantir sur la simplicité que la prosodie bretonne oppose ù la variété infinie de la versification, romane. Les vers bretons ne sont pas réduits néanmoins îi la monotonie fatigante du vers français contemporain, presque toujours de huit syllabes; ils varient de trois à treixe piods. mais ces deux mesures extrêmes sont rare ; les pis fréquentes sont celles de huit. Les vers de cinq pieds niè!6s à ceux de trois ne se rencontrent guère que dans le (haut intitulé : le Vin des Gaulois; encore ne faut-il y voir que des vers de huit coupés en deux.

Nous en avoua de nombreux exemples : le chant 'Alain le Renard (1) raconte les préparatifs d'un ombat; il montre les Bretons « aiguisant leurs rmes, non pas sur les pierres de Bretagne, mais sur » cuirasses des Gaulois; » puis « moissonnant sur le hamp de bataille, non pas avec des faucilles ébréhées, mais avec des épées d'acier.... non pas le frôlent, le seigle de la Bretagne, mais les épis sans barbe .a pays des Saxons et les épis sans barbe du pays des fUtr/b».... Alun a vu les guerriers battre le blé dans aire foulée ; il a vu voler la balle arrachée aux épis ans barbe.... Ce n'est point avec des fléaux de bois ( battent les Bretons, mais avec des épieux ferrés et vec les pieds des chevaux.... »

Dans le chant du Faucon^ le barde populaire ra- ODte le soulèvement des Bretons contre les impôts ; extorqués par des envahisseurs venus du pays des iaulois (2) 9 à la suite d'une poule étranglée par un

lucon et d'un comte tué par une paysanne «Au

ommet des montagnes noires, la veille de la fête du on saint Jean, trente pajsans étaient réunis autour u feu de joie du père.... Kado le Batailleur était Il avec eux, s'appuyant sur sa fourche de fer : — « Que ites-vous , mangeur de bouillie (demanda-t-il à ceux ui l'entouraient) ? payerez-vous la taxe? Quant à moi, j ne la payerai pasl j'aime mieux être pendu; — Je e la payerai pas non plus! reprend un autre : mes

(1) De La Villemarqué, Chants populaires^ t. L (2). Ce mot de Gaulois, prononcé fréquemment avec le ton 1 mépris dans les chants bretons, n'est-il pas la preuve $rtaine que les Armoricains formaient un peuple tout à fait istinct des autres habitants de la Gaule?

fils sont nus, mes troupeaux maigres; je ne la payerai pas, je le jure par les charbons rouges de ce feu, par saint Kado et par saint Jean !• . . »

Les paysans s'arment de tisons, ils appellent : ils sont bientôt trente mille; Arrivés à Guérande, ils entassent de la brande autour du donjon et y mettent le fea. « La flamme est si ardente, la flamme si folle, que les fourches de métal y fondaient , que les os y craquaient comme ceux des damnés dans l'enfer.. é. Les gensda fisc hurlaient de rage dans la nuit comme des loups tombés dans la fosse; le lendemain, quand le soleil parut, ils étaient tous en cendre. (Ibid.^ n. 3%8.)

Tel est le caractère acerbe, violent, haineux de k plupart des chants bretons du moyen ftge ; mais ce genre littéraire remontait haut dans Thlstoire^ les bardes chantaient les événements publics sur le même ton depuis l'époque druidique, ainsi que les légendes du cycle (F Arthur et de la Table Ronde. Les traducteurs français du douzième et du treiiième siècle, en les transformant , leur firent perdre une partie de leur caractère armoricain ; mais, grâce aux savantes recherches de M. de la Villemarqué, nous pouvons remonter aux sources de ces chants de la vieille Bretagne et retrouver le berceau de tous leê personnages dont ils célèbrent les exploits : Arthur (l)»

-^ ■ V fc I

(1) Arthur est le héros du cinquième siècle, celai que les bardes du sixième commencent à élever sur le pavois de Tapothéose populaire, il est donc coofemporain de Fapparition du Christianisme dans la Grande-Bretagne, le chef de la lutte des Bretons contre rinvasion saxonne» Toute sa vie sera le reflet de ces grands éyénementa

Merlin, Viviane, Lancelot, Geniëvi'e, Tristan, Iseult, Vain, Erec, Enide, la dame de Brécilien , Perceval , lous apparaissent comme les contemporains de l'ê- )oque druidique romaine, peut-être même de l'époque iruidique primitive. Ils viennent confirmer l'opinion jne nous avons développée précédemment au sujet de 'Armorique qui, d'après nous, formait une nation 3articuUère comprise dans la Gaule, mais séparée, lu reste, de cette grande nation par des mœurs, une langue, une religion toutes particulières.

