DE GESTES
Par quel concours de circonstances, par quelle révolution littéraire ou sociale ces beaux chants primitifs furent-ils noyés dans de froides chroniques rimées? Pourquoi les vrais poètes de la valeur de Theroulde cédèrent-ils la place à de simples lettrés, à des clercs lisant et rimant? Comment les premiers poèmes de deux mille à quatre mille vers se délayèrent-ils, tout à coup, au point d'en contenir quarante à cinquante mille ? Gomment la langue franco-normande enfin, qui ne manquait pas de s'améliorer, employa-telle ses perfectionnements à composer des poésies sans commencement et sans fin, sans harmonie et presque sans idée? Ce phénomène est grave et mérite d'être étudié avec quelqu' attention.
Les sentiments et les passions qui dominent dans ces deux ordres de compositions, présentent des différences encore plus tranchées que les questions littéraires; ils se rattachent à cinq points principaux :
Dans les poèmes de la seconde époque, l'orgueil et la puissance des grands vassaux remplacent la vénération des douze pairs de France pour Charlemagne.
L'indépendance féodale est substituée au respect du pouvoir monarchique.