L* Armorique, centre incontestable du druîdisme, espèce de sanctuaire de l'idée sacerdotale, attira vers 3lle,it l'arrivée des Romains, l'élément national obstiné qui repoussait toute transaction avec l'étranger et défendait opiniâtrement l'intégrité de son organisation, le ses croyances. Les personnages que nous allons examiner n'eurent donc aucun rapport ni avec la Bel- ^que, ni avec la Gaule méridionale ; ils furent exclusivement Armoricains et Gallois.

"Habitués comme nous le sommes à prononcer le aom d'Arthur et de ses chevaliers à la manière fran- ^se, nous ne leur trouvons rien de bien breton ; mais ii nous remontons, avec M. de la Villemarqué, à leur véritable origine, si nous leur restituons leur orthographe primitive, nous reconnaissons aisément des Gallois et des Armoricains pur sang.

Chez eux, en eifet, point de terminaison en rîc, en 2/, en ese (1) ; mais des noms à la consonnance bretonne la plus prononcée (2) .

(i) Orgétorix, Dumnôrlx, Verciogétorix, Aduat, Sfgovèse, 3ellovèse.

(2) Uter, père d'Arthur; Gorloës, transformation d'Uter;

Cette distinction posée, examinons ce que devait être TArmorique d'après le tableau que nous en donnent les contes et les traditions du roi Arthur.

D'abord elle est fondamentalement druidique et sacerdotale ; de plus, elle e»t monarchique ; elle obéit à des rois et non à de simples brens élus comme dans les autres contrées de la Gaule. Ces rois sont incontestablement héréditaires ; le prestige traditionnel attaché à la grande figure d'Arthur suffirait à le prouver. D'ailleurs la royauté* avec son autorité venant du ciel et non point de l'acclamation populaire, n'est-elle pas une conséquence inséparable du pouvoir sacerdotal? Paitout où prospère la caste religieuse ne trouvons-nous pas la monarchie fortement constituée, principalement dans l'Orient, en A^e, en Egypte?

Quels sont ces rois bretons, quelles sont leurs mœurs, quels sont leur origine et leur caractère?...

Le véritable Arthur est un païen, c'est-à-dire un sectateur des druides ; il ne donne pas signe de dévotion à quoi que ce soit et peut aisément passer pour un athée. Son vieux cri de guerre exhale toute la fureur de la vengeance barbare : « Cœur pour œil et tète

Hoël, roi des Bretons; Medrod (Mordred), neveu d* Arthur; Kaï le Long(Keu), majordome d'Arthur; Beduyr (Bednier), son échanson ; Gwalhmaï (Gauvain), son héraut à la langue d'or;Gwenhwyyarou Gwennivar (Genièvre); Merdhya (Merlin), Tenchanteur; Chwyblian ou Viviian (Viviane); Maêl, serviteur, que les gens du Midi traduisirent par ancel, aneelot, servant, domestique; Oweun (Ivain), Erec, chevaliers; Luned (Lunette), suivante de la dame de Broceliand (Brecilien); Ider fils de Nus, autre chevalier; Enit(Enide), fille d'Enioul, comte de Gornouaille.

pour bras. » Son père Uter a tué cent gouverneurs et coupé cent tètes. D'après la tradition répandue dans la Gascogne et l'Aquitaine, Arthur (lou rey Arthus) est le grand errant des airs, une sorte d'Asbavérus condamné à des chasses infructueuses et sans relâche, depuis le jour où, passant devant une chapelle, il daigna s'y arrêter à peine un instant et sortit, au moment même de l'élévation, pour courir à la poursuite d'un cerf. Que Ton ne mette pas cette punition divine en doute I Les paysans ont entendu les meutes invisibles aboyer dans les nuages, les chevaux hennir, le cerf bramer»

Quel est le résultat de cette chasse aérienne et séculaire? Celui de prendre tous les cent ans une fourmi, DU insecte.

Arthur, despote altier et turbulent, vrai sectaire de Tarran et d'Hésus, a donc entendu parler d'un nouireau Dieu : le Christ ; il pénètre par hasard dans son temple ; mais il prend la nouvelle religion si peu au sérieux, qu'au moment le plus solennel du sacrifice il i fait à ce Dieu un outrage grossier. Arthur fopme ane sorte de transition entre les derniers rois druidiques et les premiers princes chrétiens. Il s'occupe bien moins de Christianisme que de chasse, et sacrifie tous les devoirs de la civilisation nouvelle aux vieux instincts du roi barbare. Bien qu'antérieur à Morvan et à Nomenoe^ il vit tout entier, par le culte ]e la tradition, dans la Bretagne du moyen âge ; c'est ui surtout que le peuple respecte, redoute, célèbre, îdore.

Il est la base du vaste système de merveilleux qui '^ne dans tout le cycle de la Table Ronde^ et qui, )ar l'entremise des évocations et des enchantements,

fuit revivre les temps anciens durant les onzième, douzième et treizième siècles.

C'est par ce côté surtout qu'il joue un rôle immense dans l'histoire poétique de l'Europe moderne, et qu'il se détache des traditions de la Gaule romane comme de celle de la Gaule franco -normande.

Le merveilleux arthurien, en effet, a très-peu de rapports avec celui des Romains et des Grecs. Pour trouver quelque chose qui ressemble à ces conceptions colossales, extravagantes, il faut remonter & la mythologie indienne, avec laquelle, nous l'avons déjà dit, les Druides, et les Scandinaves avaient eu d'antiques relations.

Quelques faits serviront à marquer la portée des bouleversements infligés par ce merveilleux aux lois de la nature physique et morale. Dana les recueils des bardes cambrions, Arthur se vante d'être fils d'Uter, lequel s'intitulait a roi des ténèbres, être myâtérieux et voilé, ordonnatenr des batailles, » L'arc-en-ciel était son bouclier; il avait foudroyé cent citadelles et pris la forme d'une nuée (Godas) pour engenBrer le héros qui nous occupe. Arthur possède la neuvième partie de la puissance de son père ; il se nomme k miracle de Pépée. Uter lui a remis, en effet, une arme enchantée qu'il appelle la grande épée du grand enchanieur; à sa mort il monte au ciel, où il forme le chariot d Arthur ou la grande Our$e* Beduyfi son échanson, porte une lance qui fait saigner le veni* Kai, son majordome, peut passer neuf nuits et neuf jours sous l'eau sans perdre la respiration; il a le privilège de se rendre plus grand que les chênes et de se promener sous l'averse sans ÔU'e muuillé« Tous

tontes cambriens et bretons enfin donnent à ce roi et LUX personnages qui l'entourent une violence de pasion, nne brutalité de langage qui n'ont aucun rap- )ort avec les délicatesses du douzième et du treizième iècle , et sont entièrement conformes, au contraire, à a barbarie de l'âge druidique.

Merlin offre des traits de caractère tout aussi sailants : fils d'une vestale, c'est-à-dire d'une druidesse ^ouée au célibat, il construit pour les guerriers breons un monument funèbre avec des pierres mysti- [ues } il annonce qu'on ne pourra consolider les fontements d'un château qu'après avoir sacrifié un holo- Auste, et prend part à la distribution des cent robes le laine blanche destinées aux prêtres, dont parle une ieille ballade armoricaine. Ne faut-il pas voir dans ces 6cit8 le souvenir de la vénération des Druides pour 38 pierres, celui des sacrifices humains et des robes lanehes des adorateurs de Tentâtes ! Merlin est enfin 3 barde par excellence, le barde à la harpe d'or, à

harpe enchantée. Il transmit ses qualités à ses uccesseurs, les simples bardes du moyen âge. Bien ne ces derniers fussent à' l'Armorique ce que les roubadours et les jongleurs étaient aux pays de lanue romane, leurs habitudes, leur caractère diffédent essentiellement. Leur rôle n'avait rien de faceeux, rien de funambulesque. Héritiers directs des o$tes attachés aux Druides, ils mêlaient aux traditions ^ligieuses et aux sciences occultes, le privilège des évo-

ions et des enchantements; ils ne chantaient pas ^ur poésie aux sons de la viole et de la manicarde^ :>mme les troubadours, mais avec accompagnement e harpe.

Chaque roi, chaque seigneur avait des bardes atta-

chés à son service et chargés de chanter dans les veillées et pendant les repas...» L'auteur du chevalier Bran nons montre la dame de Léon « assise à table avec sa famille, les joueurs de harpe à leur poste. » Quand elle apprend la captivité de son fils, elle leur ordonne u de cesser de jouer, car elle a un graod chagrin dans le cœur (1). »

Le jeu de la harpe constituait, môme dans les châteaux bretons, comme dans ceux du pays de Galle, une charge bien autrement distinguée que celle des jongleurs du Midi et des fous de FIle-de-France. Le harpiste Berhald était officier laïque à la cour du vicomte de Donges dans le onzième siècle, et s'intitulait telenerius^ du mut breton telener^ joueur de harpe (2).

C'est par ce côté merveilleux surtout que Merlin occupe une place considérable dans la littérature et dans les traditions du moyen âge. Merlin est le grandprêtre d'une sorte de démonologie multiforme qui envahit toutes les branches des phénomènes naturels et moraux. Sorcier romanesque par excellence , il est

(1) « Cessez vite, cessez. Joueurs de harpel mon fils

est prisonnier, et je n^en savais rien I » (Chants populaires de lu Bretagne^ t. I, p. 209.)

(2) Un autre harpiste, nommé Kadiou (Kadiou citharista], du ciiâteau d'Âuray, signait son nom au bas des actes avant cinq moines et deux abbés crosses. (Chants populaires^ 1 1, p. 2i/i.)

Indépendamment de ces officiers telenerii attachés à des cours, il y avait encore des bardes populaires, des chanteurs ambulants, comme le prouvent les premiers vers du chant de la Fiancée. « Écoutez tous, petits et grands, le barde voyageur encore une fois.... il a composé un chant nouveau; jeones et vieux, venez Tentendre. » (Chants populaires^ t I, p. S60.)

amoareux d'oDe fée » il habite la maison flottante de cristal^ c'est-à-dire la mort , d'après le langage figuré des ancieiis bardes ; il délivre enfin Tlle de Bretagne du ter* rible ftéau du dragon rouge et du dragon blanc (1) .

On connaît ses relations intimes avec les fées, avec Viviane surtout. Surpassant la puissance des autres enchanteurs , il peut se métamorphoser en nain , en vieillard, en jongleur, en cerf. Il se joue si bien des principes de la nature, qu'on se demande à quoi servent la création et ses lois. La volonté de Merlin s'est substituée à celle de Dieu lui-même.

Le personnage de Lancelot n'offre rien de druidique, mais il appartient au merveilleux par excellence du côté de l'amour. Genièvre l'enlève et le retient dans un palais enchanté.

Tristan, tout aussi peu druidique, a des qualités mystérieuses encore plus tranchées : il a est un des trois guerriers de Bretagne qui peuvent prendre, en cas de besoin, telle forme qui leur convient. » Sa mère voulant lui donner la science universelle, un amour inébranlable et sans limites, prépare un philtre, le lui fait boire et obtient des effets qui dépassent ses espérances.

La suivante, Luned, possède un anneau magique dont le pouvoir rappelle celui du fameux Œuf de serpent. Ivain se fait remarquer par la brutalité de ses

(1) U employa même à cet effet un singulier stratagème : il fit creuser une fosse au centre de Tile et y plaça un vase plein d^hydromei d^excellente qualité; il fit couvrir ce vase avec un drap da toile, et quand les dragons, fatigués de se battre dans les airs, se laissèrent tomber sur le drap, sous la forme de deux pourceaux, il les enveloppa dans ce linceul et les enterra dans la fosse.

mœurs, la violence de son caractère. Dans les épisodes qui le concernent, on voit des dames menacer leurs serviteurs de leur couper la tète à la moindre hardiesse de langage ou de les pendre au bout d'un gibet. Les forêts sont placées sous la surveillance d'un homme sauvage, véritable cyclope gigantesque, horrible, qui n'a qu'un pied, un œil au milieu du front et porte une massue de fer.

Dans l'histoire d'Érec, un nain sangle d'un coup de fouet le visage d'une demoiselle d'honneur de Ge* niëvre. Dans la chasse au cerf, ce n'est pas un baiser de la plus belle que reçoit le vainqueur, mais la tête sanglante de l'animal.

Les croyances druidiques occupent Une place plus considérable encore dans les traditions primitives qui forment le sujet du roman de Perceval le Gallois. La principale prouesse de ce chevalier de la cour d'Arthur est la conquête du saint graal (1) , vase mystérieux et sacré dans lequel Joseph d'Arimatbie avait recueilli le sang de Jésus.

Ce souvenir de la passion du Christ, pris à la lettre, ne nous ramènerait pas au druidisme assurément; mais on ne peut se dispenser de remarquer ce vase de forme plate qui sert à contenir le sang d'une victime expiatoire. Des vases semblables, ordinairement en fer, jouaient un grand rôle dans la religion druidique; ils servaient à recevoir le sang des prisonniers qu'on sacrifiait. Les romanciers français des douzième et treizième siècles, ayant emprunté des personnages

(1) Le fjradal, grazaU gresal est, en langue gasconne, un vase très-grand et peu profond, dans lequel on sert les mets des paysans.

romanesques aux traditions bretonnes pour les arranger à la mode chevaleresque, durent changer le plat de fer des Druides en celui de Joseph d'Ariaiathie, et le sang des Tictimes humaines en celui de la victime céleste (1).

n n*est pas de poésie qui donne une idée plus forte du caractère breton, de la persistance des traditions surnaturelles et mystérieuses que l'étrange chant populaire composé sur Héloïse et Abélard, au commencement du douzième siècle (2). Si les deux célèbres amants fussent tombés entre les mains des troubadours, ils seraient devenus des types de la galanterie la plus distinguée, des héros d'un sentiment exquis, dans le genre d'Aucassin et Nicolette : les Bretons firent de la poétique Héloïse une horrible sorcière chez laquelle toute la science d'Abélard s'était transformée en pratiques superstitieuses, en expé* rieoces de cabale.

(1) L^oplnion des Bretons et des Gallois sur la sainteté du graal nous semble répondre à cette transformation du vase sacré des druides en celui de Joseph d*Arimathie. Diaprés leurs traditions, « la sainteté du graal était un mystère qui ne pouvait être expliqué en langue humaine sans que les quatre élénienta fassent bouleversés : le ciel fondu, l'air obscurci, la terre ébranlée, Teau noircie : car il était la vie de la vie. »

M. de La Villemarqué fait observer aussi qu'un des pliTs anciens oontes populaires de TArmorique supposait l'existence â*im basdn merveilleux qni se remplissait de toutes sortes de mets, au gré de son propriétaire ; il passait pour une des treize merveilles de l'île de Bretagne.

('2) Héloïse et Abélard passèrent plusieurs années au bourg de Pallet, près de Nantes, à la fin du onzième siècl&

Cette pièce est trop caractéristique pour que nous ne la reproduisions pas en entier.

i( Je n'avais que douze ans lorsque je quittai la maison de mon père, quand je suivis mon clerc, mon bien cher Abélard; quand j'allai à Nantes avec mon bien doux clerc, je ne savais, mon Dieu, que le breton.

« Je ne savais, mon Dieu, que dire mes prières, quand j'étais chez mon père, petite à la maison.

(( Mais maintenant je suis instruite, fort instruite en tous points : je connais la langue des Francs et le latin, je sais lire et écrire.

« Et lire dans le livre des Évangiles, et bien écrire et parler, et consacrer l'hostie aussi bien que les prêtres (1 ) ; et empêcher le prêtre de dire la messe, et nouer l'aiguillette par le milieu et les deux bouts.

« Je sais trouver l'or pur, l'or au milieu de la cendre, et l'argent dans le sable, quand j en su le moyen.

« Je me change en chienne noire, ou en corbeau, quand je le veux; ou en porte-brandon (feu follet) ou en dragon.

(( Je sais une chanson qui fait fendre les cieux et tressaillir la grande mer et trembler la terre.

« Je sais, moi, tout ce qu'on peut savoir dans le monde ; tout ce qui fut jadis, tout ce qui sera.

« La première drogue que je fis avec mon doux clerc, fut faite avec l'œil gauche d*un corbeau et le cœur- d'un crapaud.

Ci Et avec la graine de la fougère verte, cueillie à cent brasses au fond du puits, et avec Ja racine de l'herbe d'or arrachée dans la prairie ,

(1) Les Albigeois reconnaissaient aux femmes le droit de remplir toutes les fonctions ecclésiastiques Abélard, d'après les Bretons, aurait donc partagé leur hérésie s^r ce point.

a Arrachée tète nue, au lever du soleil, en chemise 3t nu-pieds.

« La première épreuve que je fis de mes drogues, fut faite dans le champ du seigneur abbé.

« De dix-huit mesures de seigle qu avait semées i'abbé^ il n'en recueillit que deux poignées.

u J'ai un coffret d'argent à la maison, chez mon père: qui l'ouvrirait s'en repentirait bien.

« Il y a trois vipères qui couvent un œuf de dragon ; si mon dragon vient à bien, il y aura désolation ; il jettera des flammes à sept lieues à la ronde.

a Ce n'est pas avec de la chair de perdrix ou avec ie la chair de bécasse, mais avec le sang sacré des innocents que je nourris mes vipères.

« Le premier que je tuai était dans le cimetière, sur le point de recevoir le baptême, et le prêtre en surplis.

« Quiand on Teut porté au carrefour, je quittai ma chaussure et m'en allai le déterrer sans bruit, sur nés bas.

0 Si je reste sur terre, et ma lumière avec moi ; d nous restons en ce monde encore un an ou deux ;

« Encore deux ou trois ans, mon doux ami et moi, lous ferons tourner ce mondé au rebours.

u — Prenez garde, jeune Loïsa, prenez garde à rotre âme; si ce monde est à vous, l'autre appartient i Dieu (1) . »

Héloïse et Abélard vivaient près de Nantes en 1099. Le célèbre professeur avait acquis dans les différente^ jnivereités de l'Europe la réputation d'un dialecticien ludacieux qui côtoyait toujours Thérésie. La guerre ]es Albigeois éclata en 1 206 ; elle ne pénétra pas dans

(1) Chants populaires de la Bretagne, t. I, p. 227.

la Bretagne, mais elle produisit un trouble si général que le bruit dut en retentir chez le» Armoricains. Il est probable qu'un barde, zélé défenseur des intérêts de l'Eglise, vit dans les deux amants des brandons de la guerre des Albigeois et ajouta au chant primitif les derniers couplets, qui formulent trës^nergiquement cette pensée. Ce dragon couvé par trois vipères dans la maison d'HéloIse, ce monstre qui doit jeter des flammes à sept lieues à la ronde, cet espoir de faire tourner le monde à l'envers, si elle peut rester deux ou trois années encore avec son doux ami ; tout cela ne renferme-t-il pas des prophétie» fort transparentes sur les guerres religieuses du treizième siècle ?

Les poésies bretonnes traitent aussi un autre ordre de sentiments, avec l'inspiration naturelle et bien sentie qui produit les chefs-d'œuvre. Nous le signalons d'autant plus volontiers qu'il forme un élément poétique et moral fort peu cultivé dans les littératures romanes et franco-normandes : nous voulons parler de

la mélancolie^ de la rêverie Ce parfum des ftmes

souffrantes et résignées occupe une large place dans les chants populaires de la Bretagne. Il se montre tellement conforme à celui des ballades allemandes, qu'on dirait un même souffle descendu d'un même coin du ciel et se divisant en deux branches, pour se répandre sur les bords de la Vilaine et sur ceux du Rhin. Il suffit de lire, pour s'en convaincre, le Chevalier Brariy le Retour dit Croisé^ le Retour d Angleterre^ le Frère de lait^ la Fiancée.

Le chevalier Bran, fils de Bran le Grand, a été blessé au combat de Kerloan, fait prisonnier, emporté dans la grande Bretagne et enfermé dans une tour.

11 réussit k faire remettre à sa mère une lettre, dans

laquelle il k prie de venir le délivrer : le messager chargé de cette mission doit déployer un pavillon blanc au mât du navire si sa mère peut le racheter, un pavillon noir ai la sainte femme ne peut apporter la somme nécessaire. Bran attend donc sa mère avec l'anxiété du captif qui doit mourir s'il ne brise ses verroux. — « Sentinelle , demande-t-il au soldat qui monte la garde à la tourelle, ne voyez-vous paraître aucun navire?» Après plusieurs demandes identiques, suivies d'autant de réponses négatives, la sentinelle jSnit par apercevoir un bateau faisant voile vers la tour ; mais elle annonce malicieusement qu'il porte un pavillon noir à son mât, bien qu'elle en distingue parfaitement la couleur blanche. Le chevalier Bran est frappé d'un tel désespoir qu'il tombe anéanti ^ la fièvre le saisit, il meurt.

Cependant la mère arrive ; elle entend sonner à mort, et demande à la foule des rues quel es tr événement que* ce glas funèbre annonce. On lui répond qu^un chevalier prisonnier est mort pendant la nuit. Elle se fait ouvrir la prison et se jette sur le cadavre de son fils.

Au récit de cet événement plein de larmes, le barde ajoute des observations mélancoliques, qui donnent une juste idée de cette phase du caractère breton.

a Sur le champ de bataille de Kerloan, dit-il, il y a un arbre qui domine le rivage.

a II y a un chêne au lieu où les Saxons prirent la faite devant la face d'Even le Grand.

« Sur ce chêne, quand brille la lune, chaque nuit, des oiseaux s'assemblent;

« Des oiseaux de mer, au plumage blanc et noir, une petite tache de sang au front.

« Avec eux une vieille corneille grisonnante, avec elle un jeune corbeau (1).

« Ils sont bien las tous deux, et leurs ailes sont mouillées ; ils viennent de par delà les mers, de bien loin.

« Et les oiseaux chantent un chant si beau que la grande mer fait silence.

a Ce chant-là, ils le chantent tout d'une voix, à l'exception de la corneille et du corbeau.

« Or le corbeau a dit : — « Chantez, petits oiseaux, chantez !

a Chantez, petits oiseaux du pays, vous n'ôtes pas morts loin de la Bretagne ! »

N'y a-t-il pas un souvenir de la métempsycose dans . les âmes de ce chevalier, de cette mère, qui se sont transformées en oiseaux pour regagner la terre de Bretagne, où tous les habitants représentés également par des oiseaux , les accueillent avec des chants funèbres ?

Dans le Retour d' Angleterre ^ le barde raconte que le jeune Silvestik est parti avec l'armée de la duchesse pour aller guerroyer dans le pays des Saxons ; il s'est éloigné et il ne revient jamais. Sa mère envoie une petite colombe blanche à sa recherche, avec une lettre attachée au cou. La colombe vole et parvient à le rejoindre. Silvestik promet de rentrer dans trois ans au manoir paternel ; mais le terme arrive, et Silvestik ne paraît pas. La mère va sur le rivage. « Un vaisseau de Bretagne vient se perdre à la côte, un vûsseau du pays, sans rames, les mâts rompus, fracassé de l'avant

(1) Bran signifie corbeau, dans tous les dialectes bretons. {Chants populaires de la Bretagne, 1. 1, p. Si5.)

et à rarriëre Il était plein de morts. Nul ne saurait dire ou savoir depuis combien de temps il n'avait vu la terre. Silvestik était là ; mais ni père, ni mère, hélas ! ni ami n'avait fermé ses yeux ! »

Le Frère de lait est l'histoire de la jeune orpheline Gwennoliu, confiée à une belle-mère qui la maltraite et l'injurie. Tous les parents qui auraient pu la protéger sont morts, il ne lui reste dans ce monde qu'un frère de lait, encore n'est-il pas auprès d'elle. Réduite à faire les travaux les plus grossiers du ménage, elle n'a qu'un espoir, le retour de ce protecteur. Il revient enfin I àsa vue elle retrouve son courage, et déclare à sa bellemère qu'elle veut s'unir à lui : la marâtre rit de cette résolution, de cet amour, et, emploie son autorité à lui imposer pour mari le palefrenier, Jobikal Loadec... Cette horrible union s'accomplit au milieu des pleurs de la maison entière; le curé lui-même verse des larmes ; m»s au moment d'entrer au lit nuptial, la jeune femme s'échappe : la fièvre la saisit et dans le délire qui l'agite, elle voit son frère de lait qui vient la secourir et l'enlever sur son cheval.

« Que nous allons vite, mon frère, nous avons fait cent lieues, je crois ! Que je suis heureuse auprès de toi, je ne le fus jamais autant.

tt Elle est encore loin la maison de ta mère ? je voudrais y être rendue.

— «Tiens-moi toujours bien, ma sœur, nous ne tarderons pas à y être.

Cl Le hibou fuyait en criant, au devant d'eux, aussi bien que les animaux sauvages, effrayés du bruit qu'ils faisaient.

« — Que ton cheval est souple et ton armure brillante I Je te trouve bien grandi, mon frère de lait.

« Je te trouve bien beau. Est-il encore loin ton manoir ?

— (( Tiens-moi bien toujours, ma sœur, nous arriverons tout à rtieure.

— « Ton cœur est glacé, tes cheveux sont mouillés: ton cœur et ta main sont glacés, je crains que tu n'aies* froid.

— (i Tiens-moi bien toujours, ma sœur, nous voici tout près. N'entends-tu pas les sons perçants des gais ménétriers de nos noces ?

(( Il n'avait pas fini de parler que son cheval s*a^ rêta tout à coup ; il frémit et il hennit fortement. Et ils se trouvèrent dans une lie où une foule de gens dansaient, où des garçons et de belles jennes filles, se tenant par la main, s'ébattaient autour d'arbres verts chargés de pommes, et derrière, le soleil se levait sur les montagnes.

« Une petite fontaine claire y coulait î des âmes y buvant revenaient à la vie.

« La mère de Gwennolaï était avec elles, et ses deux sœurs aussi.

<( Ce n'était là que plaisir, chansons et cris de joie [lbid.,i, I, p. 281) (l).»

(1) Dans rÉpouse du Croisé, autre ballade du môme caraotère, une jeune femme est confiée par son mari, qui part pour rorient, à son frère, le châtelain de Faouet Ce dernier, au lieu de traiter sa belle-sœur en gentilfemme , la contraint d'aller dans les bruyères garder ses moutons, comme une vile servante. La noble bergère avait passé sept ans à pleurer, lorsqu'un jour elle se sentit portée à ^essayer une chanson. Un chevalier approche à ce bruit. Aprlîs qCr^^^s instants d'hésitation, il reconnaît sa femme; elle TQconnkH .'«on mari, il apprend l'indigne traitement que

La destinée de\sL Fiancée qui a violé trois fois sa promesse est moins consolante, a Une vipère siffle au bord d'une rivière, elle attend encore une âme : elle en tient déjà quatre, dont pas une n'a été portée au cimetière. Quelle sera la quatrième proie ?. . . n Deux jeunes gens nobles viennent d'épouser. Au retour de la messe, un grand seigneur bardé de fer, un manteau rouge sur l'épaule, réclame l'honneur de conduire la jeune femme à ses amis du voisinage, promettant de la ramener sans retard. 11 la prend en croupe et s'éloigne, « mais on a beau attendre la nouvelle mariée, la nouvelle mariée ne revient pas. « Comme les sonneurs de la idte s'en revenaient fort avant dans la nuit, arriva le grand seigneur magnifiquement vêtu. — u On s'est bien diverti à la fête? leur demanda-t-il. — On s'est bien diverti, mais la nouvelle mariée est perdue. — Perdue, dites- vous? Seriez-vous bien aises de la voir. — Nous serions bien aises de la voir s'il ne nous arrive aucun mal. Ils parlaient encore qu ils étaient rendus au rivage. Emportés par une petite barque, ils avaient passé la grande mer, le lac de l'angoisse et des ossements; ils étaient aux bouches de l'enfer. »

Satan présente les sonneurs à la fiancée.

« Que donnerez-vous à ces braves gens pour être venus vous rendre visite. — Tenez le ruban de mes nocea, emportez-le si vous voulez ; tenez l'anneau d'or de mes noces, portez-le à mon mari : dites-lui : c ne pleure pas, elle n'a ni désir ni mal... assise

le ch&telain de Faouet lui fait subir; il va reprocher à co dernier son indigne et barbare conduite. « Si ce n'était la maison de sa mère-et de son père, il rougirait son épée dans le sang de ce cœur plein de mal et d'infamie. »

(( sur une chaise d'or, elle prépare Thydromel pour les damnés. »

De même que la fidèle Gwennolaï était allée avec son frère rejoindre sa mère et ses sœurs dans le paradis, de même la fiancée infidèle était retenue dans le palais de Satan. Car, d'après le proverbe breton, «quiconque est fiancé trois fois sans se marier, va brûler en enfer. » (Jbid.^ p. 269.)

Ce rapide coup d'œil jeté sur la vieille littérature bretonne fera comprendre tout ce qu'elle offrait de diamétralement opposé à la poésie des peuples méridionaux. Cette dernière s'abandonnait avec ardeur à la galanterie légère, à la satire, à la poésie gracieuse et enjouée. Elle était cultivée par des libres-penseurs fort peu dévots et d'une mobilité d'opinion singulière. Les chants bardiques, au contraire, sanctifiaient quatre principes fondamentaux.

La faiblesse de l'homme tremblant devant les puissances supérieures.

Le devoir d'obéissance envers l'autorité sacerdotale el monarchique.

Le respect de la parole donnée et des traditions.

Le culte des morts ^ la résignation et la mébmr voliv.

Mais la littérature armoricaine arrivait à une époque {\k\ transition fatale à l'homogénéité de «^* -n^-^fia ; lus personnages primitifs et véritabu --' des légendes d'Arthur et de la Table R* subir de profondes transformations. * -

douzième siècle, leur réputation était

la Gaule entière ; peut-être même daur

(1) Chants populaires de la Bretagne, t. I, p. ;-

partie de l'Europe. Quand les pofitea de laugne d'Oui easayëreot de substituer leurs poésies vulgaires aux poésies latines, comme l'avaient fait les troubadours, ils s'emparèrent des persona^es rendus célèbres par les récits légendûres, absolument comme Scudéri et les romaociers du dix-septième siècle empruntèrent les grands noms de la Grèce et de Rome pour donner un premier relief à leurs héros. Mais it y eut des beaux esprits à toutes les époques. De même que ceux du âècle de Louis XIII transformèrent leurs amoureux en galantt damerets, lorsque la'mode française fut aux ISrda et aux Hélibëe, de même le poète W'ace avait arrangé les chants arthuriens à la mode du douzième ùède dans ses longues chroniques rimées : du Brut et duAou(l)-, de même enfin Chrétien de Troyes vint, au treinème siècle, transformer les rudes jouteurs de /a Tt^ie Jtonde ea catholiques ardents, en chevaliers galants et généreux, pour procurer à ses nombreux lectenis des émoUons conformes aux idées chevaleresques. Dès lors les chants bretons, passant dans les poSmes franco-Dormands, perdirent à la fois la langue énergique et rude dans laquelle ils avaient été chantés d'îû)ord, et le caractère sombce, violent, d'une société toute primitive. C'est A^tftadLQQ^'lu<^3 traits épars échappèreiU i L'ensemble des ]

(1) Wace avali Iroavtfl dans une cbroQi(|ue la Geoffroy de Koonuialli moutb déclara à wa i SDCien livre bretoo, ?i tions, et qui fut afiporlâ lenios, arcbidiacre d'Oil

forma plus quun tableau de la vie féodale : les romans de la Table Ronde cessèrent d'être exclusivement armoricains pour devenir aux trois quarts français.

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